Soka Gakkai Bibliothèque du bouddhisme de Nichiren

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Les trois sortes de trésors
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ÉCRITS: 106 Les trois sortes de trésors

( pp.855 - 860 )

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 1. Toki Jōnin est l’un des principaux disciples laïcs de Nichiren. Il vécut dans la province de Shimo’usa et fut le serviteur du seigneur Chiba, gouverneur de cette province.

 2. Sūtra du Lotus, chap. 20.

 3. « Ce mensonge totalement absurde » est une allusion aux mensonges rapportés par les compagnons de Shijō Kingo au seigneur Ema, selon lesquels Kingo avait tenté d’interrompre par la force le débat de Kuwagayatsu afin de plonger dans l’embarras le moine du Tendai, Ryūzō-bō.

 4. Sorte de jeu de l’oie qui se jouait autrefois pendant les fêtes du Jour de l’An.

 5. Egara est le nom d’un lieu, à Kamakura, où se situait le siège du gouvernement.

 6. Il s’agit de Taguchi Shigeyoshi (dates inconnues), chef d’une puissante famille d’Awa, dans la province insulaire de Shikoku. Bien que membre du clan Taira, ou Heike, il transmettait régulièrement des informations à Minamoto no Yoshitsune (1159-1189), demi-frère cadet de Minamoto no Yoritomo, concernant la situation interne de l’armée du clan Taira et les points faibles de ses positions.

 7. En 1159, Minamoto no Yoshitomo, père de Yoritomo, mena une bataille contre l’armée des Taira et fut vaincu. Il s’enfuit se cacher dans la maison d’Osada Tadamune, samouraï de la province d’Owari, au centre du Japon. Suivant les ordres des Taira, Osada amena Yoshitomo au bain et le tua. Quand, par la suite, Yoritomo leva une armée pour combattre les Taira, Tadamune et son clan se rangèrent à ses côtés, mais ils furent tués sur ordre de Yoritomo, après la chute des Taira.

 8. Il s’agit là d’une allusion à la persécution de Tatsunokuchi, en 1271, où Nichiren faillit être décapité.

 9. L’événement en question est relaté dans les Chroniques du Japon. On peut présumer qu’il n’était pas dans les habitudes d’en parler ouvertement parce qu’il impliquait l’assassinat d’un empereur par l’un de ses vassaux.

 10. Cinq principes d’humanité établis par le confucianisme. Voir glossaire.

 11. Sushun devint empereur en 587, avec le soutien de Soga no Umako. Mais Umako le fit assassiner en 592 et plaça sa propre nièce sur le trône. Elle devint l’impératrice Suiko. Atai Goma est également connu sous le nom d’Azumanoaya no Atai Goma. Ses ancêtres avaient quitté la Chine pour s’installer au Japon sous le règne de l’empereur Ōjin (fin du IIIe-début du IVe siècle). Goma avait pour responsabilité de superviser les artisans étrangers. Sa famille avait un grand pouvoir économique et politique et était alliée au clan Soga.

 12. Les Analectes.

855106

Les trois sortes de trésors


Texte

Points de repère


Cette lettre a été écrite du mont Minobu lors du neuvième mois de 1277. Elle était destinée à Shijō Nakatsukasa Saburō Saemon-no-jō Yorimoto, plus connu sous le nom de Shijō Kingo, qui vivait à Kamakura. Autour de 1274, Shijō Kingo avait déployé des efforts pour convertir son suzerain, le seigneur Ema, aux enseignements de Nichiren. Mais le seigneur Ema le prit mal. Il réduisit au contraire la dimension des terres de Shijō Kingo et menaça de l’envoyer dans la lointaine province d’Echigo. Les collègues de Shijō Kingo répandaient des rapports injurieux à son encontre et Shijō Kingo fut accusé d’avoir fomenté des troubles le sixième mois de 1277, lors d’un débat où le moine du Tendai, Ryūzō-bō, fut vaincu par le disciple de Nichiren, Sammi-bō.

