Soka Gakkai Bibliothèque du bouddhisme de Nichiren

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La tortue borgne et le morceau de bois flottant
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ÉCRITS: 130 La tortue borgne et le morceau de bois flottant

( pp.967 - 971 )

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 1. Sūtra du Lotus, chap. 14.

 2. Il s’agit d’une unité de mesure dans l’Inde ancienne. Voir glossaire.

 3. Il s’agit d’une unité de mesure linéaire. Voir glossaire.

 4. Nichiren a récité Nam-myōhō-renge-kyō en public pour la première fois au Seichō-ji, dans la province d’Awa, le vingt-huitième jour du quatrième mois de 1253, établissant ainsi son enseignement. Selon le calendrier lunaire, le quatrième mois est le premier mois de l’été.

 5. Il s’agit des moines, des nonnes et des laïcs, hommes et femmes.

 6. Le « passage du cinquième volume du Sūtra du Lotus » est un passage de la partie en vers du chapitre “Exhortation à la persévérance”, qui prédit que les pratiquants du Sūtra du Lotus feront face aux trois puissants ennemis.

 7. Cette affirmation se trouve dans un passage du chapitre “Le maître de la Loi”.

967130

La tortue borgne et le morceau de bois flottant


Texte

Points de repère


Cette lettre a été envoyée depuis le mont Minobu à l’épouse du défunt moine séculier Matsuno Rokurō Saemon qui vécut à Matsuno, dans le district d’Ihara, dans la province de Suruga. Leur fille avait épousé Nanjō Hyōe Shichirō et donné naissance à neuf enfants, dont Nanjō Tokimitsu. On pense que le moine séculier et son épouse se sont convertis au bouddhisme de Nichiren en raison de leur relation avec la famille de Nanjō. Matsuno Rokurō Saemon mourut en 1278, l’année précédant la rédaction de cette lettre.

À ce moment-là, les désastres étaient fréquents et, en particulier, la famine perdura durant tout l’automne et l’hiver 1278, créant une indicible misère. Cependant, malgré cette épreuve, l’épouse de Matsuno fit de fréquentes offrandes à Nichiren. Elle semble s’être comportée ainsi sans même l’avoir rencontré personnellement et elle continua à le servir de cette façon après la mort de son mari. Nichiren rend hommage à sa foi résolue en ces termes : « Le bouddha Shakyamuni serait-il donc entré dans votre corps ou est-ce les racines de bien du passé qui se sont ravivées ? »

Dans cette lettre, Nichiren cite d’abord un passage du chapitre “Les pratiques paisibles” du Sūtra du Lotus où il est dit combien il est difficile de rencontrer le Sūtra du Lotus. Puis il relate l’histoire de la tortue borgne. Nichiren développe cette histoire en expliquant en détail combien il est difficile pour une tortue borgne de trouver un morceau de bois de santal flottant avec un creux d’une taille parfaitement adaptée pour qu’elle puisse s’y loger. Il entend montrer à travers cette histoire combien il est rare de rencontrer le Sūtra du Lotus, et plus encore la Loi de Nam-myōhō-renge-kyō, essence du Sūtra.

Ensuite, Nichiren retrace l’introduction du Sūtra du Lotus de l’Inde en Chine, puis au Japon. Beaucoup de gens au Japon prétendaient avoir adopté le Sūtra du Lotus, mais il dit : « Cependant, aucun d’eux ne récite jamais Nam-myōhō-renge-kyō (...) pas plus qu’ils n’exhortent les autres à le faire. » De ce fait, même si les gens ont l’impression de croire dans le Sūtra du Lotus, en réalité ils ne le pratiquent pas correctement.

La partie finale de cette lettre concerne les combats acharnés de Nichiren durant plus de vingt ans, depuis la première proclamation de Nam-myōhō-renge-kyō. Nichiren endura lui-même toutes les persécutions que le pratiquant du Sūtra du Lotus était appelé à subir à l’époque de la Fin de la Loi, selon les prophéties contenues dans le Sūtra lui-même. Rares sont ceux qui ont tenté de comprendre ses enseignements et beaucoup l’ont harcelé de diverses façons. Cependant, cette opposition ne fit que renforcer sa conviction qu’il était bien le pratiquant du Sūtra du Lotus, dont les 968activités sont prédites dans le chapitre “Exhortation à la persévérance”. Pour conclure cette lettre, Nichiren fait l’éloge de la bonté de l’épouse de Matsuno.

