Soka Gakkai Bibliothèque du bouddhisme de Nichiren

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ÉCRITS: 30 Sur l’ouverture des yeux

( pp.220 - 300 )

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 1. Également connu sous le nom de Yu Shun. C’est le dernier des cinq empereurs, souverains légendaires de la Chine ancienne.

 2. Le gouverneur de Pei est Liu Bang (247-195 avant notre ère), fondateur de l’ancienne dynastie des Han. Il fit de son père un empereur à titre posthume.

 3. Quand le roi Wu décida de renverser le tyran Zhou, de la dynastie des Yin, il sculpta, avant de partir en campagne contre ce dernier, une statue en bois de son père, qui avait chéri comme lui le désir de sauver les êtres. Le gouverneur de l’Ouest est le roi Wen de la dynastie des Zhou, le troisième des trois rois qui régnèrent après les cinq empereurs.

 4. Durant la dynastie des Han postérieurs, Ding Lan, qui avait perdu sa mère à l’âge de quinze ans, fit d’elle une statue qu’il se mit à servir comme si elle était encore en vie.

 5. Plus connu dans les pays francophones sous le nom de Lao Tseu.

 6. Yin Shou et Wu Cheng sont des figures légendaires. Taigongwang était un général qui servit le roi Wen et, après la mort de ce dernier, le roi Wu, fils de Wen. Il lutta avec bravoure au côté du roi Zhou, de la dynastie des Yin, et contribua à la prospérité de la dynastie des Zhou.

 7. Le caractère chinois traduit ici par « mystère » veut dire ténébreux et sombre.

 8. Les principes concernent les deux premières des cinq vertus fondamentales enseignées par Confucius.

 9. Leurs noms sont inconnus.

 10. On trouve cela dans le Liezi, l’un des premiers textes de Laozi.

 11. La bienséance et la musique étaient considérées comme fondamentales pour renforcer le sens de la moralité chez les gens et maintenir l’ordre social.

 12. Les trois entraînements essentiels pour le pratiquant du bouddhisme.

 13. Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration. Ici, « la véritable Voie » est le bouddhisme.

 14. La Grande Concentration et Pénétration.

 15. Confucius, son disciple Yan Hui, et Laozi.

 16. Kapila et Uluka furent les fondateurs respectifs des écoles Samkhya et Vaisheshika, deux des six écoles majeures des doctrines non bouddhiques dans l’Inde ancienne. Quant aux enseignements de Rishabha, on dit qu’ils ont ouvert la voie au jaïnisme. Kapila, Uluka et Rishabha furent appelés les trois ascètes.

 17. Le monde sans forme étant divisé en quatre domaines, celui-ci est le plus élevé.

 18. Les écoulements désignent ici les illusions et les égarements. Les mondes de la forme et du sans forme sont les deux plus élevés dans le monde des trois plans.

 19. Il s’agit peut-être d’une reformulation d’un passage du Sūtra du Nirvana.

 20. Ibid.

 21. Il s’agit de l’avidité, de la haine et de l’ignorance.

 22. Sūtra du Lotus, chap. 8.

 23. « La transmigration avec différences et limites » désigne la transmigration des êtres non éveillés à travers les six voies. Dans ce cycle répété de renaissances à travers les six mondes illusoires les plus bas, les êtres vivants naissent avec des durées de vie limitées et sous différentes formes, en fonction de leur karma. « La transmigration avec changement et progression » concerne la transmigration des auditeurs, des bouddhas-pour-soi et des bodhisattvas. Dans cette transmigration, les êtres changent ou se libèrent du corps soumis à la transmigration avec différences et limites, tout en éliminant graduellement les illusions menant à la souffrance.

 24. Le grand homme désigne ici le Bouddha.

 25. Il s’agit d’un passage du Sūtra aux sens infinis où il est dit : « Durant ces quelque quarante années, je n’ai pas encore révélé la vérité [tout entière]. »

 26. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 27. Ibid., chap. 11.

 28. Cet épisode est décrit dans le vingt et unième chapitre du Sūtra du Lotus.

 29. Il s’agit ici de la théorie des trois mille mondes en un instant de vie, fondée sur l’enseignement théorique (première moitié) du Sūtra du Lotus, et de la réalité des trois mille mondes en un instant de vie, fondée sur l’enseignement essentiel, (la seconde moitié) du Sūtra.

 30. Sūtra du Nirvana.

 31. « L’appropriation des enseignements bouddhiques » décrit l’attitude des non-bouddhistes qui incorporent les enseignements du Hinayana dans leurs propres doctrines, en prétendant qu’ils font partie de leur enseignement. « Plagier des enseignements bouddhiques » décrit l’attitude des non-bouddhistes qui plagient les enseignements bouddhiques en présentant le Mahayana comme la doctrine de leur propre école. Ils sont décrits dans La Grande Concentration et Pénétration.

 32. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 33. Sūtra aux sens infinis.

 34. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 35. Ibid.

 36. Selon la cosmologie de l’Inde ancienne, le cercle des eaux est l’un des trois cercles, composés respectivement d’or, d’eau et de vent, qui soutenaient le mont Sumeru et les continents environnants.

 37. Les dettes dues à nos parents, à notre maître, à notre souverain, et aux Trois Trésors bouddhiques.

 38. Voir note 18.

 39. Dans le Sūtra de la grande perfection de sagesse dans sa version longue, ces mots sont prononcés par Subhuti, un disciple du Bouddha, mais Nichiren s’exprime comme s’il s’agissait des paroles de Shakyamuni lui-même, exposant le sūtra.

 40. C’est ce que les êtres célestes déclarèrent en versant des larmes de joie lorsqu’ils entendirent l’enseignement du Bouddha. La méditation shuramgama est censée prévenir les troubles liés aux désirs terrestres et aux illusions.

 41. Il s’agit d’une citation du Sūtra aux sens infinis, considéré comme une introduction au Sūtra du Lotus.

 42. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 43. Ibid., chap. 21.

 44. Ibid., chap. 22.

 45. Il s’agit d’une référence au Sūtra de la Guirlande de fleurs.

 46. Les quatre bouddhas sont Akshobhya (à l’est), Signe-du-Joyau (au sud), Vie-Infinie (à l’ouest) et Voix-Subtile-et-Merveilleuse (au nord).

 47. Sūtra du Lotus, chap. 3.

 48. Ibid., chap. 11.

 49. Il s’agit de la révélation du fait que le bouddha Shakyamuni avait déjà atteint l’illumination dans un très lointain passé. Elle apparaît dans le chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel du Sūtra du Lotus. Le premier enseignement important est que les personnes des deux véhicules peuvent atteindre la bouddhéité, comme l’explique l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus.

 50. Il s’agit des dix aspects de l’interrelation entre tous les phénomènes, du point de vue de l’illumination du Bouddha. Voir « dix mystères » dans le glossaire.

 51. La doctrine de l’école Kegon qui, avec la doctrine des dix mystères, analyse le monde phénoménal à la fois du point de vue de la différence et de l’identité. Voir glossaire.

 52. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 53. Ibid.

 54. Ibid.

 55. Il s’agit des chapitres 2 à 9 de “Moyens opportuns” à “Prophétie aux novices et aux disciples confirmés”.

 56. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 57. Ibid., chap. 15.

 58. Ibid.

 59. Ibid., chap. 16.

 60. Ibid.

 61. Les causes sont ici la pratique des quatre enseignements (l’enseignement des Trois Corbeilles, l’enseignement intermédiaire, l’enseignement spécifique et l’enseignement parfait) menant à l’atteinte de l’illumination. Voir aussi « huit enseignements » dans le glossaire.

 62. En révélant que le Bouddha conserve encore la totalité des neuf états après avoir atteint l’illumination, le chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel démontre que la cause (les neuf états) et l’effet (la bouddhéité) existent simultanément.

 63. Dans les sūtras Agama, Shakyamuni dispense les enseignements inférieurs du Hinayana. C’est pourquoi il est appelé ici « le petit Shakyamuni ».

 64. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 65. Les chapitres “Surgir de terre” et “Durée de la vie” révèlent que l’illumination de Shakyamuni se produisit en fait dans un très lointain passé, et que les Trois Corps (le Corps du Dharma, le Corps de rétribution et le Corps de manifestation) sont éternellement inhérents à la vie du bouddha Shakyamuni.

 66. État du nord-est de l’Inde. Asanga était originaire de Gandhara mais passa l’essentiel de sa vie à Ayodhya.

 67. Dharmapala, Nanda, et Shilabhadra étaient des érudits de l’école Yogacara, ou école Rien-que-conscience, affiliés au monastère de Nalanda, en Inde.

 68. Ancien nom du Kōfuku-ji, temple principal de l’école Hossō. C’était l’un des sept temples majeurs de Nara.

 69. Vatsa était le fondateur de l’école du Hinayana Vatsiputriya ; et Vaipulya introduisit le Mahayana dans les enseignements non bouddhiques. Quant à Vimalamitra, cité dans la phrase suivante, on dit qu’il a calomnié Vasubandhu, tandis que Madhava était un érudit de l’école Samkhya.

 70. Dans une période de décroissance, la durée de la vie humaine va en diminuant. Selon le Trésor de l’analyse de l’Abhidharma, durant le kalpa de stabilité, la durée de la vie humaine connaît alternativement des phases de croissance et de décroissance.

 71. Le troisième groupe se réfère à l’histoire du bouddha Excellence-Sagesse-Grandes-Universelles et de ses seize fils, telle qu’elle apparaît dans le chapitre “La parabole de la cité ilusoire” du Sūtra du Lotus. Il y a des kalpa de particules de poussière de mondes majeurs, Excellence-Sagesse-Grandes-Universelles enseigna le Sūtra du Lotus à ses seize fils. Ces fils l’enseignèrent ensuite aux autres. Parmi ceux-ci, le troisième groupe est constitué de ceux qui ont entendu le Sūtra du Lotus à cette époque mais qui n’y ont pas cru. De ce fait, ils n’ont pas pu atteindre l’illumination, même lorsque le seizième fils apparut en Inde sous le nom de bouddha Shakyamuni pour les instruire de nouveau.

 72. Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur de Daochuo, deuxième patriarche de l’école de la Terre pure, en Chine.

 73. La première citation est extraite du Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur et la seconde de l’Éloge de la renaissance dans la Terre pure de Shandao, troisième patriarche de l’école de la Terre pure, en Chine.

 74. Il s’agit de divers obstacles et entraves à la pratique du bouddhisme. Voir « trois obstacles et quatre démons » dans le glossaire.

 75. On disait alors que le monde passait en permanence par un cycle de formation, stabilité, déclin et destruction, chacune de ces quatre phases étant d’une durée d’un kalpa moyen. La fin du kalpa de déclin est marquée par un grand incendie qui consume le monde.

 76. Il s’agit de son exil sur la péninsule d’Izu, puis sur l’île de Sado.

 77. Sūtra du Lotus, chap. 10.

 78. Ibid., chap. 3.

 79. Ibid., chap. 14.

 80. Ibid., chap. 13.

 81. Ibid.

 82. Ibid., chap. 20.

 83. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 84. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 85. Essai sur la protection du pays. Tokuitsu (dates inconnues), moine de l’école Hossō, s’engagea dans une longue controverse avec Dengyō. Zhiyi est un autre nom de Tiantai.

 86. Non-bouddhistes : ce terme se réfère généralement aux brahmanistes dans le texte des sūtras ainsi qu’aux confucéens et taoïstes dans le Dongchun.

 87. Les six surintendants des moines étaient les moines des temples de la ville de Nara qui calomnient Dengyō, en 819. Il s’agissait de Jō’e du Kōfuku-ji, Buan du Tōshōdai-ji, Shuen du Kōfuku-ji, Taien du Saidai-ji, Sebyō du Gangō-ji, et du surintendant principal Gomyō, du Gangō-ji.

 88. Région qui correspond à une partie de la Mongolie actuelle.

 89. Dans le chapitre “Exhortation à la persévérance”, huit cent mille millions de nayuta de bodhisattvas décrivent les persécutions qu’ils endureront après la disparition du Bouddha pour la cause du Sūtra du Lotus.

 90. Sūtra du Lotus, chap. 13. Dans la strophe en vingt lignes du chapitre “Exhortation à la persévérance”, les innombrables bodhisattvas réunis font le vœu de braver diverses difficultés en propageant le Sūtra du Lotus à l’époque de la Fin de la Loi. Ces difficultés furent plus tard identifiées par Miaole comme l’œuvre des trois puissants ennemis. Il est question dans ce passage du premier des « trois puissants ennemis » (voir glossaire). Dans le chapitre “Exhortation à la persévérance”, ne sont en fait cités que les sabres et les bâtons. « Les pierres et les tuiles » sont mentionnées dans le chapitre “Le bodhisattva Jamais-Méprisant”.

 91. Sūtra du Lotus, chap. 13. Il s’agit d’une référence au deuxième des trois puissants ennemis. Voir glossaire.

 92. Sūtra du Lotus, chap. 13.

 93. Ibid.

 94. Ibid.

 95. Deux des trois versions chinoises du Sūtra du Lotus existant encore aujourd’hui sont mentionnées ici. Les trois versions sont : le Sūtra du Lotus de la Loi correcte, le Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse, la Version complétée du Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse, respectivement traduites par Dharmaraksha, par Kumarajiva, et par Jnanagupta et Dharmagupta. Parmi ces versions, celle de Kumarajiva est de loin la plus largement utilisée.

 96. En 544 avant notre ère, Jizha, le fils de Choumeng, roi de Wu, reçut l’ordre de se rendre en visite dans d’autres pays en qualité d’émissaire. À ce moment-là, on lui offrit un sabre de valeur. Quand il traversa le pays de Xu, le seigneur du pays vit ce sabre et souhaita l’obtenir, sans oser le dire. Cependant, Jizha comprit le désir du seigneur et dans son cœur s’engagea à lui offrir le sabre une fois qu’il aurait accompli sa mission et serait de retour à Xu. Mais, à son retour, il apprit que le seigneur était mort. Fidèle à sa promesse, il déposa le sabre sur la tombe de ce dernier.

 97. On ignore les détails de cette histoire ; elle symbolise la profonde gratitude de Wang Shou pour l’environnement naturel et son sens de l’intégrité.

 98. Monde des êtres ignorants qui transmigrent au sein des six voies de l’existence. Voir glossaire.

 99. Un jour où Mao Bao marchait le long du fleuve Yangzi Jiang, il vit un pêcheur attraper une tortue et s’apprêter à la tuer. Il acheta la tortue et la remit à l’eau. Plus tard, Mao Bao fut vaincu par le puissant général Shihu. Quand il battit en retraite vers le fleuve Yangzi Jiang, la tortue qu’il avait sauvée apparut et le porta sur son dos jusqu’au rivage opposé.

 100. Un étang fondé par l’empereur Wu, de la dynastie des Han antérieurs. Un jour, il vit un poisson dans l’étang, la gorge transpercée par un hameçon. Pris de pitié, l’empereur retira l’hameçon et remit le poisson à l’eau. Par la suite, afin de s’acquitter de sa dette, le poisson offrit un brillant joyau à l’empereur.

 101. Les douze cents auditeurs sont les arhat à qui l’on prédit l’atteinte de la bouddhéité dans le chapitre “Prophétie de l’illumination à cinq cents disciples” du Sūtra du Lotus. On donna à chacun d’eux le même nom : l’Ainsi-Venu Clarté-Universelle.

 102. Les mille auditeurs sont les disciples qui se réunirent au premier concile bouddhique, convoqué au Magadha peu après la mort de Shakyamuni pour compiler ses enseignements.

 103. C’est une énumération des cinq sortes de vision. « Œil » signifie ici la faculté à percevoir. Voir « cinq sortes de vision » dans le glossaire.

 104. Sūtra du Lotus, chap. 4. La « chose rare » dont la citation fait état désigne le Sūtra du Lotus, et « en offrant nos mains et nos pieds » signifie servir le Bouddha et pratiquer ses enseignements.

 105. Terme utilisé pour désigner l’ensemble des enseignements exposés avant le Sūtra du Lotus. Voir glossaire.

 106. Cette histoire est contenue dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti. Quand Mahakashyapa entendit Vimalakirti parler de l’illumination, il ne comprit rien et pleura en entendant dire qu’il ne possédait pas de manière inhérente la graine de la bouddhéité. Le sūtra relate que le son de ses larmes se répandit dans tout le système de mondes majeurs.

 107. On trouve aussi cette histoire dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti. Un jour, Subhuti vint demander l’aumône à Vimalakirti. Vimalakirti emplit son bol tout en lui disant qu’il ne méritait pas d’offrandes et que ceux qui lui en faisaient tomberaient à coup sûr dans les trois mauvaises voies. Shubhuti en fut si choqué qu’il faillit partir en oubliant son bol d’aumônes.

 108. Cette histoire figure dans le Traité de la grande perfection de sagesse. Quand le bouddha Shakyamuni reprocha à Shariputra de manger de la nourriture impure, Shariputra fut si surpris qu’il la recracha. La nourriture impure désigne les offrandes qui ne viennent pas du cœur.

 109. Cette histoire apparaît dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti. Quand le bouddha Shakyamuni vit Purna enseigner aux gens les enseignements du Hinayana, il lui dit qu’il ne fallait pas placer des choses impures dans un vase précieux.

 110. Dans la période précédant son renoncement à la vie séculière, Shakyamuni se maria avec Yashodhara, une belle femme que Devadatta souhaitait également épouser. Par la suite, Devadatta éprouva du ressentiment à son égard.

 111. Il s’agit d’un passage du Sūtra du Nirvana.

 112. Ces histoires font partie des neuf grandes épreuves ou persécutions subies par le bouddha Shakyamuni. Elles sont décrites dans le Traité de la grande perfection de sagesse et dans d’autres textes.

 113. L’histoire du roi Virudhaka apparaît dans les Règles monastiques sur différents sujets et dans d’autres sources ; elle entre aussi dans le cadre des neuf épreuves précédemment mentionnées. L’histoire de la nonne Utpalavarna figure dans le Traité de la grande perfection de sagesse. Elle accusa Devadatta d’être un grand ennemi du bouddhisme et celui-ci en éprouva tant de fureur qu’il la battit à mort. Le désastre de Kalodayin est décrit dans les Dix catégories de règles monastiques ; un jour, alors que Kalodayin mendiait, une femme lui fit l’aumône, mais son mari, rendu furieux par la jalousie, le tua. Quant au destin de Maudgalyayana, il est décrit dans les Règles monastiques sur différents sujets. Toutes ces histoires apparaissent également dans les divers sūtras Agama.

 114. Adapté d’un passage du Sūtra du Nirvana.

 115. Verger de manguiers situé dans la ville de Vaishali, en Inde.

 116. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 117. Dans l’Histoire des successeurs du Bouddha, il est dit que, lorsque Mahakashyapa sentit la mort approcher, il transmit les enseignements à Ananda et se rendit au mont Kukkutapada dans le Magadha, où il entra en méditation et mourut. On dit que Mahakashyapa ne devait pas réapparaître dans le monde avant le bodhisattva Maitreya, soit pas avant cinq mille six cent soixante-dix millions d’années après la disparition du Bouddha.

 118. Il s’agit de la cinquième période de cinq cents ans après la disparition du Bouddha, ou de la première période de cinq cents ans de l’époque de la Fin de la Loi.

 119. Il s’agit d’une référence au chapitre “Les actes antérieurs du bodhisattva Roi-de-la-Médecine” du Sūtra du Lotus. « Quand j’aurai disparu, dans la dernière période de cinq cents ans, il te faudra le propager largement dans tout le Jambudvipa, sans le laisser jamais disparaître (...). »

 120. Il s’agit d’une référence à une transmission spéciale en dehors des écrits, ne reposant ni sur les mots ni sur les formules, expression généralement utilisée dans le Zen.

 121. En fait, Hōnen n’a pas cité ces mots dans cet ordre. Nichiren les a pris dans le Choix du Nembutsu par-dessus tout et il les a réunis pour en faire un ensemble.

 122. Toutes ces étapes font partie des cinquante-deux étapes par lesquelles un bodhisattva progresse depuis sa décision initiale jusqu’à l’atteinte de l’illumination parfaite.

 123. « L’inconcevable libération » se définit comme l’éveil au principe profond et subtil du Mahayana. Elle est décrite dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti.

 124. Les deux divinités sont Shiva et Vishnu.

 125. Après avoir renoncé à la vie séculière, Shakyamuni s’engagea pendant douze ans dans diverses pratiques jusqu’à ce qu’il atteigne l’illumination. On dit que pendant les six premières années il réalisa les pratiques ascétiques (douloureuses) et, pendant les six années suivantes, il persévéra dans la pratique de la méditation (aisée).

 126. Cette histoire apparaît dans le chapitre “Introduction” du Sūtra du Lotus. Dans le passé lointain, Manjusri apparut comme le bodhisattva Éclat-Merveilleux, disciple du bouddha Éclat-du-Soleil-et-de-la-Lune. Après la disparition du Bouddha, Éclat-Merveilleux resta fidèle au Sūtra du Lotus, exposé par son maître. Le Bouddha avait donné naissance à huit fils avant de renoncer au monde. Éclat-Merveilleux mena les princes à l’illumination. Le dernier à atteindre la bouddhéité fut le bouddha Torche-Enflammée, sous la direction de qui Shakyamuni avait pratiqué le Sūtra pour atteindre l’illumination dans une existence passée. C’est pourquoi Shakyamuni est qualifié de « neuvième disciple du bodhisattva Manjusri ».

 127. Dans le Sūtra aux sens infinis, le bouddha Shakyamuni dit : « Ces sens innombrables naissent d’une Loi Unique » mais il ne clarifie pas ce qu’est cette Loi.

 128. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 129. Sad correspond au sad de Saddharmapundarika-sūtra, nom sanskrit du Sūtra du Lotus.

 130. Inde et Asie centrale.

 131. Cette citation n’a pas été retrouvée. Jizang (549-623) était un moine de l’école Sanlun, en Chine.

 132. Cette traduction s’inspire d’une traduction anglaise qui se fonde sur une reconstitution (voir le texte au-dessus de la traduction française) à partir de versions du mantra qui figurent dans les Écrits de Kakuzen et d’autres sources.

 133. Selon la tradition de l’école Shingon, Nagarjuna reçut du bodhisattva Vajrasattva le Sūtra de Mahavairochana ainsi que d’autres enseignements ésotériques préservés dans une tour de fer dans le sud de l’Inde.

 134. Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration.

 135. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 136. L’un des quatre vœux universels d’un bodhisattva. Les autres sont : éradiquer les innombrables désirs terrestres, maîtriser les incommensurables enseignements bouddhiques, et atteindre l’illumination suprême. La citation qui suit provient du deuxième chapitre du Sūtra du Lotus.

 137. Sūtra du Lotus, chap. 3.

 138. Essai sur la protection du pays.

 139. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 140. Ibid.

 141. Sorte de feuillage utilisée dans les cérémonies religieuses.

 142. Ce symbolisme figure dans les sūtras du Shingon. On trouve quatre bouddhas assis sur quatre pétales et quatre bodhisattvas sur les quatre autres. Le bouddha Mahavairochana est assis au centre du lotus ; cette scène est décrite dans le Sūtra de Mahavairochana. Le Sūtra de la couronne de diamants dépeint trente-sept bouddhas et bodhisattvas parmi lesquels figure le bouddha Mahavairochana.

 143. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 144. Sagesse-du-Dharma, Forêt-de-Mérites, Bannière-de-Diamants et Resserre-de-Diamants.

 145. Manjusri, Sagesse-Universelle, Maitreya et Sensible-aux-Sons-du-Monde.

 146. Les seize bodhisattvas qui accompagnent les bouddhas des quatre coins de l’univers.

 147. Taigongwang est le titre d’un général qui servit les rois Wen et Wu, de la dynastie des Zhou. Les trois autres sages sont Yin Shou, Wu Cheng et Laozi.

 148. L’empereur Gaozu (247-195 avant notre ère), fondateur de la dynastie des Han antérieurs, entreprit de renier son fils, le futur empereur Hui. La mère de ce dernier, l’impératrice Lu, persuada les quatre éminents vieillards vivant sur le mont Shang de devenir ses conseillers. On les connaissait sous le nom de Maître Tong Yuan, l’érudit Luli, Qi Liji et le Maître Xia Huan. En voyant ces quatre vieillards, l’empereur fut impressionné par leur dignité et accepta Hui comme successeur.

 149. Sūtra du Lotus, chap. 15.

 150. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 151. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 152. Ce qualificatif attribué à Maitreya signifie « l’invincible ».

 153. Sūtra du Lotus, chap. 15.

 154. Ibid.

 155. Lac situé sur les terres du monastère du bois de bambous, à Rajagriha, dans le Magadha.

 156. Sūtra du Lotus, chap. 15.

 157. Selon le Sūtra de la méditation, quand Ajatashatru tua son père et enferma Vaidehi à l’intérieur du palais, cette dernière se tourna vers le pic de l’Aigle où Shakyamuni enseignait et lui adressa une prière. Par compassion, il apparut dans sa chambre et lui enseigna comment atteindre la Terre pure du bouddha Amida.

 158. Le chapitre “Devadatta” décrit la relation de maître et disciple entre Devadatta et Shakyamuni dans leur existence précédente. Ce chapitre évoque un roi qui, afin de rechercher la grande Loi, servit le prophète Asita pendant mlle ans. Après avoir relaté cette histoire, Shakyamuni expliqua qu’il était le roi dans cette existence antérieure alors qu’Asita était Devadatta. Il était devenu le maître d’un homme qui l’avait instruit autrefois. Le chapitre “Devadatta” apporte donc une réponse à la question soulevée dans le Sūtra de la méditation.

 159. Sūtra du Lotus, chap. 16.

 160. Ibid.

 161. Source inconnue.

 162. Extrait de La clé précieuse du trésor secret, écrit par Kōbō.

 163. Ce sont des pratiques destinées à éradiquer les illusions de la pensée et du désir.

 164. Annotations sur le Sūtra de la Guirlande de fleurs parlent de deux types de Corps de manifestation, l’un supérieur et l’autre inférieur.

 165. Traité des cinq cents questions.

 166. A l’époque de Tiantai, les enseignements ésotériques du Zhenyan n’étaient pas encore parvenus en Chine. Shanwuwei les apporta de l’Inde en 716, peu après la naissance de Miaole.

 167. Quand Dengyō se rendit en Chine, il étudia principalement les enseignements de Tiantai fondés sur le Sūtra du Lotus. Mais quand il revint au Japon, il apporta aussi avec lui des enseignements ésotériques. C’est pourquoi il est considéré comme le premier patriarche des traditions bouddhiques ésotériques et exotériques, puisqu’il introduisit les textes ésotériques avant Kōbō.

 168. Sūtra du Lotus, chap. 23.

 169. C’est-à-dire qu’ils ne révèlent pas l’atteinte de l’illumination du Bouddha dans le lointain passé, expliquée dans le Sūtra du Lotus.

 170. Dans son Traité sur le Sūtra du Lotus, Vasubandhu affirma la supériorité du Sūtra du Lotus sur tous les autres sūtras, en se fondant sur dix points de vue différents. « Les graines sans pareilles » est le premier d’entre eux.

 171. Le mandala du Plan de la matrice, décrit dans le Sūtra de Mahavairochana, et le mandala du Plan du diamant, décrit dans le Sūtra de la couronne de diamants.

 172. À partir de la préface de la Clarification des écoles fondées sur la doctrine de Tiantai, Yixing (683-727) aida son maître Shanwuwei à traduire la version sanskrite du Sūtra de Mahavairochana en chinois et compila ses enseignements oraux sous le titre Annotations sur le Sūtra de Mahavairochana.

 173. On pense que ce poème est de Kakinomoto Hitomaro. Extrait des neuf volumes de la collection des poèmes anciens et modernes. Dans le texte japonais, seuls les premiers vers sont cités. L’île d’Ezo est l’ancien nom de l’île de Hokkaïdo, une des quatre îles principales située au nord du Japon.

 174. Dans son Traitè sur les dix ètapes de l’esprit, Kōbō établit une correspondance entre les divers enseignements bouddhiques et les dix niveaux de développement de l’esprit et classa le Sūtra du Lotus en huitième position, le Sūtra de la Guirlande de fleurs en neuvième position, et les enseignements ésotériques en dixième position, soit la position la plus élevée.

 175. La traduction a été développée pour clarifier les termes techniques utilisés. Dans son Traité sur la profondeur du Sūtra du Lotus, Jiaxiang, plus connu sous le nom de Jizang (549-623) affirma que le Sūtra du Lotus était inférieur aux sūtras de la Sagesse.

 176. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 177. Les vingt-cinq bodhisattvas de l’école Jōdo protègent tous ceux qui vénèrent le bouddha Amida. Les mille deux cents honorés sont les bouddhas, bodhisattvas et autres êtres représentés sur les deux mandalas du Shingon.

 178. Une personne qui conduit dans l’erreur.

 179. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 180. Ibid.

 181. Ibid.

 182. La Reine-mère de l’Ouest est une déesse légendaire de Chine. On dit que les pêchers de son jardin ne produisent des fruits que tous les trois mille ans. Quant à la fleur udumbara, elle éclôt aussi tous les trois mille ans pour annoncer l’apparition dans le monde d’un roi-qui-fait-tourner-la-roue.

 183. Le gouverneur de Pei, Liu Bang, et Xiang Yu profitèrent de la confusion qui suivit la mort du premier empereur de la dynastie des Chin pour lever des troupes et renverser la dynastie. Ensuite, tous deux s’engagèrent dans un long combat pour le pouvoir. Il s’acheva par la victoire de Liu Bang qui fonda la dynastie des Han en 202 avant notre ère.

 184. Le clan Minamoto, dirigé par Minamoto no Yoritomo (1147-1199), engagea une longue campagne pour arracher le pouvoir politique au clan Taira. Les Taira furent finalement vaincus à Danno’ura, et Taira no Munemori (1147-1185), dernier chef de son clan, mourut dans la bataille. Minamoto no Yoritomo établit par la suite le shogunat de Kamakura.

 185. Les garuda sont de gigantesques oiseaux qui, selon la mythologie indienne, se nourrissent de dragons. Anavatapta ou le lac Sans-Chaleur, situé au nord des montagnes Neigeuses, possède une eau froide et claire qui soulage toutes les souffrances. On dit que ce lac est habité par le roi-dragon.

 186. Lankavatara-sūtra, traduit de la version chinoise de Shiksânanda par Patrick Carré, dans la Collection Trésors du Bouddhisme, Fayard 2006.

 187. Voir « six actes difficiles et neuf actes faciles » dans le glossaire.

 188. La Grande Concentration et Pénétration.

 189. L’école Faxiang divise tous les enseignements de Shakyamuni en trois périodes. Les enseignements de la troisième période révèlent la doctrine du rien-que-conscience et réfutent l’attachement extrême à la doctrine de la vacuité. Le Sūtra de la révélation des profonds secrets, le Sūtra du Lotus, le Sūtra de la Guirlande de fleurs et le Sūtra du Nirvana se situent dans cette troisième période.

 190. Sūtra du Nirvana.

 191. Référence aux maîtres bouddhistes sur lesquels on peut s’appuyer, présentés dans le Sūtra du Nirvana et ailleurs. Ce sont les quatre rangs d’auditeurs, le dernier étant le stade le plus avancé, ou stade des arhat. Dans le Sens profond du Sūtra du Lotus, Tiantai établit un lien entre ces quatre rangs et les cinquante-deux étapes de la pratique de bodhisattva.

 192. Sūtra du Nirvana.

 193. Commentaire sur le Sūtra des dix étapes est le premier chapitre du Sūtra de la Guirlande de fleurs.

 194. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 195. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 196. Recueil d’enseignements oraux.

 197. Écoles non bouddhiques ayant emprunté des idées aux écoles bouddhiques. Ne pas confondre avec les sūtras Vaipulya, du même nom.

 198. Sūtra du Lotus, chap. 10.

 199. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 200. Annotations sur le Sens profond du Sūtra du Lotus.

 201. Le ghee, ou beurre clarifié, était considéré comme ce que l’on peut obtenir de meilleur à partir du lait. Tiantai (538-597) l’utilisa comme une métaphore pour désigner la période du Sūtra du Lotus et du Sūtra du Nirvana, indiquant par là que le Sūtra du Lotus était le plus élevé de tous les sūtras.

 202. Sūtra qui traite de thèmes comme les caractéristiques des dharmas, la conscience alaya. Texte de référence de l’école Hossō.

 203. C’est dans ce lieu que Shakyamuni délivra son premier sermon.

 204. Le Grand Véhicule correspond ici à la voie du bodhisattva.

 205. Il s’agit ici du chapitre “Sage majeur” du Sūtra de la Guirlande de fleurs.

 206. Comparaison entre les enseignements exotériques et ésotériques. La citation suivante provient du même passage.

 207. À l’époque de Nichiren, la Chine était gouvernée par la dynastie des Song. « Passer trois années à voyager » est une allusion au voyage en Inde du moine chinois Faxian. Déplorant le manque d’écrits bouddhiques en Chine, il se rendit par la terre jusqu’en Inde, à la fin du IVe siècle, pour y étudier le sanskrit et le canon bouddhique.

 208. On dit qu’Asanga s’éleva dans le ciel Tushita où il hérita des enseignements du bodhisattva Maitreya.

 209. Aux « cinq transgressions capitales » (voir glossaire) s’ajoutent le meurtre d’un moine de grande vertu et le meurtre d’un maître.

 210. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 211. C’est une référence à la persécution de Tatsunokuchi, qui eut lieu en 1271.

 212. Sūtra du Lotus, chap. 13.

 213. Disciple de Miaole, auteur de Dongchun.

 214. Une des versions du Sūtra du Nirvana traduite par Faxian.

 215. Il s’agit là de la traduction du Sūtra du Lotus de Dharmaraksha et non de celle de Kumarajiva. Voir ces noms dans le glossaire.

 216. Il s’agit peut-être là d’une paraphrase d’un passage du Sens profond du Sūtra du Lotus.

 217. Il s’agit peut-être d’une paraphrase des Principes remarquables du Sūtra du Lotus ou de la Clarification des préceptes du Mahayana.

 218. L’histoire du roi Zhao et de Su You apparaît dans le Registre sur la lignée du Bouddha et des patriarches. On considère traditionnellement que le bouddhisme a été introduit en Chine en l’an 67 de notre ère.

 219. Voir « vingt-quatre successeurs » dans le glossaire.

 220. Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur.

 221. Choix du Nembutsu par-dessus tout.

 222. Essai sur la protection du pays.

 223. Essence de l’enseignement du Véhicule Unique. Ici, Eshin, moine de l’école Tendai, utilise l’expression « enseignement parfait » pour désigner le Sūtra du Lotus.

 224. Paraphrase d’un passage des Annotations sur le Sens profond du Sūtra du Lotus. Les trois enseignements sont l’enseignement des Trois Corbeilles, l’enseignement intermédiaire et l’enseignement spécifique, qui désignent les enseignements provisoires.

 225. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 226. Ce terme se réfère aux cinq bienfaits du Corps de la Loi qui sont les caractéristiques de la nature pure et authentique d’un bouddha. Ce Corps de la Loi est à la fois un corps de préceptes, un corps de méditation, un corps de sagesse, un corps de libération et un corps de connaissance de la libération.

 227. Les écoulements désignent les illusions et les égarements.

 228. On dit que le Bouddha dans son Corps de manifestation mesurait environ cinq mètres. Pour « huit erreurs » et « huit vents », voir glossaire.

 229. Cinq composants, également appelés les cinq composants de la vie ou les cinq agrégats.

 230. Par la suite, des commentateurs ont déclaré que « le maître Chan de Ye et de Luo » était Bodhidharma, fondateur du Chan en Chine. Tiantai, cependant, ne le mentionne jamais par son nom, pas plus qu’aucun autre de ses contemporains.

 231. Sūtra du Lotus, chap. 13.

 232. Selon l’histoire traditionnelle du Zen, Shakyamuni brandit une fleur devant l’assemblée au pic de l’Aigle sans que personne ne puisse en comprendre le sens. Mahakashyapa seul comprit ; le Bouddha lui transmit ainsi sans un mot son enseignement. Mahakashyapa le transmit à son tour à Ananda qui le transmit finalement à Bodhidharma, le vingt-huitième patriarche qui avait fait le voyage de l’Inde en Chine. Bodhidharma est considéré comme le fondateur du Zen (Chan) en Chine. Huineng (638-713) fut le sixième patriarche du Zen (Chan) chinois.

 233. Lorsque le bouddhisme fut introduit au Japon, le grand ministre, Mononobe no Moriya, s’y opposa. Le prince Shōtoku et un autre ministre, Soga no Umako, soutinrent la nouvelle religion. Ils se battirent et le clan Soga sortit vainqueur. Moriya fut tué en 587.

 234. Cette parabole apparaît dans le vingt-septième chapitre du Sūtra du Lotus. Voir « tortue borgne » dans le glossaire.

 235. Sūtra du Lotus, chap. 14.

 236. Ibid.

 237. Ibid., chap. 5.

 238. Ibid., chap. 25.

 239. Ibid., chap. 28.

 240. Ibid.

 241. Ibid., chap. 20.

 242. Ibid.

 243. Ibid., chap. 10.

 244. On considère généralement qu’Aryadeva et Aryasimha sont respectivement en quinzième et vingt-quatrième position, dans la lignée des successeurs de Shakyamuni. Mais, si l’on compte Shakyamuni lui-même, alors cette lignée comprend au total vingt-cinq maîtres.