Nichiren met en garde Shijō Kingo et lui enseigne le meilleur comportement à suivre dans ces circonstances difficiles. Plus tard, cette année-là, le seigneur Ema tomba malade et Shijō Kingo, faisant appel à ses talents de médecin, l’aida à guérir. Le seigneur éprouva pour lui la plus grande reconnaissance et, en 1278, il restaura et, par la suite, augmenta la taille du domaine de Shijō Kingo.

Au début de cette lettre, Nichiren dit à Shijō Kingo qu’il devrait se rappeler sa dette de gratitude envers son seigneur et met en avant l’enseignement bouddhique selon lequel des changements fondamentaux en soi-même produisent inévitablement des changements dans l’environnement. Il mentionne que, au moment où il allait être exécuté à Tatsunokuchi, Shijō Kingo fit le vœu de mourir à ses côtés. Mais désormais Shijō Kingo était à son tour confronté à une terrible épreuve et Nichiren exerçait tout son pouvoir pour le protéger. Nichiren dit que, puisque Shijō Kingo avait eu suffisamment de bonne fortune pour naître en tant qu’être humain et rencontrer le véritable enseignement, il devrait accumuler « les trésors du cœur » et gagner le respect des autres. Finalement, par des références historiques à l’empereur Sushun et à d’autres, Nichiren enseigne à Shijō Kingo que, en tant que bouddhiste, il devrait conduire sa vie quotidienne de manière admirable et faire preuve de considération envers autrui.

Haut de la page


J’ai bien reçu les divers articles de votre messager, notamment le vêtement matelassé blanc, le cordon de pièces de monnaie, ainsi que les produits mentionnés dans la lettre de Toki1. J’ai particulièrement apprécié les kakis, les poires, les algues fraîches et séchées.

Je suis profondément peiné par la maladie de votre seigneur. Même s’il n’a pas foi dans le Sūtra du Lotus, vous êtes un membre 856de son clan et c’est grâce à sa considération que vous pouvez faire des offrandes au Sūtra. Elles peuvent ainsi se changer en prières pour la guérison de votre seigneur. Songez à un arbuste sous un grand arbre ou à de l’herbe au bord d’un grand fleuve. Ils se développent sans bénéficier directement de la pluie ou de l’eau, imprégnés par la rosée de l’arbre ou tirant de l’humidité du fleuve. Cela s’applique aussi à la relation entre votre seigneur et vous. Pour donner un autre exemple, le roi Ajatashatru était un ennemi du Bouddha. Mais comme Jivaka, ministre à la Cour du roi, croyait dans le Bouddha et lui faisait constamment des offrandes, on dit que les bienfaits accumulés grâce à ses actes rejaillirent sur Ajatashatru.

Les enseignements bouddhiques indiquent que, lorsque la nature de bouddha jaillit de l’intérieur, cela entraîne une protection de l’extérieur. C’en est l’un des principes fondamentaux. Il est dit dans le Sūtra du Lotus : « J’éprouve envers vous un profond respect2. » On lit dans le Sūtra du Nirvana : « Tous les êtres vivants possèdent de même la nature de bouddha. » Et dans le Traité sur l’éveil de la foi dans le Mahayana du bodhisattva Ashvaghosha : « Comme la Loi de la réalité essentielle pénètre invariablement notre vie et exerce son influence, les illusions sont instantanément dissipées et le corps du Dharma se manifeste. » On trouve une déclaration similaire dans le Traité sur les étapes de la pratique du yoga du bodhisattva Maitreya. Ce qui est caché se manifeste sous forme de vertu.

Le démon céleste savait déjà cela et il a donc pris possession des gardiens de votre seigneur. Il les a poussés à inventer ce mensonge totalement absurde3 afin de vous empêcher de faire des offrandes au Sūtra du Lotus. Cependant, puisque votre foi est résolue, les dix filles rakshasa ont dû vous venir en aide et provoquer la maladie de votre seigneur. Il ne vous considère pas comme son ennemi mais, comme il a agi un jour contre vous en croyant les fausses accusations venant de son entourage, il est tombé gravement malade et sa maladie persiste.

Ryūzō-bō, que les gens considéraient comme un pilier solide, a déjà été renversé et ceux qui ont menti à votre sujet ont contracté la même maladie que votre seigneur. Ryōkan étant coupable d’une faute encore bien plus grave, il est plus que probable qu’il subira ou causera un grave accident. Il n’en sortira certainement pas indemne.