Haut de la page


Il est dit dans le chapitre “Les pratiques paisibles” du cinquième volume du Sūtra du Lotus : « Manjusri, en ce qui concerne ce Sūtra du Lotus, il est quasiment impossible, dans d’innombrables pays, d’entendre même simplement son nom1. »

Ce passage signifie que nous, êtres ordinaires, en transmigrant à travers les six voies du monde des trois plans, nous naissons parfois dans le monde des êtres célestes, d’autres fois dans le monde des êtres humains, et d’autres fois encore dans celui de l’enfer, ou des esprits affamés ou des animaux. Nous sommes donc nés dans d’innombrables terres où nous avons enduré d’innombrables souffrances et occasionnellement goûté quelques plaisirs, mais jusqu’ici nous ne sommes pas nés une seule fois dans un pays où le Sūtra du Lotus s’était propagé. Et, même si nous sommes parvenus à naître dans un tel pays, nous n’y avons pas récité Nam-myōhō-renge-kyō. Nous n’avons jamais imaginé [que nous pourrions] le réciter, et nous n’avons pas davantage entendu d’autres personnes le faire.

Pour illustrer à quel point il est rare de rencontrer ce Sūtra, le Bouddha a comparé cette difficulté à celle qu’il y a, pour une tortue borgne, à rencontrer un morceau de bois de santal creusé et flottant [sur les eaux]. Voici le sens de cette analogie : à quatre-vingt mille yojana2 de profondeur, au fond de l’océan, vit une grande créature des mers que l’on appelle tortue. Elle n’a ni pattes ni nageoires. Son ventre est aussi chaud que du fer chauffé, mais la carapace qu’elle a sur le dos est aussi froide que les montagnes Neigeuses. Jour et nuit, matin et soir, cette tortue n’a qu’un désir qu’elle exprime à chaque instant : rafraîchir son ventre et réchauffer sa carapace.

On considère que l’arbre de santal rouge est sacré et, en cela, il est comparable à un sage parmi les êtres humains. Tous les autres arbres, considérés comme ordinaires, sont semblables à des ignorants. Le bois de cet arbre de santal a le pouvoir de rafraîchir le ventre de la tortue. La tortue aspire de tout son être à grimper sur un morceau de bois de santal et à placer son ventre dans le creux afin de l’y rafraîchir tout en exposant au soleil la carapace qu’elle a sur le dos afin de la réchauffer. Cependant, selon les lois de la nature, la tortue n’atteint la surface de l’océan qu’une fois tous les mille ans. Et même alors il lui est difficile de trouver un morceau de bois de santal. L’océan est vaste, la tortue est petite et les morceaux de bois flottant sont rares. Si elle en trouve parfois, il est rare qu’il s’agisse de santal. Et, même lorsque la tortue, par chance, trouve un morceau de bois de santal flottant, il est rare qu’il ait un creux dont la taille corresponde à son ventre. Si [le creux est trop profond et] qu’elle tombe dedans, elle ne réchauffera pas la carapace qu’elle a sur le dos et nul ne sera là pour l’aider à en sortir. Si le creux est trop étroit et qu’elle ne peut y placer son ventre, elle sera emportée par les vagues et sombrera de nouveau au fond de l’océan.

Même si, par extraordinaire, la tortue trouvait un morceau de bois de santal qui avait un creux adapté à sa taille, comme elle n’a qu’un seul œil, sa vision est déformée et elle verrait le bois flotter vers l’est alors qu’il flotte en fait vers l’ouest. Ainsi, plus dans sa précipitation elle nage avec ardeur pour grimper sur le bout de bois et plus elle s’en éloigne. Quand il dérive vers l’est, elle le voit dériver vers l’ouest et, de la même façon, elle confond le sud avec le nord. Elle s’éloigne donc toujours du bout de bois.

Voilà comment le Bouddha expliqua la difficulté pour une tortue borgne de trouver un morceau de bois flottant avec un creux de la taille appropriée, même au bout d’un nombre incalculable de kalpa 969illimités. Il employa cette analogie pour illustrer combien il est rare de rencontrer le Sūtra du Lotus. Cependant, il faut bien avoir conscience que, même si l’on rencontre le morceau de bois de santal flottant du Sūtra du Lotus, il est encore plus rare de découvrir « le creux » du Daimoku de la Loi merveilleuse, qui est difficile à réciter.

L’océan représente ici l’océan des souffrances des naissances et des morts et la tortue symbolise nous, les êtres ordinaires. L’infirmité de la tortue signifie que nous ne sommes que faiblement dotés de racines de bien. La chaleur de son ventre représente les huit enfers chauds de la haine et du ressentiment, et la froideur de la carapace sur son dos les huit enfers froids de la convoitise et de l’avidité. Qu’elle demeure au fond de l’océan pendant mille ans signifie que nous tombons dans les trois mauvaises voies et que nous avons bien du mal à en sortir. Qu’elle revienne à la surface une fois tous les mille ans illustre à quel point il est difficile de sortir des trois voies mauvaises pour naître en tant qu’être humain. Cela ne se produit qu’une fois en d’innombrables kalpa, à une époque où le bouddha Shakyamuni est apparu dans le monde.