 245. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 246. Sūtra du Lotus, chap. 20.

 247. Dans cette comparaison, le poison correspond à la cause de l’illumination.

 248. Dans ce paragraphe, les termes employés dans la version originale ont été un peu développés pour plus de clarté.

 249. Cette histoire apparaît dans le Traité de la grande perfection de sagesse et ailleurs. Dans son existence passée, Shariputra pratiquait la voie du bodhisattva quand un brahmane le supplia de lui faire don de son œil. Shariputra le lui donna, mais le brahmane fut si écœuré par son odeur qu’il le jeta et l’écrasa. Voyant cela, Shariputra fut pris d’un tel désespoir qu’il renonça à sa pratique.

 250. Sūtra du Lotus, chap. 3.

 251. Les deux premiers des dix sujets de méditation formulés par Tiantai dans La Grande Concentration et Pénétration. Grâce aux méditations sur ces dix objets, on vise à s’éveiller aux limites des neuf états.

 252. Ce passage est développé dans les Annotations sur le Sūtra du Nirvana. Les trois obstacles sont les désirs terrestres, le karma et la rétribution.

 253. Sūtra du Lotus, chap. 14.

 254. Selon le Sūtra du Nirvana, le médicament prescrit par l’ancien médecin était nuisible pour la santé. À dessein de sauver les gens, le nouveau médecin persuada le roi d’utiliser des mesures radicales afin d’interdire l’usage du médicament.

 255. La phrase originale en japonais pourrait aussi être interprétée de la façon suivante : « Le Sūtra du Nirvana dit clairement que le Bouddha confie personnellement son enseignement au souverain [afin qu’il le protège], et dit que les personnes mauvaises devraient être vaincues avec des arcs et des flèches. »

 256. Il s’agit des pays emplis de gens qui ne désirent pas rechercher la Voie du Bouddha.

 257. Un des cinq principes de propagation. Voir glossaire.

 258. Chef militaire.

 259. Annotations sur le Sūtra du Nirvana.

 260. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 261. On trouve cette déclaration dans Le miroir sur la signification du milieu et de l’extrême. Des parties de cette œuvre perdue de Tokuitsu, moine de l’école Hossō, sont citées dans l’Essai sur la protection du pays, de Dengyō.

 262. Dans d’autres sūtras on peut lire que le Bouddha mesurait seize pieds, toutefois cette déclaration citée dans Le miroir sur la signification du milieu et de l’extrême mentionne cinq pieds.

 263. La source de cette citation n’a pas été retrouvée. Saichō est un autre nom de Dengyō.

 264. Kumarajiva accepta une invitation de Yaoxing, roi de la dynastie des Qin postérieurs, à se rendre à Zhangan, la capitale, en 401. Là, il s’engagea dans la traduction de nombreux écrits bouddhiques, du sanskrit en chinois.

 265. On trouve une déclaration similaire dans les Commentaires personnels sur les affaires concernant le prince Shōtoku, une œuvre de Kenshin, moine du XIIIe siècle du Hōryū-ji. Jōgū est un autre nom du prince Shōtoku.

 266. Il s’agit d’une référence à l’histoire du bodhisattva Toujours-Pleurant. Voir « Toujours-Pleurant » dans le glossaire.

22030

Sur l’ouverture des yeux


Texte

Points de repère


Ce traité est l’un des cinq principaux écrits de Nichiren. Il y révèle son identité de Bouddha de l’époque de la Fin de la Loi, doté des trois vertus de souverain, de maître et de parent. Lors du deuxième mois de la neuvième année de Bun’ei (1272), exilé dans de bien pénibles conditions sur l’île de Sado, Nichiren réalisa cette œuvre en deux volumes destinée à tous ses disciples et l’adressa à Shijō Kingo, l’un de ses disciples majeurs de Kamakura, samouraï au service du clan Hōjō au pouvoir à ce moment-là. Quand Nichiren fut conduit sur la plage de Tatsunokuchi, à Kamakura, en 1271, Shijō Kingo l’accompagna, résolu à mourir à ses côtés, et il le vit personnellement triompher de la menace d’exécution. Il effectua aussi le voyage jusqu’à Sado pour rendre visite à Nichiren en exil, et lui envoya ses messagers avec du matériel pour écrire et d’autres biens de première nécessité.

L’objet de vénération pour observer l’esprit, écrit en 1273, clarifie, du point de vue de la Loi, l’objet de vénération qui permet à tous les êtres humains d’atteindre la bouddhéité. Sur l’ouverture des yeux aborde le même sujet du point de vue de la personne ; ce traité laisse entendre que Nichiren est le bouddha appelé à établir l’objet de vénération afin que toute l’humanité parvienne à la bouddhéité. L’objet de vénération incarne l’éveil de Nichiren à Nam-myōhō-renge-kyō, Loi implicite ancrée dans les profondeurs du Sūtra du Lotus.

La vie de Nichiren sur la sinistre île de Sado fut chargée d’épreuves ; sa hutte était ouverte au vent et à la neige, et lui-même manquait de nourriture, de vêtements et de matériel pour écrire. En plus de sa souffrance physique, il s’inquiétait de voir bon nombre de ses disciples de Kamakura abandonner leur foi. Vivant constamment à l’ombre de la mort, Nichiren écrivit ce traité pour encourager ses disciples, comme s’il s’agissait de ses dernières volontés.

Nichiren décrivit plus tard les motivations de cette œuvre dans Les actions du pratiquant du Sūtra du Lotus : « Après qu’ils furent tous partis, j’entrepris de mettre en forme une œuvre en deux volumes intitulée Sur l’ouverture des yeux, sur laquelle je travaillais depuis le onzième mois de l’année précédente. Je voulais y rapporter la prodigieuse histoire de Nichiren au cas où je serais décapité. Le message essentiel de cette œuvre est que la destinée du Japon ne dépend que de Nichiren. Une maison sans pilier s’effondre et une personne sans âme est morte. Nichiren est l’âme du peuple de ce pays. »

Le titre Sur l’ouverture des yeux indique qu’il s’agit pour lui de permettre aux êtres humains de voir la vérité, en d’autres termes, de les libérer de leurs illusions et de leurs opinions erronées pour qu’ils s’éveillent et s’ouvrent à l’enseignement correct et à celui qui l’enseigne. Cet ouvrage décrit comment Nichiren défendit la place du Sūtra du Lotus comme 221enseignement suprême et propagea ses doctrines. Il y indique sa propre vision des choses et la signification de ce qu’il a vécu. On lit dans un passage de ce traité : « Le douzième jour du neuvième mois de l’année dernière, entre les heures du Rat et du Bœuf [entre onze heures du soir et trois heures du matin], la personne nommée Nichiren a été décapitée. C’est son esprit qui est parvenu sur l’île de Sado. » C’est par la persécution de Tatsunokuchi que Nichiren révéla sa véritable identité de bouddha éternel. Ce passage fait référence à la mort d’un homme du commun nommé Nichiren et indique qu’à dater de ce moment-là Nichiren allait révéler pleinement son illumination en tant que Bouddha de l’époque de la Fin de la Loi.

Nichiren commence ce traité par les mots : « Il y a trois figures que tous les êtres devraient respecter : le souverain, le maître et le parent. » Les trois vertus de souverain, de maître et de parent servent à qualifier un bouddha. La vertu de souverain est le pouvoir de protéger tous les êtres ; la vertu de maître est la sagesse de mener tous les êtres à l’illumination, et la vertu de parent désigne la compassion pour les nourrir et les soutenir. Ces trois vertus constituent un thème qui traverse ce traité et en conclusion de cette œuvre Nichiren déclare : « Moi, Nichiren, je suis le souverain, le maître, et le parent de tout le peuple du Japon. »

D’abord, Nichiren parle des enseignements de Confucius et du Dao, des doctrines non bouddhiques de l’Inde, du bouddhisme du Hinayana et du Mahayana provisoire, puis il en vient au Sūtra du Lotus. Il attribue les désastres qui ravagent le Japon à la confusion au sein du bouddhisme et à l’incapacité des souverains et de leurs sujets de reconnaître la suprématie du Sūtra du Lotus. Il cite ici deux raisons à cette suprématie. La première est que l’enseignement théorique (première moitié du Sūtra du Lotus) révèle que les personnes des deux véhicules peuvent atteindre l’illumination, alors qu’on leur en niait totalement la possibilité dans les quarante-deux premières années de l’enseignement du Bouddha. Cela correspond au concept d’inclusion mutuelle des dix états et à la révélation que la bouddhéité est accessible à tous. L’autre raison est que, dans l’enseignement essentiel (dernière moitié du Sūtra du Lotus), le bouddha Shakyamuni proclame que lui-même atteignit pour la première fois l’illumination dans un passé incommensurablement lointain.

C’est le bouddha Shakyamuni qui a présenté le Sūtra du Lotus comme l’enseignement « le plus difficile à croire et le plus difficile à comprendre », déclare Nichiren. Il affirme que, dans ce Sūtra, le Bouddha présenta implicitement l’enseignement suprême : « La doctrine des trois mille mondes en un instant de vie ne se trouve qu’en un seul endroit, caché dans les profondeurs du chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel du Sūtra du Lotus. » Pour Nichiren, seule la révélation de la vérité du bouddhisme véritable permettra de sauver le pays et son peuple. C’est, dit-il, cette conviction qui l’a conduit à propager le cœur du Sūtra du Lotus en dépit des persécutions qu’il serait amené à encourir. Il prit conscience que ses disciples pourraient douter de lui parce que les divinités ne parvenaient apparemment pas à protéger un pratiquant du Sūtra du Lotus. D’où cette déclaration : « Ce doute est l’essence du texte que je suis en train de rédiger. Et, comme c’est là le principal sujet de préoccupation de toute ma vie, il viendra me troubler encore et encore et je ne cesserai de m’y confronter, pour tenter de le dissiper. »

Dans la seconde partie de ce traité, il est question des chapitres “Surgir de terre” et “La durée de la vie de l’Ainsi-Venu”, où le bouddha Shakyamuni fait venir devant lui d’innombrables bodhisattvas sortis de la terre et révèle qu’il a atteint 222l’illumination dans le très lointain passé, que tous les bouddhas des autres sūtras sont des émanations de lui-même et tous les bodhisattvas ses disciples. Nichiren indique clairement que le bouddha du chapitre “Durée de la vie” est le maître de tous les bouddhas.

Ici, une analogie implicite commence à émerger. Les disciples de Shakyamuni doutent qu’il ait pu en cette vie instruire tous ces bodhisattvas sortis de la terre, car ils sont si nombreux qu’on ne peut les compter. Ces doutes amènent Shakyamuni à révéler alors sa véritable identité de bouddha qui atteignit l’illumination il y a d’innombrables kalpa. De même, les doutes des disciples de Nichiren concernant son exil et les raisons de toutes les persécutions qu’il dut subir conduisent certains à conclure qu’il est lui-même le bouddha de l’époque de la Fin de la Loi.

Puis Nichiren mentionne le principe de la semence, de la culture et de la récolte. Il révèle la Loi sans pareille par laquelle tous les bouddhas atteignent l’illumination : Nam-myōhō-renge-kyō. Cette Loi réside dans les profondeurs du chapitre “La durée de la vie de l’Ainsi-Venu”. Nichiren enseigne directement cette Loi, cause originelle pour l’atteinte de la bouddhéité, et son bouddhisme est appelé le bouddhisme de l’ensemencement parce qu’il plante cette « graine de l’illumination » dans la vie de ceux qui le pratiquent. D’où l’affirmation que Nichiren possède les vertus de souverain, de maître et de parent pour l’ensemble de l’humanité.

Nichiren explique que chaque sūtra prétend à l’excellence ; il cite aussi des exemples dans le texte même des sūtras où se trouve affirmée leur propre supériorité sur les autres enseignements. Mais seul le Sūtra du Lotus se déclare suprême parmi tous les sūtras et Nichiren confirme cette suprématie. Dans le Sūtra du Lotus, il est question des trois puissants ennemis ainsi que des calomniateurs et de l’hostilité qui se manifesteront à l’encontre de ce Sūtra et de son pratiquant. Toutes les difficultés rencontrées par Nichiren lui-même étaient prédites dans le Sūtra. En tant que pratiquant du Sūtra du Lotus, il fait le vœu de risquer sa vie pour sauver tous les êtres en disant : « Que les divinités m’abandonnent ! Que toutes les persécutions m’assaillent ! Je donnerai cependant ma vie pour la Loi ! (...) Je serai le pilier du Japon ! Je serai les yeux du Japon ! Je serai le grand vaisseau du Japon ! Tel est mon vœu et je n’y renoncerai jamais ! »

Puis il assure ses disciples qu’ils atteindront à coup sûr la bouddhéité s’ils ne se laissent pas dominer par le doute, même quand les difficultés s’abattent sur eux.

Dans la partie finale de ce traité, Nichiren explique qu’il existe deux façons de propager le Sūtra du Lotus : le shōju, ou la propagation douce, et le shakubuku, ou la réfutation stricte. Nichiren déclare qu’il faudrait se servir des deux méthodes parce qu’il existe deux sortes de pays, ceux où les êtres humains ignorent l’enseignement bouddhique correct et ceux où ils le calomnient délibérément. Le Japon, pays calomniateur de l’enseignement correct, exige donc la méthode du shakubuku. Puis il conclut qu’ôter la souffrance et procurer de la joie aux êtres ordinaires correspond à l’enseignement du Bouddha. Nichiren s’est consacré à réfuter et à déraciner les causes du malheur. Pour lui, l’exil à Sado n’était qu’une « petite souffrance » en cette vie. En fait, il éprouve une « grande joie » parce qu’il a totalement confiance dans les résultats qui apparaîtront à l’avenir.

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Première partie


Il y a trois figures que tous les êtres devraient respecter : le souverain, le maître et le parent. Il y a trois choses à étudier : les enseignements confucéens, les doctrines non bouddhiques de l’Inde et la Loi du Bouddha.

223En premier lieu, les enseignements confucéens appellent « honorés du ciel » les trois souverains, les cinq empereurs et les trois rois. Ces hommes sont décrits comme des modèles pour les dirigeants et comme des piliers pour le peuple. Dans l’ère précédant les trois souverains, les êtres humains ne valaient pas mieux que des rapaces et des bêtes sauvages, ne sachant même pas qui étaient leurs pères. Mais, à partir de l’époque des cinq empereurs, ils apprirent à connaître leur père et leur mère et à les traiter selon les règles de la piété filiale. Ainsi, Chonghua1 servit son père avec respect, bien que ce dernier fût têtu et obstiné. De même, le gouverneur de Pei2, après être devenu empereur, continua à respecter et à vénérer son père, comme un grand seigneur. Le roi Wu de la dynastie des Zhou réalisa une sculpture en bois de son père, le gouverneur de l’Ouest3, et Ding Lan sculpta une statue de sa mère4. Tous ces hommes sont des modèles de piété filiale.

Le haut dignitaire Bi Gan, voyant la dynastie des Yin en passe de s’effondrer, réprimanda sévèrement le souverain, sachant pourtant que cela lui vaudrait d’être décapité. Hong Yan, découvrant que son seigneur, le général Yi, avait été tué, s’ouvrit le ventre pour y insérer le foie du général avant de mourir. Ces hommes peuvent être considérés comme des modèles de loyauté.

Yin Shou fut le maître de l’empereur Yao, Wu Cheng celui de l’empereur Shun, Taigongwang celui du roi Wen et Laozi5 celui de Confucius6. On appelle ces maîtres les quatre sages. Même les honorés du ciel inclinent la tête devant eux en signe de respect, et tous les gens ordinaires joignent leurs mains en signe de vénération. De tels sages ont laissé derrière eux plus de trois mille volumes d’écrits, notamment des œuvres telles que Éminents Classiques et Les Trois Histoires. Mais tous ces écrits ne vont finalement pas au-delà des trois mystères. Le premier des trois mystères est celui de l’être. C’est le principe enseigné par le seigneur Zhou et d’autres. Le deuxième mystère est celui du non-être, exposé par Laozi. Le troisième est à la fois celui de l’être et du non-être, mystère énoncé par Zhuangzi. Le mot mystère signifie ténèbres7. Certains déclarent que, si nous nous interrogeons sur ce qui existait avant la naissance de nos ancêtres, nous découvrirons que la vie est née de la force originelle, tandis que d’autres affirment que grandeur et vilenie, joie et peine, vérité et mensonge, gain et perte, font simplement partie de l’ordre naturel.

Voilà des théories habilement développées mais qui ne permettent pas d’accéder à la connaissance du passé et de l’avenir. Le mot mystère, nous l’avons vu, signifie ténèbres ou obscurité, et c’est pour cela qu’on utilise ce terme. Or, ces théories ne traitent des questions que sous l’angle du présent. Pour le présent, les confucéens déclarent qu’il faut suivre les principes de bienveillance et de droiture8 afin d’assurer sa propre sécurité ainsi que la paix et l’ordre dans le pays. Selon eux, ceux qui s’écartent de ces principes verront la disparition de leur famille et la défaite de leur maison. Mais bien que les personnes réfléchies et vertueuses qui prêchent cette doctrine soient acclamées comme des sages, leur manque de connaissance du passé en fait des hommes du commun qui ne regardent jamais derrière eux, et leur incompréhension de l’avenir en fait des aveugles incapables de voir devant eux.

Si, dans le présent, une personne apporte de l’ordre dans sa famille, suit les exigences de la piété filiale, et pratique fidèlement les cinq vertus fondamentales, alors elle sera respectée de ses compagnons, et son nom sera connu de tout le pays. Si le trône est occupé par un souverain vertueux, il invitera cette personne à devenir son ministre ou son maître, voire lui cédera 224sa place. Le ciel même viendra la protéger et veillera sur elle. Ce fut le cas de ceux que l’on appelle les cinq anciens9 qui se réunirent pour aider le roi Wu de la dynastie des Zhou, ou des vingt-huit généraux de l’empereur Guangwu des Han postérieurs, qui sont comparés aux vingt-huit constellations du ciel. Mais, puisque de telles personnes ne savent rien du passé ni de l’avenir, elles ne peuvent pas apporter leur soutien à leurs parents, leur souverain ou leur maître en vue de se préparer pour leurs vies futures et ne peuvent donc pas s’acquitter de leur dette à leur égard. De telles personnes ne sont pas véritablement sages ni vertueuses.

Confucius déclara qu’il n’existait ni sage, ni personne vertueuse dans son pays, mais que, sur une terre à l’ouest, il y avait un sage nommé le Bouddha10. Cela signifie que les textes non bouddhiques devraient être considérés comme une première étape vers la doctrine bouddhique. Confucius enseigna d’abord la bienséance et la musique11 de sorte que, quand les écrits bouddhiques furent apportés en Chine, la discipline morale, la discipline mentale et la sagesse12 purent être plus facilement saisies. Il enseigna les idéaux de souverain et de ministre, de façon à clarifier la distinction entre supérieur et subordonné, il enseigna l’idéal de la paternité et de la maternité, de façon à faire comprendre l’importance de la piété filiale, et il expliqua l’idéal du maître pour que les gens puissent apprendre à suivre [ceux qu’ils rencontreraient].

Le Grand Maître Miaole dit : « La propagation des enseignements bouddhiques s’appuie véritablement sur cela. Il fallut d’abord exposer les enseignements sur la bienséance et la musique, et plus tard la véritable Voie fut introduite13. » Tiantai déclare : « Dans le Sūtra de la lumière dorée, il est rapporté que “tous les bons enseignements qui existent en ce monde dérivent de ce sūtra. Avoir une profonde connaissance de ce monde est en soi la Loi du Bouddha”14. » Nous lisons dans La Grande Concentration et Pénétration : « Moi [le Bouddha], j’ai envoyé les trois sages15 pour instruire le peuple de Chine. » Et dans les Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration : « Il est dit dans le Sūtra de la pratique de la Loi pure que le bodhisattva Clair-de-Lune apparut dans ce pays sous le nom de Yanhui, le bodhisattva Pur-et-Brillant sous la forme de Confucius et le bodhisattva Kashyapa sous celle de Laozi. Puisque le sūtra se place du point de vue de l’Inde, la Chine y est désignée comme “ce pays”. »

En deuxième lieu, nous arrivons aux enseignements non bouddhiques de l’Inde. Dans les enseignements brahmaniques, se trouvent deux dieux : Shiva, doté de trois yeux et huit bras, et Vishnu. Ils sont acclamés comme le père bienveillant et la mère compatissante de tous les êtres vivants et on les appelle aussi les honorés du ciel et les souverains. De plus, il existe trois hommes, Kapila, Uluka et Rishabha16, qu’on appelle les trois ascètes. Ces ascètes vivaient environ huit cents ans avant l’époque du Bouddha. Les enseignements exposés par les trois ascètes se trouvent dans les quatre Védas et sont au nombre de soixante mille.

Plus tard, à l’époque du Bouddha, il y eut les six maîtres non bouddhistes qui étudièrent et transmirent ces écrits non bouddhiques et tinrent lieu de précepteurs auprès des rois des cinq régions de l’Inde. Leurs enseignements se ramifièrent en quatre-vingt-quinze ou quatre-vingt-seize lignées différentes, lesquelles donnèrent naissance à diverses écoles. Les bannières de leur orgueil s’élevaient plus haut que le ciel où il n’y a ni pensée, ni absence de pensée17, et leur attitude dogmatique était plus rigide que le métal ou la pierre. Mais, par leur talent et la profondeur de leur compréhension, ils dépassaient tout ce qui était connu dans les enseignements confucéens. Ils pouvaient percevoir deux, trois, voire sept existences, une 225période de quatre-vingt mille kalpa dans le passé, et savaient également ce qu’il adviendrait durant les quatre-vingt mille kalpa à venir. Comme base de leur doctrine, certaines de ces écoles enseignèrent que les causes produisent des effets, d’autres que les causes ne produisent pas d’effets, d’autres encore que les causes à la fois produisent et ne produisent pas d’effets. Tels étaient les principes fondamentaux de ces écoles non bouddhiques.

Les fervents disciples des enseignements non bouddhiques observent les cinq préceptes et les dix préceptes de bien, pratiquent une sorte de méditation toujours accompagnée d’écoulements18 et, s’élevant jusqu’aux mondes de la forme et du sans forme, se croient parvenus au nirvana alors qu’ils n’ont atteint que le plus élevé des cieux. Mais, bien qu’ils aient grimpé ainsi, peu à peu, comme une petite chenille, ils retombent du ciel où il n’y a ni pensée ni absence de pensée jusque dans les trois mauvaises voies. Pas un seul ne parvient à se maintenir à la hauteur des cieux bien qu’ils soient convaincus que, une fois parvenus à ce stade, ils n’en descendront jamais. Chacun approuve et pratique les doctrines enseignées par son maître et auxquelles il se conforme strictement. Ainsi, certains se baignent trois fois par jour dans le Gange, même par le froid des jours d’hiver, tandis que d’autres s’arrachent les cheveux de la tête, se jettent contre des rochers, s’exposent au feu, se font des brûlures sur le corps ou errent entièrement nus. D’autres encore croient gagner de la bonne fortune en sacrifiant de nombreux chevaux, brûlent herbes et arbres ou révèrent chaque arbre rencontré.

Les enseignements erronés de ce genre sont trop nombreux pour qu’on puisse les compter. Leurs adeptes accordent autant de respect et d’honneur aux maîtres qui les exposent que les divinités célestes au seigneur Shakra ou les ministres de la cour au souverain de l’empire. Mais pas une seule des personnes qui adhèrent à ces quatre-vingt-quinze sortes d’enseignements non bouddhiques, plus ou moins élevés, n’échappera au cycle des naissances et des morts. Ceux qui suivent les meilleurs maîtres tomberont dans les voies mauvaises, après deux ou trois renaissances, alors que ceux qui suivent de mauvais maîtres y tomberont dès leur prochaine existence.

Et pourtant, dans ces enseignements non bouddhiques, se trouve un élément central qui représente un moyen important d’accéder à la Voie bouddhique. Il est dit dans certains d’entre eux : « D’ici mille ans, le Bouddha apparaîtra dans le monde19 » et dans d’autres : « D’ici cent ans, le Bouddha apparaîtra dans le monde20. » Il est affirmé dans le Sūtra du Nirvana : « Tous les textes et écrits non bouddhiques séculiers sont en eux-mêmes des enseignements bouddhiques, et non des enseignements non bouddhiques. » Il est également écrit dans le Sūtra du Lotus : « Aux yeux des foules, ils semblent possédés par les trois poisons21 ou manifester des signes de vues erronées. Mes disciples, de cette façon, se servent de moyens opportuns pour sauver les êtres vivants22. »

En troisième lieu, [nous arrivons à la Loi du Bouddha]. Il faut savoir que l’Honoré du monde à la grande illumination est un grand guide pour tous les êtres vivants, un grand œil pour eux, un grand pont, un grand timonier, un grand champ de bienfaits. Les quatre sages et les trois ascètes des écrits et des enseignements confucéens et brahmaniques sont présentés comme des sages, mais il ne s’agit en fait que d’hommes du commun qui n’ont pas encore éradiqué les trois catégories d’illusions. Ils sont présentés comme des sages alors qu’ils ne sont que des nourrissons incapables de comprendre les principes de 226cause et d’effet. Avec leurs enseignements pour vaisseau, comment pourrait-on traverser l’océan du cycle des naissances et des morts ? Avec leurs enseignements pour pont, comment pourrait-on échapper au labyrinthe des six voies ? Mais le Bouddha, notre Grand Maître, lui, a dépassé le stade de la transmigration avec changement et progression, et à plus forte raison la transmigration avec différences et limites23. Il a extirpé la racine même de l’obscurité fondamentale, et à plus forte raison les illusions de la pensée et du désir, aussi accessoires que branches et feuilles.

Ce Bouddha, depuis le moment de son illumination à l’âge de trente ans jusqu’à sa disparition à l’âge de quatre-vingts ans, a exposé ses enseignements pendant une période de cinquante ans. Chaque mot, chaque phrase qu’il a prononcés sont vrais ; il n’est pas une seule phrase, pas un seul verset qui soit faux. Les mots des sages et des personnes vertueuses préservés dans les écrits et les enseignements confucéens et brahmaniques sont, nous l’avons noté, libres d’erreurs, et les mots correspondent à l’intention de celui qui les a prononcés. Mais cela est encore bien plus vrai dans le cas du Bouddha, qui n’avait pas proféré une seule parole mensongère pendant d’innombrables kalpa ! Par comparaison avec les écrits et enseignements non bouddhiques, les doctrines qu’il exposa pendant une période d’une cinquantaine d’années représentent le Grand Véhicule, les paroles véridiques du grand homme24. Tout ce qu’il a enseigné, depuis l’aube de son illumination jusqu’au soir de son entrée dans le nirvana, n’est rien d’autre que la vérité.

Cependant, quand nous examinons les quatre-vingt mille enseignements bouddhiques exposés sur une cinquantaine d’années et rapportés sous forme écrite, nous découvrons qu’ils relèvent de diverses catégories : Hinayana et Mahayana, sūtras provisoires et sūtra véritable, enseignements exotériques et ésotériques, détaillés et vagues, paroles vraies et paroles fausses, vues correctes et erronées (...). Mais, parmi celles-ci, le Sūtra du Lotus seul représente les enseignements corrects du bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, les paroles véridiques des bouddhas des trois phases d’existence et des dix directions. L’Honoré du monde à la grande illumination désigna une période spécifique correspondant aux quelque quarante années précédentes et définit les divers sūtras enseignés durant cette période, aussi nombreux que les grains de sable du Gange, comme ceux dans lesquels il « n’avait pas encore révélé la vérité25 [tout entière] ». Il désigna le Sūtra du Lotus enseigné pendant huit ans comme le Sūtra dans lequel « il révèle maintenant la vérité26 ». Ainsi, le bouddha Maints-Trésors émergea de la terre pour certifier : « Tout ce que tu viens d’exposer [dans le Sūtra du Lotus] est la pure vérité27 ! » et les bouddhas qui sont des émanations de Shakyamuni se rassemblèrent et étendirent leurs longues langues jusqu’au ciel de Brahma en guise d’assentiment28. Ces mots sont parfaitement clairs, parfaitement compréhensibles, plus brillants que le soleil par une belle journée ou que la pleine lune à minuit. Admirez-les, croyez en eux, et, quand ils ne seront plus sous vos yeux, chérissez-les toujours dans votre cœur.

Le Sūtra du Lotus contient deux enseignements importants29. Dans les écoles Kusha, Jōjitsu, Ritsu, Hossō et Sanron, on n’en a jamais entendu parler et on ne connaît même pas leurs noms. Par ailleurs, les écoles Kegon et Shingon ont subrepticement subtilisé ces doctrines pour en faire le cœur de leurs propres enseignements. La doctrine des trois mille mondes en un instant de vie ne se trouve qu’en un seul endroit, caché dans les profondeurs du chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel du Sūtra du Lotus. Nagarjuna et Vasubandhu en avaient conscience mais ils 227ne la révélèrent pas. Seul Tiantai Zhizhe l’adopta et la conserva sans cesse à l’esprit.

La doctrine des trois mille mondes en un instant de vie commence par le concept d’inclusion mutuelle des dix états. Mais, dans les écoles Hossō et Sanron, il n’est question que des huit états ; on ne sait rien sur les dix états dans leur intégralité, et on en sait encore moins sur le concept de leur inclusion mutuelle. Les écoles Kusha, Jōjitsu et Ritsu tirent leurs enseignements des sūtras Agama. On n’y connaît que les six états et on ne sait rien des quatre autres. On y dit que dans l’ensemble des dix directions il n’existe qu’un seul bouddha, et jamais il n’est enseigné qu’il existe un bouddha dans chacune de ces directions. Il n’est évidemment jamais fait aucune allusion au principe que « tous les êtres vivants possèdent de même la nature de bouddha30 ». On refuse d’y admettre que qui que ce soit puisse posséder la nature de bouddha. Malgré cela, on entend parfois des membres des écoles Ritsu et Jōjitsu déclarer qu’il y a des bouddhas dans les dix directions ou que tous les êtres vivants possèdent la nature de bouddha. En effet, les maîtres de ces écoles qui sont apparus après la disparition du Bouddha avaient subtilisé les doctrines du Mahayana pour les incorporer dans les enseignements de leurs propres écoles.

De même, dans la période précédant l’apparition de la doctrine bouddhique, les adeptes des enseignements non bouddhiques en Inde n’étaient pas si attachés à leurs propres conceptions. Mais après l’apparition du Bouddha, quand ils eurent écouté et observé les enseignements bouddhiques, ils prirent conscience des imperfections de leurs propres doctrines. Ils conçurent alors l’idée ingénieuse de s’approprier les enseignements bouddhiques pour les incorporer et cela leur valut de tomber encore plus profondément qu’auparavant dans l’erreur. Voilà ce que l’on appelle l’erreur consistant à « s’approprier » ou à « plagier les enseignements bouddhiques31 ».

Un phénomène identique se produisit pour les écrits non bouddhiques en Chine. Avant l’arrivée des enseignements bouddhiques en Chine, les enseignements confucéens et ceux du Dao étaient plutôt naïfs et puérils. Mais à l’époque de la dynastie des Han postérieurs, l’enseignement du Bouddha fut introduit et constitua un défi pour les doctrines du pays. Avec le temps, la popularité de cet enseignement allant croissant, il y eut des moines bouddhistes qui, pour avoir enfreint les préceptes, furent contraints de revenir à la vie séculière, ou qui choisirent de s’allier aux croyances locales. Avec de tels hommes, les doctrines bouddhiques furent subtilisées et incorporées aux enseignements confucéens et à ceux du Dao.

On lit dans le cinquième volume de La Grande Concentration et Pénétration : « De nos jours, nombreux sont les moines démoniaques qui enfreignent les préceptes et retournent à la vie laïque. Redoutant d’être punis pour leurs actes, ils se rangent alors du côté des maîtres du Dao. Dans l’espoir d’acquérir gloire et profit, ils exagèrent les mérites de Laozi et de Zhuangzi, et usurpent les concepts bouddhiques pour les intégrer à leurs écrits erronés. Ils dénaturent ce qui est noble pour l’introduire de force dans un cadre inférieur ; ils détruisent ce qui est élevé et le ramènent vers ce qui est bas, s’efforçant de mettre les deux au même niveau. »

Voici à ce sujet le commentaire que l’on peut lire dans les Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration : « Bien que moines, ils détruisent les enseignements bouddhiques. Certains brisent les préceptes et retournent à la vie laïque, à l’instar de Wei Yuansong. Puis, en tant que laïcs, ils s’emploient à détruire la Loi du Bouddha. Ces gens volent et s’approprient les enseignements bouddhiques corrects et s’en servent pour compléter et renforcer les écrits erronés. Le passage parlant de 228“dénaturer ce qui est noble (...)” signifie que, en adoptant la perspective du Dao, ils essaient de placer les enseignements bouddhiques et ceux du Dao sur le même plan, pour rendre égaux ce qui est correct et ce qui est erroné, aussi insensé que cela puisse paraître. Pour avoir suivi autrefois les enseignements bouddhiques, ils volent ce qui est correct et s’en servent pour renforcer ce qui est incorrect. Ils dénaturent les quatre-vingt mille nobles enseignements des douze grands types de textes du canon bouddhique et les introduisent de force dans le cadre inférieur des deux chapitres en cinq mille idéogrammes de Laozi, de sorte qu’ils servent à interpréter les enseignements bas et erronés de ce texte. C’est ce que signifie “détruire ce qui est élevé et le ramener vers ce qui est bas”. » Il faut bien garder ces commentaires à l’esprit car ils expliquent le sens des événements que nous venons de décrire.

Le même phénomène se produisit au sein même de l’enseignement bouddhique. La Loi du Bouddha fut introduite en Chine durant l’ère Yongping [58-75 de notre ère] de la dynastie des Han postérieurs, et finit avec le temps par imposer sa suprématie sur les enseignements confucéens et ceux du Dao. Mais des divergences d’opinion se manifestèrent au sein de la tradition bouddhique, amenant l’apparition des trois écoles du Sud et des sept écoles du Nord, qui surgirent ici et là comme autant d’orchidées et de chrysanthèmes. Cependant, au temps des dynasties des Chen et des Sui, le Grand Maître Zhizhe vainquit ces diverses écoles et ramena une fois de plus la Loi bouddhique à son objectif premier : sauver tous les êtres vivants.

Par la suite, les enseignements des écoles Faxiang [devenue l’école Hossō au Japon] et Zhenyan [devenue l’école Shingon au Japon] furent rapportés de l’Inde, et l’école Huayan [devenue l’école Kegon au Japon] aussi fit son apparition. Parmi ces écoles, celle qui était appelée Faxiang s’érigea en principal adversaire de l’école de Tiantai, les enseignements de l’une et de l’autre étant aussi incompatibles que le feu et l’eau. Cependant, quand le Maître des Trois Corbeilles Xuanzang et le Grand Maître Cien étudièrent avec soin les œuvres de Tiantai, ils réalisèrent que les conceptions de leur propre école étaient erronées. Sans la rejeter ouvertement, il semble que, dans leur cœur, ils se soient convertis aux enseignements de Tiantai.

À l’origine, les écoles Faxiang et Zhenyan étaient des écoles provisoires fondées sur des enseignements provisoires. Mais le Maître des Trois Corbeilles Shanwuwei et Jingangzhi [qui introduisirent les enseignements ésotériques de l’école Zhenyan en Chine] s’emparèrent de la doctrine de Tiantai des trois mille mondes en un instant de vie pour en faire le cœur des enseignements de leur école, en y ajoutant la pratique des mudra et des mantras pour se convaincre que leurs enseignements dépassaient ceux de Tiantai. Ceux qui étudiaient [la doctrine bouddhique], ignorant ces faits, en vinrent à croire que la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie se trouvait dans le Sūtra de Mahavairochana, rapporté de l’Inde. De même, au temps du patriarche Chengguan de l’école Huayan, la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie de Tiantai fut subrepticement incorporée et utilisée pour interpréter le passage du Sūtra de la Guirlande de fleurs où il est dit : « L’esprit est semblable à un peintre de talent. » Mais les gens n’en savaient rien.

En ce qui concerne notre propre pays, le Japon, l’école Huayan, et celles qui constituent avec elle les six écoles de Nara, furent introduites avant les écoles Tiantai [ou Tendai] et Zhenyan. Les écoles Kegon, Sanron et Hossō polémiquaient et se querellaient, aussi hostiles les unes envers les autres que l’eau et le feu. Quand le Grand Maître Dengyō apparut au Japon, non seulement il dévoila les erreurs des six écoles mais il établit clairement que l’école Shingon avait 229volé les principes du Sūtra du Lotus exposés par Tiantai pour en faire le cœur des enseignements de sa propre école. Le Grand Maître Dengyō rejeta les diverses doctrines exposées par les maîtres des autres écoles et, à la seule lumière des sūtras, attaqua leurs conceptions. Il vainquit de cette façon huit moines éminents des six écoles, puis douze, quatorze, et finalement plus de trois cents, ainsi que le Grand Maître Kōbō. On ne trouva bientôt plus une seule personne dans tout le Japon qui ne fit pas allégeance à l’école Tendai et les grands temples de Nara, le Tō-ji et les autres, implantés dans toutes les provinces, se subordonnèrent au temple principal de l’école Tendai, au mont Hiei. Le Grand Maître Dengyō établit également de façon claire que les fondateurs des diverses autres écoles en Chine, par leur allégeance aux doctrines de Tiantai, avaient évité de commettre l’erreur de calomnier les enseignements bouddhiques corrects.