Au point où en sont les choses aujourd’hui, j’ai le sentiment que vous êtes en danger. Il est certain que vos ennemis chercheront à s’en prendre à votre vie. Dans le jeu de sugoroku4, si deux pions de même couleur sont placés côte à côte, ils ne peuvent être renversés par un pion adverse. Un chariot, s’il a deux roues, ne fait pas d’embardées sur la route. De même, si deux hommes cheminent ensemble, un ennemi hésitera à les attaquer. C’est pourquoi, quels que soient les défauts de vos frères cadets, faites en sorte qu’ils ne vous laissent pas seul, pas même un instant.

Votre visage porte les signes évidents d’un tempérament coléreux. Mais sachez que les dieux célestes ne protégeront pas une personne de nature colérique, quelle que soit l’importance qu’ils lui attribuent. Si vous deviez être tué, vos ennemis en seraient ravis, alors que, pour notre part, nous éprouverions de la peine, même si vous atteigniez la bouddhéité. Ce serait vraiment regrettable. Au moment où vos adversaires s’emploient à comploter contre vous, votre seigneur vous accorde plus de confiance que jamais. De ce fait, bien qu’ils semblent apaisés, intérieurement vos ennemis sont sans aucun doute bouillonnants de haine. Vous devriez donc en toutes circonstances vous comporter avec discrétion en leur présence. Accordez plus de respect aux autres vassaux du clan que dans le passé. Pour l’heure, quand les fils des membres du clan Hōjō rendent visite à votre seigneur, évitez d’y aller aussi, même s’il vous convoque.

857Si le pire advenait et que votre seigneur mourait, vos ennemis se retrouveraient sans maître et n’auraient nulle part où se tourner, même s’ils ne semblent pas envisager cette éventualité. Déraisonnables comme ils le sont, lorsqu’ils vous voient travailler de plus en plus fréquemment pour votre seigneur, leurs cœurs doivent se consumer de jalousie au point d’en étouffer.

Si les fils du clan Hōjō ou les épouses de ceux qui exercent le pouvoir cherchent à s’informer sur la maladie de votre seigneur, quelle que soit la personne, mettez-vous à genoux, placez vos mains comme il convient, et répondez ceci : « La guérison de sa maladie dépasse totalement mes bien modestes talents. Mais, j’ai eu beau refuser maintes et maintes fois, il insiste pour que je le soigne. Étant à son service, je ne peux qu’agir selon sa demande. » N’accordez pas trop de soin à votre coiffure et évitez de porter une robe de cour bien amidonnée, des vêtements matelassés éclatants ou autres habits colorés. Soyez patient et poursuivez sur cette voie pour le moment.

Vous la connaissez probablement, mais laissez-moi citer la prophétie du Bouddha concernant l’époque de la Fin de la Loi. Il dit en substance : « Ce sera une ère troublée où même les sages auront bien du mal à vivre. Ils seront comme des pierres dans un grand feu qui supportent un temps la chaleur mais finissent par s’émietter et se réduire en cendres. Les personnes vertueuses prôneront les cinq vertus fondamentales [de Confucius] mais auront elles aussi bien du mal à les mettre en pratique. » Ainsi, comme le dit le dicton : « Ne restez pas trop longtemps à la place d’honneur. »

De nombreuses personnes ont comploté pour vous mener à votre perte, mais vous avez déjoué leurs intrigues et vous en êtes sorti victorieux. Si vous perdiez maintenant votre sang-froid pour tomber dans leur piège, vous seriez, comme on dit, pareil à un navigateur qui rame de toutes ses forces pour finalement chavirer juste avant d’atteindre la rive, ou comme une personne à qui l’on ne sert pas d’eau chaude à la fin de son repas.

Aussi longtemps que vous êtes dans la demeure de votre seigneur, et tant que vous resterez dans la pièce qui vous est assignée, il ne se passera rien. Mais sur le chemin de votre travail, à l’aube, ou au retour, au crépuscule, vos ennemis risquent de vous attendre. Soyez aussi très vigilant chez vous et dans les alentours au cas où quelqu’un se cacherait près des doubles portes, à l’intérieur du sanctuaire familial, sous le plancher ou dans l’espace libre au-dessus du plafond. Vos ennemis déploieront davantage de ruse encore qu’auparavant dans leurs complots. En définitive, nul ne sera plus fiable en cas d’urgence que les gardiens de nuit d’Egara5, à Kamakura. Même si vous n’en avez pas envie, vous devriez vous lier d’amitié avec eux.