D’autres morceaux de bois flottants, comme le pin et le cyprès, sont faciles à trouver, mais il est difficile d’en trouver un en bois de santal. Cela illustre combien il est facile de rencontrer tous les autres sūtras mais difficile de rencontrer le Sūtra du Lotus. Et même si la tortue rencontrait par inadvertance un morceau de bois de santal flottant, il serait peu probable qu’il ait un creux de la taille appropriée. Cela signifie que, même si l’on rencontre le Sūtra du Lotus, il est difficile de réciter les cinq caractères de Nam-myōhō-renge-kyō qui constituent son essence.

La tortue confond l’est avec l’ouest et le nord avec le sud. De même, nous avons beau afficher nos connaissances et nous comporter comme des sages, nous, êtres ordinaires, considérons comme inférieurs les enseignements supérieurs et comme supérieurs les enseignements inférieurs. Nous prenons les enseignements sans pouvoir pour des enseignements qui mènent à l’illumination, et nous déclarons que les enseignements qui ne sont pas adaptés à la capacité des gens leur conviennent. Ainsi, nous croyons que l’enseignement de l’école Shingon est supérieur et le Sūtra du Lotus inférieur, et que le premier convient à la capacité des gens mais pas le second.

Réfléchissez bien à ce que je viens d’écrire. Le Bouddha a fait son apparition en Inde et dispensé divers enseignements tout au long de sa vie. Dans sa quarante-troisième année d’enseignement, il se mit à exposer le Sūtra du Lotus. Pendant les huit années suivantes, tous ses disciples adoptèrent le Sūtra du Lotus, car il est comparable à un joyau qui exauce les vœux. Mais deux cent mille ri3 de montagnes et de mers séparent le Japon de l’Inde, de sorte que les gens ici n’ont jamais entendu le nom du Sūtra du Lotus.

Plus de mille deux cents ans après la disparition du bouddha Shakyamuni, le Sūtra du Lotus avait été apporté en Chine mais pas encore au Japon. Plus de mille cinq cents ans après sa disparition, la Loi bouddhique fut introduite pour la première fois au Japon depuis le royaume coréen de Baekje, sous le règne de l’empereur Kimmei [539-571], trentième souverain du Japon. De plus, au cours des sept cents ans écoulés depuis que le prince Jōgū avait fait apporter la Loi bouddhique de Chine, le Sūtra du Lotus et tous les autres sūtras ont été largement propagés de sorte que, depuis le souverain jusqu’au peuple, tous les gens clairvoyants ont fini par adopter ce Sūtra du Lotus dans sa totalité, ou ils en ont pris seulement un volume ou un chapitre, pour exprimer leur reconnaissance envers leurs parents. Ainsi, ils sont convaincus d’avoir bel et bien adopté le Sūtra du Lotus. Pourtant ils n’ont jamais récité Nam-myōhō-renge-kyō à voix haute et, même s’ils semblent croire dans le Sūtra du Lotus, en fait, c’est loin d’être le cas.

970C’est comme si la tortue borgne, ayant trouvé le bois de santal sacré qu’il est difficile de rencontrer, ne plaçait pas son ventre dans le creux. Dans ce cas, elle aurait rencontré le bois de santal en vain, et sombrerait de nouveau instantanément au fond de l’océan.

En plus de sept cents ans, le Sūtra du Lotus s’est propagé largement dans notre pays et ceux qui lisent, enseignent, font des offrandes ou adoptent ce Sūtra sont plus nombreux que les plants de riz et de chanvre ou les bambous et les roseaux. Cependant, aucun d’eux ne récite jamais Nam-myōhō-renge-kyō comme ils récitent le nom du bouddha Amida, pas plus qu’ils n’exhortent les autres à le faire. Lire les divers sūtras ou invoquer les noms des divers bouddhas, c’est être comme une tortue rencontrant un morceau de bois ordinaire. Excepté le santal, rien ne peut rafraîchir le ventre de la tortue. Excepté le soleil, rien ne peut réchauffer la carapace qu’elle a sur le dos. De tels enseignements ne font que satisfaire les yeux et réjouir le cœur mais n’apportent pas de bienfaits. Ils sont comme des plantes qui fleurissent mais ne donnent pas de fruits ou comme des paroles jamais mises en pratique.