Mais, par la suite, la situation du monde se détériora et la sagesse des hommes devint de plus en plus superficielle. Ils n’étudiaient pas et ne comprenaient pas les profondes doctrines de l’école Tendai et les autres écoles s’attachèrent de plus en plus fermement à leurs idées préconçues. Finalement, les six écoles et l’école Shingon se retournèrent contre l’école Tendai. Cette dernière, toujours plus affaiblie, se retrouva en position d’infériorité. Pour aggraver la situation, de nouvelles écoles complètement absurdes telles que le Zen et le Jōdo apparurent et se mirent à attaquer à leur tour l’école Tendai, qui fut peu à peu délaissée par ses croyants laïcs, convertis à ces écoles erronées. En définitive, même les moines considérés comme les plus éminents au sein de l’école Tendai s’avouèrent tous vaincus et se mirent à soutenir ces écoles. Le Tendai, mais aussi le Shingon et les six écoles [de Nara] furent contraints de céder leurs terres et leurs domaines aux nouvelles écoles erronées et les enseignements corrects [du Sūtra du Lotus] tombèrent dans l’oubli. Cela eut pour effet que la Grande Déesse du Soleil, le dieu Hachiman, le Roi de la Montagne du mont Hiei et les autres nobles divinités bienveillantes qui gardent le pays, ne pouvant plus goûter la saveur de l’enseignement correct, abandonnèrent le pays. Les divinités-démons malfaisants se présentèrent à leur place et il devint évident que le pays était condamné.

Alors, me fondant sur mon humble perspective, j’ai recherché les différences entre les enseignements exposés par le bouddha Shakyamuni durant les quelque quarante premières années et ceux du Sūtra du Lotus durant les huit dernières années de sa vie. Ces différences sont nombreuses, mais les érudits d’aujourd’hui ont déjà exprimé l’idée, et c’est aussi ma conviction, que la différence essentielle est la suivante : le Sūtra du Lotus enseigne que les personnes des deux véhicules peuvent [également] atteindre la bouddhéité et que le bouddha Shakyamuni avait déjà atteint l’illumination dans un lointain passé.

En examinant le contenu du Sūtra du Lotus, nous voyons qu’il prédit que Shariputra deviendrait l’Ainsi-Venu Éclat-Fleuri, Mahakashyapa l’Ainsi-Venu Clarté-Lumineuse, Subhuti l’Ainsi-Venu Forme-Rare, Katyayana l’Ainsi-Venu Jambunada-Lumière-d’Or, Maudgalyayana le bouddha Tamalapatra-Parfum-de-Bois-de-Santal, Purna l’Ainsi-Venu Clarté-de-la-Loi, Ananda le bouddha Montagne-Océan-de-Sagesse-Souverain-au-Pouvoir-Illimité, Rahula l’Ainsi-Venu Foulant-les-Fleurs-des-Sept-Trésors, les cinq cents auditeurs et les sept cents auditeurs, les Ainsi-Venus Clarté-Universelle, les deux mille qui ont encore à apprendre ou qui n’ont plus rien à apprendre, les Ainsi-Venus Signe-de-Joyau, les nonnes Mahaprajapati et Yashodhara, les Ainsi-Venues Qui-Réjouit-la-Vue-de-Tous-les-Êtres-Vivants et Dotée-de-Dix-Millions-de-Marques-de-Lumière.

230Une étude attentive du Sūtra du Lotus nous révèle donc que ces personnes méritent d’être traitées avec les plus grands honneurs. Mais, si nous nous penchons sur les textes exposés antérieurement au Sūtra du Lotus, nous découvrons à notre grand regret une situation bien différente.

Le Bouddha, l’Honoré du monde, est un homme qui prononce des paroles véridiques. C’est pourquoi on l’appelle le sage et le grand homme. Dans les écrits non bouddhiques de l’Inde et de la Chine, il y a aussi des personnes qualifiées de vertueuses, de sages, ou d’ascètes célestes parce que leurs paroles sont véridiques. Mais le Bouddha les surpassant tous, on l’appelle le grand homme.

[Quand il exposa le Sūtra du Lotus,] ce grand homme dit : « Les bouddhas, les honorés du monde, n’apparaissent que pour une raison unique et primordiale32. » Il dit aussi : « Je n’ai pas encore révélé la vérité [tout entière]33. » « L’Honoré du monde [qui depuis longtemps déjà expose des doctrines adaptées à ses auditeurs] doit maintenant révéler la vérité [tout entière]34 », et « renonçant très clairement à me servir des moyens opportuns, [je vais prêcher seulement la Voie inégalée]35. » Le bouddha Maints-Trésors ajouta son témoignage aux paroles du Bouddha et les émanations du Bouddha tirèrent la langue en guise d’assentiment. Qui, alors, aurait pu douter que Shariputra ne devienne dans l’avenir l’Ainsi-Venu Éclat-Fleuri, Mahakashyapa l’Ainsi-Venu Clarté-Lumineuse ou que les autres prédictions du Bouddha ne s’accomplissent ?

Pourtant, tous les sūtras antérieurs au Sūtra du Lotus représentent eux aussi d’authentiques déclarations du Bouddha. Il est dit dans le Grand et vaste sūtra de la Guirlande de fleurs du Bouddha : « Il n’y a que deux lieux où le grand arbre Roi-de-la-Médecine, qui représente la sagesse de l’Ainsi-Venu, ne pourra ni pousser ni apporter de bienfaits : le vide immense, grande fosse où tombent les personnes des deux véhicules, ou les eaux des conceptions profondément erronées et des désirs insatiables, dans lesquelles se noient les êtres inaptes à la bouddhéité qui détruisent en eux-mêmes les racines de bien. »

On peut expliquer ce passage ainsi. Dans les montagnes Neigeuses se dresse un arbre gigantesque aux racines innombrables. On l’appelle le grand arbre Roi-de-la-Médecine et il est le monarque de tous les arbres sur le continent du Jambudvipa. Sa hauteur s’élève à cent soixante-huit mille yojana. La floraison et la fructification de tous les autres arbres et plantes du Jambudvipa dépendent des racines, des branches, des fleurs et des fruits de cet arbre-là. Il est donc une métaphore qui illustre la nature de bouddha, et les divers autres arbres et plantes figurent tous les êtres vivants. Mais ce grand arbre ne poussera pas dans une fosse enflammée ni dans le cercle des eaux36. La fosse enflammée est une métaphore qui désigne l’esprit des personnes des deux véhicules et le cercle des eaux celui des icchantika, personnes à l’incroyance incorrigible. Il est donc dit dans cet écrit que ces deux catégories d’êtres n’atteindront jamais la bouddhéité.

On lit dans le Sūtra de la Grande Collection : « Il existe deux sortes de personnes destinées à mourir sans jamais renaître, et qui ne parviendront ni à comprendre leurs obligations ni à s’en acquitter : les auditeurs et les pratyekabuddha [bouddhas-pour-soi]. Supposez qu’une personne tombe dans une fosse profonde. Elle ne pourra ni obtenir de bienfaits, ni en apporter aux autres. Auditeurs et bouddhas-pour-soi sont dans la même situation. Ils tombent dans la fosse de la délivrance et ne peuvent obtenir de bienfaits, ni en apporter aux autres. »

Les quelque trois mille volumes de littérature confucéenne et de celle du Dao en Chine soulignent globalement deux principes, à savoir la piété filiale et la loyauté envers le souverain. Mais la loyauté n’est rien d’autre qu’une extension de la piété filiale. 231On pourrait qualifier la piété filiale d’élevée. Et, même si le ciel est haut, il n’est pas plus élevé que l’idéal de piété filiale. On pourrait qualifier la piété filiale de profonde. Et, même si la terre est profonde, elle n’est pas plus profonde que la piété filiale. Les sages et les personnes vertueuses sont le produit de la piété filiale. Il va sans dire que les personnes qui étudient les enseignements bouddhiques doivent aussi [observer l’idéal de piété filiale], comprendre leurs obligations et s’en acquitter. Les disciples du Bouddha doivent absolument comprendre les quatre dettes de reconnaissance37 et savoir comment s’en acquitter.

De plus, Shariputra, Mahakashyapa et les autres disciples parmi les personnes des deux véhicules observèrent scrupuleusement les deux cent cinquante préceptes et les trois mille règles de conduite, maîtrisèrent les trois sortes de méditation, connues sous le nom de méditation sur le goût, méditation pure, et méditation sans « écoulement38 », et les sūtras Agama, et se libérèrent des illusions de la pensée et du désir dans le monde des trois plans. Ils auraient donc dû être des modèles en matière de compréhension et d’acquittement de leurs obligations.

Et pourtant, l’Honoré du monde déclara qu’ils ne comprenaient pas leurs obligations. Il s’exprima ainsi parce que, quand un homme quitte ses parents et son foyer pour devenir moine, il devrait toujours avoir pour but le salut de ses parents. Mais ces personnes des deux véhicules, tout en se croyant libérées, ne faisaient rien pour le bien des autres. Ou, même si elles avaient accompli quelques bons actes pour autrui, elles avaient mené leurs parents sur une voie qui ne leur permettrait jamais d’atteindre la bouddhéité. Ainsi, contrairement à ce que l’on pouvait attendre, elles acquirent la réputation de ne pas comprendre leurs obligations.

On lit dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti : « Vimalakirti interrogea une nouvelle fois Manjusri : “Quelles sont les graines de la bouddhéité ?” Manjusri répondit : “Toutes les illusions et souillures sont les graines de la bouddhéité. Même si quelqu’un commet les cinq transgressions capitales et se trouve condamné à l’Enfer aux souffrances incessantes, il peut encore concevoir le grand désir de rechercher la Voie.” »

On lit aussi dans le même sūtra : « Hommes de bien, permettez-moi d’utiliser une métaphore. Jamais on ne verra apparaître dans les plaines et les montagnes ni les tiges et les fleurs du lotus bleu, ni celles des nénuphars. Mais dans les champs boueux, à basse altitude et dans l’humidité ; voilà où vous verrez pousser ces fleurs. »

On lit aussi : « Celui qui est déjà devenu un arhat et a atteint le niveau de vérité correspondant à ce stade ne pourra jamais aspirer à la Voie et parvenir à la bouddhéité. Il est comme un homme qui a détruit les cinq organes des sens et ne pourra donc plus jamais goûter aux cinq plaisirs qui leur correspondent. »

Ce sūtra indique que les trois poisons, avidité, haine et ignorance, peuvent devenir les graines de la bouddhéité et que les cinq transgressions capitales, comme tuer son père, peuvent également devenir les graines de la bouddhéité. Même si les hauts plateaux pouvaient produire des fleurs de lotus bleu, jamais les personnes des deux véhicules n’atteindraient la bouddhéité. Selon ce texte, si l’on compare les actes bons des personnes des deux véhicules avec les actes mauvais des hommes du commun, on découvre que ces derniers peuvent atteindre la bouddhéité, alors que jamais la bonté des personnes des deux véhicules ne les y mènera. Les divers sūtras du Hinayana blâment le mal et font l’éloge du bien. Mais ce Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti condamne la bonté des personnes des deux véhicules et fait l’éloge du mal chez les hommes du commun. On pourrait presque croire qu’il ne s’agit plus du tout 232d’un écrit bouddhique mais plutôt des enseignements d’une école non bouddhique. En fait, le sūtra veut clairement indiquer que les personnes des deux véhicules ne pourront jamais devenir bouddha.

On lit dans le Sūtra Dharani Vaipulya : « Manjusri dit à Shariputra : “Un arbre desséché peut-il produire de nouvelles fleurs ? Un torrent de montagne peut-il faire marche arrière et revenir à sa source ? Un rocher brisé peut-il se reconstituer ? Une graine brûlée peut-elle germer ?” Shariputra répondit : “Non.” Manjusri dit : “Si de telles choses sont impossibles, alors pourquoi viens-tu, le cœur joyeux, me demander s’il a été prédit que tu atteindrais la bouddhéité dans l’avenir ?” »

Ce passage signifie que, de même qu’un arbre desséché ne produit plus de fleurs, qu’un torrent de montagne ne reflue jamais, qu’un rocher brisé ne peut se reformer, et qu’une graine brûlée ne peut germer, les personnes des deux véhicules ne pourront jamais atteindre la bouddhéité. Dans leurs cas, les graines de la bouddhéité ont été brûlées.

On lit dans le Sūtra de la grande perfection de sagesse dans sa version longue : « Vous tous, fils des dieux, si vous n’avez pas encore conçu le désir de l’illumination parfaite, il est temps de le faire. Si vous deviez atteindre un jour l’illumination des auditeurs, vous ne pourriez plus aspirer à illumination parfaite. Pourquoi cela ? Parce que vous seriez en dehors du cycle des naissances et des morts, ce qui constituerait en soi un obstacle. » Ce passage indique que le Bouddha39 n’est pas content des personnes des deux véhicules parce qu’elles n’aspirent pas à l’illumination parfaite, mais qu’il se réjouit quand il voit que les êtres célestes ont cette aspiration.

Il est dit dans le Shuramgama-sūtra : « Si une personne qui a commis les cinq transgressions capitales entend parler de cette méditation shuramgama et aspire à l’illumination suprême, alors elle pourra encore atteindre la bouddhéité. Mais, Honoré du monde, un arhat qui a mis un terme aux illusions est comme un vase brisé et ne pourra jamais recevoir ni garder cette méditation40. »

On lit dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti : « Ceux qui vous font l’aumône ne cultivent aucune champ de mérites. Ceux qui vous font des offrandes tomberont dans les trois mauvaises voies. » Ce passage signifie que les êtres humains et les êtres célestes qui font l’aumône aux moines sages tels que Mahakashyapa et Shariputra tomberont toujours dans les trois voies mauvaises. On aurait pourtant pu penser que des moines d’une telle sagesse étaient les yeux des êtres humains et célestes et les guides de tous les êtres vivants, juste après le Bouddha lui-même. Il dut être extrêmement surprenant d’entendre le Bouddha critiquer, comme nous l’avons vu faire à maintes reprises, des hommes de ce genre devant les grandes assemblées d’êtres humains et célestes. Avait-il vraiment l’intention de réprimander si radicalement ses propres disciples ? De plus, il employa d’innombrables métaphores différentes pour condamner les personnes des deux véhicules, en les présentant comme du lait d’ânesse par comparaison avec le lait de vache, comme des vases d’argile par comparaison avec des vases d’or, ou comme la lueur d’une luciole par comparaison avec la lumière du soleil.

Il ne se contenta pas de parler de cela avec une ou deux paroles, pendant un jour ou deux, un mois ou deux, une année ou deux, mais, pendant une période de plus de quarante ans, dans d’innombrables sūtras, s’adressant aux innombrables personnes des grandes assemblées, il condamna sans leur reconnaître la moindre excuse ceux qui appartiennent aux deux véhicules. Ainsi, tout le monde sut qu’il les condamnait réellement. Le ciel l’apprit et la terre aussi. Ce ne sont pas seulement une ou deux personnes, mais des centaines, des milliers, des 233dizaines de milliers de personnes qui l’apprirent : les êtres célestes, les rois-dragons, et les asura du monde des trois plans ; tous les êtres humains et célestes, les personnes des deux véhicules et les grands bodhisattvas qui se réunirent en assemblée, en provenance des cinq régions de l’Inde, des quatre continents, des six cieux du monde du désir, des mondes de la forme et du sans forme, et des mondes des dix directions, tous l’apprirent et l’entendirent. Puis tous ces êtres retournèrent sur leurs terres respectives pour expliquer, à tous ceux qui y habitent, les enseignements du bouddha Shakyamuni du monde saha, un par un, de sorte qu’il n’y ait plus un seul être dans les innombrables mondes des dix directions qui ne comprenne pas que Mahakashyapa, Shariputra et leurs semblables n’atteindraient jamais la bouddhéité et qu’il était mauvais de leur faire l’aumône et de les soutenir.

Cependant, dans le Sūtra du Lotus qu’il enseigna durant les huit dernières années de sa vie, le Bouddha fut soudain pris de regrets et revint sur ses positions antérieures pour enseigner au contraire que les personnes des deux véhicules peuvent en réalité atteindre la bouddhéité. Pouvait-on s’attendre à ce que les êtres humains et célestes l’écoutant au sein de la grande assemblée aient foi en ces paroles ? N’allaient-ils pas plutôt les rejeter et, de plus, se mettre à nourrir des doutes à l’égard de tous les sūtras enseignés dans cette période et dans les périodes antérieures ? Ils se demandèrent si tous les enseignements exposés par le Bouddha, cinquante années durant, n’étaient pas en fait des doctrines fausses et erronées.

Certes, il est dit dans un passage de sūtra : « Durant ces quelque quarante années, je n’ai pas encore révélé la vérité [tout entière]41 » On pouvait néanmoins se demander si le démon du ciel n’avait pas pris la forme du Bouddha pour enseigner le Sūtra des huit dernières années, le Sūtra du Lotus. Cependant, le Bouddha décrit très précisément dans ce sūtra comment ses disciples des deux véhicules atteindront la bouddhéité et révèle les kalpa et les pays où ils apparaîtront, les noms qu’ils porteront et les disciples qu’ils instruiront. Il devient donc évident que le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, exprime deux choses différentes. Autrement dit, il est clair qu’il se contredit lui-même. C’est pourquoi les brahmanistes se moquent du Bouddha et le traitent de grand prévaricateur.

Mais, au moment même où les êtres humains et les êtres célestes de la grande assemblée paraissaient totalement effondrés devant une telle contradiction, l’Ainsi-Venu Maints-Trésors, qui réside dans le monde Pureté-du-Trésor, à l’est, apparut dans une tour gigantesque dotée des sept sortes de trésors et mesurant cinq cents yojana de haut et deux cent cinquante de large. Les êtres humains et célestes de la grande assemblée accusaient le bouddha Shakyamuni de contredire ses propres paroles et, bien que le Bouddha leur ait répondu d’une manière et puis d’une autre, il était très embarrassé, incapable de dissiper leurs doutes quand, devant lui, la Tour aux trésors émergea du sol et s’éleva dans le ciel. Elle surgit comme la pleine lune montant derrière les montagnes de l’Est au plus profond de la nuit. La tour aux sept sortes de trésors s’éleva dans le ciel, ne s’accrochant ni à la terre ni au plafond des cieux mais restant suspendue à mi-hauteur et, de l’intérieur de la tour, s’éleva une voix pure et de grande portée, qui apporta son témoignage. [Voici comment cette scène est décrite dans le Sūtra du Lotus] : « À ce moment, sortant de la tour, se fit entendre une voix retentissante qui prononça l’éloge suivant : “Il est excellent, vraiment excellent, Shakyamuni, Honoré du monde, qu’avec la grande sagesse impartiale tu prennes une Loi qui instruit les bodhisattvas, gardée et conservée dans leur cœur par les bouddhas, le Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse, et que tu la prêches pour le bien de la grande assemblée. Tout 234est tel que tu le dis, vraiment tel que tu le dis. Shakyamuni, Honoré du monde, tout ce que tu viens d’exposer est la pure vérité42 !” »

[Dans un autre passage du Sūtra du Lotus, il est dit] : « À ce moment-là, en présence de Manjusri et d’innombrables centaines, milliers, dizaines de milliers et de millions d’autres bodhisattvas mahasattva qui demeuraient depuis fort longtemps dans le monde saha, en présence aussi (...) des êtres humains et non humains, l’Honoré du monde manifesta ses grands pouvoirs transcendantaux : il tendit sa longue et large langue vers le haut jusqu’à ce qu’elle atteigne le ciel de Brahma, tout en émettant par tous les pores [d’innombrables et incommensurables rayons lumineux qui irradièrent] tous les mondes des dix directions. Les autres bouddhas, assis sur leurs trônes de lion sous les nombreux arbres constellés de joyaux, firent de même, tendirent leurs longues et larges langues et se mirent à émettre d’incommensurables rayons lumineux43. »

Il est dit aussi : « Le bouddha Shakyamuni fit retourner les bouddhas, émanations de son corps, qui étaient venus des dix directions, chacun dans sa terre d’origine en déclarant : “[Chacun de ces bouddhas peut faire comme bon lui semble.] La tour du bouddha Maints-Trésors peut aussi retourner dans son emplacement d’origine44.” »

Par le passé, quand l’Honoré du monde à la grande illumination atteignit la Voie45, les bouddhas apparurent dans les dix directions pour le conseiller et l’encourager, et plusieurs grands bodhisattvas furent envoyés auprès de lui. Quand il prêcha les sūtras de la Sagesse, il couvrit le système de mondes majeurs avec sa longue langue, et mille bouddhas apparurent dans les dix directions. Quand il enseigna le Sūtra de la lumière dorée, les quatre bouddhas46 apparurent dans les quatre directions. Quand il enseigna le Sūtra d’Amida, les bouddhas des six directions couvrirent le système de mondes majeurs avec leur langue. Et, quand il enseigna le Sūtra de la Grande Collection, les bouddhas et bodhisattvas des dix directions se rassemblèrent dans la grande chambre aux trésors.

Mais, quand nous comparons ces prodiges avec ceux qui accompagnèrent le Sūtra du Lotus, nous découvrons qu’ils sont comme un caillou jaune comparé avec de l’or, un nuage blanc comparé avec une montagne blanche, de la glace par rapport à un miroir d’argent, ou la couleur noire par rapport à la couleur bleue. Cependant, ceux dont la vue est troublée, qui louchent, qui sont borgnes ou dont la vision est déformée, risquent de les confondre.

Puisque le Sūtra de la Guirlande de fleurs fut le premier sūtra enseigné, il n’y avait aucune parole antérieure du Bouddha qu’il puisse contredire et il ne suscita naturellement aucun doute. Dans le cas du Sūtra de la Grande Collection, du Sūtra de la grande perfection de sagesse dans sa version longue, du Sūtra de la lumière dorée, et du Sūtra d’Amida, le Bouddha, afin de blâmer l’idéal des deux véhicules présenté dans les divers sūtras du Hinayana, décrivit les terres pures des dix directions, ce qui donna aux hommes du commun et aux bodhisattvas le désir d’y parvenir. Il créa ainsi un sentiment de confusion et de vexation chez les personnes des deux véhicules.

De plus, du fait des différences entre les sūtras du Hinayana et du Mahayana précédemment citées, nous savons que, dans certains cas, des bouddhas apparurent dans les dix directions, dans d’autres de grands bodhisattvas furent envoyés depuis les dix directions, ou bien encore, il est précisé qu’un sūtra particulier fut exposé dans les mondes des dix directions, ou que divers bouddhas, en provenance des dix directions, se rencontrèrent dans une assemblée. Dans certains cas, on dit que le bouddha Shakyamuni couvrit le système de mondes majeurs avec sa langue, dans d’autres, ce sont les divers bouddhas qui tirèrent la langue. Toutes ces affirmations visent à 235combattre l’idée exposée dans les sūtras du Hinayana qu’il n’existe qu’un seul bouddha dans les mondes des dix directions.

Mais le Sūtra du Lotus est si différent des précédents sūtras du Mahayana que, entendant le Bouddha l’enseigner, Shariputra et les autres auditeurs, les grands bodhisattvas et les divers êtres humains et êtres célestes, furent amenés à penser : « Serait-ce un démon qui, pour mieux me leurrer, a pris l’apparence du Bouddha47 ? » Et, pourtant, ces hommes à la vue troublée des écoles Kegon, Hossō, Sanron, Shingon et du Nembutsu semblent tous penser que leurs sūtras particuliers sont parfaitement identiques au Sūtra du Lotus. Voilà ce que j’appelle une perception bien pitoyable !

Du vivant même du Bouddha, il ne fait aucun doute que certains rejetèrent les sūtras des quelque quarante premières années de sa vie de prédication pour adopter le Sūtra du Lotus. Mais, après sa disparition, il fut probablement difficile de trouver des personnes qui ouvraient et lisaient ce Sūtra et acceptaient ses enseignements. Tout d’abord, les sūtras enseignés précédemment comportaient des mots innombrables alors que le Sūtra du Lotus est de longueur limitée. Les sūtras antérieurs sont nombreux mais le Sūtra du Lotus ne constitue qu’un seul ouvrage. Les sūtras antérieurs furent enseignés durant de nombreuses années mais le Sūtra du Lotus ne fut enseigné que pendant huit ans.

De plus, nous l’avons vu, le Bouddha a été traité de grand menteur et il est donc normal que l’on ait eu du mal à croire ses paroles. En faisant un grand effort pour croire à l’incroyable, on peut éventuellement croire dans les sūtras antérieurs, mais non au Sūtra du Lotus. Les gens d’aujourd’hui semblent croire dans le Sūtra du Lotus mais ce n’est pas réellement le cas. Voici pourquoi : quand quelqu’un leur certifie que le Sūtra du Lotus est identique au Sūtra de Mahavairochana, au Sūtra de la Guirlande de fleurs ou au Sūtra d’Amida, ils apprécient et accordent foi à cette personne. [En revanche], si on leur dit que le Sūtra du Lotus est totalement différent de tous les autres sūtras, ils n’écoutent pas ou, s’ils écoutent, ils ne croient pas que ce soit la vérité.

Nichiren voudrait dire ceci : cela fait maintenant plus de sept cents ans que la Loi bouddhique a été introduite au Japon. Durant cette période, seul le Grand Maître Dengyō a réellement compris le Sūtra du Lotus, mais personne ne tient compte de ce fait, que je ne cesse d’enseigner. Voilà qui rejoint précisément les mots du Sūtra du Lotus : « S’il vous fallait saisir le mont Sumeru et le faire s’envoler jusqu’aux terres de bouddha sans limites, cela non plus ne serait pas difficile. (...) Mais parvenir à prêcher ce Sūtra, après la disparition du Bouddha, à l’époque mauvaise, voilà qui sera réellement difficile48 ! »

Les arguments que j’ai exposés sont en accord parfait avec le Sūtra lui-même. Mais, comme il est dit dans le Sūtra du Nirvana, conçu pour la propagation du Sūtra du Lotus : à l’époque souillée de la Fin de la Loi, ceux qui calomnient l’enseignement correct seront aussi nombreux que les grains de poussière sur toutes les terres des dix directions, alors que ceux qui gardent l’enseignement correct seront aussi rares que les grains de poussière que l’on peut placer sur un ongle. Qu’en pensez-vous ? Diriez-vous que tous les gens du Japon peuvent tenir sur un seul ongle ? Diriez-vous que moi, Nichiren, j’occupe les dix directions ? Réfléchissez bien à cela.

Sous le règne d’un bon souverain, la raison prévaut, mais, quand règne un monarque insensé, c’est la déraison qui l’emporte. De la même façon, quand il y a un sage dans le monde, le véritable sens du Sūtra du Lotus devient évident.

Dans mes commentaires, j’oppose les sūtras antérieurs à l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus et l’on pourrait croire que ces sūtras antérieurs sont en position de prévaloir. Mais, s’ils 236l’emportaient vraiment sur l’enseignement théorique, cela signifierait que Shariputra et les autres personnes des deux véhicules ne pourraient jamais atteindre la bouddhéité. Ce serait vraiment déplorable !

J’en arrive maintenant au second enseignement important du Sūtra du Lotus49. Le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, est né dans le kalpa de stabilité, lors de la neuvième période de décroissance, alors que la durée de la vie humaine était de cent ans. C’était le petit-fils du roi Simhahanu et le fils et héritier du roi Shuddhodana. Enfant, on le connaissait sous le nom de prince héritier Siddhartha ou bodhisattva Qui-a-Réalisé-Tous-ses-Buts. À l’âge de dix-neuf ans, il quitta sa famille et, à trente, il atteignit l’illumination. Sur son lieu d’illumination, l’Honoré du monde révéla d’abord la cérémonie du bouddha Vairochana du monde Trésor-du-Lotus, Terre de rétribution réelle, et exposa les dix mystères50, les six aspects51, la parfaite fusion de toutes choses, et le subtil, merveilleux et noble enseignement de l’atteinte subite du fruit ultime. À ce moment-là, les bouddhas des dix directions apparurent sur la scène, et tous les bodhisattvas se rassemblèrent comme autant de nuages. Étant donné le lieu où Shakyamuni enseignait, la capacité de ses auditeurs, la présence des bouddhas, et le fait qu’il s’agissait de son premier sermon, pour quelle raison le Bouddha aurait-il dissimulé ou gardé pour lui la grande doctrine ? C’est pourquoi il est dit dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs : « Il exerça librement son pouvoir et exposa un sūtra parfait et complet. »

L’œuvre, composée de soixante volumes, est bien, par chacun de ses caractères [chinois] et de ses traits de pinceau, un sūtra parfait et complet. On peut la comparer au joyau-qui-exauce-les-vœux qui, bien qu’unique, équivaut à d’innombrables joyaux du même genre. Car ce simple joyau peut faire pleuvoir dix mille trésors, soit autant que peuvent le faire dix mille joyaux. De même, un mot du Sūtra de la Guirlande de fleurs est égal à dix mille mots. Le passage exprimant l’équivalence entre « l’esprit, le Bouddha et tous les êtres vivants » représente l’essence même, non seulement des enseignements du Kegon, mais aussi de ceux des écoles Hossō, Sanron, Shingon et Tendai.

Comment un sūtra aussi remarquable pourrait-il cacher la moindre vérité à ceux qui l’écoutent ? Pourtant, il est dit dans ce sūtra que les personnes des deux véhicules et les icchantika ne pourront jamais atteindre la bouddhéité. Tel est le défaut dans le joyau. De plus, on y lit à trois reprises que le bouddha Shakyamuni atteignit pour la première fois l’illumination en ce monde. Le fait qu’il atteignit l’illumination originelle dans un très lointain passé, révélé dans le chapitre “Durée de la vie” du Sūtra du Lotus, est donc ici dissimulé. Le Sūtra de la Guirlande de fleurs n’est en fait qu’un joyau ébréché, une lune voilée par les nuages, un soleil éclipsé. C’est vraiment bien étrange !

Les sūtras Agama et Vaipulya, les sūtras de la Sagesse, et le Sūtra de Mahavairochana, sont des œuvres splendides puisqu’elles ont été exposées par le Bouddha, mais elles sont cependant loin d’être comparables au Sūtra de la Guirlande de fleurs. Il est donc peu probable que des doctrines dissimulées dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs soient révélées dans ces autres sūtras. Ainsi, il est dit dans le Recueil des sūtras Agama que le bouddha Shakyamuni atteignit l’illumination en cette vie ; dans le Sūtra de la Grande Collection il est dit : « Cela fait seize ans que l’Ainsi-Venu a atteint l’illumination en cette vie » ; et dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti : « Au commencement, le Bouddha s’assit sous l’arbre de la bodhi et par son pouvoir vainquit le démon. » De même, le Sūtra de Mahavairochana décrit l’illumination du Bouddha en disant : « Elle eut lieu il y a longtemps, alors que j’étais 237assis sur le lieu de méditation. » Et le Sūtra de la sagesse des rois bienveillants situe cet événement « vingt-neuf ans plus tôt ».

On ne s’étonnera guère de lire tout cela dans ces sūtras. Mais quelque chose surprend, aussi bien à l’écoute qu’à la lecture. C’est que les mêmes propos apparaissent dans le Sūtra aux sens infinis. Dans ce sūtra, le Bouddha, quand il dit : « Je n’ai pas encore révélé la vérité [tout entière] », rejette les grandes doctrines, comme celle du Sūtra de la Guirlande de fleurs selon lequel le monde phénoménal est créé par le seul esprit, celle qui est présentée dans les sūtras de la période Vaipulya sur la méditation du reflet sur l’océan, et celle de l’identification mutuelle et de la non-dualité qu’on trouve dans les sūtras de la Sagesse. On lit dans le Sūtra aux sens infinis qu’il faut de nombreux kalpa pour parvenir au terme des pratiques enseignées dans les divers sūtras. Mais on y lit aussi : « Par le passé, je suis allé sur le lieu de méditation, je me suis assis bien droit pendant six ans sous l’arbre de la bodhi et j’ai pu parvenir à l’illumination suprême parfaite, » ce qui rejoint le Sūtra de la Guirlande de fleurs, premier sūtra enseigné par Shakyamuni après son illumination, et où il est dit que le Bouddha atteignit l’illumination dans ce monde-ci.

Même si cela peut paraître étrange, nous pouvons supposer que, puisque le Sūtra aux sens infinis tient lieu d’introduction au Sūtra du Lotus, c’est délibérément qu’il n’y est pas question des doctrines destinées à être révélées dans le Sūtra du Lotus lui-même. Pourtant, en se tournant vers ce dernier, nous découvrons que, dans les passages où le Bouddha discute de façon à la fois concise et développée du remplacement des trois véhicules par le Véhicule Unique, il dit : « La réalité ultime de tous les phénomènes ne peut être comprise et partagée que par des bouddhas52. » « L’Honoré du monde [qui depuis longtemps déjà expose des doctrines adaptées à ses auditeurs] doit maintenant révéler la vérité [tout entière]53. » « Renonçant très clairement à me servir des moyens opportuns, [je vais prêcher seulement la Voie inégalée]54. » De plus, le bouddha Maints-Trésors atteste la vérité des huit chapitres55 de l’enseignement théorique en déclarant que tous sont vrais. Nous pourrions donc penser qu’il n’y a en eux rien de secret ni de dissimulé. Néanmoins, le Bouddha cache qu’il avait déjà atteint l’illumination dans un très lointain passé en disant : « J’ai d’abord regardé l’arbre, assis sur mon lieu de pratique, puis j’en ai fait le tour56. » C’est sûrement le plus déconcertant.

Dans le chapitre “Surgir de terre”, une multitude de bodhisattvas encore jamais vus durant les quelque quarante années d’enseignement du Bouddha apparaissent soudain, et le Bouddha dit : « Je les ai convertis et guidés, mettant pour la première fois leur esprit sur la Voie57. » Surpris par une telle annonce, le bodhisattva Maitreya déclare : « [Honoré du monde,] quand l’Ainsi-Venu était prince héritier, vous avez quitté le palais des Shakya pour aller vous asseoir sur le lieu de pratique non loin de la ville de Gaya, et, là, vous avez atteint l’illumination parfaite suprême. Quarante années à peine se sont écoulées depuis lors. Honoré du monde, comment avez-vous pu, en un si court laps de temps, accomplir une telle œuvre en tant que Bouddha58 ? »

Afin de dissiper doutes et perplexité, le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, présente alors le chapitre “Durée de la vie”. Revenant d’abord sur la version des événements présentée dans les sūtras antérieurs et dans l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus, il dit : « Dans la totalité des mondes, les êtres célestes et humains et les asura croient tous que l’actuel bouddha Shakyamuni, après avoir quitté le palais des Shakya, s’est rendu non loin de la ville de Gaya et que, assis sur son lieu de pratique, il est alors parvenu à l’illumination parfaite suprême59. » Mais ensuite, afin de dissiper leurs doutes, il annonce : « Pourtant, 238hommes de bien, un nombre incommensurable, incalculable, des centaines, des milliers, des dizaines de milliers, des millions de nayuta de kalpa se sont écoulés depuis que j’ai en fait atteint la bouddhéité60. »

Tous les autres sūtras, tels que le Sūtra de la Guirlande de fleurs, les sūtras de la Sagesse et le Sūtra de Mahavairochana, non seulement dissimulent que les personnes des deux véhicules peuvent atteindre la bouddhéité, mais n’indiquent pas clairement que le Bouddha parvint à l’illumination il y a d’innombrables kalpa dans le passé. Ces sūtras ont deux défauts. D’abord, en enseignant que les dix états sont séparés les uns des autres, ils ne dépassent pas les doctrines provisoires et ne révèlent pas la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie, exposée dans l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus. Ensuite, en enseignant que le bouddha Shakyamuni atteignit l’illumination en cette vie, ce qui revient à se fonder sur son seul aspect provisoire, ils ne révèlent pas le fait, souligné dans l’enseignement essentiel, que le Bouddha atteignit l’illumination dans un très lointain passé. Ces deux grandes doctrines sont l’essence des enseignements exposés par le Bouddha de son vivant, et le cœur même et l’essence de tous les sūtras.

Le chapitre “Moyens opportuns”, compris dans l’enseignement théorique, expose la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie, ce qui indique clairement que les personnes des deux véhicules peuvent atteindre la bouddhéité. Il élimine ainsi l’une des deux erreurs des sūtras antérieurs. Mais il conserve néanmoins l’aspect provisoire et ne révèle pas l’aspect éternel de l’illumination du Bouddha. Ainsi, le sens véritable de la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie demeure obscur et l’atteinte de la bouddhéité par les personnes des deux véhicules n’est pas exposée de manière explicite. De tels enseignements sont comme le reflet de la lune dans l’eau ou comme des plantes déracinées dérivant au gré des vagues.