Yoshitsune se trouvait dans l’impossibilité de vaincre les Heike jusqu’à ce qu’il parvienne à mettre Shigeyoshi de son côté et c’est de cette façon qu’il vainquit le clan rival6. Le shōgun [Minamoto no Yoritomo] cherchait à se venger d’Osada, responsable de la mort de son père, mais il ne fit pas décapiter le meurtrier avant d’avoir vaincu les Heike7. Il est encore plus vital pour vous de vous allier aux quatre gardiens de nuit. Les demeures qu’ils avaient acquises en risquant leurs vies furent confisquées par leur seigneur à cause de leur foi dans le Sūtra du Lotus et, plus directement, à cause de Nichiren. Faites preuve de considération envers ceux qui croient en Nichiren et dans le Sūtra du Lotus, quoi qu’ils aient fait dans le passé. De plus, s’ils fréquentent votre maison, vos ennemis craindront de vous attaquer de nuit. Ce n’est pas comme s’ils essayaient de venger le meurtre de leur père ; ils ne veulent certainement pas que leur complot éclate au grand jour. Contre ceux qui cherchent à éviter le regard des autres, il n’est pas de guerriers plus fiables que ces quatre gardiens de nuit. Conservez 858toujours des relations amicales avec eux. Mais, comme vous êtes de nature emportée, vous ne tiendrez peut-être pas compte de mes conseils. Dans ce cas, il est au-delà du pouvoir de mes prières de vous sauver.

Ryūzō-bō et votre frère aîné ont comploté contre vous. C’est pourquoi les dieux célestes sont intervenus pour que la situation évolue selon vos souhaits. Comment oseriez-vous alors aller à l’encontre du vœu des dieux célestes ? Même si vous aviez accumulé mille ou dix mille trésors, à quoi serviraient-ils si votre seigneur vous abandonnait ? Il vous considère déjà comme l’un de ses parents, vous suit comme l’eau adopte la forme du récipient qui la contient, se languit de vous comme un veau de sa mère et s’appuie sur vous comme une personne âgée sur son bâton. Sa considération à votre égard n’est-elle pas due au soutien du Sūtra du Lotus ? Comme vos compagnons qui sont aussi à son service doivent vous envier ! Vous devez aller en toute hâte parler avec ces quatre gardiens et me rapporter ce qu’il en est ressorti. Je prierai alors avec ferveur les dieux célestes pour votre protection. Je les ai déjà informés de votre peine profonde lors du décès de votre père et de votre mère, qui bénéficieront certainement d’une attention toute particulière du bouddha Shakyamuni.

Sans cesse je me rappelle ce moment inoubliable où j’étais sur le point d’être décapité et où vous m’avez accompagné, en tenant les rênes de mon cheval et en versant des larmes de douleur8. Je ne l’oublierai dans aucune vie à venir. Si vous deviez tomber en enfer en raison d’une faute grave, même si le bouddha Shakyamuni m’exhortait à devenir bouddha, je refuserais ; j’irais plutôt en enfer avec vous. Car si vous et moi tombions ensemble en enfer, nous y découvririons le bouddha Shakyamuni et le Sūtra du Lotus. Ce serait comme si la lune illuminait les ténèbres, comme de l’eau froide versée dans de l’eau chaude, du feu qui ferait fondre de la glace, ou comme si le soleil dissipait les ténèbres. Mais si vous vous écartez de mes conseils, ne serait-ce qu’un petit peu, ne me blâmez pas pour ce qui pourrait se produire.