Je suis le premier à avoir récité Nam-myōhō-renge-kyō au Japon. Durant les quelque vingt ans écoulés depuis l’été de la cinquième année de l’ère Kenchō [1253]4, j’ai été le seul à réciter Nam-myōhō-renge-kyō jour et nuit, matin et soir. Ceux qui récitent le Nembutsu sont au nombre de dix millions. Je n’ai le soutien d’aucune personne dotée d’autorité, alors que les alliés du Nembutsu détiennent le pouvoir et sont de noble naissance. Cependant, quand un lion rugit, toutes les autres bêtes sauvages sont réduites au silence et un chien est terrifié par l’ombre d’un tigre. Quand le soleil se lève dans le ciel à l’est, la lumière de toutes les étoiles disparaît complètement.

L’invocation du nom du bouddha Amida a exercé une influence là où le Sūtra du Lotus n’a pas encore été propagé. Mais une fois proclamée l’invocation de Nam-myōhō-renge-kyō, le Nembutsu deviendra comme un chien tremblant devant un lion ou comme la lumière des étoiles pâlissant devant le soleil. Le Daimoku et le Nembutsu sont aussi dissemblables qu’un épervier et un faisan. C’est pour cela que les quatre sortes de croyants5 me considèrent avec jalousie et que tous les gens, de haute comme de basse condition, éprouvent de la haine à mon égard. Ceux qui lancent des accusations sans fondement à mon encontre emplissent le pays et les méchants abondent sur cette terre. C’est pourquoi les gens choisissent ce qui est inférieur et détestent ce qui est supérieur. C’est comme si l’on affirmait qu’un chien est plus courageux qu’un lion ou que les étoiles paraissent plus brillantes que le soleil. Ainsi, ma mauvaise réputation, celle d’un homme aux vues erronées, s’est répandue largement sous les formes les plus diverses, j’ai été faussement accusé, calomnié, attaqué à coups de sabre et de bâton et exilé à maintes reprises. Toutes ces persécutions coïncident parfaitement avec un passage du cinquième volume du Sūtra du Lotus6. C’est pourquoi j’ai les larmes aux yeux et la joie m’envahit tout entier.

Je n’ai pas suffisamment de vêtements pour me couvrir ni assez de provisions pour survivre. Je vis comme Su Wu qui parvint à survivre en mangeant de la neige alors qu’il habitait parmi les barbares du nord, ou comme Bo Yi, qui se nourrissait de fougères pendant qu’il vivait sur le mont Shouyang. Qui d’autre que mes parents se donnerait la peine de me rendre visite en un tel lieu ? Sans la protection des Trois Trésors, comment subviendrais-je à mes besoins vitaux, ne serait-ce qu’un seul jour ou un seul instant ? Je ne peux que m’émerveiller que vous m’envoyiez si fréquemment un messager alors même que nous ne nous sommes jamais rencontrés.

Il est dit dans le quatrième volume du Sūtra du Lotus que le bouddha Shakyamuni 971revêtira la forme d’un homme du commun afin de faire des offrandes au pratiquant du Sūtra du Lotus7. Le bouddha Shakyamuni serait-il donc entré dans votre corps ou est-ce les racines de bien du passé qui se sont ravivées ?

Une femme appelée la fille du roi-dragon parvint à la bouddhéité grâce à la foi dans le Sūtra du Lotus : elle fit donc le vœu de protéger les femmes qui adoptent ce Sūtra à l’époque de la Fin de la Loi. Auriez-vous un lien avec elle ? C’est vraiment admirable !


Nichiren


Le vingt-sixième jour du troisième mois de la deuxième année de Kōan [1279], signe cyclique de tsuchinoto-u


Réponse à l’épouse du défunt Matsuno

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Notes


 1. Sūtra du Lotus, chap. 14.

 2. Il s’agit d’une unité de mesure dans l’Inde ancienne. Voir glossaire.

 3. Il s’agit d’une unité de mesure linéaire. Voir glossaire.

 4. Nichiren a récité Nam-myōhō-renge-kyō en public pour la première fois au Seichō-ji, dans la province d’Awa, le vingt-huitième jour du quatrième mois de 1253, établissant ainsi son enseignement. Selon le calendrier lunaire, le quatrième mois est le premier mois de l’été.

 5. Il s’agit des moines, des nonnes et des laïcs, hommes et femmes.

 6. Le « passage du cinquième volume du Sūtra du Lotus » est un passage de la partie en vers du chapitre “Exhortation à la persévérance”, qui prédit que les pratiquants du Sūtra du Lotus feront face aux trois puissants ennemis.

 7. Cette affirmation se trouve dans un passage du chapitre “Le maître de la Loi”.

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