Quand nous arrivons à l’enseignement essentiel du Sūtra du Lotus, celui-ci détruit la croyance que Shakyamuni atteignit pour la première fois la bouddhéité dans sa vie présente, de même que les effets des quatre enseignements. Quand les effets des quatre enseignements sont détruits, les causes61 le sont aussi. La cause et l’effet des dix états exposés dans les sūtras antérieurs et dans l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus sont donc effacés, et la cause et l’effet des dix états62 de l’enseignement essentiel sont révélés. Telle est la doctrine de la cause originelle et de l’effet originel. Elle révèle que les neuf états sont tous présents dans la bouddhéité sans commencement et que la bouddhéité est inhérente aux neuf états sans commencement. Tel est le vrai sens de l’inclusion mutuelle des dix états, des cent mondes et des mille facteurs, et la véritable doctrine des trois mille mondes en un instant de vie.

Avec cette approche, nous comprenons que le bouddha Vairochana, assis sur le piédestal en forme de lotus des dix directions décrit dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs, le « petit » Shakyamuni décrit dans les sūtras Agama63 et les bouddhas provisoires décrits dans les sūtras des périodes Vaipulya et de la Sagesse, tels que le Sūtra de la lumière dorée, le Sūtra d’Amida et le Sūtra de Mahavairochana, ne sont que des reflets du bouddha du chapitre “Durée de la vie”. Ils sont pareils aux reflets fugaces de la lune flottant à la surface des étendues d’eau les plus variées, grandes et petites. Les érudits des diverses écoles bouddhiques, se trompant sur [la nature des bouddhas de] leur propre école et, plus fondamentalement, ignorant [le bouddha du] chapitre “Durée de la vie” du Sūtra du Lotus, confondent le reflet dans l’eau avec la vraie lune. Certains entrent alors dans l’eau pour tenter de la saisir de leurs mains, tandis que d’autres essaient de l’attraper avec une corde. Comme 239le dit Tiantai : « Ils ne savent rien de la lune dans le ciel et ne regardent que la lune dans l’étang64. »

Après y avoir réfléchi, je pense que, bien que le Sūtra du Lotus enseigne que les personnes des deux véhicules peuvent atteindre la bouddhéité, cette conception tend à être éclipsée par la conception opposée présentée dans les sūtras antérieurs. Cela est encore plus vrai pour la doctrine de l’atteinte de l’illumination par le Bouddha dans un très lointain passé ! Car, dans ce cas, ce n’est pas le Sūtra du Lotus dans son ensemble qui entre en contradiction avec les sūtras antérieurs, mais l’enseignement essentiel du Sūtra du Lotus qui contredit à la fois les sūtras antérieurs et les quatorze premiers chapitres de l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus. De plus, les quatorze chapitres de l’enseignement essentiel, à l’exception des chapitres “Surgir de terre” et “Durée de la vie”, conservent l’idée que le Bouddha atteignit l’illumination dans ce monde-ci.

Dans les quarante volumes du Mahaparinirvana-sūtra, enseigné par le Bouddha dans le bosquet d’arbres sala juste avant de quitter ce monde, ainsi que dans les autres sūtras du Mahayana à l’exception du Sūtra du Lotus, on ne trouve pas un seul mot [concernant l’atteinte de l’illumination par le Bouddha dans un très lointain passé]. Le Corps du Dharma du bouddha y est présenté comme sans commencement ni fin, mais ces sūtras ne révèlent pas la véritable nature des deux autres corps, le Corps de rétribution et le Corps de manifestation65. Comment peut-on croire alors que les gens vont rejeter le vaste ensemble d’écrits comportant les sūtras antérieurs du Mahayana, le Sūtra du Nirvana et la majeure partie de l’enseignement théorique et de l’enseignement essentiel du Sūtra du Lotus pour n’avoir foi que dans les deux chapitres “Surgir de terre” et “Durée de la vie” ?

En étudiant les origines de l’école Faxiang [devenue l’école Hossō au Japon] nous découvrons que, neuf cents ans après la disparition du Bouddha en Inde, vivait un grand érudit qui s’appelait le bodhisattva Asanga. La nuit, il grimpait jusqu’à la cour intérieure du ciel Tushita où il se présentait devant le bodhisattva Maitreya pour dissiper ses doutes concernant les enseignements dispensés par le Bouddha de son vivant. Le jour, il s’employait à propager les doctrines de l’école Dharma Lakshana [devenue l’école Faxiang en Chine] dans l’État d’Ayodhya66. Il compta parmi ses disciples plusieurs grands érudits tels que Vasubandhu, Dharmapala, Nanda et Shilabhadra67. Le grand souverain, le roi Shiladitya, inclina la tête en signe de révérence, et les habitants de l’ensemble des cinq régions de l’Inde renoncèrent à leur arrogance et se déclarèrent adeptes de son enseignement.

Le Maître chinois des Trois corbeilles, Xuanzang, se rendit en Inde où, dix-sept années durant, il visita au moins cent trente États. Il rejeta tous les autres enseignements bouddhiques mais rapporta les doctrines de l’école Dharma Lakshana en Chine et les offrit au souverain sage, l’empereur Taizong. Xuanzang comptait parmi ses disciples des hommes tels que Shenfang, Jiashang, Puguang et Kuiji. Il dispensa ses enseignements au temple Dacien et les propagea dans plus de trois cent soixante régions de Chine.

Sous le règne de l’empereur Kōtoku [655-661], trente-septième souverain du Japon, Dōji, Dōshō, et d’autres moines se rendirent en Chine pour étudier ces doctrines et, à leur retour, les enseignèrent au Yamashina-dera68. C’est ainsi que cette école devint la principale école bouddhique des trois pays : Inde, Chine et Japon.

Selon cette école, dans tous les enseignements du Bouddha, depuis le premier des sūtras, le Sūtra de la Guirlande de fleurs, jusqu’au Sūtra du Lotus et au Sūtra du Nirvana enseignés à la fin, il est établi que les êtres vivants qui n’ont pas la nature de 240l’illumination et ceux qui sont prédestinés aux deux véhicules ne pourront jamais devenir bouddhas. Le Bouddha, selon cette école, ne se contredit jamais. Par conséquent, puisqu’il a déclaré un jour que ces gens ne pourraient jamais atteindre la bouddhéité, alors, même si le soleil et la lune tombaient sur la terre et si notre terre se renversait, une telle déclaration, elle, demeurerait immuable. Dans les sūtras antérieurs, il est dit que les êtres vivants qui n’ont pas la nature de l’illumination et ceux qui sont prédestinés aux deux véhicules ne peuvent pas devenir bouddhas. En conclusion, on affirme dans cette école que même le Sūtra du Lotus et le Sūtra du Nirvana n’ont jamais prétendu le contraire.

« Fermez les yeux et réfléchissez, » diraient les membres de l’école Hossō. « S’il avait été absolument établi dans le Sūtra du Lotus et dans le Sūtra du Nirvana que ceux qui ne possèdent pas la nature innée de l’illumination et ceux qui sont prédestinés aux deux véhicules peuvent en réalité atteindre la bouddhéité, alors pourquoi de grands érudits tels qu’Asanga et Vasubandhu ou des maîtres et professeurs des Trois Corbeilles tels que Xuanzang et Cien n’en auraient-ils pas tenu compte ? Pourquoi ne l’ont-ils pas mentionné dans leurs écrits ? Pourquoi n’ont-ils pas accepté cette croyance pour la transmettre aux époques ultérieures ? Pourquoi Asanga n’a-t-il pas interrogé le bodhisattva Maitreya à ce sujet ? Des personnes comme vous, Nichiren, prétendent fonder leurs assertions sur le texte du Sūtra du Lotus, mais vous vous contentez en fait d’accepter les vues erronées d’hommes comme Tiantai, Miaole et Dengyō, et vous interprétez le texte du Sūtra à la lumière de leurs enseignements. C’est pourquoi vous prétendez que le Sūtra du Lotus est aussi différent des sūtras antérieurs que le feu l’est de l’eau. »

Mieux encore, les écoles Kegon et Shingon sont d’un niveau incomparablement plus élevé que les écoles Hossō et Sanron. Or, on y prétend que la doctrine de l’atteinte de la bouddhéité par les personnes des deux véhicules et celle de l’illumination du Bouddha dans un très lointain passé ne se trouvent pas seulement dans le Sūtra du Lotus mais aussi dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs et dans le Sūtra de Mahavairochana.

Selon ces écoles, Dushun, Zhiyan, Fazang et Chengguan, les patriarches de l’école Huayan [devenue l’école Kegon au Japon], et les maîtres du Zhenyan [devenu l’école Shingon au Japon], c’est-à-dire Shanwuwei, Jingangzhi et Bukong, étaient bien plus éminents que Tiantai et Dengyō. Elles prétendent également que les enseignements de Shanwuwei descendent en ligne directe de l’Ainsi-Venu Mahavairochana. « Comment de tels hommes, qui sont des manifestations du Bouddha, auraient-ils pu se tromper ? » demandent [les croyants de] ces écoles. Ils s’appuient sur le passage du Sūtra de la Guirlande de fleurs où il est dit : « Certains perçoivent qu’un nombre incommensurable de kalpa se sont écoulés depuis que Shakyamuni a atteint la Voie du Bouddha », ou sur le passage du Sūtra de Mahavairochana où l’on lit : « Moi [bouddha Mahavairochana] je suis la source et le commencement de toutes choses. » Comment, interrogent-ils, peut-on prétendre que seul le chapitre “Durée de la vie” du Sūtra du Lotus expose la doctrine de l’atteinte de l’illumination par Shakyamuni dans un lointain passé ? Ceux qui avancent de pareils propos sont comme les grenouilles au fond d’un puits qui n’ont jamais vu le grand océan ou comme des montagnards qui ne savent rien de la capitale. Vous êtes des gens obnubilés par le chapitre “Durée de la vie”, disent-ils, et vous ne connaissez rien ni du Sūtra de la Guirlande de fleurs, ni du Sūtra de Mahavairochana, ni des autres ! Pensez-vous que, en Inde, en Chine et en Silla et Baekje [en Corée], les gens croient que ces deux 241doctrines ne se trouvent que dans le Sūtra du Lotus ?  »

Nous l’avons vu, le Sūtra du Lotus, enseigné pendant huit ans, est bien différent des sūtras antérieurs enseignés pendant une période d’environ quarante ans. S’il fallait choisir entre les deux, on devrait en toute logique choisir le Sūtra du Lotus, plus tardif. Et pourtant, les sūtras antérieurs semblent à bien des égards peser d’un plus grand poids.

Du vivant même du Bouddha, il y aurait eu de bonnes raisons de choisir le Sūtra du Lotus. Mais, dans les périodes suivant sa disparition, les maîtres et les érudits ont le plus souvent manifesté leur préférence pour les sūtras antérieurs. Non seulement le Sūtra du Lotus est en soi difficile à croire, mais en plus, avec l’avènement de l’époque de la Fin de la Loi, les sages et les personnes vertueuses disparaissent graduellement de la scène, et le nombre de personnes dans l’illusion va croissant. Les gens sont enclins à commettre des erreurs, y compris dans les affaires mondaines superficielles. Comment pourraient-ils ne pas se tromper davantage encore en ce qui concerne les profonds enseignements [du Bouddha] qui mènent à l’illumination ?

Vatsa et Vaipulya69 étaient brillants et perspicaces, mais ils confondaient pourtant les sūtras du Hinayana et ceux du Mahayana. Vimalamitra et Madhava étaient très intelligents de nature, mais ils ne pouvaient pas faire la juste distinction entre les enseignements provisoires et l’enseignement véritable. Ces hommes vécurent durant la période de mille ans qu’on appelle l’époque de la Loi correcte, qui était peu éloignée dans le temps du Bouddha lui-même, et ils étaient dans le même pays, l’Inde. Cependant, ils tombèrent dans l’erreur, comme nous l’avons vu. Comment ces risques d’erreur ne pourraient-ils pas s’accroître encore en Chine et au Japon, pays très éloignés de l’Inde et où l’on parle des langues différentes ?

Les êtres humains sont aujourd’hui de moins en moins lucides, la durée de leur vie diminue progressivement70, et les poisons de l’avidité, de la haine et de l’ignorance ne cessent de proliférer. Le Bouddha a disparu il y a bien longtemps, et les écrits bouddhiques sont tous incompris. Qui, de nos jours, a assez de sagesse pour les interpréter correctement ?

C’est pourquoi le Bouddha a prédit dans le Sūtra du Nirvana : « À l’époque de la Fin de la Loi, ceux qui se conforment à l’enseignement correct seront aussi peu nombreux que les grains de poussière qui peuvent être placés sur un ongle, alors que ceux qui calomnient l’enseignement correct seront plus nombreux que les grains de poussière dans toutes les terres des dix directions. »

Dans le Sūtra du déclin de la Loi, se trouve un passage où il est dit : « Ceux qui calomnient l’enseignement correct seront aussi nombreux que les grains de sable du Gange, alors que ceux qui le suivent ne seront guère plus nombreux qu’un ou deux galets. » Quand cinq cents ans ou mille ans se seront écoulés, il sera difficile de trouver ne serait-ce qu’une seule personne qui croira dans l’enseignement correct. Ceux qui tomberont dans les voies mauvaises en raison de crimes commis en ce monde seront d’un nombre aussi insignifiant que les grains de poussière tenant sur un ongle, mais ceux qui y tomberont pour avoir enfreint les enseignements bouddhiques seront d’un nombre égal aux grains de poussière de tous les mondes des dix directions. Les moines plus que les croyants laïcs, les nonnes plus que les croyantes laïques, tomberont dans les mauvaises voies.

Voilà ce que Nichiren en pense : plus de deux cents ans se sont déjà écoulés depuis que le monde est entré dans l’époque de la Fin de la Loi. Je suis né sur une terre très lointaine et, de plus, je suis une personne de basse condition et un moine au savoir humble. Renaissant encore et encore parmi les six voies, j’ai peut-être été parfois un grand souverain dans le monde humain et 242le monde céleste, et j’ai fait plier la multitude à ma guise, tel un grand vent faisant ployer les branches des petits arbres. Pourtant, dans de telles périodes, je n’ai pas pu devenir bouddha.

J’ai étudié les sūtras du Hinayana et du Mahayana, d’abord comme un pratiquant ordinaire, dépourvu de toute compréhension, pour m’élever graduellement jusqu’au stade de grand bodhisattva. Pendant un, deux, et même d’innombrables kalpa, je me suis consacré aux pratiques de bodhisattva jusqu’à atteindre pratiquement le stade de non-régression. Et pourtant, j’ai été entraîné vers le bas par l’influence puissante et irrésistible du mal, et jamais je n’ai atteint la bouddhéité. J’ignore si je figurais parmi le troisième groupe71 qui ne parvint pas à croire quand les fils du bouddha Excellence-Sagesse-Grandes-Universelles enseignèrent le Sūtra du Lotus et qui n’atteignit pas davantage la bouddhéité du vivant du bouddha Shakyamuni ; ou si j’ai failli et abandonné les enseignements entendus il y a des kalpa et des kalpa de particules de poussière de systèmes de mondes majeurs, ce qui me valut de renaître en cette époque.

En pratiquant les enseignements du Sūtra du Lotus, il est possible de surmonter toutes sortes de difficultés occasionnées par les forces mauvaises de la vie en ce monde ou par les persécutions des souverains, des non-bouddhistes, ou des adeptes des sūtras du Hinayana. Mais l’on peut aussi rencontrer des personnes comme Daochuo, Shandao ou Hōnen, moines apparemment parfaitement familiarisés avec les sūtras provisoires du Mahayana et avec le sūtra véritable du Mahayana mais, en fait, possédés par les démons. De tels hommes semblent louer le Sūtra du Lotus avec la plus grande vigueur mais, en réalité, ils sous-estiment la capacité des gens à le comprendre, en prétendant que ses principes sont très profonds alors que l’intelligence humaine est lente72. Ils égarent les autres en disant que « pas une seule personne n’a atteint la bouddhéité » grâce à ce Sūtra ou que ce dernier ne peut pas même sauver « une personne sur mille73 ». Ainsi, tout au long d’innombrables vies, les êtres humains ont été trompés autant de fois qu’il y a de grains de sable dans le Gange, jusqu’à [abandonner leur foi dans le Sūtra du Lotus pour] tomber au niveau des enseignements des sūtras provisoires du Mahayana, qu’ils abandonnent à leur tour pour tomber jusqu’aux enseignements des sūtras du Hinayana, qu’ils finissent aussi par abandonner pour tomber jusqu’aux enseignements et écrits des doctrines non bouddhiques. Je comprends tout à fait comment, en définitive, les êtres humains en sont venus à tomber dans les mauvaises voies.

Moi, Nichiren, je suis la seule personne de tout le Japon à comprendre cela. Mais si je prononce ne serait-ce qu’un mot à ce sujet, alors mes parents, mes frères mes maîtres et même le souverain du pays prendront sûrement des mesures contre moi. Par ailleurs, je suis parfaitement conscient que, si je ne m’exprime pas, je fais preuve d’un manque de compassion. Je me suis demandé quel chemin emprunter à la lumière du Sūtra du Lotus et du Sūtra du Nirvana. En restant silencieux, je peux échapper aux persécutions en cette vie mais dans la vie prochaine je ne manquerai pas de tomber dans l’Enfer aux souffrances incessantes. Si je parle, j’ai tout à fait conscience que je devrai affronter les trois obstacles et les quatre démons74. Mais, entre ces deux chemins, c’est sûrement le second qu’il faut choisir.

Si, cependant, je devais faiblir dans ma détermination face aux persécutions du souverain, il vaudrait mieux que je ne parle pas. Tout à mes réflexions, je me suis rappelé les enseignements du chapitre “L’apparition de la Tour aux trésors” sur les six actes difficiles et les neuf actes faciles. Les personnes comme moi, dont la force est dérisoire, pourraient cependant soulever le mont Sumeru et le lancer en l’air ; des personnes comme moi, dépourvues 243de pouvoirs transcendantaux, pourraient aller jusqu’à porter un fardeau d’herbe sèche sans se faire consumer par l’incendie à la fin du kalpa de déclin75, et des personnes comme moi, dépourvues de sagesse, pourraient aller jusqu’à lire et mémoriser autant de sūtras qu’il est de grains de sable dans le Gange. Mais de tels actes sont réputés peu difficiles, par rapport à la difficulté d’adopter ne serait-ce qu’une phrase ou un verset du Sūtra du Lotus à l’époque de la Fin de la Loi. Néanmoins, j’ai émis le vœu de produire le désir puissant et indomptable de l’illumination et de ne jamais faiblir dans mes efforts.

Cela fait déjà plus de vingt ans que j’ai commencé à proclamer ces doctrines. Jour après jour, mois après mois, année après année, j’ai été sujet à des persécutions constantes. Les persécutions et désagréments mineurs sont si nombreux qu’il est même impossible de les compter, mais les persécutions majeures s’élèvent au nombre de quatre. Parmi elles, deux concernent des persécutions par les souverains du pays76. La plus récente a failli me coûter la vie. De plus, mes disciples, mes partisans laïcs et même ceux qui n’ont fait qu’écouter mes enseignements ont dû subir des sanctions sévères et ont été traités comme s’ils étaient coupables de trahison.

On lit dans le quatrième volume du Sūtra du Lotus : « Puisque haine et jalousie envers ce Sūtra abondent en ce monde, du vivant même de l’Ainsi-Venu, ne seront-elles pas pires encore après sa disparition77 ? » Dans le deuxième volume : « [Dénigrer un sūtra comme celui-ci], tout comme mépriser, haïr, jalouser, ou concevoir de la rancune en voyant ceux qui le lisent, le récitent, le copient (...)78. » Dans le cinquième volume : « Il se heurtera à une grande hostilité dans le monde et sera difficile à croire79. » Il est dit aussi : « Nombreux seront les ignorants qui nous insulteront et nous maudiront80 » et « ils s’adresseront aux gouvernants et aux ministres, aux brahmanes et aux chefs de clans [mais aussi aux autres moines], nous calomniant et nous dénigrant ainsi : “Ce sont des gens aux vues faussées [qui prêchent des doctrines non bouddhiques] !” » On lit aussi dans le même volume : « (...) nous serons bannis encore et encore81 » et [dans le septième volume] : « Certains dans un groupe saisissaient des bâtons, des tuiles et des pierres pour le battre et le lapider82 ».

Il est stipulé dans le Sūtra du Nirvana : « À ce moment-là, il y eut d’innombrables non-bouddhistes qui conspirèrent et rendirent visite à Ajatashatru, roi du Magadha, pour lui dire : “Il existe aujourd’hui un homme d’une incomparable perversité, un moine appelé Gautama (...). Toutes sortes de gens mauvais, espérant obtenir profit et aumônes, se sont attroupés autour de lui pour devenir ses disciples. Ces gens ne pratiquent pas le bien mais utilisent le pouvoir des sortilèges et de la magie pour rallier des hommes comme Mahakashyapa, Shariputra et Maudgalyayana.” »

Tiantai dit : « Ce sera bien pire dans l’avenir parce que les principes [du Sūtra du Lotus] sont très difficiles à enseigner83. » Miaole déclare : « “La haine” concerne ceux qui ne se sont pas encore libérés des obstacles, et “la jalousie”, ceux qui n’ont aucun plaisir à écouter la doctrine84. » Les maîtres des trois écoles du Sud et des sept écoles du Nord en Chine, ainsi que les innombrables autres érudits chinois, considéraient tous Tiantai avec ressentiment et animosité. Ainsi, Tokuitsu dit : « Eh bien, Zhiyi, de qui es-tu le disciple ? Avec une langue d’[à peu près] trois pouces, tu calomnies les enseignements prononcés par la longue et large langue du Bouddha qui peut recouvrir tout son visage85. »

Nous lisons dans le Dongchun : « Question : Alors que le Bouddha était en ce monde, nombreux furent ceux qui éprouvèrent ressentiment et jalousie. Mais, dans l’ère suivant sa disparition, quand quelqu’un enseigne ce Sūtra [du Lotus], 244pourquoi est-il calomnié par tant de gens ? Réponse : Tel le bon médicament qui, dit-on, a un goût amer, ce Sūtra chasse les attachements aux cinq véhicules et établit l’unique principe ultime. Il y est adressé des reproches à ceux qui sont rangés parmi les hommes du commun, et des réprimandes à ceux qui figurent parmi les sages, le Mahayana [provisoire] y est repoussé et le Hinayana réfuté. On y qualifie les démons célestes d’insectes venimeux et on y appelle les non-bouddhistes des divinités-démons86. On y blâme ceux qui s’accrochent aux enseignements du Hinayana, en les qualifiant de vilains et de miséreux, et les bodhisattvas sont relégués au rang d’étudiants débutants. C’est pourquoi les démons célestes détestent écouter ce Sūtra, les non-bouddhistes trouvent qu’il blesse leurs oreilles, les personnes des deux véhicules en sont frappées de stupeur, et les bodhisattvas s’enfuient, terrorisés. Tous ces êtres différents essaient alors de dresser des obstacles [devant le pratiquant du Sūtra du Lotus]. Le Bouddha ne se trompait pas dans ses mots lorsqu’il déclarait que haine et jalousie abonderaient. »

Il est dit dans Clarification des préceptes du Mahayana : « Les surintendants des moines [dans la capitale Nara] disent dans leur rapport au trône : “À l’ouest de la Chine, au pays Xixia [Tokhare] vivait un brahmane appelé Éloquence-du-Démon, aujourd’hui, dans ce pays de l’Est [le Japon], vit un moine au crâne rasé qui déverse des paroles habiles. Les mauvais esprits invitent discrétement les personnes de ce genre à tromper et à égarer le monde.” Moi [Dengyō], je réponds ceci à ces accusations : “De même que nous avons entendu parler de Huiguang, [surintendant des moines arrogants], dans la dynastie des Qi en Chine, il y a aujourd’hui dans notre propre pays ces six surintendants des moines87. Comme le Bouddha a eu raison de prédire dans le Sūtra du Lotus que la situation serait pire encore après sa disparition.” »

Il est stipulé dans les Principes remarquables du Sūtra du Lotus : « En ce qui concerne l’époque, [la propagation du véritable enseignement commencera] à l’instant où s’achèvera l’époque de la Loi formelle et où commencera celle de la Fin de la Loi. En ce qui concerne le pays, la propagation commencera dans un pays à l’est de Tang et à l’ouest de Katsu88. En ce qui concerne le peuple, cette propagation se fera parmi les gens souillés par les cinq impuretés et qui vivent dans une époque de conflits. Il est dit dans le Sūtra : “Puisque haine et jalousie envers ce Sūtra abondent en ce monde, du vivant même de l’Ainsi-Venu, ne seront-elles pas pires encore après sa disparition ?” Une telle déclaration n’est pas sans fondement. »

Un petit garçon, soigné par moxibustion, éprouve toujours du ressentiment contre sa mère ; quand on donne un bon médicament à une personne gravement malade, elle ne manque pas de se plaindre de son goût amer. Nous rencontrons des plaintes similaires à propos du Sūtra du Lotus, et c’était déjà le cas du vivant du Bouddha. La calomnie n’est-elle pas alors d’autant plus forte après sa disparition, tout particulièrement dans les époques de la Loi formelle et de la Fin de la Loi, et dans un pays éloigné comme le Japon ? Telles les montagnes succédant aux montagnes et les vagues suivant les vagues, les persécutions s’ajoutent aux persécutions et les critiques accroissent les critiques.

Durant l’époque de la Loi formelle, seul un homme, Tiantai, comprit et exposa le Sūtra du Lotus et les autres sūtras. Cela lui valut la haine des autres maîtres influents de la Chine du Nord et de celle du Sud, mais les deux souverains sages des dynasties des Chen et des Sui lui accordèrent une audience pour qu’il puisse établir la justesse de ses positions dans un débat contre ses opposants. Ainsi, il finit par ne plus avoir d’adversaires. À la fin de l’époque de la Loi formelle, seul un homme, Dengyō, 245comprit le Sūtra du Lotus et les autres sūtras tels que le Bouddha les avait présentés. Les sept temples majeurs de Nara se dressèrent contre lui comme autant de guêpes, mais deux souverains sages, l’empereur Kammu [781-806] et l’empereur Saga [809-823], procédant à leur propre enquête sur les conceptions des deux camps, établirent clairement laquelle était correcte, et dès lors les troubles cessèrent.

Voici maintenant plus de deux cents ans que nous sommes entrés dans l’époque de la Fin de la Loi. Le Bouddha a prédit que la situation empirerait encore après sa disparition, et nous en voyons les présages dans les querelles qui se perpétuent aujourd’hui à cause de la prédominance des doctrines erronées. Et, preuve que nous vivons dans un âge souillé, je n’ai pas été convoqué pour un débat doctrinal avec mes adversaires, mais fus au contraire envoyé en exil, et ma vie même fut mise en péril.

Lorsqu’il s’agit de comprendre le Sūtra du Lotus, je n’ai qu’une infime partie des vastes capacités de Tiantai et Dengyō. Mais, par ma capacité à endurer les persécutions et par l’étendue de ma bienveillance à l’égard des autres, je pourrais les étonner. [En tant que pratiquant du Sūtra du Lotus,] je suis fermement convaincu que je devrais bénéficier de la protection des divinités, bien que je n’en voie pas encore le moindre signe. Au contraire, je subis des sanctions d’une gravité croissante. Si l’on se fie à cela, peut-être ne suis-je pas après tout un pratiquant du Sūtra du Lotus. Ou peut-être les dieux du ciel et les divinités bienveillantes ont-ils pris congé et quitté le Japon. Je me trouve plongé dans une grande perplexité.

Mais les vingt lignes versifiées du chapitre “Exhortation à la persévérance” du cinquième volume du Sūtra du Lotus89 me reviennent alors en mémoire. Si moi, Nichiren, je n’étais pas né au Japon, alors les paroles de l’Honoré du monde prédisant de telles persécutions auraient été un grand mensonge, et ces huit cent mille millions de nayuta de bodhisattvas auraient été coupables de la même faute que Devadatta : mentir et égarer les autres.

Il est dit dans le Sūtra : « Nombreux seront les ignorants qui nous insulteront et nous maudiront, à nous attaquer au bâton ou au sabre, à coups de pierres ou de tuiles90. » Regardez autour de vous dans ce monde qui est le nôtre : y a-t-il des moines autres que Nichiren qui soient maudits et calomniés à cause du Sūtra du Lotus ou attaqués au sabre ou au bâton ? Sans Nichiren, la prophétie énoncée dans ce verset du Sūtra aurait été pur mensonge.

Il est dit dans le même passage : « À cette époque mauvaise, on trouvera des moines à la sagesse pervertie, aux cœurs serviles et tortueux91 » et « Ils prêcheront la Loi à des laïcs vêtus d’une robe blanche, ils seront respectés et révérés du monde comme des arhat détenteurs des six pouvoirs transcendantaux92 ». Sans les moines des écoles Nembutsu, Zen et Ritsu d’aujourd’hui, l’Honoré du monde aurait été l’auteur de grands mensonges.

On lit aussi dans ce même passage [du Sūtra] : « Comme [ils cherchent sans cesse à nous dénigrer] dans la grande assemblée, ils s’adresseront aux gouvernants et aux ministres, aux brahmanes et aux chefs de clans (...) [en nous calomniant et en nous dénigrant]93. » Si les moines d’aujourd’hui ne me calomniaient pas auprès des autorités et ne m’avaient pas condamné au bannissement, ce passage de Sūtra serait resté inaccompli.

On lit aussi : « (...) nous serons bannis encore et encore94. » Si Nichiren n’avait pas été banni maintes et maintes fois pour le Sūtra du Lotus, que signifieraient les mots « encore et encore » ? Même Tiantai et Dengyō n’ont pu accomplir la prédiction représentée par les mots « encore et encore », et les autres bien moins. Mais, pour être né au début de l’époque de la Fin de la Loi, « époque effrayante et mauvaise » décrite dans le Sūtra, je suis le seul à avoir pu vivre ces mots.

246Parmi les autres exemples de prophéties accomplies, il est rapporté dans le Sūtra sur les successeurs du Bouddha que, selon l’Honoré du monde, cent ans après sa disparition, apparaîtrait un roi nommé le grand roi Ashoka. Dans le Maya-sūtra, il dit que six cents ans après sa disparition, un homme appelé le bodhisattva Nagarjuna apparaîtrait dans le sud de l’Inde. Et, dans le Sūtra de la grande compassion, il déclare que soixante ans après sa disparition un homme nommé Madhyantika s’installerait dans le palais du dragon. Toutes ces prophéties se sont révélées exactes. D’ailleurs, dans le cas contraire, qui aurait eu foi dans les enseignements du Bouddha ?

Ainsi, le Bouddha détermina le moment [où le pratiquant du Sūtra du Lotus apparaîtrait], en le décrivant comme « une période effrayante et mauvaise », « l’époque de la Fin de la Loi », « l’époque de la Fin de la Loi où la Loi est sur le point de disparaître » et « la dernière période de cinq cents ans », comme l’attestent les deux traductions chinoises du Sūtra du Lotus, le Sūtra du Lotus de la Loi correcte et le Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse95. À une telle époque, si les trois puissants ennemis annoncés dans le Sūtra du Lotus n’apparaissaient pas, alors qui croirait aux mots du Bouddha ? Excepté Nichiren, qui pourrait accomplir les prophéties du Bouddha concernant le pratiquant du Sūtra du Lotus ? Les trois écoles de la Chine du Sud et les sept écoles de la Chine du Nord, ainsi que les sept temples majeurs de Nara, comptaient parmi les calomniateurs du Sūtra du Lotus à l’époque de la Loi formelle. Comment les moines du Zen, du Ritsu et du Nembutsu de notre époque pourraient-ils ne pas être qualifiés de la même façon ?

Avec ce corps qui est le mien, j’ai accompli les prophéties du Sūtra. Plus les autorités gouvernementales se déchaînent contre moi, plus grande est ma joie. Ainsi, certains bodhisattvas du Hinayana, pas encore libérés de l’illusion, attirent sur eux le mauvais karma par leur propre vœu de compassion. S’ils voient que leurs parents sont tombés en enfer et souffrent profondément, ils créeront délibérément le karma approprié pour tomber eux aussi en enfer, partager et prendre sur eux leurs souffrances. La souffrance est une joie pour eux. C’est aussi vrai pour moi [lorsque j’accomplis les prophéties]. Même si je dois actuellement affronter des épreuves qu’il m’est bien difficile de supporter, je me réjouis en pensant qu’à l’avenir je ne renaîtrai pas dans les voies mauvaises.

Pourtant, les gens doutent de moi et, moi aussi, je doute de moi-même. Pourquoi les divinités ne me viennent-elles pas en aide ? Les divinités célestes et autres divinités tutélaires ont fait leur vœu devant le Bouddha. Même si le pratiquant du Sūtra du Lotus était un singe plutôt qu’un homme, elles s’adresseraient à lui comme au pratiquant du Sūtra du Lotus et s’empresseraient d’accomplir le vœu émis devant le Bouddha. Leur absence signifie-t-elle que je ne suis pas réellement un pratiquant du Sūtra du Lotus ? Ce doute est l’essence du texte que je suis en train de rédiger. Et, comme c’est là le principal sujet de préoccupation de toute ma vie, il viendra me troubler encore et encore et je ne cesserai de m’y confronter, pour tenter de le dissiper.

Le prince Jizha avait promis dans son cœur de donner au seigneur de Xu le précieux sabre royal qu’il détenait. C’est pourquoi, [découvrant plus tard que le seigneur de Xu était mort], il plaça le sabre sur sa tombe96. Après avoir bu dans une rivière, Wang Shou prit le soin de jeter une pièce d’or dans l’eau en guise de paiement97. Apprenant que son seigneur avait été tué, Hong Yan s’ouvrit le ventre pour y insérer le foie de ce seigneur avant de mourir. Il s’agissait là d’hommes vertueux qui savaient s’acquitter d’une dette de reconnaissance. Cela n’est-il pas encore plus vrai de sages comme Shariputra et Mahakashyapa qui observèrent l’ensemble des deux cent 247cinquante préceptes et des trois mille règles de conduite et qui s’étaient coupés des illusions de la pensée et du désir et séparés du monde des trois plans98 ? Ils sont dignes d’être les guides de Brahma, de Shakra et des autres divinités célestes, et les yeux de tous les êtres vivants. Durant les quelque quarante premières années d’enseignement du Bouddha, ces hommes étaient détestés et rejetés, et on les avertit qu’ils n’atteindraient jamais la bouddhéité. Mais, après avoir goûté à l’élixir d’immortalité du Sūtra du Lotus, ils furent comme des graines brûlées qui germent, un rocher brisé qui se reconstitue, ou des arbres desséchés qui engendrent fleurs et fruits. Grâce au Sūtra du Lotus, il fut révélé qu’ils atteindraient finalement la bouddhéité, bien qu’ils aient encore à entrer dans les huit phases de l’existence d’un bouddha. Comment, alors, pourraient-ils ne rien entreprendre pour s’acquitter de leur profonde dette de reconnaissance envers le Sūtra ? À défaut, ils se montreraient inférieurs aux hommes vertueux mentionnés plus haut et, en fait, se ravaleraient au rang d’animaux incapables de comprendre leur dette de reconnaissance.

La tortue sauvée par Mao Bao n’oublia pas de le remercier pour sa bonté passée99. Afin de remercier l’homme qui lui avait sauvé la vie, le grand poisson de l’étang Kunming lui offrit un brillant joyau au milieu de la nuit100. Même ces créatures savaient s’acquitter d’une dette de reconnaissance, alors comment pourrait-il en être autrement pour les hommes qui sont de grands sages ?

Le vénérable Ananda était le deuxième fils du roi Dronodana et le vénérable Rahula le petit-fils du roi Shuddhodana. Tous deux étaient nés dans des familles nobles et avaient atteint le stade d’arhat. Ils furent cependant considérés comme incapables d’atteindre la bouddhéité. Et pourtant, durant l’assemblée de huit ans au pic de l’Aigle [où le Sūtra du Lotus fut enseigné], il fut révélé qu’ils deviendraient bouddhas sous les noms de l’Ainsi-Venu Sagesse-de-la-Mer-et-de-la-Montagne [Roi-au-Pouvoir-Illimité] et de l’Ainsi-Venu Foulant-les-Fleurs-des-Sept-Trésors. Aussi distinguées que soient leurs familles et quelle que soit l’étendue de leur sagesse, sans la révélation du Sūtra du Lotus, qui leur aurait manifesté du respect ?

Le roi Jie de la dynastie des Xia et le roi Zhou de la dynastie des Yin étaient à la tête d’une armée de dix mille chars et obtinrent l’allégeance de toute la population de leurs royaumes. Mais comme ils gouvernèrent en despotes et provoquèrent la chute de leurs dynasties, les gens en font l’exemple même d’hommes mauvais. Même une personne de basse condition ou un lépreux considèrent le fait d’être comparés à Jie et à Zhou comme une insulte et en sont furieux.

Sans le Sūtra du Lotus, alors, qui aurait jamais entendu parler des douze cents auditeurs101 et des autres innombrables auditeurs [ayant atteint la bouddhéité grâce au Sūtra, et] qui aurait écouté leurs voix ? Personne n’aurait lu les sūtras bouddhiques compilés par les mille auditeurs102, pas plus que l’on aurait établi et vénéré des images peintes et des sculptures en bois à leur effigie. C’est seulement grâce au pouvoir du Sūtra du Lotus que ces arhat sont révérés et suivis. Coupés du Sūtra du Lotus, ces auditeurs seraient comme un poisson sans eau, un singe sans arbre, un bébé sans sein, ou un peuple sans souverain. Comment peuvent-ils alors abandonner celui qui pratique le Sūtra du Lotus ?