L’épidémie qui sévit à présent frappera au tournant de l’année, comme vous le prédisez, ceux qui occupent les rangs les plus élevés de la société. Il s’agit peut-être de l’œuvre des dix filles rakshasa. Pour le moment, restez calme et observez la tournure des événements. N’allez pas vous lamenter auprès des autres de la difficulté que vous éprouvez à vivre en ce monde. Un tel comportement serait totalement incongru de la part d’un homme vertueux. Si un homme se comporte ainsi, alors, après sa mort, son épouse, submergée par la douleur d’avoir perdu son mari, racontera aux autres, même sans en avoir l’intention, les actes honteux qu’il a accomplis. Et ce ne sera en aucun cas la faute de l’épouse, mais uniquement le résultat de l’attitude répréhensible du mari.

Il est rare de naître en tant qu’être humain. Ceux qui vivent sous forme humaine sont en aussi petite quantité que la terre que l’on peut disposer sur un ongle. Il est difficile pour un être humain de conserver la vie ; aussi difficile que pour la rosée de demeurer sur l’herbe. Il vaut mieux vivre un seul jour avec honneur que de vivre jusqu’à cent vingt ans et de mourir dans la disgrâce. Vivez de façon à ce que tous les habitants de Kamakura fassent votre éloge en disant que Nakatsukasa Saburō Saemon-no-jō se consacre au service de son seigneur, au service de la Loi bouddhique, et s’est toujours soucié des autres. Les trésors du corps sont plus précieux que les trésors du grenier, et les trésors du cœur sont les plus précieux de tous. À compter de l’instant où vous lisez cette lettre, efforcez-vous d’accumuler les trésors du cœur !

J’aimerais relater un événement que l’on a pour coutume de garder secret9. Dans l’histoire du Japon, il y eut deux empereurs assassinés. L’un d’eux était l’empereur Sushun [587-592]. C’était un fils de 859l’empereur Kimmei [539-571] et un oncle du prince Shōtoku. Un jour, alors qu’il régnait en tant que trente-troisième souverain, il convoqua le prince Shōtoku et lui dit : « On prétend que vous êtes un homme à la sagesse sacrée. Examinez Notre physionomie impériale et dites-moi ce que vous y voyez ! » Le prince refusa par trois fois, mais l’empereur lui intima d’obéir à cet ordre. Finalement, ne pouvant maintenir son refus, le prince examina très respectueusement la physionomie de l’empereur et lui fit ce rapport : « Votre Majesté, vos traits indiquent que vous serez assassiné. »

L’empereur changea de couleur. « Sur quels indices vous appuyez-vous pour défendre une telle affirmation ? » demanda-t-il. Le prince répondit : « Je vois des veines rouges dans vos yeux. C’est le signe que vous susciterez l’hostilité des autres. » Après quoi l’empereur demanda : « Que puis-je faire pour échapper à ce destin ? » Le prince dit : « Il est difficile d’y échapper. Mais il existe des soldats appelés les “cinq vertus fondamentales10”. Tant que vous conserverez ces soldats à vos côtés, vous ne courrez aucun danger. Dans les écrits bouddhiques, ces soldats symbolisent “la pratique de la patience”, l’un des six paramita. »

Pendant un certain temps, l’empereur Sushun observa fidèlement la pratique de la patience. Mais, de nature irascible, il enfreignit un jour le précepte lorsqu’un de ses sujets lui fit présent d’un jeune sanglier sauvage. Il décrocha la tige en métal attachée au fourreau de son sabre et la plongea dans les yeux du sanglier en disant : « Voilà ce que nous ferons un de ces jours à ce maraud que nous haïssons ! » Il se trouva que le prince Shōtoku était présent et il s’exclama : « Ah ! Ce que vous venez de faire est effroyable ! Votre Majesté suscitera sûrement l’hostilité des autres. Ces paroles que vous avez prononcées seront le sabre qui vous transpercera. » Le prince ordonna alors que des objets précieux soient sortis et partagés entre tous ceux qui avaient entendu la remarque de l’empereur [espérant acheter ainsi leur silence]. L’un d’eux relata cependant cet épisode au grand ministre Soga no Umako. Convaincu d’être l’objet de la haine impériale, Umako acquit les faveurs d’Atai Goma, le fils d’Azumanoaya no Atai Iwai, et obtint qu’il tue l’empereur11.