Grâce aux sūtras précédents, les auditeurs ont acquis l’œil céleste et l’œil de la sagesse, en plus des yeux de leur corps. Grâce au Sūtra du Lotus, ils ont acquis l’œil du Dharma et l’œil du Bouddha103. Leur vision peut pénétrer n’importe lequel des mondes des dix directions. Comment alors pourraient-ils ne pas me voir, moi, pratiquant du Sūtra du Lotus, ici même, en ce monde saha ? Même si, homme mauvais, 248j’avais prononcé une ou deux paroles hostiles à leur égard, ou si j’avais maudit et injurié les auditeurs pendant un an ou deux, un kalpa ou deux, voire cent, mille, dix mille ou un million de kalpa, même si j’avais été jusqu’à menacer de prendre sabres et bâtons contre eux, dès lors que je conserve ma foi dans le Sūtra du Lotus et que j’agis comme son pratiquant, ils ne devraient jamais m’abandonner.

Un enfant peut maudire ses parents, mais ses parents le rejetteront-ils pour autant ? Les jeunes hiboux mangent leur mère mais pourtant leur mère ne les abandonne jamais. Le hakei est une bête sauvage qui tue son père, mais le père ne fait rien pour l’en empêcher. Si même des animaux se comportent ainsi, pourquoi de grands sages abandonneraient-ils le pratiquant du Sūtra du Lotus ?

Les quatre grands auditeurs, dans le passage où ils font part de leur accord, ont proclamé : « Nous voilà à présent de véritables auditeurs, nous ferons nôtres les paroles de la Voie du Bouddha pour les faire entendre de tous. Nous voilà à présent de véritables arhat car en tous lieux, parmi les êtres célestes et humains, les démons et les Brahmas des différents mondes, nous méritons de recevoir des offrandes. L’Honoré du monde, dans sa grande bienveillance, utilise une chose rare ; plein de compassion et de sollicitude, il enseigne et convertit, nous apportant des bienfaits. Au cours d’innombrables millions de kalpa qui pourrait jamais s’acquitter de cette dette envers lui ? Même en lui offrant nos mains et nos pieds, en inclinant la tête pour marquer notre déférente obéissance, en lui faisant toutes sortes d’offrandes, aucun de nous ne pourrait s’en acquitter. Nous aurions beau l’élever au-dessus de nos têtes, le porter sur nos deux épaules, durant des kalpa aussi nombreux que des grains de sable dans le Gange, et le révérer de tout notre cœur ; nous aurions beau venir avec les mets les plus délicats, d’innombrables vêtements rehaussés de joyaux, avec des articles de literie, divers remèdes et potions, du santal tête de bœuf et les pierres précieuses les plus rares ; nous aurions beau édifier des stupas et recouvrir le sol de robes somptueuses, nous aurions beau faire de telles offrandes autant de kalpa durant qu’il y a de grains de sable dans le Gange, cela encore ne serait pas suffisant pour nous acquitter [de notre dette]104. »

Dans les divers sūtras de la première période d’enseignement du Bouddha, comparés aux quatre premières saveurs105, les auditeurs furent maintes fois dépeints comme soumis à toutes sortes d’insultes et ridiculisés devant la grande assemblée des êtres humains et célestes. Ainsi, dit-on, les larmes et les lamentations du vénérable Mahakashyapa retentirent dans tout le système de mondes majeurs106, le vénérable Subhuti fut si abasourdi qu’il faillit partir en abandonnant son bol d’aumônes107, Shariputra recracha la nourriture qu’il était en train de manger108, et Purna fut réprimandé pour être de ceux qui jetteraient des immondices dans un vase précieux109.

Lorsque l’Honoré du monde était au parc des Gazelles, il prôna les sūtras Agama et enjoignit ses disciples à s’appuyer comme leur maître sur les deux cent cinquante préceptes, louant chaleureusement ceux qui agissaient de la sorte. Et cependant, peu de temps après, comme nous l’avons vu, il se rétracta et se mit à condamner ces personnes. Il est coupable, il faut le reconnaître, d’avoir prononcé deux déclarations différentes et totalement contradictoires.

Ainsi, l’Honoré du monde injuria Devadatta en ces termes : « Tu es un fou qui lèche le crachat des autres ! » Ce fut pour Devadatta comme si une flèche empoisonnée s’était plantée dans sa poitrine, et il poussa ce cri de colère : « Gautama n’est pas bouddha ! Je suis le fils aîné du roi Dronodana, le frère aîné du vénérable Ananda, et j’appartiens à la famille de Gautama. Quelle que soit la faute que j’ai pu 249commettre, il devrait me faire des reproches en privé. Mais me faire l’outrage de m’accuser publiquement de fautes devant cette grande assemblée d’êtres humains et célestes, est-ce là l’attitude appropriée pour un grand homme ou un bouddha ? Il s’est déjà révélé mon ennemi dans le passé en prenant la femme que j’avais l’intention d’épouser110, et il s’est révélé mon ennemi aujourd’hui. À compter de ce jour, je le considérerai comme mon ennemi juré, vie après vie, ère après ère111. »

En y réfléchissant, nous nous rendons compte que, parmi les grands auditeurs, certains venaient de familles brahmanes non bouddhistes ou étaient supérieurs de divers ordres non bouddhistes qui avaient converti des rois à leurs enseignements, et étaient considérés avec respect par leurs adeptes. D’autres étaient issus de familles nobles ou détenteurs de grandes fortunes. Mais ils abandonnèrent leur situation sociale élevée, baissèrent la bannière de leur orgueil, rejetèrent leurs vêtements habituels pour revêtir l’habit austère du moine bouddhiste. Ils jetèrent leurs chasse-mouches blancs, leurs arcs et leurs flèches pour se saisir d’un simple bol d’aumônes, et devinrent ainsi comme des pauvres et des mendiants à la suite de l’Honoré du monde. Ils n’avaient pas de logis pour se protéger du vent et de la pluie et ne gardaient, pour se nourrir et se vêtir, que le minimum vital. De plus, tous les habitants des cinq régions et des quatre mers de l’Inde étaient des moines ou adeptes laïcs des enseignements non bouddhiques, si bien que le Bouddha lui-même fut contraint à neuf reprises de subir des épreuves majeures.

Ainsi, Devadatta lança sur lui une grosse pierre et le roi Ajatashatru lâcha contre lui un éléphant furieux. Faute de recevoir l’aumône du roi Agnidatta, le Bouddha fut contraint de manger le fourrage des chevaux et, dans une ville brahmane, on lui offrit un gruau de riz puant. De plus, une fille de brahmane nommée Chincha attacha un bol sur son ventre et se prétendit enceinte de lui112.

Il est bien évident que les disciples du Bouddha furent eux aussi contraints d’endurer de fréquentes épreuves. Ainsi, innombrables furent les membres de la tribu des Shakya tués par le roi Virudhaka, et dix millions de disciples du Bouddha furent piétinés à mort par des éléphants furieux lâchés sur eux. La nonne Utpalavarna fut tuée par Devadatta, le vénérable Kalodayin fut enseveli sous du crottin de cheval, et le vénérable Maudgalyayana fut battu à mort par des membres d’un groupe brahmane appelé Bâton de bambou113. De plus, des adeptes des six maîtres non bouddhistes se liguèrent et calomnièrent le Bouddha devant les rois Ajatashatru et Prasenajit en ces termes : « Gautama est le pire homme qui soit sur le continent du Jambudvipa. Partout où il est, les trois calamités et les sept désastres ne manquent pas de se déchaîner. De même que de nombreuses rivières se retrouvent dans le grand océan et que des bosquets d’arbres s’assemblent sur les hautes montagnes, des foules d’hommes mauvais se joignent à Gautama. Les dénommés Mahakashyapa, Shariputra, Maudgalyayana et Subhuti en sont des exemples. Tous ceux qui sont nés sous forme humaine devraient placer la loyauté envers le souverain et la piété filiale par-dessus tout. Mais ces hommes ont été si bien égarés par Gautama qu’ils méprisent les leçons de leurs parents, abandonnent leurs familles et, défiant les commandements du roi, vont jusqu’à vivre dans les forêts de montagne. Il faudrait les chasser de ce pays. C’est parce qu’on les autorise à rester que le soleil, la lune et les étoiles manifestent de sinistres phénomènes et que tant d’événements étranges ont lieu dans le pays114. »

Les auditeurs se demandaient bien comment ils pourraient endurer de telles persécutions. Alors, comme pour ajouter à leur épreuve, [le Bouddha lui-même se mit 250à les condamner]. Ils trouvèrent difficile de le suivre. Parfois, en s’entendant condamner à maintes reprises dans des grandes assemblées d’êtres humains et célestes, et ne sachant quelle conduite adopter, ils n’éprouvaient que davantage de confusion.

Comble de tout, ils durent faire face à la plus grande de toutes les épreuves, révélée dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti [quand le Bouddha s’adressa à eux] en disant : « Ceux qui vous font l’aumône ne cultivent aucun champ de mérites. Ceux qui vous font des offrandes tomberont dans les trois mauvaises voies. » Ces mots furent prononcés alors que le Bouddha se trouvait dans le jardin d’Ambapali115. Là, Brahma, Shakra, les dieux du soleil et de la lune, les quatre rois célestes et les divinités célestes du monde des trois plans, ainsi que les divinités terrestres, les dieux dragons, et d’autres êtres aussi nombreux que les grains de sable dans le Gange, s’étaient réunis dans une grande assemblée, et le Bouddha leur dit : « Les êtres célestes et humains qui font l’aumône à Subhuti et aux autres moines tomberont dans les trois mauvaises voies. » Après avoir entendu ces paroles, comment les êtres humains et célestes auraient-ils pu continuer à faire l’aumône aux auditeurs ? Cela pourrait presque donner l’impression que le Bouddha avait délibérément tenté, avec ses mots, d’infliger la mort à ceux qui gardaient les deux véhicules. Les personnes les plus sensibles de l’assemblée furent sans aucun doute écœurées par l’attitude du Bouddha. Néanmoins, les auditeurs purent obtenir une part des offrandes destinées au Bouddha qui, si modeste soit-elle, leur permit de rester en vie.

Lorsque j’y réfléchis, il m’apparaît que, si le Bouddha avait disparu après avoir exposé les divers sūtras pendant les quelque quarante premières années de son enseignement, sans pouvoir vivre assez longtemps pour enseigner le Sūtra du Lotus les huit années suivantes, alors qui aurait fait des offrandes à ces vénérables ? Ils vivraient dans le monde des esprits affamés.

Mais, après plus de quarante ans passés à enseigner divers sūtras, ce fut comme si l’éclatant soleil du printemps avait émergé pour faire fondre la glace épaisse, ou comme si un grand vent s’était levé pour dissiper la rosée déposée sur toutes les herbes. Par une remarque, en un instant, le Bouddha effaça ses déclarations antérieures, en disant : « Je n’ai pas encore révélé la vérité [tout entière]. » Comme un grand vent dispersant les nuages sombres, comme la pleine lune dans le vaste ciel, ou comme le soleil brillant dans le ciel bleu, il proclama : « L’Honoré du monde [qui depuis longtemps déjà expose des doctrines adaptées à ses auditeurs] doit maintenant révéler la vérité [tout entière]116. » Avec autant d’éclat que le soleil ou autant de clarté que la lune, il a été révélé dans le Sūtra du Lotus que Shariputra deviendrait l’Ainsi-Venu Éclat-Fleuri et Mahakashyapa l’Ainsi-Venu Clarté-Lumineuse. Grâce au Sūtra du Lotus, phénix parmi les écrits et miroir où se reflètent les enseignements, après la disparition de l’Ainsi-Venu, les auditeurs furent respectés par les adeptes humains et célestes de la Voie, comme le Bouddha en personne.

Si l’eau est claire, la lune ne manquera pas de s’y refléter. Si le vent souffle, herbes et arbres ne manqueront pas de s’incliner devant lui. Et, s’il existe un pratiquant du Sūtra du Lotus, sages et auditeurs ne manqueront pas de marcher à ses côtés, même s’ils devaient, pour ce faire, traverser un grand feu ou se frayer un chemin à travers un énorme rocher. Bien que plongé dans une profonde méditation, Mahakashyapa ne saurait ignorer les circonstances présentes117. Pourquoi ne fait-il rien ? Je suis profondément perplexe. N’est-on pas dans la dernière période de cinq cents ans118 ? La prédiction que le Sūtra du Lotus se répandra largement à l’étranger pourrait-elle n’être qu’un non-sens119 ? Nichiren n’est-il pas le pratiquant du Sūtra du Lotus ? 251Serait-il possible que les auditeurs protègent ceux qui rejettent le Sūtra du Lotus, le qualifiant de simple enseignement écrit, pour proférer [à la place] de grands mensonges concernant une prétendue transmission spéciale120 ? Protègent-ils ceux qui écrivent « Rejetez, fermez, écartez, abandonnez121 ! » en exhortant les gens à fermer la porte aux enseignements du Sūtra du Lotus et à rejeter ses rouleaux, ce qui provoque la déchéance des temples voués à la pratique du Sūtra du Lotus ? Les diverses divinités célestes ont fait vœu devant le Bouddha de protéger le pratiquant du Sūtra du Lotus mais, voyant désormais la cruauté des grandes persécutions [qu’il subit] en cette époque impure, comment peuvent-elles ne pas venir [à son secours] ici-bas ? Soleil et lune sont toujours là-haut, dans le ciel. Le mont Sumeru ne s’est pas effondré. L’océan est toujours soumis au flux et au reflux des marées, et les quatre saisons se succèdent selon l’ordre normal. Pourquoi alors le pratiquant du Sūtra du Lotus ne reçoit-il pas le moindre signe qu’il est aidé ? Jamais je n’ai autant douté.

Dans les sūtras enseignés avant le Sūtra du Lotus, on voit le Bouddha prédire que divers grands bodhisattvas, êtres célestes et humains atteindront la bouddhéité dans l’avenir. Mais tenter de réaliser ces prophéties, c’est comme essayer de saisir la lune dans l’eau, en confondant le reflet et l’objet réel ; il a la couleur et la forme de cet objet mais, en fait, il n’est pas cet objet. De même, le Bouddha semble faire preuve d’une profonde bonté en émettant de telles prophéties, mais sa bonté est en réalité bien modeste.

Quand l’Honoré du monde atteignit l’illumination alors qu’il n’avait pas encore entrepris d’enseigner, plus de soixante grands bodhisattvas, dont Sagesse-du-Dharma, Forêt-de-Mérites, Bannière-de-Diamants et Resserre-de-Diamants, apparurent depuis les diverses terres de bouddha des dix directions et se présentèrent devant le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements. Là, à la demande des bodhisattvas Éminent-Sage, Lune-de-la-Délivrance et d’autres encore, ils enseignèrent les doctrines des dix étapes de la sécurité, des dix étapes de la pratique, des dix étapes de la dévotion, des dix étapes du développement122, etc. Ces grands bodhisattvas ne tenaient pas du bouddha Shakyamuni les doctrines qu’ils enseignaient. À ce moment-là, Brahma et les autres divinités des mondes des dix directions se réunirent et délivrèrent divers enseignements que, là encore, ils ne tenaient pas de Shakyamuni.

Ces grands bodhisattvas, divinités, dragons et autres, apparus à l’assemblée décrite dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs, étaient des êtres résidant dans « l’inconcevable libération123 » depuis une époque bien antérieure aux premiers enseignements du bouddha Shakyamuni. Peut-être étaient-ils disciples du bouddha Shakyamuni lorsqu’il accomplissait des pratiques de bodhisattva dans des existences antérieures, ou peut-être étaient-ils disciples des précédents bouddhas des mondes des dix directions. En tout cas, ils n’étaient pas des disciples du Shakyamuni qui atteignit l’illumination en ce monde-ci où il exposa les enseignements de toute sa vie.

C’est seulement en exposant les quatre enseignements dans les périodes Agama, Vaipulya et de la Sagesse que le Bouddha acquit finalement des disciples. Et, même s’il s’agissait de doctrines enseignées par le Bouddha lui-même, elles ne révélaient pas sa véritable intention. Pourquoi est-ce que je dis cela ? Parce que le sens de l’enseignement spécifique [destiné aux bodhisattvas] et de l’enseignement parfait, tous deux présentés dans les sūtras de la période Vaipulya et de celle de la Sagesse, ne diffèrent pas des deux enseignements, celui qu’on dit spécifique et celui qu’on dit parfait, du Sūtra de la Guirlande de fleurs. [De plus], l’enseignement spécifique et 252l’enseignement parfait du Sūtra de la Guirlande de fleurs ne correspondent ni à l’enseignement spécifique ni à l’enseignement parfait du bouddha Shakyamuni. Il s’agit des deux enseignements, spécifique et parfait, du [bodhisattva] Sagesse-du-Dharma et des autres grands bodhisattvas mentionnés précédemment. La plupart des gens prennent peut-être ces grands bodhisattvas pour des disciples du bouddha Shakyamuni, mais en fait il vaudrait mieux les considérer comme ses maîtres. L’Honoré du monde écouta l’enseignement de ces bodhisattvas et, après avoir acquis compréhension et sagesse, il entreprit d’exposer les deux enseignements, spécifique et parfait, des sūtras de la période Vaipulya et de celle de la Sagesse. Mais ceux-ci ne diffèrent en rien des deux enseignements, spécifique et parfait, du Sūtra de la Guirlande de fleurs.

Nous voyons donc là que ces grands bodhisattvas étaient les maîtres de Shakyamuni. Ils sont mentionnés dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs sous le nom d’« amis de bien ». Qualifier une personne d’ami de bien signifie qu’elle n’est ni notre maître, ni notre disciple. Les deux sortes d’enseignement appelés Corbeilles et enseignement intermédiaire sont des branches de l’enseignement spécifique et de l’enseignement parfait. Celui qui comprend ces deux enseignements, spécifique et parfait, comprendra toujours les enseignements des Corbeilles et l’enseignement intermédiaire.

Le maître est celui qui enseigne à ses disciples ce qu’ils ne savaient pas auparavant. Ainsi, dans les époques antérieures au Bouddha, les êtres célestes et humains et les disciples des enseignements brahmanes étaient tous des disciples des deux divinités124 et des trois ascètes. Bien que leurs doctrines aient donné naissance à quatre-vingt-quinze écoles différentes, aucune ne dépassait les conceptions des trois ascètes. Shakyamuni, seigneur des enseignements, étudia aussi ces doctrines et devint un temps disciple de maîtres brahmanes. Mais, après avoir accompli douze années durant diverses pratiques, douloureuses et aisées125, il parvint à comprendre les principes de la souffrance, de la vacuité, de l’impermanence et du non-soi. Il cessa donc de se présenter comme un disciple des enseignements brahmanes et se prétendit au contraire détenteur d’une sagesse qui ne lui venait d’aucun maître. Au bout d’un certain temps, les êtres humains et célestes finirent par le respecter comme un Grand Maître.

À l’évidence, durant la période où il enseigna les quatre grandes saveurs, Shakyamuni, seigneur des enseignements, était donc un disciple de Sagesse-du-Dharma et des autres grands bodhisattvas. De même, il était le neuvième disciple du bodhisattva Manjusri126. C’est aussi pour cela que le Bouddha déclare à maintes reprises dans les sūtras antérieurs : « Je n’ai jamais enseigné un seul mot. »

Quand le bouddha Shakyamuni atteignit l’âge de soixante-douze ans, il enseigna le Sūtra aux sens infinis sur le pic de l’Aigle, dans le royaume du Magadha. À ce moment-là, il rejeta tous les sūtras enseignés durant les quelque quarante années précédentes et tous les enseignements fragmentaires dérivés de ces sūtras en disant : « Durant ces quelque quarante années, je n’ai pas encore révélé la vérité [tout entière]. » Aussitôt, les grands bodhisattvas et les divers êtres célestes et humains implorèrent le Bouddha de révéler sans attendre la véritable doctrine. En réalité, dans le Sūtra aux sens infinis, il fit une seule déclaration où la véritable doctrine semblait suggérée127 mais sans entrer dans les détails. C’est comme le moment où la lune s’apprête à se lever. Elle est encore cachée derrière les collines à l’est et, bien que sa lumière commence à éclairer les collines à l’ouest, les gens n’en voient pas encore le corps.

Dans le chapitre “Moyens opportuns” du Sūtra du Lotus, dans la partie où il révéla de façon concise le remplacement des trois véhicules par le Véhicule Unique, le 253Bouddha expliqua brièvement le concept des trois mille mondes en un instant de vie, doctrine gardée secrète jusqu’à cette révélation finale. Mais, comme il abordait ce sujet pour la première fois, il fut à peine compris. On pourrait comparer cela à la première note du chant d’un coucou entendue par une personne engourdie par le sommeil, ou à la lune apparaissant au sommet d’une colline, légèrement voilée par les nuages. Stupéfaits, Shariputra et les autres firent appel aux divinités, aux dieux-dragons, et aux grands bodhisattvas, et les supplièrent de les instruire en disant : « Les êtres célestes, dragons, esprits et tous les autres, aussi nombreux que les grains de sable dans le Gange, les bodhisattvas aspirant à devenir des bouddhas en troupe imposante de quatre-vingt mille, de même que les rois sages faisant-tourner-la-roue et venus de dix mille millions de terres, joignent tous les mains avec déférence, désireux d’entendre l’enseignement de la voie de la possession parfaite128. »

Ce passage indique qu’ils sollicitaient une doctrine encore jamais entendue au cours des quelque quarante années précédentes et qui soit différente des quatre saveurs et des trois enseignements. À propos de la formule « désireux d’entendre l’enseignement de la voie de la possession parfaite », on notera qu’il est dit dans le Sūtra du Nirvana : « Sad129 signifie possession parfaite. » On lit dans le Sens profond des quatre traités du Mahayana : « Sad signifie six. En Inde130, le chiffre six implique la possession parfaite. » Dans son commentaire, Jizang écrit : « Sad se traduit par possession parfaite131. » Dans le huitième volume de son Sens profond du Sūtra du Lotus, Tiantai indique : « Sad est un mot sanskrit, qui se traduit par myō, ou merveilleux. » Au cœur des mille volumes de son Traité sur la grande perfection de sagesse, le bodhisattva Nagarjuna fait ce commentaire : « Sad signifie six. » Nagarjuna était le treizième dans la lignée des successeurs du Bouddha ; le fondateur de plusieurs écoles [en Inde] dont les écoles [qui deviendraient celles] du Shingon et du Kegon [au Japon] ; un grand sage de la première étape de développement et dont la véritable identité était l’Ainsi-Venu Roi-de-la-Liberté-des-Nuages-du-Dharma.

Les caractères Myōhō-renge-kyō sont chinois. En Inde, le Sūtra du Lotus est appelé Saddharmapundarika-sūtra. Ce qui suit est le mantra, essence du Sūtra du Lotus composé par le Maître des Trois Corbeilles Shanwuwei.


Namah samanta-buddhanam

om a a am ah

sarva-buddha-jna-sakshebhyah

gagana-sambhavalakshani

saddharma-pundarika-sūtra

jah hum bam hoh vajrarakshaman

hum svaha


« Gloire à tous les bouddhas ! Les Ainsi-Venus aux Trois Corps ! Ouvrez la porte, montrez-moi, conduisez-moi à l’éveil, et faites-moi entrer dans la sagesse et la vision de tous les bouddhas. Vous qui êtes comme l’espace et êtes libérés de la forme ! Oh, Sūtra du Lotus blanc de la Loi correcte ! Permettez-moi d’entrer, d’être partout, de résider et de me réjouir en vous. Oh, protecteur inflexible ! Oh, sūtra vide, libéré de tout aspect et de tout désir132 ! »


Ce mantra, qui exprime l’essence du Sūtra du Lotus, fut découvert dans une tour de fer au sud de l’Inde133. Dans ce mantra, saddharma signifie « Loi correcte ». Sad signifie correct. Correct a le même sens que myō [merveilleux] ; myō le même sens que correct. C’est pourquoi l’on parle du Sūtra du Lotus de la Loi correcte et du Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse. Et quand les deux caractères namu tiennent lieu de préfixe à Myōhō-renge-kyō, ou au Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse, nous obtenons la formule Nam-myōhō-renge-kyō.

254Myō signifie possession parfaite. Six, se réfère aux six paramita représentant l’ensemble des dix mille pratiques. Quand les gens demandent à entendre l’enseignement de la possession parfaite, ils cherchent en fait à obtenir la possession parfaite des six paramita et des dix mille pratiques des bodhisattvas. Dans la formule « possession parfaite », la possession se réfère à l’inclusion mutuelle des dix états et parfaite signifie que, comme il y a inclusion mutuelle des dix états, chaque état contient tous les autres, ce qui est « parfait ». Le Sūtra du Lotus est une simple œuvre composée de huit volumes, vingt-huit chapitres et soixante-neuf mille trois cent quatre-vingt-quatre caractères. Chaque caractère sans exception est doté du caractère myō, chaque caractère est un bouddha doté des trente-deux signes principaux et quatre-vingts signes secondaires. Chacun des dix états manifeste sa propre bouddhéité. Comme l’écrit Miaole : « Puisque la bouddhéité elle-même est présente chez tous les êtres vivants, alors tous les autres états y sont bien sûr également présents134. »

Le Bouddha répondit à la demande de ses auditeurs en disant que « les bouddhas souhaitent ouvrir la porte de la sagesse du Bouddha à tous les êtres vivants135 ». Le terme « tous les êtres vivants » concerne ici Shariputra, ainsi que les icchantika, personnes à l’incroyance incorrigible. C’est également une référence aux neuf états. « Les êtres vivants sont innombrables. Je fais le vœu de les sauver tous136 », avait dit le Bouddha et il déclare que ce vœu s’est réalisé en ces termes : « À l’origine, j’ai fait un vœu, dans l’espoir de rendre toutes personnes égales à moi-même, sans aucune distinction entre nous. Ce que je souhaitais depuis si longtemps est maintenant accompli. »

Tous les grands bodhisattvas, êtres célestes et autres, ont dit, après avoir entendu et compris la doctrine du Bouddha : « Depuis les temps anciens, maintes fois nous avons entendu prêcher l’Honoré du monde mais jamais cependant nous n’avons entendu une telle Loi supérieure, profonde et merveilleuse137. »

Le Grand Maître Dengyō fait ce commentaire : « “Depuis les temps anciens, maintes fois nous avons entendu prêcher l’Honoré du monde” se réfère au fait qu’ils l’avaient entendu prêcher les grandes doctrines du Sūtra de la Guirlande de fleurs et d’autres sūtras à une époque antérieure au Sūtra du Lotus. “Jamais nous n’avons entendu une telle Loi supérieure, profonde et merveilleuse” signifie qu’ils n’avaient jamais entendu l’enseignement du Véhicule Unique de la bouddhéité prôné dans le Sūtra du Lotus138. »

Autrement dit, ils comprirent qu’aucun des sūtras du Mahayana — aussi nombreux que les grains de sable du Gange et incluant les périodes de la Guirlande de Fleurs, de Vaipulya, et de la Sagesse, notamment le Sūtra des profonds secrets et le Sūtra de Mahavairochana — n’avait jamais établi clairement le grand principe des trois mille mondes en un instant de vie, essence des enseignements délivrés par le Bouddha de son vivant. Ces sūtras du Mahayana n’avaient jamais non plus clarifié l’essence de ces enseignements, à savoir que les personnes des deux véhicules peuvent atteindre la bouddhéité et que le Bouddha atteignit l’illumination dans un très lointain passé.


Seconde partie


À dater de ce moment-là, les grands bodhisattvas, ainsi que Brahma, Shakra, les dieux du soleil et de la lune, et les quatre rois célestes, sont devenus les disciples du bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements. Ainsi, dans le chapitre “L’apparition de la Tour aux trésors” du Sūtra du Lotus, le Bouddha traite ces grands bodhisattvas comme ses disciples, et il les apostrophe et les instruit en ces termes : « Voilà pourquoi je m’adresse à cette grande 255assemblée : quand j’aurai disparu, qui sera capable de garder et de maintenir, de lire et de réciter ce Sūtra ? Maintenant, en présence du Bouddha, qu’il s’avance et prononce son vœu139 ! » C’est de cette façon solennelle qu’il s’adressa à eux. Ainsi, les grands bodhisattvas furent comme « les branches de jeunes arbres secoués par la tempête140 ». Telles les herbes kusha141 ployant sous un grand vent ou tels les rivières et ruisseaux entraînés vers le grand océan, ils furent attirés par le Bouddha.

Mais il y avait encore relativement peu de temps que le Bouddha avait entrepris d’enseigner le Sūtra du Lotus au pic de l’Aigle, et ses paroles parurent à ses auditeurs comme sorties d’un rêve et irréelles. La Tour aux trésors était d’abord apparue pour confirmer la justesse de l’enseignement théorique de la première moitié du Sūtra du Lotus, et ensuite elle préparait la voie à l’enseignement essentiel de la seconde moitié. Les bouddhas des dix directions se rassemblèrent et le bouddha Shakyamuni annonça qu’ils étaient tous des émanations de lui-même. La Tour aux trésors resta suspendue dans les airs, avec Shakyamuni et Maints-Trésors côte à côte, comme si le soleil et la lune étaient apparus côte à côte dans le ciel bleu. Dans la grande assemblée, les êtres humains et les êtres célestes étaient agglomérés comme les étoiles dans le ciel, et les bouddhas, émanations du bouddha Shakyamuni, étaient sur la terre, assis sur leurs sièges de lion, sous les arbres aux joyaux.

Dans le monde du trésor du lotus, décrit dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs, les bouddhas, dans leur Corps de rétribution, résident tous sur des terres distinctes. Les bouddhas des autres mondes ne viennent pas dans ce monde-ci sous forme d’émanations [comme ce fut le cas dans le Sūtra du Lotus], pas plus que les bouddhas de ce monde ne vont dans d’autres mondes. Seuls Sagesse-du-Dharma et les autres grands bodhisattvas vont et viennent.

Quant aux neuf honorés sur le lotus à huit pétales et aux trente-sept honorés142 décrits respectivement dans le Sūtra de Mahavairochana et dans le Sūtra de la couronne de diamants, bien qu’ils semblent être des Corps de manifestation de l’Ainsi-Venu Mahavairochana, ce ne sont pas des bouddhas éveillés depuis le très lointain passé et [donc] dotés des Trois Corps.

Les mille bouddhas décrits dans le Sūtra de la grande perfection de sagesse dans sa version longue et les bouddhas des six directions représentés dans le Sūtra d’Amida ne se sont jamais réunis en ce monde [comme l’ont fait les émanations du Bouddha dans le Sūtra du Lotus]. Les bouddhas réunis au moment où a été prêché le Sūtra de la Grande Collection n’étaient pas des émanations de Shakyamuni. Les quatre bouddhas des quatre directions dépeints dans le Sūtra de la lumière dorée sont des Corps de manifestation du bouddha Shakyamuni.

Donc, dans les divers sūtras autres que le Sūtra du Lotus, Shakyamuni ne réunit pas les bouddhas qui accomplissent différentes formes d’ascèse et de pratiques et possèdent les Trois Corps, pas plus qu’il ne les présente comme des émanations de lui-même. [Cela n’intervient que dans le chapitre “Apparition de la Tour aux trésors” du Sūtra du Lotus]. Ce chapitre vise ainsi à servir d’introduction au chapitre “Durée de la vie” qui vient ultérieurement. Le bouddha Shakyamuni, qui n’avait, pensait-on, atteint l’illumination en cette vie qu’une quarantaine d’années auparavant, réunit les bouddhas parvenus à l’éveil depuis un, voire dix kalpa, et déclara qu’ils étaient des émanations de lui-même. Cela diffère radicalement de l’enseignement habituel du Bouddha sur l’égalité de tous les bouddhas [dans leur Corps du Dharma], ce qui suscita en fait un grand étonnement. Si Shakyamuni avait atteint l’illumination en cette vie seulement quarante ans plus tôt, on imaginait mal comment il aurait pu instruire autant d’êtres dans les dix directions. 256Et, même s’il avait eu le privilège de posséder des émanations, il n’aurait eu aucun intérêt à les montrer à ses auditeurs. Tiantai décrivit ainsi les pensées de l’assemblée étonnée : « Ce fut pour eux la preuve que le bouddha Shakyamuni possédait de nombreuses émanations. Ils comprirent donc qu’il avait dû atteindre l’illumination dans le très lointain passé143. »

De plus, les grands bodhisattvas, aussi nombreux que les particules de poussière de mille mondes, firent leur apparition, en sortant de la terre. Même Valeur-Universelle et Manjusri, considérés jusqu’alors comme les disciples majeurs de Shakyamuni, ne pouvaient leur être comparés. Les grands bodhisattvas présents dans les assemblées décrites dans les sūtras des périodes de la Guirlande de fleurs, de Vaipulya et de la Sagesse et dans le chapitre “L’apparition de la Tour aux trésors” du Sūtra du Lotus, ou bien Vajrasattva et les seize autres grands bodhisattvas du Sūtra de Mahavairochana [et du Sūtra de la couronne de diamants], ressemblaient à une bande de primates ou de singes, comparés avec ces nouveaux bodhisattvas semblables à autant de Shakra. C’était comme si de hauts ministres de la Cour s’étaient trouvés mêlés à d’humbles montagnards. Maitreya lui-même, appelé à devenir le prochain bouddha après Shakyamuni, en éprouva de la perplexité, à plus forte raison les personnages de moindre importance au sein de l’assemblée.

Parmi ces grands bodhisattvas, aussi nombreux que les particules de poussière de mille mondes, figuraient quatre grands sages appelés Pratiques-Supérieures, Pratiques-Sans-Limites, Pratiques-Pures et Pratiques-Solidement-Établies. Les autres bodhisattvas suspendus dans les airs ou assis au pic de l’Aigle ne pouvaient ni regarder en face ces quatre sages, ni imaginer le moins du monde la profondeur de leur dignité. Même les quatre bodhisattvas du Sūtra de la Guirlande de fleurs144, les quatre bodhisattvas du Sūtra de Mahavairochana145, ou les seize grands bodhisattvas du Sūtra de la couronne de diamants146, en présence de ces quatre grands sages, étaient comme des personnes à la vue troublée essayant de fixer le soleil, ou comme d’humbles pêcheurs se présentant en audience devant l’empereur. Ces quatre grands sages étaient comme Taigongwang et les trois autres [hommes, qui étaient considérés comme] les quatre sages de la Chine ancienne147 et qui dominaient de très haut la multitude. Ils étaient comme les Quatre aînés aux cheveux blancs148 du mont Shang qui vinrent en aide à l’empereur Hui. Solennels, dignes, c’étaient des êtres de grande et noble stature. Sans les comparer à Shakyamuni, à Maints-Trésors et aux émanations de Shakyamuni venues des dix directions, ils étaient cependant dignes d’être des amis de bien sur lesquels tous les êtres pouvaient s’appuyer.

Le bodhisattva Maitreya pensa intérieurement à cette question et se dit : « Depuis le temps où le bouddha Shakyamuni était prince héritier et durant les quarante-deux années écoulées depuis le moment où il a atteint l’illumination à l’âge de trente ans jusqu’à ce rassemblement du pic de l’Aigle, j’ai connu tous les bodhisattvas présents aux assemblées, ceux de ce monde et ceux qui sont venus des mondes des dix directions. J’ai également visité les terres pures et impures des dix directions, parfois en tant qu’émissaire du Bouddha, d’autres fois de ma propre initiative, et j’ai fait connaissance avec tous les grands bodhisattvas de ces divers pays. Mais ces grands bodhisattvas sortis de la terre, quel bouddha ont-ils pour maître ? Ce doit être sans aucun doute un bouddha incomparablement supérieur à Shakyamuni, à Maints-Trésors, et aux bouddhas émanant des dix directions ! À la violence de la pluie, on évalue la grandeur du dragon qui l’a fait tomber ; à la taille de la fleur de lotus, on peut dire la profondeur de l’étang qui l’a engendrée. Alors de quel pays sont venus ces grands bodhisattvas, 257quel bouddha ont-ils suivi, et quel grand enseignement ont-ils pratiqué ? »

Voilà ce que se demandait le bodhisattva Maitreya, si perplexe qu’il ne parvenait pas à proférer le moindre son. Mais, grâce au pouvoir du Bouddha peut-être, il put finalement traduire ses doutes en mots, et dit : « D’innombrables milliers, des dizaines de milliers et de millions, une immense foule de bodhisattvas comme on n’en a jamais vu par le passé. (...) Cette foule de bodhisattvas, à la grande vertu, pleins de dignité et de diligence, qui leur prêcha la Loi ? Qui les instruisit, les convertit et les amena à cela ? Qui les incita pour la première fois à fixer leur esprit sur l’illumination ? Quel est le bouddha dont ils louent et proclament la Loi ? (...) Honoré du monde, jamais par le passé je n’ai rien vu de tel ! Dites-moi d’où ils viennent, je vous en supplie, et le nom de leur terre. J’ai constamment voyagé de pays en pays, sans jamais rien voir de tel ! Dans cette multitude de gens, il n’est pas une seule personne que je connaisse. Ils ont surgi de la terre d’un seul coup ; expliquez-m’en la cause, je vous en supplie149. »

Tiantai [en guise de commentaire, paraphrasa la déclaration de Maitreya en ces mots] : « Depuis le temps où le Bouddha atteignit l’illumination sur le lieu de sa méditation jusqu’au rassemblement actuel, de grands bodhisattvas vinrent sans cesse des mondes des dix directions assister aux diverses assemblées. Leur nombre est illimité mais moi, avec la sagesse et le pouvoir propres au prochain Bouddha, j’ai pu voir et connaître chacun d’eux sans exception. Pourtant, dans cette multitude qui vient d’arriver, je ne connais personne ; et ce, bien que j’aie voyagé dans les dix directions, servi divers bouddhas, et que je sois bien connu parmi leur auditoire150. »

Miaole commenta : « Les hommes sages perçoivent la cause des choses, de même que les serpents connaissent la voie des serpents151. »

Le sens de ces passages scripturaires et de ces commentaires est parfaitement clair. En effet, depuis le temps de l’illumination de Shakyamuni jusqu’à l’assemblée actuelle [sur le pic de l’Aigle], sur cette terre et sur toutes les terres des dix directions, le bodhisattva Maitreya n’avait jamais vu ni entendu parler de ces bodhisattvas sortis de la terre.

En réponse aux doutes de Maitreya, le Bouddha dit : « Ajita152, ces bodhisattvas (...) que tu n’avais jamais vus auparavant, après avoir atteint l’illumination parfaite suprême en ce monde saha, je les ai convertis et guidés, formant leurs esprits et suscitant chez eux l’envie de parvenir à la Voie153. »

Il dit aussi : « Quand j’étais aux environs de la cité de Gaya, assis sous l’arbre de la bodhi, je suis parvenu à l’illumination correcte, à l’illumination la plus haute, et j’ai fait tourner la roue de la Loi inégalée. Ensuite, je les ai instruits et convertis, les incitant pour la première fois à aspirer à la Voie. Maintenant, ils demeurent tous au stade de non-régression. (...) Depuis le plus lointain passé, j’ai instruit et converti cette multitude154. »

Mais les paroles du Bouddha ne firent qu’accroître la perplexité de Maitreya et des autres grands bodhisattvas. Quand le Bouddha enseigna le Sūtra de la Guirlande de fleurs, Sagesse-du-Dharma et d’innombrables autres grands bodhisattvas apparurent dans l’assemblée. Maitreya et les autres se demandèrent qu’ils étaient mais le Bouddha dit : « Pour moi ce sont des amis de bien, » et ils pensèrent que c’était sûrement vrai. Par la suite, quand le Bouddha enseigna [le Sūtra de la Grande Collection], dans la chambre au Grand Trésor et [le Sūtra de la grande perfection de sagesse dans sa version longue] au lac du Héron blanc155, les grands bodhisattvas apparurent dans l’assemblée et Maitreya et les autres supposèrent qu’il s’agissait aussi d’amis de bien du Bouddha.

258Mais ces grands bodhisattvas qui venaient de sortir de la terre paraissaient incomparablement plus vénérables que les bodhisattvas antérieurs. On pouvait en conclure qu’ils étaient des maîtres du bouddha Shakyamuni et pourtant c’est le Bouddha qui « les avait incités pour la première fois à aspirer à la Voie » et, alors qu’ils étaient encore immatures, il les avait convertis et en avait fait ses disciples. Voilà ce que Maitreya et les autres trouvèrent si profondément étonnant.

Au Japon, le prince Shōtoku était le fils de l’empereur Yōmei [585-587], trente-deuxième souverain du pays. Alors qu’il avait six ans, des vieillards se rendirent au Japon depuis les États de Baekje et Goguryeo en Corée et depuis la Chine. Le prince de six ans s’exclama aussitôt : « Ce sont mes disciples, » et les vieillards en retour joignirent les mains en guise de révérence et dirent : « Vous êtes notre maître ! » Ce fut un bien étrange événement.

On trouve une histoire similaire dans une œuvre non bouddhique. Selon cette œuvre, un homme marchait le long d’une route lorsqu’il vit sur le bas-côté un homme d’une trentaine d’années frapper un octogénaire. Quand il en demanda la raison, le jeune homme répondit : « Ce vieil homme est mon fils. »

Réitérant ses doutes, le bodhisattva Maitreya dit : « Honoré du monde, quand l’Ainsi-Venu était prince héritier, vous avez quitté le palais des Shakya pour aller vous asseoir sur le lieu de pratique non loin de la ville de Gaya, et là, vous avez atteint l’illumination parfaite suprême. Quarante années à peine se sont écoulées depuis lors. Honoré du monde, comment avez-vous pu, en un si court laps de temps, accomplir une telle œuvre en tant que Bouddha156 ? »

Les divers bodhisattvas présents dans les nombreuses assemblées au cours des quelque quarante années écoulées depuis l’enseignement par le Bouddha du Sūtra de la Guirlande de fleurs avaient élevé des doutes à chaque assemblée, demandant au Bouddha de les dissiper pour en libérer tous les êtres vivants. Mais le doute qui apparut alors fut de tous le plus grand. Il surpassait même le doute éprouvé par Grand-Ornement et le reste des quatre-vingt mille bodhisattvas décrits dans le Sūtra aux sens infinis où le Bouddha, après avoir enseigné durant les quelque quarante années précédentes qu’il fallait des kalpa et des kalpa pour atteindre l’illumination, se mit à annoncer qu’on pouvait l’atteindre rapidement.

Selon le Sūtra de la méditation sur le bouddha Vie-Infinie, le roi Ajatashatru, égaré par Devadatta, fit emprisonner son père et s’apprêtait à tuer sa mère, la reine Vaidehi. Mais, réprimandé par les ministres de la cour, Jivaka et Chandrapabha, il épargna la vie de sa mère. À ce moment-là, elle supplia le Bouddha d’apparaître devant elle157, puis commença par lui poser cette question : « Quelle faute ai-je commise par le passé pour avoir donné naissance à un si mauvais fils ? Et, Honoré du monde, quelle cause vous vaut d’avoir pour parent une personne aussi mauvaise que votre cousin Devadatta ? »

Parmi les doutes soulevés ici, le second est le plus troublant. Pourquoi le Bouddha avait-il pour parent une personne mauvaise comme Devadatta ? On dit qu’un roi-qui-fait-tourner-la-roue ne naît jamais dans le monde avec ses ennemis, pas plus que l’on ne trouve le dieu Shakra en compagnie de démons. Le Bouddha était un personnage plein de compassion depuis d’innombrables kalpa. Sa naissance à la même époque que son pire ennemi pouvait cependant faire douter qu’il soit vraiment un bouddha. Mais le Bouddha ne répondit pas à la question de la reine Vaidehi. De ce fait, si l’on se contente de lire le Sūtra de la méditation sans étudier le chapitre “Devadatta” du Sūtra du Lotus, on ne connaîtra jamais la vérité à ce sujet158.

Dans le Sūtra du Nirvana, le bodhisattva Kashyapa posa trente-six questions 259au Bouddha, mais elles ne sauraient être comparées à cette question de Maitreya. Si le Bouddha n’avait pas dissipé les doutes de Maitreya, les enseignements de toute sa vie n’auraient pas eu plus de valeur que de l’écume sur l’eau, et tous les êtres vivants seraient restés prisonniers des filets du doute. C’est pourquoi il était si important pour lui d’enseigner le chapitre “Durée de la vie”.

Plus tard, lorsque le Bouddha enseigna ce chapitre, il dit : « Dans la totalité des mondes, les êtres célestes et humains, et les asura croient tous que l’actuel bouddha Shakyamuni, après avoir quitté le palais des Shakya, s’est rendu non loin de la ville de Gaya et que, assis sur son lieu de pratique, il est alors parvenu à l’illumination parfaite suprême159. » Ce passage exprime la position de tous les grands bodhisattvas et du reste de la multitude depuis le premier enseignement du Bouddha sur le lieu de son illumination jusqu’au chapitre “Les Pratiques paisibles” du Sūtra du Lotus. « Pourtant, hommes de bien, poursuivit le Bouddha, un nombre incommensurable, incalculable, des centaines, des milliers, des dizaines de milliers, des millions de nayuta de kalpa se sont écoulés depuis que j’ai en fait atteint la bouddhéité160. »

À trois reprises, il est dit dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs que le Bouddha atteignit l’illumination dans ce monde-ci. Dans les sūtras Agama, il prétend avoir atteint la Voie dans son existence présente ; et dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti, il est écrit : « Au commencement, le Bouddha s’assit sous l’arbre de la bodhi. » Dans le Sūtra de la Grande Collection on lit : « Cela fait seize ans [que l’Ainsi-Venu a atteint la Voie] » ; dans le Sūtra de Mahavairochana : « Il y a longtemps que je me suis assis sur le lieu de méditation » ; dans le Sūtra des rois bienveillants : « Vingt-neuf ans se sont écoulés [depuis son illumination] » ; dans le Sūtra aux sens infinis : « Dans le passé, je me suis assis bien droit sur le lieu de méditation. Et dans le chapitre “Moyens opportuns” du Sūtra du Lotus : « Je me suis d’abord assis sur le lieu de méditation. » Mais cette seule déclaration du chapitre “Durée de la vie” fait apparaître tous ces passages comme de grossiers mensonges.

Quand le bouddha Shakyamuni révéla qu’il avait atteint l’illumination dans le très lointain passé, il devint évident que tous les autres bouddhas étaient des émanations de lui-même. Quand le Bouddha enseigna les sūtras antérieurs et la première moitié ou l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus, les autres bouddhas furent représentés sur un pied d’égalité avec Shakyamuni, dès lors qu’ils avaient achevé chacun leurs pratiques et leurs exercices de discipline. C’est pourquoi ceux qui prennent l’un ou l’autre de ces bouddhas pour objet de vénération ont l’habitude de rabaisser le bouddha Shakyamuni. Mais il devient désormais évident que le bouddha Vairochana, décrit assis sur un piédestal de lotus dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs, et les divers bouddhas apparaissant dans les périodes Vaipulya et de la Sagesse, notamment dans le Sūtra de Mahavairochana, sont tous en fait des disciples du bouddha Shakyamuni.

Quand le bouddha Shakyamuni atteignit la Voie à l’âge de trente ans, il retira le monde saha au grand roi Brahma du ciel et au roi-démon du sixième ciel, qui le régissaient auparavant, et le fit sien. Dans les sūtras antérieurs et dans l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus, il appela les régions des dix directions des terres pures et parla du monde présent comme d’une terre impure. Mais là, dans le chapitre “Durée de la vie”, il a inversé les choses, révélant que ce monde est la Terre pure et que les prétendues terres pures des dix directions sont des terres impures, de simples terres provisoires.

Le Bouddha [du chapitre “Durée de la vie”] étant présenté comme le Bouddha qui atteignit l’illumination dans le très lointain passé [et tous les autres bouddhas comme ses émanations], il s’ensuit que non seulement les grands bodhisattvas instruits 260par Shakyamuni lui-même dans son statut transitoire, mais aussi les grands bodhisattvas des autres terres [instruits par les bouddhas des terres en question], sont en fait des disciples du bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements. Si, parmi tous les nombreux sūtras, il n’y avait pas eu ce chapitre “Durée de la vie”, ce serait comme s’il n’y avait ni soleil ni lune dans le ciel, ni souverain suprême dans le pays, ni joyaux dans les montagnes et les rivières, ni esprit chez les êtres humains.

Néanmoins, Chengguan, Jiaxiang, Cien, Kōbō et d’autres, soi-disant érudits des écoles provisoires comme l’école Kegon et l’école Shingon, osent dire pour faire l’éloge des divers sūtras sur lesquels se fondent les doctrines provisoires : « Le Bouddha du Sūtra de la Guirlande de fleurs est le Bouddha du Corps de rétribution, alors que le Bouddha du Sūtra du Lotus n’est que le Bouddha du Corps de manifestation161. » Ou encore : « Le Bouddha du chapitre “Durée de la vie” du Sūtra du Lotus est dans la région des ténèbres, alors que le Bouddha du Sūtra de Mahavairochana est en position d’illumination162. »

De même que les nuages obscurcissent la lune, des ministres calomniateurs peuvent obscurcir la vraie valeur d’un homme. Une pierre jaune, si l’on en fait l’éloge, peut être considérée comme un joyau, et des ministres doués pour la flatterie peuvent parfois passer pour des personnes vertueuses. Dans cet âge impur, érudits et élèves sont troublés par les calomnies d’hommes comme ceux que je viens de mentionner, et n’apprécient pas à sa vraie valeur le joyau du chapitre “Durée de la vie”. Même parmi les hommes de l’école Tendai, certains se sont tellement égarés qu’ils ne peuvent plus faire la distinction entre l’or et de simples pierres.

Si le Bouddha n’avait pas atteint l’illumination dans le lointain passé, il n’aurait pas pu convertir et instruire autant de disciples. La lune n’est pas avare de son reflet, mais, faute d’eau, on ne peut voir ce reflet. Le Bouddha peut avoir le souci de convertir les êtres, mais, si le lien qu’il partage avec eux n’est pas assez fort, il ne pourra pas manifester les huit phases de l’existence du Bouddha. Ainsi, les auditeurs atteignirent la première étape de sécurité ou encore la première étape de développement, mais, tant qu’ils suivirent les enseignements antérieurs au Sūtra du Lotus en ne recherchant que l’autorégulation et le salut personnel, ils durent reporter [le projet] d’atteindre les huit phases de l’existence d’un bouddha à une vie future.

Si le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, n’avait atteint l’illumination que dans son existence présente, quand il enseigna le Sūtra du Lotus, Brahma, Shakra, les dieux du soleil et de la lune, et les quatre rois du ciel, bien que régnant sur ce monde depuis le début du kalpa de stabilité, n’auraient été disciples du Bouddha que depuis une quarantaine d’années. Ces êtres auraient alors établi pour la première fois un lien avec le Sūtra du Lotus durant les huit années d’enseignement au pic de l’Aigle. Ils auraient donc été comme de nouveaux venus incapables d’approcher sans réserve leur seigneur et maintenus à distance par ceux qui se trouvaient là depuis plus longtemps.

Mais puisqu’il devient désormais évident que le bouddha Shakyamuni atteignit l’illumination il y a d’innombrables kalpa, alors les bodhisattvas Lumière-du-Soleil et Lumière-de-la-Lune, qui accompagnent l’Ainsi-Venu Maître-de-la-Médecine de la région de l’Est, et les bodhisattvas Sensible-aux-Sons-du-Monde et Grand-Pouvoir, qui accompagnent l’Ainsi-Venu Amida de la région de l’Ouest, ainsi que les disciples de tous les bouddhas des mondes des dix directions et les grands bodhisattvas, disciples de l’Ainsi-Venu Mahavairochana, apparaissant dans le Sūtra de Mahavairochana et dans le Sūtra de la couronne de diamants ; tous ces êtres sont disciples du bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements. Puisque 261les divers bouddhas eux-mêmes sont des émanations de l’Ainsi-Venu Shakyamuni, il va sans dire que leurs disciples doivent être des disciples de Shakyamuni. Et, bien sûr, les diverses divinités du soleil, de la lune et des étoiles qui résident en ce monde depuis le début du kalpa de stabilité doivent elles aussi être disciples du bouddha Shakyamuni.

Néanmoins, les écoles bouddhiques autres que le Tendai se sont égarées en ce qui concerne le véritable objet de vénération. Les écoles Kusha, Jōjitsu et Ritsu prennent pour objet de vénération le bouddha Shakyamuni qui élimina les illusions et atteignit la Voie en pratiquant les trente-quatre sortes de purification spirituelle163. On peut comparer cette situation à celle où l’héritier légitime du souverain suprême d’un pays se croirait à tort le fils d’une personne ordinaire. Les quatre écoles Kegon, Shingon, Sanron et Hossō sont toutes des écoles du Mahayana. Parmi elles, les écoles Hossō et Sanron honorent un bouddha comparable au bouddha du Corps supérieur de manifestation164. C’est comme si l’héritier du souverain suprême supposait que son père était membre de la classe des guerriers. Les écoles Kegon et Shingon méprisent le bouddha Shakyamuni et déclarent que le bouddha Vairochana et le bouddha Mahavairochana sont leur objet de vénération respectif. C’est comme si un héritier regardait de haut son propre père, le souverain suprême, et honorait une personne d’origine obscure du seul fait qu’elle se prétend le souverain fidèle aux principes d’intégrité. L’école Jōdo se considère comme la plus étroitement liée au bouddha Amida, émanation de Shakyamuni, et abandonne Shakyamuni lui-même, seigneur des enseignements. L’école Zen se comporte comme une personne de basse naissance qui accorde un grand prix à ses petites réalisations personnelles et méprise son père et sa mère. L’école Zen méprise donc à la fois le Bouddha et les sūtras. Toutes ces écoles se trompent quant au véritable objet de vénération. Elles sont comme ces gens vivant dans l’ère précédant les trois souverains de la Chine ancienne qui ne connaissaient pas leur propre père. Sur ce plan, les gens de cette époque ne différaient en rien des rapaces ou des bêtes sauvages.

Les adeptes de ces écoles, ignorant les enseignements du chapitre “Durée de la vie”, sont eux aussi comme des bêtes sauvages. Ils ne comprennent pas envers qui ils sont redevables. C’est pourquoi Miaole déclare : « Parmi tous les enseignements dispensés par le Bouddha de son vivant, nulle part [en dehors du chapitre “Durée de la vie”] ne se trouve révélée la véritable durée de la vie du Bouddha. Chacun est censé connaître l’âge de son père et de sa mère. Si un fils ne connaît même pas l’âge de son père, il ne connaîtra pas davantage le territoire sur lequel il règne. Même s’il peut être superficiellement loué pour son talent et ses capacités, on ne peut en aucun cas le considérer comme un fils165. »

Le Grand Maître Miaole vivait sous l’ère Tianpao [742-756], dans la dernière partie du règne de la dynastie des Tang166. Il étudia de façon profonde et complète les écoles Sanlun, Huayan, Faxiang, Zhenyan et autres, ainsi que les sūtras sur lesquels elles se fondent. Il en conclut que celui qui ne connaît pas le Bouddha du chapitre “Durée de la vie” n’est guère qu’un animal talentueux ignorant même sur quel territoire règne son père. Les mots « même s’il peut être superficiellement loué pour son talent et ses capacités » se réfèrent à des hommes comme Fazang et Chengguan de l’école Huayan ou au Maître des Trois Corbeilles Shanwuwei de l’école Zhenyan. Ces maîtres avaient du talent et des capacités, mais ils étaient pareils à des fils qui ne connaissent même pas leur propre père.

Le Grand Maître Dengyō fut le premier patriarche des traditions bouddhiques ésotériques et exotériques au Japon167. Dans ses Principes remarquables, il écrit : « Les sūtras 262sur lesquels se fondent les autres écoles expriment en un sens la nature maternelle du Bouddha. Mais ils ne véhiculent que cette forme d’amour et il leur manque la fermeté paternelle. Seule l’école du Lotus Tendai combine à la fois amour et fermeté. Le Sūtra du Lotus est le “père de tous les sages, des personnes vertueuses, de ceux qui étudient encore, de ceux qui ont achevé leur étude, et de ceux qui sont déterminés à devenir des bodhisattvas168”. »

Les sūtras formant la base des écoles Shingon et Kegon ne contiennent même pas les termes « ensemencement », « maturation » et « récolte », encore moins la doctrine à laquelle ces termes se réfèrent. Quand les sūtras des écoles Kegon et Shingon stipulent que les disciples entreront dans la première étape de développement et parviendront à la bouddhéité en cette vie, ils ne s’appuient que sur les seuls enseignements des sūtras provisoires où sont dissimulées [les graines semées dans] le passé169. Espérer récolter [le fruit de la bouddhéité] sans connaître la graine qui a d’abord été plantée, c’est être comme le ministre Chaogao, tentant de s’emparer du trône ou comme le moine Dōkyō essayant de devenir empereur du Japon.

Les diverses écoles se querellent, prétendant que leur propre sūtra contient les vraies graines de l’illumination. Je n’ai pas l’intention d’entrer dans cette querelle. Je veux laisser les sūtras parler par eux-mêmes. Ainsi, le bodhisattva Vasubandhu, évoquant les graines de l’illumination plantées par le Sūtra du Lotus, les appelle « les graines sans pareilles170 ». Et ces graines de l’illumination sont la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie, exposée par Tiantai.

La graine de l’illumination pour les divers bouddhas décrits dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs, le Sūtra de Mahavairochana, et les divers autres sūtras du Mahayana, est l’unique doctrine des trois mille mondes en un instant de vie. Et le Grand Maître Tiantai Zhizhe fut la seule personne qui put percevoir la vérité de cette doctrine. Chengguan, de l’école Huayan, déroba la doctrine et en fit le cœur du passage du Sūtra de la Guirlande de fleurs où il est dit : « L’esprit est semblable à un peintre de talent. »

Le Sūtra de Mahavairochana de l’école Zhenyan ne fait aucune mention de l’atteinte de la bouddhéité par les personnes des deux véhicules, ni de l’atteinte de l’illumination par le bouddha Shakyamuni dans le lointain passé, ni de la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie. Mais, en allant en Chine, le Maître des Trois Corbeilles Shanwuwei eut l’occasion de lire La Grande Concentration et Pénétration de Tiantai, et il acquit ainsi sagesse et compréhension. Puis il subtilisa la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie et s’en servit pour interpréter les passages du Sūtra de Mahavairochana sur « la réalité de l’esprit » ou celui où il est dit « Je suis la source et le début de chaque chose », pour en faire le cœur des enseignements de l’école Zhenyan, tout en y ajoutant la pratique des mudra et des mantras. Puis, comparant les mérites respectifs du Sūtra du Lotus et du Sūtra de Mahavairochana, il déclara que, si tous deux sont égaux sur le plan du principe, le second est supérieur sur le plan de la pratique. Les maîtres Zhenyan prétendent que les mandalas des deux plans171 symbolisent l’atteinte de la bouddhéité par les personnes des deux véhicules et l’inclusion mutuelle des dix états, mais où trouve-t-on de telles doctrines dans le Sūtra de Mahavairochana ? Ceux qui tiennent de tels propos se rendent coupables de la plus grossière imposture.

C’est pourquoi le Grand Maître Dengyō déclare : « L’école Shingon, récemment introduite au Japon, cache délibérément la façon dont la transmission fut falsifiée dans les registres [par Yixing qui avait été trompé par Shanwuwei], alors que l’école Kegon, plus ancienne, tente de dissimuler l’influence des doctrines de Tiantai172. »

263Supposez que quelqu’un se rende dans quelque contrée sauvage, comme l’île d’Ezo, et récite le célèbre poème173 :


Je me souviens

Pâle, pâle, dans la brume du matin

De la baie d’Akashi,

De ce bateau qui disparaît dans le lointain

Au delà des îles.


Si cette personne annonce aux insulaires ignorants d’Ezo qu’elle a elle-même composé ce poème, ils la croiront probablement. Les érudits bouddhistes de Chine et du Japon font preuve de la même crédulité.

Le révérend Liangxu déclare que les doctrines des écoles Zhenyan, Chan, Huayan, Sanlun et autres, comparées avec le véritable enseignement du Sūtra du Lotus, ne peuvent en fait que lui servir d’introduction. On dit que le Maître des Trois Corbeilles Shanwuwei fut torturé par Yama pour avoir soutenu l’idée erronée [que le Sūtra de Mahavairochana était supérieur au Sūtra du Lotus]. Par la suite, il changea d’opinion et se mit à soutenir le Sūtra du Lotus, ce qui lui épargna davantage de tourments. À titre de preuve, quand lui, Bukong et d’autres créèrent le mandala du Plan de la matrice et le mandala du Plan du diamant, au sein de l’école Zhenyan, ils placèrent le Sūtra du Lotus au centre des deux mandalas, en qualité de souverain suprême, tandis que le Sūtra de Mahavairochana dépeignant le Plan de la matrice et le Sūtra de la couronne de diamants dépeignant le Plan du diamant se trouvaient à droite et à gauche, en tant que ministres de ce souverain.

Quand Kōbō, au Japon, établit son évaluation théorique des enseignements, il fut attiré par l’école Kegon et attribua [au Sūtra de la Guirlande de fleurs le neuvième niveau de développement] et au Sūtra du Lotus le huitième174. Mais, lorsqu’il enseigna les pratiques et cérémonies à ses disciples Jitsue, Shinga, Enchō, Kōjō et d’autres, il plaça le Sūtra du Lotus en position centrale, entre le Plan de la matrice et le Plan du diamant, à l’instar de Shanwuwei et Bukong avant lui.

De la même manière, Jiaxiang de l’école Sanlun, dans son traité en dix volumes Sur la profondeur du Sūtra du Lotus175, plaça ce sūtra dans la quatrième des cinq périodes d’enseignement, au motif qu’il désavouait les deux véhicules pour révéler le Véhicule Unique du bodhisattva, puis comprenait les premiers comme moyen de parvenir au second. Mais par la suite, il se convertit aux enseignements de Tiantai. Il cessa de donner des cours, congédia ses disciples pour servir au contraire Tiantai pendant une période de sept ans, allant jusqu’à le porter personnellement sur son dos [pour lui permettre d’accéder au siège élevé d’où il enseignait].

De plus, dans son œuvre Forêt de sens dans le jardin de la Loi en sept et douze volumes, Cien, de l’école Faxiang, déclare que la doctrine du Véhicule Unique énoncée dans le Sūtra du Lotus est un moyen opportun, et que la doctrine des trois véhicules représente la vérité. Il émet beaucoup d’autres déclarations tout aussi absurdes. Mais, dans le quatrième volume de l’Éloge de la profondeur du Sūtra du Lotus, on le représente affirmant qu’« il faut accepter les deux positions, » ce qui assouplit l’interprétation des doctrines de sa propre école. Bien qu’il ait déclaré les deux doctrines acceptables, il soutenait dans son cœur les enseignements de Tiantai sur le Sūtra du Lotus.

Chengguan, de l’école Huayan, est l’auteur d’un commentaire sur le Sūtra de la Guirlande de fleurs où, comparant ce dernier avec le Sūtra du Lotus, il semblait qualifier le Sūtra du Lotus de moyen opportun. Mais, par la suite, il écrivit : « L’enseignement [des trois mille mondes en un instant de vie] présenté par l’école Tiantai est la vérité. Sur le principe, les doctrines de ma propre école ne divergent en aucune façon de celles de l’école Tiantai. » On peut donc en déduire qu’il regretta sa déclaration antérieure et en inversa les termes.

264Kōbō offre un exemple similaire. Sans miroir, on ne peut voir son propre visage et, sans adversaires, on ne peut tirer la leçon de ses propres erreurs. Les érudits du Shingon et des autres écoles n’avaient pas conscience de leurs erreurs. Mais, après avoir eu la chance de rencontrer le Grand Maître Dengyō, ils prirent conscience de ces fautes.

On pourrait penser que les divers bouddhas, bodhisattvas et êtres célestes et humains décrits dans les sūtras antérieurs au Sūtra du Lotus sont parvenus à l’illumination grâce aux sūtras particuliers où ils apparaissaient. Mais en fait ils n’y parvinrent que grâce au Sūtra du Lotus. Le vœu général émis par Shakyamuni et les autres bouddhas de sauver d’innombrables êtres vivants trouve son accomplissement dans le Sūtra du Lotus. Tel est le sens du passage du Sūtra où il est dit que le vœu « est maintenant accompli176 ».

De ce fait, je crois que les adeptes du Sūtra de la Guirlande de fleurs, du Sūtra de la méditation, du Sūtra de Mahavairochana et autres seront sans aucun doute protégés par les bouddhas, bodhisattvas et êtres célestes de leurs sūtras respectifs. Mais, si les croyants du Sūtra de Mahavairochana, du Sūtra de la méditation et autres devaient s’ériger en calomniateurs du pratiquant du Sūtra du Lotus, alors les bouddhas, bodhisattvas et êtres célestes les abandonneraient et protégeraient le pratiquant du Sūtra du Lotus. Cela est comparable à un fils dévoué dont le père s’oppose au souverain du royaume. Le fils abandonnera son père et soutiendra le souverain, car c’est là le sommet de la piété filiale.

Ce principe s’applique aussi à la Loi bouddhique. Les bouddhas, bodhisattvas et les dix filles rakshasa décrites dans le Sūtra du Lotus ne manqueront pas d’accorder leur protection à Nichiren. De plus, il est aussi certain que les bouddhas des six directions et les vingt-cinq bodhisattvas de l’école Jōdo, les mille deux cents honorés de l’école Shingon177 et les divers honorés et divinités tutélaires bienveillantes des sept écoles protégeront Nichiren, tout comme elles ont protégé le Grand Maître Dengyō.

Voici ce que moi, Nichiren, j’en pense. Les dieux du soleil et de la lune et les autres divinités étaient présents dans les deux lieux et les trois assemblées quand fut enseigné le Sūtra du Lotus. S’il devait alors apparaître un pratiquant du Sūtra du Lotus, comme le fer attiré par un aimant ou comme la lune se reflétant dans l’eau, ils surgiraient instantanément pour endosser les souffrances à sa place et ainsi accomplir le vœu émis en présence du Bouddha. Mais ils n’ont pas encore manifesté le moindre souci pour mon bien-être. Cela signifie-t-il que je ne suis pas un pratiquant du Sūtra du Lotus ? Dans ce cas, il me faut examiner une nouvelle fois ma conduite à la lumière du texte du Sūtra et voir où est ma faute.

Question : Quel œil de sagesse vous permet de percevoir que l’école Nembutsu, le Zen et les autres écoles de notre époque sont les calomniateurs du Sūtra du Lotus et des amis de mal178 prêts à égarer tous les êtres vivants ?

Réponse : Il ne s’agit pas d’une opinion personnelle, je ne fais que tendre le clair miroir des sūtras et commentaires, de sorte que les calomniateurs de la Loi puissent voir s’y refléter la laideur de leurs visages et percevoir leurs erreurs. Cependant, si leur « cécité » est incurable, je ne peux rien y faire.

On lit dans le chapitre “L’apparition de la Tour aux trésors” du quatrième volume du Sūtra du Lotus : « Alors, le bouddha Maints-Trésors offrit au bouddha Shakyamuni la moitié de son siège dans la Tour aux trésors (...). Les participants de la grande assemblée [virent] ces deux Ainsi-Venus assis jambes croisées sur le trône de lion dans la Tour aux sept trésors (...). Puis d’une voix forte [le bouddha Shakyamuni] s’adressa en ces termes aux quatre sortes de croyants : “Qui est capable 265d’enseigner largement en ce monde saha le Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse ? Le moment est venu de le faire, car l’Ainsi-Venu va très prochainement entrer dans le nirvana. Le Bouddha souhaite confier à quelqu’un ce Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse afin qu’il puisse être conservé179.” » Telle est la première déclaration du Bouddha.

Le chapitre se poursuit ainsi : « À ce moment, l’Honoré du monde, souhaitant réitérer son propos, prononça les vers suivants : “Ce seigneur [des enseignements], cet Honoré du monde, entré pourtant dans la disparition depuis bien longtemps, est toujours assis dans la Tour aux trésors, car il est venu ici pour le bien de la Loi. Quant à vous, êtres ordinaires, ne ferez-vous pas d’efforts pour le bien de cette même Loi ? (...) En outre, ces émanations de mon corps, bouddhas en nombre aussi incalculable que les grains de sable dans le Gange sont venus, désireux d’entendre la Loi. (...) Chacun a quitté sa terre merveilleuse et la foule de ses disciples, êtres célestes et humains, dragons et esprits, et toutes les offrandes reçues d’eux, pour venir ici s’assurer que la Loi se perpétuera longtemps (...) comme les branches de jeunes arbres secoués par la tempête. Par ce moyen opportun, ils assurent la pérennité de la Loi. Voilà pourquoi je m’adresse à cette grande assemblée : quand j’aurai disparu, qui sera capable de garder et de maintenir, de lire et de réciter ce Sūtra ? Maintenant, en présence du Bouddha, qu’il s’avance et prononce son vœu180.” » Telle est la deuxième proclamation du Bouddha.

Le passage se poursuit ainsi : « L’Ainsi-Venu Maints-Trésors, moi-même et ces émanations de bouddhas ici assemblées, nous savons sans nul doute que tel est notre but. (...) Hommes de bien ici rassemblés, que chacun de vous y réfléchisse avec soin ! Comme la question est difficile, faire un vœu solennel serait approprié. Les autres sūtras sont aussi nombreux que les grains de sable dans le Gange, mais les enseigner n’est pas considéré comme difficile. S’il vous fallait saisir le mont Sumeru et le faire s’envoler jusqu’aux terres de bouddha sans limites, cela non plus ne serait pas difficile. (...) Mais parvenir à prêcher ce Sūtra, après la disparition du Bouddha, à l’époque mauvaise, voilà qui sera réellement difficile ! (...) Si, lorsque survient l’incendie cataclysmique qui marque la fin d’un kalpa, quelqu’un chargeait de l’herbe sèche sur son dos et pénétrait dans le feu sans être brûlé, ce ne serait pas difficile. Mais qu’après ma disparition quelqu’un adhère à ce Sūtra et l’enseigne ne serait-ce qu’à une seule personne, voilà qui sera réellement difficile ! (...) Qui d’entre vous, hommes de bien, après ma disparition, gardera, maintiendra, lira et récitera ce Sūtra ? Que maintenant, en présence du Bouddha, il s’avance et prononce son vœu181 ! » Telle est la troisième mise en garde du Bouddha.

Les quatrième et cinquième mises en garde se trouvent dans le chapitre “Devadatta”, et j’y reviendrai ultérieurement.

Le sens de ces passages du Sūtra s’impose à nos yeux, avec autant d’évidence que le soleil suspendu dans le ciel bleu ou qu’un grain de beauté sur un visage blanc. Pourtant les aveugles, ceux dont la vue est faussée, les borgnes, ceux qui ne croient que leur propre maître, et ceux qui s’accrochent à des conceptions biaisées, ne peuvent le voir.

Pour ceux qui recherchent passionnément la Voie, en dépit de toutes les difficultés, je vais essayer de clarifier la signification de tout cela. Mais comprenez qu’il est plus rare de rencontrer la vérité que les pêches de l’immortalité qui poussent dans le jardin de la Reine-mère de l’Ouest, ou que la fleur udumbara qui ne fleurit qu’au moment où apparaît un roi-qui-fait-tourner-la-roue182. De plus, le conflit [entre Nichiren et les diverses écoles] dépasse [par sa durée] les huit années de guerre où le gouverneur de Pei et Xiang Yu183 se disputèrent l’empire de Chine, les sept années où 266Yoritomo et Munemori184 se battirent pour les îles du Japon, les combats entre Shakra et les asura, ou entre le roi-dragon et les oiseaux garuda sur le lac Anavatapta185.

Le véritable enseignement du Sūtra du Lotus est apparu à deux reprises sur la terre du Japon. Comprenez par là qu’il est apparu une première fois avec le Grand Maître Dengyō et de nouveau avec Nichiren. Mais ceux qui ne voient rien en doutent ; il est au-delà de mon pouvoir de les convaincre. Le bouddha Shakyamuni, le bouddha Maints-Trésors et les bouddhas des dix directions se réunirent et évaluèrent les mérites relatifs de tous les sūtras du Japon, de Chine, de l’Inde, du palais du roi-dragon, des cieux et de tous les autres mondes des dix directions, et c’est ce Sūtra qu’ils choisirent.

Question : Les sūtras tels que le Sūtra de la Guirlande de fleurs, les sūtras Vaipulya, les sūtras de la Sagesse, le Sūtra des profonds secrets, le Lankavatara-sūtra186, le Sūtra de Mahavairochana, le Sūtra du Nirvana, appartiennent-ils au groupe des « neuf actes faciles » ou à celui des « six actes difficiles187 ? »

Réponse : Dushun, Zhiyan, Fazang et Chengguan, de l’école Huayan, qui étaient tous des Maîtres des Trois Corbeilles, déclarent que le Sūtra de la Guirlande de fleurs et le Sūtra du Lotus appartiennent à la catégorie des « six actes difficiles ». Bien qu’ayant des noms différents, ces sūtras sont identiques dans leurs enseignements et leurs principes. Cela rejoint cette autre affirmation : « Bien qu’il y ait quatre façons différentes de percevoir la réalité, la vérité qu’elles désignent est identique188. »

Le Maître des Trois Corbeilles Xuanzang et le Grand Maître Cien, de l’école Faxiang, déclarent que le Sūtra des profonds Secrets et le Sūtra du Lotus exposent l’un et l’autre la doctrine du rien-que-conscience. Ils datent de la troisième période d’enseignement du Bouddha189 et appartiennent à la catégorie des « six actes difficiles ».

Zhizang, de l’école Sanlun, affirme que les sūtras de la Sagesse et le Sūtra du Lotus sont deux noms différents pour une seule entité, deux sūtras qui contiennent un seul enseignement.

Les Maîtres des Trois Corbeilles Shanwuwei, Jingangzhi et Bukong [de l’école Zhenyan] disent que le Sūtra de Mahavairochana et le Sūtra du Lotus sont identiques sur le principe et que tous deux appartiennent à la catégorie des « six actes difficiles ». Au Japon, Kōbō [maître de l’école Shingon] prétend que le Sūtra de Mahavairochana n’appartient ni à la catégorie des « six actes difficiles » ni à celle des « neuf actes faciles ». Le Sūtra de Mahavairochana occupe, selon lui, une place à part parmi tous les sūtras enseignés par le bouddha Shakyamuni, parce qu’il fut enseigné par l’Ainsi-Venu Mahavairochana, bouddha du Corps du Dharma. De même, certains affirment que le Sūtra de la Guirlande de fleurs se situe en dehors des catégories des « six actes difficiles » et des « neuf actes faciles » parce qu’il a été enseigné par l’Ainsi-Venu du Corps de rétribution.