Ainsi, même un souverain sur le trône doit veiller à ne pas laisser inconsidérément libre cours à ses pensées. Le vertueux Confucius tenait au principe de « neuf pensées pour un seul mot12 », ce qui signifie qu’il soupesait ses pensées neuf fois avant de s’exprimer. Dan, le seigneur de Zhou, respectait tant ses visiteurs qu’il pouvait [afin de ne pas les faire attendre] s’interrompre jusqu’à trois reprises lorsqu’il se lavait les cheveux ou recracher la nourriture par trois fois dans le cours d’un repas. Songez-y attentivement de façon à ne pas avoir motif à m’adresser des reproches par la suite. Ce que l’on appelle la Loi bouddhique consiste à avoir cette attitude.

Au cœur des enseignements dispensés par le Bouddha de son vivant, se trouve le Sūtra du Lotus et le cœur de la pratique du Sūtra du Lotus réside dans le chapitre “[Le bodhisattva] Jamais-Méprisant”. Que signifie le profond respect du bodhisattva Jamais-Méprisant pour les gens ? Le but de l’apparition en ce monde du bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, réside dans son comportement en tant qu’être humain.


Avec tout mon respect


On peut qualifier un sage d’être humain mais ceux qui ne réfléchissent pas ne valent pas plus que des animaux.


Nichiren


Le onzième jour du neuvième mois de la troisième année de Kenji [1277], signe cyclique de hinoto-ushi


Réponse à Shijō Saemon-no-jō

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860Notes


 1. Toki Jōnin est l’un des principaux disciples laïcs de Nichiren. Il vécut dans la province de Shimo’usa et fut le serviteur du seigneur Chiba, gouverneur de cette province.

 2. Sūtra du Lotus, chap. 20.

 3. « Ce mensonge totalement absurde » est une allusion aux mensonges rapportés par les compagnons de Shijō Kingo au seigneur Ema, selon lesquels Kingo avait tenté d’interrompre par la force le débat de Kuwagayatsu afin de plonger dans l’embarras le moine du Tendai, Ryūzō-bō.

 4. Sorte de jeu de l’oie qui se jouait autrefois pendant les fêtes du Jour de l’An.

 5. Egara est le nom d’un lieu, à Kamakura, où se situait le siège du gouvernement.

 6. Il s’agit de Taguchi Shigeyoshi (dates inconnues), chef d’une puissante famille d’Awa, dans la province insulaire de Shikoku. Bien que membre du clan Taira, ou Heike, il transmettait régulièrement des informations à Minamoto no Yoshitsune (1159-1189), demi-frère cadet de Minamoto no Yoritomo, concernant la situation interne de l’armée du clan Taira et les points faibles de ses positions.

 7. En 1159, Minamoto no Yoshitomo, père de Yoritomo, mena une bataille contre l’armée des Taira et fut vaincu. Il s’enfuit se cacher dans la maison d’Osada Tadamune, samouraï de la province d’Owari, au centre du Japon. Suivant les ordres des Taira, Osada amena Yoshitomo au bain et le tua. Quand, par la suite, Yoritomo leva une armée pour combattre les Taira, Tadamune et son clan se rangèrent à ses côtés, mais ils furent tués sur ordre de Yoritomo, après la chute des Taira.

 8. Il s’agit là d’une allusion à la persécution de Tatsunokuchi, en 1271, où Nichiren faillit être décapité.

 9. L’événement en question est relaté dans les Chroniques du Japon. On peut présumer qu’il n’était pas dans les habitudes d’en parler ouvertement parce qu’il impliquait l’assassinat d’un empereur par l’un de ses vassaux.

 10. Cinq principes d’humanité établis par le confucianisme. Voir glossaire.

 11. Sushun devint empereur en 587, avec le soutien de Soga no Umako. Mais Umako le fit assassiner en 592 et plaça sa propre nièce sur le trône. Elle devint l’impératrice Suiko. Atai Goma est également connu sous le nom d’Azumanoaya no Atai Goma. Ses ancêtres avaient quitté la Chine pour s’installer au Japon sous le règne de l’empereur Ōjin (fin du IIIe-début du IVe siècle). Goma avait pour responsabilité de superviser les artisans étrangers. Sa famille avait un grand pouvoir économique et politique et était alliée au clan Soga.

 12. Les Analectes.

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