Telles sont donc les positions avancées par les fondateurs de ces quatre écoles et partagées par leurs milliers d’adeptes.

Je constate avec tristesse que j’aurais beau souligner les erreurs de ces hommes, et ce serait facile, les gens d’aujourd’hui ne se tourneraient pas vers moi. Ils continueraient à suivre leurs voies erronées et, pour finir, me calomnieraient auprès du souverain du pays, ce qui mettrait ma vie en danger. Cependant, notre père bienveillant, le bouddha Shakyamuni, aux derniers moments de sa vie dans le bosquet d’arbres sala, nous laissa pour dernière recommandation de nous « appuyer sur la Loi et non sur les personnes190 ». « Ne pas s’appuyer sur les personnes » signifie que, lorsque des personnes de premier, deuxième, troisième ou quatrième rangs191 enseignent, même s’il s’agit de bodhisattvas ayant atteint le stade de l’illumination presque parfaite tels que 267Sagesse-Universelle et Manjusri, s’ils n’ont pas le sūtra à la main, il ne faut pas accepter [leur enseignement].

Il est aussi stipulé qu’il faut « s’appuyer sur les sūtras complets et définitifs et non sur ceux qui ne sont ni complets ni définitifs192 ». Il faut donc étudier attentivement les sūtras pour déterminer lesquels sont complets et définitifs et lesquels ne le sont pas, et avoir foi dans les premiers. Dans son Commentaire sur le Sūtra des dix étapes193, le bodhisattva Nagarjuna déclare : « Ne vous appuyez pas sur les traités qui déforment les sūtras ; appuyez-vous sur ceux qui sont fidèles aux sūtras. » Le Grand Maître Tiantai dit : « Ce qui s’accorde avec les sūtras doit être mis par écrit et rendu accessible. Mais n’ayez foi ni dans des mots ni dans leur sens quand ils s’écartent de ce principe194. » Le Grand Maître Dengyō dit : « Appuyez-vous sur les enseignements du Bouddha et n’ayez pas foi dans les traditions transmises oralement195. » Enchin, également connu sous le nom de Grand Maître Chishō, dit : « Pour transmettre les enseignements, appuyez-vous sur les paroles écrites196. »

En fait, les dirigeants des diverses écoles dont j’ai cité précédemment les opinions semblent tous se fonder sur certains groupes de sūtras et traités pour tenter d’établir quels sont les enseignements supérieurs. Mais ils s’accrochent tous fermement aux doctrines de leur propre école et perpétuent les visions erronées transmises par leurs prédécesseurs, si bien que leurs jugements sont caractérisés par des interprétations déformées et des sentiments personnels. Leurs doctrines ne sont que des opinions individuelles bien habillées et glorifiées.

Les écoles non bouddhiques, comme celles de Vatsa et de Vaipulya197, apparues en Inde après la disparition du Bouddha, développent des visions encore plus erronées et des doctrines encore plus sournoises que celles antérieures au Bouddha [parce que ces écoles empruntèrent des idées à l’enseignement bouddhique]. De même, depuis l’introduction de la Loi bouddhique en Chine à l’époque de la dynastie des Han postérieurs, les opinions et les écrits non bouddhiques sont devenus encore plus erronés et sournois que les écrits pré-bouddhiques confucéens qui traitent des trois souverains et des cinq empereurs des temps anciens. À quoi s’ajoutent les maîtres des écoles Huayan, Faxiang, Zhenyan et autres qui, jaloux des doctrines correctes de l’école Tiantai, interprètent effrontément les mots du véritable Sūtra de façon à les accorder avec les enseignements provisoires.

Cependant, ceux qui recherchent la Voie devraient rejeter des opinions aussi unilatérales, en transcendant les querelles entre leur propre école et les autres, et ne traiter personne avec mépris.

Dans le Sūtra du Lotus, le Bouddha dit : « Parmi les sūtras que j’ai prêchés, que je prêche ou que je prêcherai, [ce Sūtra du Lotus est le plus difficile à croire et le plus difficile à comprendre]198. »

Le Grand Maître Miaole commente : « Si d’autres sūtras peuvent se qualifier de roi parmi les sūtras, aucun ne se présente comme le plus important parmi tous les sūtras enseignés dans le passé, dans le présent, ou dans l’avenir199. » Il ajoute : « Malgré [l’affirmation du Bouddha] que ce merveilleux Sūtra surpasse tous ceux du passé, du présent et de l’avenir, certains continuent de s’égarer. Ils commettent ainsi la faute grave de calomnier le Sūtra et pendant de longs et nombreux kalpa sont sujets aux souffrances200. »

Abasourdi par ces passages du Sūtra et leurs commentaires, j’ai examiné l’ensemble des sūtras et les exposés et commentaires des divers maîtres, et mes doutes et ma défiance se sont dissipés. Mais, aujourd’hui, ces moines insensés de [l’école] Shingon s’appuient sur leurs mudra et leurs mantras et croient leur école supérieure 268au Sūtra du Lotus du seul fait que le Grand Maître Jikaku et leurs autres maîtres ont affirmé cette supériorité. Leurs positions ne méritent même pas d’être débattues.

Il est dit dans le Sūtra de la solennité secrète : « Le Sūtra des dix étapes, le Sūtra de la Guirlande de fleurs, le Sūtra du grand arbre du roi Kimnara, le Sūtra des pouvoirs transcendantaux, le Shrimaladevi-sūtra et autres dérivent tous de ce sūtra. Le Sūtra de la solennité secrète est donc le plus grand de tous les sūtras. »

On lit dans le Sūtra du grand nuage : « Ce sūtra est le roi-qui-fait-tourner-la-roue parmi tous les sūtras. Pourquoi cela ? Parce que dans ce sūtra est énoncé le principe de la permanence de la nature de bouddha en tant que nature véritable de tous les êtres. »

Il est dit dans le Sūtra des six paramita : « Tous les enseignements corrects exposés par les innombrables bouddhas du passé et les quatre-vingt-quatre mille enseignements merveilleux que j’ai exposés jusqu’à présent peuvent globalement être divisés en cinq catégories : les sūtras [les sermons attribués au Bouddha] ; les vinaya [les règles monastiques] ; les abhidharma [les traités] ; les prajna-paramita [les enseignements de la perfection de sagesse] ; et les dharani [les formules mystiques]. Les œuvres de ces cinq catégories instruiront les êtres vivants. Parmi ces êtres vivants il se peut que certains n’acceptent pas et ne suivent pas les sūtras, [les règles] du vinaya, [les enseignements] de l’abhidharma et des prajna-paramita ou qu’ils commettent divers actes mauvais tels que les quatre fautes majeures, les huit fautes majeures ou les cinq transgressions capitales qui mènent à l’Enfer aux souffrances incessantes. [Il se peut aussi qu’ils] calomnient les sūtras Vaipulya ou encore qu’ils soient des icchantika qui ne croient pas dans la Voie bouddhique elle-même. Afin d’effacer de tels crimes, de libérer rapidement ceux qui les commettent pour leur permettre d’entrer aussitôt dans le nirvana, j’ai enseigné pour leur bien cette série de dharani.

« Ces cinq parties du Dharma sont comparées respectivement aux saveurs du lait, de la crème, du lait caillé, du beurre et du ghee201, le ghee étant ce qu’il y a de meilleur. La partie contenant les dharani est comparable au ghee. Le ghee possède la saveur la plus raffinée et la plus subtile parmi les cinq substances que je viens d’énumérer et il peut guérir diverses maladies et apaiser les esprits et les corps des êtres vivants. De même, la catégorie des dharani est la première des cinq catégories d’enseignements parce qu’elle peut supprimer les fautes graves. »

On lit dans le Sūtra de la révélation des profonds secrets202 : « À ce moment-là, le bodhisattva Qui-Fait-Apparaître-La-Réalité-Ultime s’adressa au Bouddha en disant : “Honoré-du-monde, quand vous étiez au parc des Gazelles, aussi appelé Lieu des Ascètes203, à Varanasi, pour ceux qui ne recherchaient que le véhicule des auditeurs, vous avez exposé la doctrine des quatre nobles vérités, faisant tourner ainsi la roue de la Loi correcte. Ce fut là chose bien merveilleuse et bien rare. Aucun être céleste ou humain dans aucun des innombrables mondes n’avait pu exposer une telle doctrine auparavant. Et pourtant la roue de la Loi que vous avez alors mise en mouvement n’était pas sans imperfection et laissait une place au doute. Son sens n’était pas encore définitif et elle offrait d’amples motifs de querelle.

« “Alors, Honoré du monde, dans la deuxième période de votre enseignement, à ceux qui ne recherchaient que le Grand Véhicule204, vous avez enseigné que tous les phénomènes n’ont pas de nature distincte en soi, qu’il n’y a ni naissance ni mort, que toutes les choses sont fondamentalement en état de quiétude et que la nature des êtres tels qu’ils sont constitue le nirvana. Vous avez fait tourner la roue de la Loi correcte bien que vous n’ayez pas révélé toute la vérité. C’était chose encore plus merveilleuse, encore plus rare. Mais la roue de la Loi que 269vous avez alors tournée n’était pas sans imperfection et laissait une place au doute. Son sens n’était pas encore définitif et elle offrait d’amples motifs de querelle.

« “Désormais, Honoré du monde, dans la troisième période de votre enseignement, à ceux qui souhaitent pratiquer le véhicule qui sauve tous les êtres, vous avez enseigné que tous les phénomènes n’ont pas de nature distincte, qu’il n’y a ni naissance ni mort, que toutes les choses sont fondamentalement en état de quiétude, et que la nature des êtres tels qu’ils sont, constitue le nirvana. Puis vous avez enseigné que la ‘nature’ précédemment évoquée n’a en soi rien qui puisse être qualifié de nature. Vous avez fait tourner la roue de la Loi correcte et exposé ces doctrines sous leur forme parfaite. C’est la chose la plus merveilleuse, la plus rare qui soit. Cette roue de la Loi que vous avez tournée est sans imperfection et ne laisse aucune place au doute. Son sens est vraiment complet et définitif et elle n’offre aucun motif de querelle.” »

Il est dit dans le Sūtra de la grande perfection de sagesse : « Si l’on considère les enseignements entendus, qu’ils soient séculiers ou bouddhiques, comme un moyen opportun, on en vient à comprendre qu’ils peuvent être incorporés dans les profonds principes que seule la prajna, ou sagesse du Bouddha, peut saisir. Si, avec la même sagesse, on saisit que toutes les questions et affaires séculières représentent la nature essentielle des choses, on se rend compte que rien n’est extérieur à cette nature essentielle. »

On lit dans le premier volume du Sūtra de Mahavairochana : « Maître des secrets [Vajrasattva], il existe une pratique du Grand Véhicule qui éveille l’esprit détaché des choses et l’amène à comprendre que tous les phénomènes n’ont pas de nature propre. Pourquoi cela ? Parce que, dans les temps passés, ceux qui ont pratiqué cette voie ont pu observer la conscience alaya au sein des cinq composants, et prendre conscience du caractère illusoire de la nature individuelle. »

Il est dit également dans le même sūtra : « Maître des secrets, ces hommes ont ainsi rejeté le concept de non-soi et ont finalement pris conscience que l’esprit se meut dans un monde de liberté totale et que l’esprit individuel n’a de tout temps jamais connu ni naissance [ni mort]. »

Il est dit aussi : « La vacuité est par nature détachée des organes des sens et de leurs objets. Elle n’a ni forme ni limites. Par-delà toute théorie futile, elle équivaut à l’espace. Elle représente l’ultime en l’absence de nature individuelle. »

Il est dit encore : « Le bouddha Mahavairochana s’adressa au Maître des secrets en ces termes : “Maître des secrets, que signifie l’illumination ?” Cela signifie comprendre notre propre esprit tel qu’il est réellement. »

On lit dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs : « Parmi les divers êtres des mondes de toutes sortes, rares sont ceux qui cherchent à pratiquer le véhicule des auditeurs. Plus rares encore sont ceux qui recherchent celui des pratyekabuddha [bouddhas-pour-soi], et ceux qui recherchent le Grand Véhicule sont d’une rareté extrême. Il est [pourtant] relativement facile de rechercher le Grand Véhicule, mais croire dans les doctrines de ce Sūtra est d’une difficulté extrême. Il est alors encore plus difficile d’accepter ce Sūtra, de garder correctement à l’esprit ses enseignements, de les pratiquer selon les instructions, et de comprendre leur sens véritable.

« Il n’est pas si difficile de saisir le système de mondes majeurs et de le maintenir sur le sommet du crâne sans bouger pendant l’espace d’un kalpa. Mais croire dans les doctrines de ce Sūtra est d’une difficulté extrême. Offrir des instruments de musique pendant la durée d’un kalpa à tous les êtres vivants aussi innombrables que les particules de poussière du système de mondes majeurs n’amènera que peu de 270bienfaits. Mais croire dans les doctrines de ce Sūtra amènera des bienfaits en grande quantité. Il n’est pas si difficile de tenir dix terres de bouddha dans le creux de la main en demeurant immobile dans les airs pendant la durée d’un kalpa. Mais croire dans les doctrines de ce Sūtra est d’une difficulté extrême. Offrir des instruments de musique pendant la durée d’un kalpa à tous les êtres vivants, aussi innombrables que les particules de poussière de ces dix terres de bouddha, n’amènera que peu de bienfaits. Mais croire dans les doctrines de ce Sūtra procurera des bienfaits en grande quantité. Pendant la durée d’un kalpa, on peut honorer et faire des dons aux divers Ainsi-Venus aussi innombrables que les particules de poussière de ces dix terres de bouddha. Mais si vous parvenez à accepter et à suivre les doctrines de ce chapitre205, vous obtiendrez des bienfaits infiniment plus grands. »

Il est dit dans le Sūtra du Nirvana : « Même si les divers sūtras Vaipulya du Grand Véhicule apportent des bienfaits inestimables, incomparablement plus grands seront les bienfaits obtenus grâce à ce Sūtra. Ils seront cent, mille, un milliard de fois plus importants, au point de dépasser tout calcul et échappent à toute parabole. Hommes de bien, le lait est tiré de la vache, la crème du lait, le lait caillé de la crème, le beurre du lait caillé et le ghee du beurre. Le ghee est ce qu’il y a de meilleur. Celui qui en mange guérira de toutes les maladies, comme s’il contenait toutes sortes de propriétés médicinales. Hommes de bien, le Bouddha est ainsi. Le Bouddha a prononcé douze catégories de discours. Parmi ces douze catégories, il a extrait les sūtra, parmi les sūtras il a extrait les sūtras Vaipulya, parmi les sūtras Vaipulya il a extrait la doctrine des prajna-paramita (la perfection de la sagesse), et des prajna-paramita il a extrait le Sūtra du Nirvana. Le Sūtra du Nirvana est comparable au ghee. Le ghee est ici une métaphore pour désigner la nature de bouddha. »

Quand nous comparons les passages de sūtras que je viens de citer avec ceux où le Sūtra du Lotus se décrit lui-même comme le plus grand de tous les sūtras que le Bouddha « a prêchés, prêche ou prêchera » et où sont présentés les six actes difficiles et les neuf actes faciles, ces seconds passages se distinguent comme la lune qui brille à côté des étoiles ou comme le mont Sumeru à côté des huit chaînes de montagnes qui l’entourent. Pourtant Chengguan de l’école Huayan, Cien de l’école Faxiang, Jiaxiang de l’école Sanlun et Kōbō de l’école Shingon, que l’on croyait tous dotés de l’œil du Bouddha, ne comprirent pas les passages du Sūtra du Lotus mentionnés plus haut. Comment alors les érudits de notre époque, qui paraissent totalement aveugles, pourraient-ils saisir la différence entre le Sūtra du Lotus et les autres sūtras ? Elle est aussi éclatante que celle qui existe entre le blanc et le noir ou entre le mont Sumeru et une graine de moutarde placés côte à côte, et pourtant ces hommes s’égarent. Il n’est donc guère surprenant qu’ils soient également perdus à propos de principes aussi insaisissables que l’air. Si l’on ne peut percevoir la profondeur respective des divers enseignements, on ne peut juger de la valeur des principes qu’ils révèlent.

Les passages [des huit sūtras] que je viens de citer apparaissent dans des volumes différents et ont été cités dans le désordre [du point de vue de leur profondeur relative]. Puisqu’il est difficile de discerner la valeur des divers enseignements, j’expliquerai ces passages afin d’aider les ignorants à comprendre.

Parmi les rois, il en est de grands et d’autres insignifiants et, dans tous les domaines, il y a les parties et le tout. Nous avons évoqué la parabole des cinq saveurs [tirées] du lait, mais il faut savoir quand cette parabole s’applique aux enseignements bouddhiques dans leur totalité et quand elle s’applique [seulement] à une partie de ces enseignements.

271Le Sūtra des six paramita enseigne que les êtres vivants peuvent atteindre l’illumination mais refuse d’appliquer ce principe à ceux qui n’ont pas la nature de bouddha. Quant à la doctrine de l’atteinte de l’illumination par le bouddha Shakyamuni dans un passé très lointain, elle n’y est bien sûr jamais mentionnée.

En réalité, on ne peut pas même comparer le Sūtra des six paramita au Sūtra du Nirvana, qui se compare lui-même au ghee parmi les cinq saveurs, encore moins aux enseignements théorique et essentiel du Sūtra du Lotus. Pourtant, le Grand Maître Kōbō, au Japon, égaré par le passage précédemment cité du Sūtra des six paramita, plaça le Sūtra du Lotus au niveau de la quatrième saveur, représentée par le beurre. Alors que le prétendu ghee des dharani ne peut même pas soutenir la comparaison avec le prétendu ghee du Sūtra du Nirvana, comment a-t-il pu faire une erreur aussi manifeste ? Pourtant, il écrit que « les maîtres bouddhistes de Chine rivalisaient les uns avec les autres pour voler le ghee206, » qualifiant ainsi Tiantai et d’autres de voleurs. Vantard, il dit encore : « Quel dommage que les personnes vertueuses des temps anciens n’aient pu goûter ce ghee. »

Mais laissons tout cela. Je voudrais révéler la vérité à mes disciples. Si les autres ne font pas le choix d’y croire maintenant, ils formeront par là même une relation d’opposition [relation qui, tout en les écartant de la vérité à cause de cette opposition, crée cependant un lien avec elle qui, plus tard, portera un fruit positif]. En buvant une seule goutte, on peut connaître la saveur du grand océan et en observant l’éclosion d’une seule fleur, on peut prédire la venue du printemps. Il n’est pas nécessaire de traverser les mers et de se rendre dans la lointaine Chine des Sung, ni de passer trois années à voyager jusqu’au pic de l’Aigle en Inde207, ni d’entrer dans le palais du roi-dragon comme Nagarjuna, ni de rendre visite au bodhisattva Maitreya [dans le ciel Tushita] comme le bodhisattva Asanga208, ni d’avoir été présent aux deux lieux et aux trois assemblées où Shakyamuni enseigna le Sūtra du Lotus, pour évaluer les mérites respectifs des enseignements énoncés par le Bouddha de son vivant. On dit que les serpents peuvent prévoir une inondation sept jours à l’avance parce qu’ils ont un lien de parenté avec les dragons [qui font tomber la pluie]. Les corbeaux peuvent annoncer les événements heureux ou malheureux de l’année parce qu’ils furent devins dans une existence passée. Les oiseaux ont une aptitude à voler dont les êtres humains sont dépourvus. Et moi, Nichiren, je suis plus à même d’évaluer les mérites respectifs des sūtras que Chengguan, de l’école Huayan, Jiaxiang, de l’école Sanlun, Cien, de l’école Faxiang, et Kōbō, de l’école Shingon. Je marche en effet sur les pas des Grands Maîtres Tiantai et Dengyō. Si Chengguan et les autres n’avaient pas accepté les enseignements de Tiantai et de Dengyō, comment auraient-ils pu espérer échapper à la faute de ceux qui calomnient la Loi ?

Moi, Nichiren, je suis l’homme le plus fortuné du Japon d’aujourd’hui. J’ai consacré ma vie au Sūtra du Lotus et mon nom sera transmis dans les âges à venir. Si quelqu’un est le seigneur du grand océan, toutes les divinités des diverses rivières lui obéiront. Si quelqu’un est le roi du mont Sumeru, les divinités de toutes les autres montagnes ne pourront s’empêcher de le servir. Si quelqu’un accomplit l’enseignement « des six actes difficiles et des neuf actes faciles » du Sūtra du Lotus, même s’il n’a peut-être pas lu l’ensemble des sūtras, tous devraient le suivre.

Aux trois déclarations du Bouddha énoncées dans le chapitre “L’apparition de la Tour aux trésors”, le chapitre “Devadatta” ajoute deux révélations éclairantes. [La première est que Devadatta atteindra l’illumination]. Devadatta était un icchantika, personne à l’incroyance incorrigible, et 272il est pourtant prédit qu’il deviendra à l’avenir un bouddha nommé l’Ainsi-Venu Souverain-Céleste. Il est dit dans les quarante volumes du Sūtra du Nirvana que [tous les êtres, y compris les icchantika, possèdent la nature de bouddha mais] on n’en trouve la preuve concrète que dans ce chapitre du Sūtra du Lotus. Innombrables sont ceux qui, comme le moine Sunakshatra ou le roi Ajatashatru, ont également commis les cinq transgressions capitales et calomnié la Loi, mais Devadatta apparaît comme le représentant de tous les autres ; il est le pire calomniateur et l’on peut supposer que ce qui vaut pour lui vaut pour ceux dont les fautes sont moindres. Il est donc révélé que tous ceux qui commettent les cinq ou les sept transgressions capitales209, qui calomnient la Loi ou qui sont des icchantika, deviendront bouddhas comme l’Ainsi-Venu Souverain-Céleste. Le poison se change en douce rosée, et devient la meilleure des saveurs.

[La seconde révélation concerne l’atteinte de la bouddhéité par la fille du roi-dragon.] Cette atteinte de la bouddhéité ne vaut pas seulement pour elle-même. Elle révèle que toutes les femmes atteindront la bouddhéité. Dans les divers sūtras du Hinayana, lesquels sont antérieurs au Sūtra du Lotus, on dénie aux femmes la possibilité d’atteindre la bouddhéité. Dans les sūtras du Mahayana autres que le Sūtra du Lotus, il semblerait que les femmes puissent atteindre la bouddhéité ou renaître dans la Terre pure, mais à la condition impérative qu’elles changent d’apparence. Ce n’est donc pas l’atteinte immédiate de la bouddhéité fondée sur la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie. Il s’agit d’une atteinte de la bouddhéité ou d’une renaissance dans la Terre pure en mots seulement et non en réalité. La fille du roi-dragon représente « un exemple qui vaut pour tous les autres210 ». Quand la fille du roi-dragon atteignit la bouddhéité, elle ouvrit la voie de l’atteinte de la bouddhéité à toutes les femmes des âges ultérieurs.

Les enseignements confucéens enseignent la piété filiale et la sollicitude envers les parents, mais se limitent à cette vie présente. Ils n’offrent aucun moyen d’aider nos parents dans leurs vies futures, et les sages et les personnes vertueuses qui suivent ces enseignements sont donc des sages et des personnes vertueuses en mots seulement et non en réalité. Bien que reconnaissant l’existence de vies passées et futures, les doctrines non bouddhiques [indiennes] n’offrent pas non plus le moindre moyen d’aider nos parents à obtenir une vie meilleure dans l’avenir. Seule la Voie bouddhique le permet et c’est donc la vraie voie des sages et des personnes de vertu. Mais dans les sūtras du Hinayana et du Mahayana antérieurs au Sūtra du Lotus et dans les écoles fondées sur ces sūtras, il est impossible de parvenir à la Voie, même pour soi-même. On peut alors difficilement espérer obtenir le moindre résultat pour nos parents. Bien que les textes de ces sūtras prétendent [conduire à l’illumination], en fait ce n’est pas le cas. C’est seulement dans l’enseignement du Sūtra du Lotus, où est décrite l’atteinte de la bouddhéité par la fille du roi-dragon, qu’est donnée la preuve que toutes les mères ont la possibilité d’atteindre la bouddhéité. Et quand fut révélé que même un homme mauvais comme Devadatta pouvait atteindre la bouddhéité, la preuve fut donnée que tous les pères avaient la possibilité de devenir bouddha. Le Sūtra du Lotus est le Classique de la piété filiale des enseignements bouddhiques. Voilà qui achève ma discussion sur les deux révélations contenues dans le chapitre “Devadatta”.

Impressionnés par les cinq proclamations du Bouddha [contenues dans les chapitres “L’apparition de la Tour aux trésors” et “Devadatta”], les innombrables bodhisattvas lui promirent qu’ils propageraient le Sūtra du Lotus, comme cela est décrit dans le chapitre “Exhortation à la persévérance”. Je brandirai ce passage de Sūtra comme un clair miroir pour que tous puissent voir à 273quel point les moines des écoles Zen, Ritsu et Nembutsu d’aujourd’hui, ainsi que leurs disciples laïcs sont coupables d’avoir calomnié la Loi.

Le douzième jour du neuvième mois de l’année dernière, entre les heures du Rat et du Bœuf [entre onze heures du soir et trois heures du matin], la personne nommée Nichiren a été décapitée211. C’est son esprit qui est parvenu sur l’île de Sado et qui, le deuxième mois de l’année suivante, sous la neige, écrit [ce traité] à l’attention de ses proches disciples. [La description de l’âge mauvais développée dans le chapitre “Exhortation à la persévérance” semble] terrible mais [celui qui se consacre à la Loi sans se ménager lui-même] n’a rien à redouter. D’autres en lisant cela seront terrifiés. Cet écrit est le clair miroir que Shakyamuni, Maints-Trésors et les bouddhas des dix directions ont laissé pour l’avenir du Japon et dans lequel se reflète l’état présent du pays. On peut aussi le considérer comme un souvenir de moi.

Il est dit dans le chapitre “Exhortation à la persévérance” : « Nous vous supplions de ne vous inquiéter de rien. Quand le Bouddha aura disparu, dans une époque dominée par la peur et le mal, nous prêcherons au loin et en tous lieux. Nombreux seront les ignorants qui nous insulteront, nous maudiront et nous attaqueront au bâton et au sabre, mais nous saurons endurer tout cela. À cette époque mauvaise, on trouvera des moines à la sagesse pervertie, aux cœurs serviles et tortueux qui se targueront d’avoir atteint ce qu’ils n’ont pas atteint, avec orgueil et présomption. Il y aura aussi dans les forêts, de soi-disant moines en haillons, vivant retirés, qui prétendront pratiquer la véritable voie, en méprisant et en regardant de haut le genre humain. Avides de soutien et de richesses, ils prêcheront la Loi à des croyants laïcs vêtus d’une robe blanche, ils seront respectés et révérés du monde comme des arhat détenteurs des six pouvoirs transcendantaux. Ces hommes au cœur habité par le mal, constamment préoccupés des affaires de ce monde, se présenteront comme des moines vivant dans les forêts et se délecteront à proclamer nos fautes. (...) Comme ils cherchent sans cesse à nous dénigrer dans la grande assemblée, ils s’adresseront aux gouvernants et aux ministres, aux brahmanes et aux chefs de clans, mais aussi aux autres moines, nous calomniant et nous dénigrant ainsi : “Ce sont des gens aux vues faussées qui prêchent des doctrines non bouddhiques !” (...) Dans un kalpa souillé et une époque mauvaise, bien des choses seront à craindre. Des divinités malfaisantes prendront possession de certaines gens et s’en serviront pour nous avilir, nous insulter et nous couvrir de honte. (...) Les mauvais moines de cette époque souillée, incapables de comprendre les moyens opportuns du Bouddha, et la façon dont il prêche la Loi en accord avec ce qui est approprié, nous attaqueront, et nous lanceront des insultes et des regards courroucés ; nous serons bannis encore et encore212. »

Dans le huitième volume des Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus, on trouve à ce sujet le commentaire suivant : « Dans ce passage sont citées trois formes d’arrogance. Une première partie présente les gens aux visions erronées. Cela correspond à [l’arrogance et à la prétention des] laïcs. Suit une partie qui décrit l’arrogance et la prétention des membres du clergé bouddhique. En troisième lieu sont exposées l’arrogance et la prétention de ceux qui se font passer pour des sages. Parmi ces trois [formes d’arrogance], la première est supportable. La deuxième est pire et la troisième est la plus redoutable de toutes. En effet, il est toujours plus difficile de reconnaître ces deuxième et troisième formes pour ce qu’elles sont vraiment. »

Le Maître du dharma Zhidu213 écrit dans le Dongchun : « Tout d’abord, considérons la partie versifiée commençant par : “Nombreux seront les ignorants (...).” 274Cette première partie dit que les pratiquants du Sūtra du Lotus doivent endurer les maux infligés par le corps, la parole et l’esprit de leurs calomniateurs. Il s’agit là des mauvais laïcs, non bouddhistes aussi bien que bouddhistes. La partie suivante, qui commence par “À cette époque mauvaise”, traite des membres arrogants du clergé bouddhique. Dans la troisième partie qui s’ouvre par “Il y aura aussi dans la forêt des moines (...)”, il est question des membres du clergé qui [se prétendent sages, utilisent leur position et] tiennent lieu de guides pour toutes les autres personnes mauvaises. » On lit ensuite dans ce même texte : « La partie commençant par “Comme [ils cherchent sans cesse à nous dénigrer] dans la grande assemblée” décrit comment ces hommes feront appel aux autorités gouvernementales pour calomnier la Loi et ses pratiquants. »

On lit dans le neuvième volume du Sūtra du Nirvana : « Hommes de bien, il existe des [gens appelés] icchantika. Ils se prétendent arhat, vivent dans des lieux déserts et calomnient les sūtras Vaipulya du Grand Véhicule. Quand les hommes du commun les voient, ils les prennent pour de véritables arhat et parlent d’eux comme d’authentiques bodhisattvas. » On lit aussi : « À ce moment-là, ce Sūtra sera largement propagé dans tout le Jambudvipa. En cette ère, il y aura des moines mauvais qui voleront ce Sūtra et le diviseront en de nombreuses parties, faisant perdre à l’enseignement correct la couleur, l’odeur et la saveur de son contenu. Ces personnes mauvaises liront et réciteront ce Sūtra, mais elles ignoreront et rejetteront les principes profonds et fondamentaux que l’Ainsi-Venu y a exposés et les remplaceront par de la rhétorique ornementale et des propos oiseux. Ils détacheront la première partie du Sūtra pour la coller à la fin, détacheront la fin pour la mettre au début, placeront la fin et le début au milieu et le milieu au début ou à la fin. Vous devez comprendre que ces mauvais moines sont les compagnons du démon. »

On lit dans le Parinirvana-sūtra en six volumes214 : « Il existe aussi des icchantika qui ressemblent à des arhat mais commettent des actes mauvais. Il existe également des arhat qui ressemblent à des icchantika mais possèdent un cœur bienveillant. Les icchantika qui ressemblent à des arhat passent leur temps à calomnier les sūtras Vaipulya auprès des gens. En revanche, les arhat qui ressemblent à des icchantika sont critiques à l’égard des auditeurs et vont prêcher les sūtras Vaipulya. Ils s’adressent aux gens en disant : “Vous et moi, nous sommes tous des bodhisattvas. Pourquoi ? Parce que tous les êtres vivants possèdent la nature de bouddha.” Mais la population qualifiera probablement de tels êtres d’icchantika. »

Dans le Sūtra du Nirvana, le Bouddha parle en ces termes : « Après mon entrée en nirvana (...), une fois terminée l’époque de la Loi correcte et au début de l’époque de la Loi formelle, on verra des moines se plier en apparence aux règles de la discipline monastique. Mais ils ne liront ou ne réciteront que rarement les sūtras, désirant au contraire avec avidité de la nourriture et des boissons pour nourrir leur corps. Bien que portant des vêtements de moines, ils iront en quête d’aumônes comme autant de chasseurs qui, les yeux plissés, avancent à pas feutrés. Ils seront comme un chat rôdant à la recherche de souris. Et ils répéteront constamment ces mots : “J’ai atteint le stade d’arhat !” Extérieurement, ils paraîtront sages et bons, mais intérieurement ils cacheront avidité et jalousie. [Et, lorsqu’on leur demandera de prêcher les enseignements, ils ne répondront rien] comme des brahmanes qui ont fait vœu de silence. Ce ne sont pas de vrais moines : ils n’en ont que l’apparence. Consumés par leurs visions erronées, ils calomnient l’enseignement correct. »

275À la lumière du soleil et de la lune [que sont le Sūtra du Lotus enseigné au] pic de l’Aigle et [le Sūtra du Nirvana enseigné dans] le bosquet d’arbres sala, ou dans les clairs miroirs des commentaires de Miaole, de Pizhing, et de Zhidu, de Dongchun, nous discernons sans la moindre trace d’ombre les visages laids des moines des différentes écoles du Japon d’aujourd’hui, tout particulièrement des écoles Zen, Ritsu et Nembutsu. On lit [dans le chapitre “Exhortation à la persévérance”] du Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse : « Quand le Bouddha aura disparu, dans une époque dominée par la peur et le mal » et dans le chapitre “Les pratiques paisibles” : « À l’époque mauvaise à venir », « à la Fin de la Loi », « dans les âges à venir, quand la Loi sera proche de sa disparition ». Il est dit, dans le chapitre “Distinctions des bienfaits” : « À l’époque mauvaise de la Fin de la Loi » ; dans le chapitre “Les actes antérieurs du bodhisattva Roi-de-la-Médecine” : « dans la dernière période de cinq cents ans » ; dans le chapitre “L’exhortation à prêcher” du Sūtra du Lotus de la Loi correcte215 : « À l’époque de la Fin de la Loi qui va suivre » et « l’époque de la Fin de la Loi à venir ». On retrouve le même genre d’expressions dans la Version complétée du Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse. Tiantai déclare : « À l’époque de la Loi formelle, les trois écoles du Sud et les sept écoles du Nord sont les calomniateurs du Sūtra du Lotus216. » Dengyō dit également : « À la fin de l’époque de la Loi formelle, les érudits des six écoles de Nara seront les calomniateurs du Sūtra du Lotus217. »

À l’époque de Tiantai et Dengyō, [les trois puissants ennemis mentionnés précédemment] n’étaient pas encore apparus. Mais rappelons-nous que, quand le bouddha Shakyamuni, maître des enseignements, et le bouddha Maints-Trésors s’assirent côte à côte dans la Tour aux trésors comme le soleil et la lune, et que les bouddhas, émanations de Shakyamuni, vinrent des dix directions pour se ranger sous les arbres comme autant d’étoiles, il fut dit qu’après le millénaire de l’époque de la Loi correcte et celui de l’époque de la Loi formelle, au commencement de l’époque de la Fin de la Loi, le Sūtra du Lotus compterait trois puissants ennemis. Comment cette déclaration, émise par les huit cent mille millions de nayuta de bodhisattvas, aurait-elle pu être une prédiction fausse et vide de sens ?

Cela fait maintenant environ deux mille deux cents ans que l’Ainsi-Venu a disparu. Même s’il était possible de viser la terre [avec une flèche] et de la manquer, même si les fleurs cessaient de fleurir au printemps, je suis certain que ces trois puissants ennemis existeraient pourtant au Japon. Mais alors, qui figure parmi ces trois puissants ennemis ? Et qui faut-il considérer comme pratiquant du Sūtra du Lotus ? Voilà une question troublante. Faut-il, mes disciples et moi, nous compter parmi les trois puissants ennemis ? Ou figurons-nous parmi les pratiquants du Sūtra du Lotus ? Question troublante.

Dans la vingt-quatrième année du règne du roi Zhao, quatrième souverain de la dynastie des Zhou, sous le signe cyclique de kinoe-tora, dans la nuit du huitième jour du quatrième mois, une lumière de cinq couleurs traversa le ciel, du nord au sud, éclairant tout comme en plein jour. La terre trembla de six façons différentes et, sans qu’il ait plu, rivières et ruisseaux, puits et étangs se mirent à déborder. Arbres et plantes se mirent tous à fleurir et à porter des fruits. Ce fut là un événement bien extraordinaire. Le roi Zhao en fut profondément surpris. Le grand historien Su You accomplit des divinations et annonça : « Un sage est né dans la région de l’Ouest. » « Qu’adviendra-t-il de notre pays ? » demanda le roi Zhao, ce à quoi Su You répondit : « Rien de particulier pour l’instant. Mais, d’ici mille ans, les paroles de ce sage parviendront dans ce pays et apporteront des bienfaits à tous les êtres 276vivants. » Très versé dans les enseignements non bouddhiques, Su You n’était en rien libéré des illusions de la pensée et du désir, et il put pourtant savoir ce qui se produirait dans l’avenir, mille ans plus tard. Conformément à sa prédiction, mille quinze ans après la disparition du Bouddha, sous le règne de l’empereur Ming, deuxième souverain de la dynastie des Han postérieurs, lors de la dixième année de l’ère Yongping [l’an 67 de notre ère], sous le signe cyclique de hinoto-u, les enseignements bouddhiques furent introduits en Chine218.

De nature bien différente est la prédiction dont j’ai parlé précédemment et qui avait été émise par les divers bodhisattvas en présence du bouddha Shakyamuni, du bouddha Maints-Trésors et des bouddhas des dix directions, émanations du bouddha Shakyamuni. Au regard de cette prédiction, comment les trois puissants ennemis du Sūtra du Lotus pourraient-ils ne pas être présents dans le Japon d’aujourd’hui ?

Dans l’Histoire des successeurs du Bouddha, on rapporte ces propos : « Après mon entrée en nirvana, durant les mille ans de l’époque de la Loi correcte, il y aura une succession de vingt-quatre personnes219 qui propageront à l’étranger les enseignements corrects tels que je les ai enseignés. » Passons sur Mahakashyapa et Ananda [qui étaient des contemporains du Bouddha]. Mais cent ans plus tard, il y eut le moine Parshva, six cents ans plus tard le bodhisattva Ashvagosha, et sept cents ans plus tard le bodhisattva Nagarjuna, ainsi que d’autres qui tous apparurent conformément à la prédiction.

Dans ce cas, comment la prophétie [du chapitre “Exhortation à la persévérance” du Sūtra du Lotus] pourrait-elle être vaine ? Si cette prophétie devait être en contradiction avec la vérité, alors c’est tout le Sūtra du Lotus qui le serait aussi. Les prédictions que Shariputra deviendrait à l’avenir l’Ainsi-Venu Éclat-Fleuri et Mahakashyapa l’Ainsi-Venu Clarté-Lumineuse ne seraient donc que purs mensonges. Dans ce cas, les enseignements énoncés dans les sūtras antérieurs au Sūtra du Lotus seraient parfaitement corrects et les auditeurs seraient voués à ne jamais atteindre la bouddhéité. S’il était vrai qu’il fallait en priorité faire des offrandes à un chien ou à un renard plutôt qu’à un auditeur tel qu’Ananda, alors qu’en serait-il de nous ?

[Le passage du chapitre “Exhortation à la persévérance” mentionne trois sortes de personnes] en disant tout d’abord que « nombreux seront les ignorants », ensuite que, « à cette époque mauvaise, on trouvera des moines », puis en faisant référence en troisième lieu à « des moines en haillons ». Les ignorants, dans la première catégorie, sont ces croyants laïcs importants qui soutiennent les moines des deuxième et troisième catégories. Le Grand Maître Miaole, dans son commentaire, indique que les personnes du premier groupe représentent l’arrogance et la prétention des laïcs. Et le Dongchun déclare qu’ils « feront appel aux autorités gouvernementales pour calomnier la Loi et ses pratiquants ».

À propos du deuxième groupe d’ennemis du Sūtra du Lotus, il est dit dans le Sūtra : « À cette époque mauvaise, on trouvera des moines à la sagesse pervertie, aux cœurs serviles et tortueux qui se targueront d’avoir atteint ce qu’ils n’auront pas atteint, avec orgueil et présomption. »

De même, on lit dans le Sūtra du Nirvana : « En cette ère, il y aura de mauvais moines (...). Ces hommes mauvais liront et réciteront ce sūtra, mais ils ignoreront et rejetteront les principes profonds et fondamentaux que l’Ainsi-Venu y a exposés. »

On lit dans La Grande Concentration et Pénétration : « Une personne manquant de foi [dans le Sūtra du Lotus] prétendra que ce Sūtra relève du domaine élevé des sages, bien au-delà de ses propres capacités de compréhension et de sagesse. Une personne manquant de sagesse sera bouffie d’orgueil et se prétendra l’égale du Bouddha. »

277Une déclaration du maître de la méditation, Daochuo, illustre bien ce point : « La deuxième raison [expliquant la difficulté de comprendre le Sūtra du Lotus] tient au fait que ses principes sont très profonds alors que les facultés de compréhension humaine sont faibles220. » Hōnen dit : « Les pratiques religieuses autres que le Nembutsu ne s’accordent pas avec la capacité des gens. Elles ne correspondent pas au moment [que nous vivons]221. »

[À l’encontre de telles conceptions,] on lit dans le dixième volume des Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus : « Ceux qui ont une compréhension erronée ne réalisent probablement pas à quel point même un débutant peut obtenir un grand bienfait [par la pratique du Sūtra du Lotus]. Ils supposent que les bienfaits sont réservés à ceux qui sont très avancés dans la pratique et méprisent les débutants. Le Sūtra démontre donc ici son pouvoir en révélant que même une pratique superficielle produit en réalité un bienfait profond. »

Le Grand Maître Dengyō déclare : « Les époques de la Loi correcte et de la Loi formelle sont presque achevées et l’époque de la Fin de la Loi est proche. Voici maintenant le moment où le Véhicule Unique du Sūtra du Lotus va prouver à quel point il convient parfaitement à la capacité de tous. Comment le savons-nous ? Parce qu’il est dit dans le chapitre “Les pratiques paisibles” du Sūtra du Lotus : “dans les âges à venir, quand la Loi sera proche de sa disparition” [acceptez et croyez dans ce Sūtra du Lotus]222. » Eshin dit : « Dans tout le Japon, les gens partagent tous la même capacité à atteindre la bouddhéité grâce à l’enseignement parfait223. »

Alors, quelle version devons-nous croire, celle de Daochuo et de Hōnen, ou celle de Dengyō et d’Eshin ? La première ne s’appuie pas sur la moindre preuve dans les sūtras. La seconde se fonde solidement sur le Sūtra du Lotus.

De plus, le Grand Maître Dengyō, du mont Hiei, est, pour tous les moines du Japon, le maître [de la cérémonie] de la « réception des préceptes ». Comment des moines pourraient-ils tourner leur cœur vers une personne comme Hōnen, possédé par le démon du ciel, et rejeter le Grand Maître Dengyō, maître de la « réception des préceptes » ? Si Hōnen était véritablement un sage, pourquoi n’a-t-il pas mentionné, dans son Choix du Nembutsu par-dessus tout, les passages d’explication de Dengyō et d’Eshin que j’ai cités précédemment pour résoudre la contradiction ? Il ne l’a pas fait parce qu’il est de ceux qui cachent les enseignements des autres. Quand le Sūtra du Lotus décrit le deuxième groupe d’ennemis par la formule « à cette époque mauvaise, on trouvera des moines », il fait référence à des hommes comme Hōnen qui enfreignent les préceptes et soutiennent des positions erronées.

On lit dans le Sūtra du Nirvana : « [Honoré du monde, je viens aujourd’hui d’apprendre pour la première fois la position correcte. Honoré du monde, jusqu’à aujourd’hui], nous avons tous été des personnes aux positions erronées. » Miaole explique cela ainsi : « Ils considéraient les trois enseignements [qu’ils avaient pratiqués jusqu’à cette époque] comme des positions erronées224. » Et on lit dans La Grande Concentration et Pénétration : « Il est dit dans le Sūtra du Nirvana : “Jusqu’à ce jour, nous avons tous été des personnes aux positions erronées.” Or, ce qui est erroné est nuisible, n’est-ce pas ? » Dans Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration, on lit : « Ce qui est erroné est mauvais. Il faut donc faire savoir que seul l’enseignement parfait est bon. Mais cela peut se comprendre de deux façons différentes. D’abord, ce qui s’accorde avec la vérité doit être considéré comme bon, et ce qui va à son encontre comme mauvais. Tel est le premier sens, fondé sur un point de vue relatif. [Ensuite], il est mauvais de rester attaché [à ce point 278de vue] il vaut mieux le dépasser. [Tel est le second sens, fondé sur un point de vue absolu]. Du point de vue absolu aussi bien que du point de vue relatif, il convient d’abandonner tout ce qui est mauvais. L’attachement à l’enseignement parfait est mauvais et l’attachement aux [trois] autres enseignements est bien sûr encore pire. »

Le bien et le mal fondés sur les croyances non bouddhiques représentent l’un et l’autre une voie mauvaise, comparée avec les sūtras du Hinayana. De même, les bonnes voies [enseignées dans] les sūtras du Hinayana, ainsi que les quatre saveurs et les trois enseignements sont tous erronés et mauvais, comparés avec le Sūtra du Lotus. Seul le Sūtra du Lotus est correct et bon. Dans les sūtras antérieurs au Sūtra du Lotus, le prétendu « enseignement parfait » l’est seulement d’un point de vue relatif ; d’un point de vue absolu, [un enseignement antérieur, même s’il a été qualifié de parfait] doit être considéré comme mauvais. Fondamentalement, il tombe dans la catégorie des trois sortes d’enseignements, et c’est une raison de plus de le considérer comme mauvais. Même celui qui met en pratique les principes les plus élevés des enseignements antérieurs au Sūtra du Lotus emprunte encore une voie mauvaise. C’est donc d’autant plus vrai pour celui qui prend pour enseignement fondamental une œuvre aux doctrines insignifiantes comme le Sūtra de la méditation, qui ne peut même pas être comparé au Sūtra de la Guirlande de fleurs et aux sūtras de la Sagesse. Ce genre de personnes incorpore [les idées du] Sūtra du Lotus dans le Sūtra de la méditation, et exhorte à « rejeter, fermer, écarter et abandonner » le Sūtra du Lotus pour ne croire que dans le Nembutsu. C’est ce que font Hōnen, ses disciples et ses adeptes laïcs et ils méritent de ce fait d’être qualifiés de calomniateurs de l’enseignement correct.

Le bouddha Shakyamuni, le bouddha Maints-Trésors et les bouddhas des dix directions sont venus en ce monde « assurer la pérennité de la Loi225. » Hōnen et les autres adeptes du Nembutsu de tout le Japon déclarent que, à l’époque de la Fin de la Loi, le Sūtra du Lotus disparaîtra avant le Nembutsu. De telles personnes ne sont-elles pas les ennemis de Shakyamuni, de Maints-Trésors et des autres bouddhas ?

En ce qui concerne le troisième groupe d’ennemis du Sūtra du Lotus, il est dit dans le Sūtra : « Il y aura aussi dans les forêts de soi-disant moines en haillons, vivant retirés (...). Ils prêcheront la Loi à des croyants laïcs vêtus d’une robe blanche, ils seront respectés et révérés du monde comme des arhat détenteurs des six pouvoirs transcendantaux. » On lit dans le Parinirvana-sūtra en six volumes : « Il existe aussi des icchantika qui ressemblent à des arhat mais commettent des actes mauvais. Il existe également des arhat qui ressemblent à des icchantika mais possèdent un cœur bienveillant. Les icchantika qui ressemblent à des arhat passent leur temps à calomnier les sūtras Vaipulya auprès des gens. En revanche, les arhat qui ressemblent à des icchantika sont critiques à l’égard des auditeurs et vont prêcher les sūtras Vaipulya. Ils s’adressent aux êtres en disant : “Vous et moi, nous sommes tous des bodhisattvas. Pourquoi ? Parce que tous les êtres vivants possèdent la nature de bouddha.” Mais les gens qualifieront probablement de tels hommes d’icchantika. »

Il est dit dans le Sūtra du Nirvana : « Après mon entrée en nirvana (...), une fois terminée l’époque de la Loi correcte et au début de l’époque de la Loi formelle, on verra des moines se plier en apparence aux règles de la discipline monastique. Mais ils ne liront ou ne réciteront que rarement les sūtras, désirant au contraire avec avidité de la nourriture et des boissons pour nourrir leur corps. Bien que portant des vêtements de moines, ils iront en quête d’aumônes comme autant de chasseurs qui, les yeux plissés, avancent à pas feutrés. Ils 279seront comme un chat rôdant à la recherche de souris. Et ils répéteront constamment ces mots : “J’ai atteint le stade d’arhat !” Extérieurement, ils paraîtront sages et bons, mais intérieurement ils cacheront avidité et jalousie. [Et, lorsqu’on leur demandera de prêcher les enseignements, ils ne répondront rien] comme des brahmanes qui ont fait vœu de silence. Ce ne sont pas de vrais moines : ils n’en ont que l’apparence. Consumés par leurs visions erronées, ils calomnient l’enseignement correct. »

Miaole écrit au sujet de ce genre de personnes : « Le troisième groupe est le plus redoutable de tous. En effet, le deuxième groupe est plus difficile à reconnaître que le premier et le troisième groupe est encore plus difficile à reconnaître pour ce qu’il est vraiment. » Et on lit dans le Dongchun : « Dans la troisième partie qui s’ouvre par “Il y aura aussi dans la forêt des moines (...)”, il est question des membres du clergé qui [se prétendent sages, utilisent leur position et] tiennent lieu de guides pour toutes les autres personnes mauvaises. »

En ce qui concerne « ces membres du clergé qui tiennent lieu de guides pour toutes les autres personnes mauvaises, » où pourrait-on les trouver dans le Japon d’aujourd’hui ? Au mont Hiei ? À l’Onjō-ji [d’Ōtsu] ? Au Tō-ji [de Kyōto] ? Dans les temples de Nara ? Au Ken’nin-ji [de Kyōto] ou aux Jufuku-ji et Kenchō-ji [de Kamakura] ? Cette question mérite d’être étudiée avec soin. Ces mots se réfèrent-ils aux moines de l’Enryaku-ji, sur le mont Hiei, qui portent des casques sur la tête et revêtent des armures ? Se réfèrent-ils aux moines de l’Onjō-ji qui portent des cottes de maille sur le quintuple corps de la Loi226 et détiennent des armes ? Mais ces hommes ne ressemblent pas aux moines « en haillons, vivant retirés » décrits dans le Sūtra, pas plus qu’ils ne sont de ceux qui sont « respectés et révérés du monde comme des arhat détenteurs des six pouvoirs transcendantaux ». Ils ne sont pas de ces hommes du troisième groupe qui [selon Miaole] « est encore plus difficile à reconnaître ». Il semble donc que ces mots désignent des hommes tels que Shōichi de Kyōto, et Ryōkan de Kamakura. [Ainsi démasqués], ces hommes ne devraient pas [pour autant] nourrir de la haine envers les autres. Puisqu’ils ont des yeux, ils devraient étudier les sūtras et comparer leur propre conduite avec ce que disent les textes.

On lit dans le premier volume de La Grande Concentration et Pénétration : « Rien n’a jamais été comparable à la clarté et à la sérénité de la concentration et de la pénétration. » Et dans le premier volume des Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration : « Depuis l’époque où l’empereur Ming de la dynastie des Han, rêva la nuit du Bouddha, jusqu’à la dynastie des Chen [où vivait le Grand Maître Tiantai], nombreux furent ceux qui s’engagèrent dans l’école Chan [Zen au Japon] et reçurent la transmission de la robe et du bol. » Le supplément aux trois œuvres majeures de Tiantai précise à ce sujet : « La transmission de la robe et du bol désigne la lignée des patriarches zen, depuis Bodhidharma. »

On lit dans le cinquième volume de La Grande Concentration et Pénétration : « Il y a des hommes qui pratiquent ce que l’on appelle le Chan, mais leurs maîtres et leurs disciples sont aveugles [à la vérité] et inaptes [en matière de pratique] si bien que maîtres et disciples tomberont tous en enfer. » Dans le septième volume, on lit : « [Il y a dix voies qui permettent de comprendre et de pratiquer l’enseignement du Bouddha correctement. Parmi celles-ci, l’une fait exception mais] les neuf [autres] voies n’ont aucun rapport avec les moines de ce monde qui sont centrés sur les paroles écrites, pas davantage qu’avec les maîtres Chan qui sont centrés sur la pratique. Certains maîtres Chan se consacrent entièrement à la méditation. Mais leur méditation est superficielle et erronée, et ils négligent totalement les neuf autres voies. Cette 280affirmation n’est pas sans fondement. Les personnes vertueuses des âges ultérieurs qui ont des yeux pour voir verront ce que j’ai dit comme la vérité. »

On lit dans le septième volume des Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration : « “Les moines centrés sur les paroles écrites” : cela désigne des hommes qui ne parviennent pas à la pénétration ou à la compréhension intérieure par la méditation, mais qui ne se préoccupent que des caractéristiques de la doctrine. “Les maîtres Chan centrés sur la pratique” désigne des hommes qui n’apprennent pas à atteindre la vérité et la sagesse qui lui est liée, mais qui fixent leur esprit sur les seules techniques du contrôle du souffle. Il s’agit là d’une sorte de méditation [non bouddhique] qui est fondamentalement [impure] à cause des écoulements227. “Certains maîtres Chan se consacrent entièrement à la méditation” indique que, dans un esprit de discussion, Tiantai leur accorde un certain crédit mais, d’un point de vue plus strict, ces maîtres manquent à la fois de pénétration et de compréhension. Les pratiquants Zen d’aujourd’hui n’accordent de valeur qu’à la méditation [comme moyen de s’éveiller à la vérité] et n’ont aucune connaissance des enseignements doctrinaux. En s’appuyant sur la seule méditation, ils interprètent les sūtras d’une manière toute individuelle. Ils réunissent les huit erreurs et les huit vents, et parlent du Bouddha comme d’un être mesurant seize pieds228. Ils rassemblent les cinq composants229 et les trois poisons et les appellent les huit erreurs. Ils placent sur un même plan les six organes des sens et les six pouvoirs transcendantaux et les quatre éléments et les quatre nobles vérités. Une interprétation aussi arbitraire des sūtras revient à se rendre coupable du plus grand des mensonges. Un tel non-sens ne mérite même pas la discussion. »

On lit dans le septième volume de La Grande Concentration et Pénétration : « Dans le passé, le maître Chan de Ye et de Luo230 devint célèbre dans toute la Chine. À son arrivée, les gens venus de toutes les directions se rassemblaient autour de lui comme autant de nuages et, lorsqu’il partait pour un autre lieu, ils formaient une grande foule le long des routes. Mais quel profit ont-ils tiré de toute cette effervescence ? Tous regrettèrent leur comportement sur leur lit de mort. »

On lit dans le septième volume des Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration : « Le texte parle du “maître Chan de Ye et de Luo”. Ye se trouve dans Xiangzhou, capitale des dynasties des Qi et des Wei. Le fondateur de l’école Chan amena la Loi bouddhique à s’y épanouir et convertit les gens de la région. Le Grand Maître Tiantai, par déférence envers ses contemporains, s’abstint de nommer quiconque de manière précise. Luo indique la ville de Luoyang. »

Il est dit dans le Parinirvana-sūtra en six volumes : « Il est impossible de voir l’extrême. C’est-à-dire que les actes les plus négatifs accomplis par les icchantika sont tous totalement impossibles à percevoir. » Ou comme l’a dit Miaole : « Le troisième groupe est le plus redoutable de tous. En effet, le deuxième groupe est plus difficile à reconnaître que le premier et le troisième groupe est encore plus difficile à reconnaître pour ce qu’il est vraiment. »

Ceux qui n’ont pas d’yeux, ceux qui n’ont qu’un seul œil et ceux dont la vision est déformée ne peuvent pas voir ces trois puissants ennemis du Sūtra du Lotus, apparus au début de l’époque de la Fin de la Loi. Mais ceux qui ont acquis partiellement l’œil du Bouddha verront bien qui ils sont. « Ils s’adresseront aux gouvernants et aux ministres, aux brahmanes et aux chefs de clans231. » Le Dongchun précise : « Ces hommes feront appel aux autorités pour calomnier la Loi et ses pratiquants. »

Dans le passé, quand l’époque de la Loi formelle parvint à son terme, Gomyō, Shuen et d’autres moines remirent aux 281autorités des pétitions où ils calomniaient le Grand Maître Dengyō. Aujourd’hui, au début de l’époque de la Fin de la Loi, Ryōkan, Nen’a et d’autres ont établi des faux documents qu’ils ont remis au shogunat. Ne faut-il pas les considérer parmi le troisième groupe d’ennemis du Sūtra du Lotus ?

De nos jours, les maîtres du Nembutsu s’adressent « aux gouvernants et aux ministres, aux brahmanes et aux chefs de famille » qui soutiennent l’école du Lotus Tendai en disant : « Les principes du Sūtra du Lotus sont très profonds mais notre compréhension est limitée. La doctrine qu’il enseigne est extrêmement profonde ; notre capacité est extrêmement superficielle. » [Comme le dit le traité La Grande Concentration et Pénétration] : « Ils prétendront que ce Sūtra [du Lotus] relève du domaine élevé des sages, bien au-delà de notre propre capacité de compréhension et de sagesse. »

Quant aux pratiquants de l’école Zen, ils affirment : « Le Sūtra du Lotus est un doigt pointé vers la lune, mais l’école Zen est la lune elle-même. Une fois que nous avons vu la lune, à quoi peut bien servir le doigt ? Le Zen est l’esprit du Bouddha. Le Sūtra du Lotus est la parole du Bouddha. Après avoir fini d’enseigner le Sūtra du Lotus et tous les autres sūtras, le Bouddha brandit une simple fleur et, par ce geste, transmit son illumination au seul Mahakashyapa232. Comme trace de cette communication tacite, le Bouddha offrit à Mahakashyapa sa propre robe qui, au même titre que l’illumination, fut transmise aux vingt-huit patriarches de l’Inde et ainsi de suite jusqu’aux six patriarches de la Chine. » Cela fait de nombreuses années que ce grand mensonge empoisonne et trompe tout le pays.

De plus, les moines éminents des écoles Tendai et Shingon, bien que représentants attitrés de leurs écoles respectives, en ignorent en fait totalement les enseignements. À cause de leur profonde avidité et par crainte des courtisans et des guerriers, ils font des compromis avec les déclarations du Nembutsu et du Zen et chantent leurs louanges. Il y a longtemps, le bouddha Maints-Trésors et les divers bouddhas, émanations du bouddha Shakyamuni, firent allégeance au Sūtra du Lotus, en déclarant qu’ils « assureraient la pérennité de la Loi ». Mais, de nos jours, les maîtres éminents de l’école Tendai accréditent l’affirmation que les doctrines du Sūtra du Lotus sont très profondes mais la compréhension humaine limitée. Il en résulte que, dans le Japon d’aujourd’hui, le Sūtra du Lotus n’existe plus que de nom ; pas une seule personne ne le pratique vraiment pour atteindre l’illumination. Qui peut être qualifié de pratiquant du Sūtra du Lotus ? Nous voyons des moines brûler des temples et des pagodes. Ils sont exilés en si grand nombre qu’on ne peut les compter. Nous voyons aussi d’innombrables moines éminents flatter servilement nobles de la Cour et guerriers, ce qui leur vaut la haine du peuple. Peut-on qualifier de tels hommes de pratiquants du Sūtra du Lotus ?

Puisque les prédictions du Bouddha ne peuvent être fausses, [cela signifie que] les trois puissants ennemis du Sūtra du Lotus emplissent déjà le pays. Pourtant, comme pour contredire les paroles du Bouddha, il semble qu’il n’y ait pas de pratiquant du Sūtra du Lotus. Comment est-ce possible ? Comment est-ce possible ?

Mais voyons plutôt. Qui est maudit et dénigré par la population ? Quel est le moine que l’on attaque à coups de sabre et de bâton ? Quel est le moine qui, pour la cause du Sūtra du Lotus, est accusé dans des pétitions soumises aux nobles de la Cour et aux guerriers ? Quel moine est « banni encore et encore », comme l’a prédit le Sūtra du Lotus ? Qui, au Japon, excepté Nichiren, a accompli ces prédictions ?

Mais moi, Nichiren, je ne suis pas un pratiquant du Sūtra du Lotus parce que, contrairement à la prédiction, les 282divinités m’ont rejeté. Qui, alors, en cet âge présent, sera le pratiquant du Sūtra du Lotus et accomplira la prophétie du Bouddha ?

Le Bouddha et Devadatta sont comme le corps et son ombre : vie après vie ils ne se séparent jamais. Le prince Shōtoku et son ennemi juré Moriya233 apparurent en même temps, comme la fleur et le calice du lotus. S’il existe un pratiquant du Sūtra du Lotus, les trois puissants ennemis ne peuvent manquer d’exister aussi. Ces trois puissants ennemis sont déjà apparus. Qui, alors, est le pratiquant du Sūtra du Lotus ? Recherchons-le pour en faire notre maître. [Comme le dit le Sūtra du Lotus, il est aussi rare de trouver une telle personne] que pour une tortue borgne de trouver par hasard un morceau de bois flottant [avec un creux dont la taille corresponde à celle de son ventre]234.

Quelqu’un pourrait alors soulever cette question : il est sans doute indéniable que les trois puissants ennemis sont présents aujourd’hui mais il n’y a pas de pratiquant du Sūtra du Lotus. S’il fallait vous reconnaître, vous [Nichiren], comme pratiquant du Sūtra du Lotus, cela impliquerait alors de graves contradictions, comme nous allons le voir. Il est dit dans le Sūtra du Lotus : « Les jeunes fils des êtres célestes le serviront et prendront soin de lui. Ni sabres ni bâtons ne le toucheront, et le poison sur lui n’aura aucun pouvoir235. » On lit aussi : « Ceux qui médiront de lui ou l’insulteront auront la bouche close et ne pourront plus la rouvrir236. » Ou encore : « [Quand ces êtres vivants ont entendu la Loi], ils jouissent de paix et de sécurité dans leur existence présente et de bonnes circonstances pour leurs existences futures (...)237. » « [Si certains importunent et dérangent les maîtres de la Loi], leur tête se brisera en sept morceaux comme les pétales des fleurs arjaka238. » « Dans cette existence actuelle, ils [les pratiquants du Sūtra du Lotus] obtiendront la rétribution d’une bonne fortune239. » « Quiconque voit une personne accepter et garder ce Sūtra et tente de la calomnier ou de révéler ses fautes, que ce qu’il dise soit vrai ou non, sera affligé de la lèpre blanche dans cette existence240. » [Comment expliquer ces contradictions ?]

Réponse : Vos doutes sont des plus justifiés. Je vais utiliser cette occasion pour clarifier les points qui vous intriguent. On lit dans le chapitre “Le bodhisattva Jamais-Méprisant” du Sūtra du Lotus : « Ce moine était constamment en proie aux insultes et aux mauvais traitements241. » Ou encore : « Certains dans un groupe saisissaient des bâtons, des tuiles ou des pierres pour le battre ou le lapider242. » On lit dans le Sūtra du Nirvana : « Ils iront même jusqu’à le tuer ou le blesser. » Et dans le Sūtra du Lotus : « Puisque haine et jalousie envers ce Sūtra abondent en ce monde du vivant même de l’Ainsi-Venu, ne seront-elles pas pires encore après sa disparition243 ? »

Le Bouddha fut confronté à des actes d’hostilité, telle une blessure à l’orteil causée par Devadatta, actes connus sous le nom des neuf grandes épreuves, et n’était-il pas pourtant un pratiquant du Sūtra du Lotus ? Quant au bodhisattva Jamais-Méprisant [qui, nous l’avons vu, fut maudit et battu], n’était-il pas un pratiquant de l’enseignement du Véhicule Unique ? Maudgalyayana fut battu à mort par un groupe de brahmanes appelé Bâton de bambou, peu après la prédiction, dans le Sūtra du Lotus, qu’il atteindrait la bouddhéité dans une vie future. Parmi les [vingt-cinq] maîtres de la lignée de la Loi bouddhique, le quatorzième, le bodhisattva Aryadeva, et le vingt-cinquième, le vénérable Aryasimha244, furent assassinés. Ces hommes n’étaient-ils pas des pratiquants du Sūtra du Lotus ? Zhu Daosheng fut banni sur une montagne, à Suchou, et Fadao fut marqué au visage et exilé au sud du fleuve Yangzi Jiang. Ces hommes n’étaient-ils pas des pratiquants de l’enseignement du Véhicule Unique ? Parmi les érudits du monde profane, Bai Juyi et Sugawara no Michizane, 283révéré à titre posthume comme le dieu du sanctuaire Kitano, furent l’un et l’autre exilés dans des lieux lointains, et n’étaient-ils pas pour autant des hommes vertueux ?

En ce qui concerne la deuxième partie de votre question, il convient de noter les points suivants. Ceux qui n’ont pas commis la faute de calomnier le Sūtra du Lotus dans leurs existences antérieures deviendront des pratiquants du Sūtra du Lotus dans leur vie présente. Si de telles personnes devaient être sujettes aux persécutions en étant accusées à tort de fautes qu’elles n’ont pas commises, alors leurs persécuteurs auraient à subir une rétribution immédiate. Ils se retrouveraient dans le même cas que les asura tirant des flèches sur Shakra ou les oiseaux garuda tentant de dévorer le dragon du lac Anavatapta, qui ne font en définitive que se blesser eux-mêmes. Pourtant, Tiantai dit : « Les maux et les douleurs dont je souffre à présent sont tous dus à des causes passées, et les actes méritoires que j’ai accomplis dans ma vie présente auront leur récompense à l’avenir245. » De même, il est stipulé dans le Sūtra de la contemplation sur les étapes de l’esprit : « Si vous voulez comprendre les causes créées par le passé, observez les résultats qui se manifestent dans le présent. Et, si vous voulez comprendre les résultats qui se manifesteront à l’avenir, observez les causes créées dans le présent. » On lit dans le chapitre “Le bodhisattva Jamais-Méprisant” du Sūtra du Lotus « quand ses fautes furent effacées246 ». Cela indique que le bodhisattva Jamais-Méprisant fut attaqué à coup de tuiles et de pierres parce qu’il avait par le passé commis la faute de calomnier le Sūtra du Lotus.

Ensuite, il faut noter que les personnes destinées à tomber inévitablement en enfer dans leur prochaine existence, même si elles commettent des fautes graves en cette vie, ne subiront aucune sanction immédiate. Les icchantika en sont un exemple.

On lit dans le Sūtra du Nirvana : « Le bodhisattva Kashyapa dit au Bouddha : “Honoré du monde, comme vous l’avez décrit, les rayons de lumière du grand nirvana du Bouddha pénétreront dans tous les êtres vivants par les pores [de la peau].” » On lit aussi : « Le bodhisattva Kahsyapa dit au Bouddha : “Honoré du monde, comment ceux qui n’ont pas encore aspiré à l’illumination peuvent-ils créer les causes pour y parvenir ?” En réponse, le Bouddha dit à Kashyapa : “Certains peuvent écouter le Sūtra du Nirvana, disant qu’il ne leur est pas nécessaire d’aspirer à l’illumination, et calomnier au contraire l’enseignement correct. Immédiatement, de telles personnes rêveront la nuit de démons et leur cœur sera empli de terreur. Les démons leur diront : ‘Que tu es stupide ! Si tu n’aspires pas maintenant à l’illumination, ta vie s’arrêtera net !’ Ces personnes trembleront de frayeur et, sitôt éveillées de leur rêve, aspireront à l’illumination. Sachez qu’elles deviendront de grands bodhisattvas.” » En d’autres termes, ceux qui calomnient la Loi correcte, s’ils ne sont pas fondamentalement mauvais, seront immédiatement avertis par un rêve et leur cœur changera.

[Par ailleurs, dans le Sūtra du Nirvana, les icchantika sont comparés à] « des arbres morts ou à des monts rocailleux » sur lesquels rien ne pourra jamais pousser. Ce sont « des graines brûlées qui, même arrosées par une douce pluie », ne pourront pas croître. « Des perles brillantes, plongées dans de l’eau trouble, ont le pouvoir de la clarifier (...). Mais, si on les jette dans la boue des icchantika, elles ne peuvent la purifier. » Cela rejoint [l’image des personnes qui n’ont pas de blessure aux mains dans la citation suivante du sūtra] : « Si une personne se saisit d’un poison247 avec une main blessée, ce poison entrera dans son corps, mais il n’entrera pas dans le corps d’une personne sans blessure. » « De même que des pluies torrentielles ne peuvent rester suspendues dans les airs, [la pluie de la Loi ne peut demeurer dans le ciel des icchantika]248. » Nous savons, grâce à ces diverses comparaisons, 284que les icchantika de la pire espèce tomberont toujours dans l’Enfer aux souffrances incessantes dans leur vie prochaine. Ils ne subissent donc aucune sanction immédiate en cette vie. Ils sont pareils aux mauvais souverains de la Chine ancienne, le roi Jie de la dynastie des Xia et le roi Zhou de la dynastie des Yin. Durant leurs règnes, il n’y eut pas de phénomènes insolites dans le ciel en guise d’avertissement. Leurs fautes étaient en effet si graves que leurs dynasties étaient déjà vouées à périr.

En troisième lieu, il apparaît que les divinités tutélaires ont déserté ce pays, et c’est probablement l’une des raisons de l’absence de sanction immédiate pour les malfaiteurs. Dans une ère où l’on calomnie la Loi, les divinités tutélaires partent et les diverses divinités célestes cessent d’accorder leur protection. C’est pourquoi les pratiquants de l’enseignement correct ne reçoivent aucun signe de faveur divine mais, au contraire, rencontrent de graves difficultés. On lit dans le Sūtra de la lumière dorée : « Ceux qui accomplissent des bons actes dépérissent jour après jour et leur nombre diminue. » Nous vivons dans un mauvais pays, à une mauvaise époque. J’ai discuté de tout cela en détail dans mon œuvre intitulée Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays.

Je déclare ceci : Que les divinités m’abandonnent ! Que toutes les persécutions m’assaillent ! Je donnerai cependant ma vie pour la Loi. Shariputra pratiqua la voie du bodhisattva pendant soixante kalpa, mais il l’abandonna parce qu’il ne put supporter l’épreuve du brahmane qui l’avait supplié de lui faire don d’un œil249. Parmi ceux qui ont reçu les graines de la bouddhéité dans le très lointain passé et parmi ceux qui les ont reçues des fils du bouddha Excellence-Sagesse-Grandes-Universelles, beaucoup ont abandonné ces graines et ont souffert en enfer pendant de longues périodes, les uns pendant des kalpa et des kalpa de particules de poussière de systèmes de mondes majeurs et les autres pendant plusieurs kalpa de particules de poussière de systèmes de mondes majeurs, parce qu’ils suivaient des amis de mal.

Que l’on soit tenté par le bien ou menacé par le mal, rejeter le Sūtra du Lotus, c’est se vouer à l’enfer. Je veux faire ici un grand vœu : même si l’on m’offrait le trône du Japon à la seule condition que j’abandonne le Sūtra du Lotus pour adhérer aux enseignements du Sūtra de la méditation, et en aspirant à renaître dans la Terre pure, même si l’on me disait que mon père et ma mère seraient décapités si je ne récitais pas le Nembutsu : quels que soient les obstacles rencontrés, tant que des personnes sages ne prouveront pas que mes enseignements sont erronés, jamais je ne céderai ! Toutes les autres difficultés ne sont pour moi que poussière dans le vent.

Je serai le pilier du Japon ! Je serai les yeux du Japon ! Je serai le grand vaisseau du Japon ! Tel est mon vœu et je n’y renoncerai jamais !

Question : Comment pouvez-vous être certain que les exils et les condamnations à mort qui vous ont été infligés sont le résultat du karma créé par le passé ?

Réponse : Un miroir de bronze reflète formes et couleurs. Le premier empereur de la dynastie des Qin avait un miroir qui révélait les mensonges et donc les fautes commises dans la vie présente. Le miroir de la Loi du Bouddha clarifie, quant à lui, les actions causales accomplies dans le passé. On lit dans le Parinirvana-sūtra : « Hommes de bien, comme les êtres humains ont accompli d’innombrables fautes et accumulé bien du mauvais karma dans le passé, ils doivent s’attendre à subir les rétributions de tout ce qu’ils ont fait. Ils seront peut-être méprisés, affligés d’une laide apparence, mal vêtus, ils manqueront peut-être de nourriture, rechercheront en vain la richesse, naîtront dans une famille pauvre et de basse condition ou ayant des opinions erronées, ou ils seront persécutés par leur souverain. 285Ils peuvent avoir à subir diverses autres souffrances et rétributions. C’est grâce aux bienfaits obtenus en protégeant la Loi qu’ils peuvent atténuer dans cette vie leurs souffrances et leurs rétributions. »

Ce passage de sūtra et ma propre expérience s’accordent parfaitement comme les deux moitiés d’un même sceau. Désormais, tous les doutes que j’ai soulevés précédemment sont dissipés et des milliers de difficultés ne sont rien pour moi. Laissez-moi vous démontrer, phrase par phrase, que ce texte s’applique bien à moi : « Ils seront peut-être méprisés » ou, comme le dit le Sūtra, les gens « les mépriseront, les haïront, les envieront ou leur manifesteront de la rancune250 ». Or, je suis traité avec mépris et arrogance depuis plus de vingt ans. « Ils seront affligés d’une laide apparence », « ils seront mal vêtus » : cela s’applique aussi à moi. « Ils manqueront peut-être de nourriture » : cela s’applique à moi. « Ils naîtront dans une famille pauvre et de basse condition » : cela s’applique à moi. « Ils seront persécutés par leur souverain » : peut-on douter que ce passage s’applique à moi ? Il est dit dans le Sūtra du Lotus : « (...) nous serons bannis encore et encore » et dans un passage du Parinirvana-sūtra : Ils peuvent avoir à subir diverses autres souffrances et rétributions. » [Ces citations s’appliquent également à moi.]

On lit aussi dans ce passage : « C’est grâce aux bienfaits obtenus en protégeant la Loi qu’ils peuvent atténuer dans cette vie leurs souffrances et rétributions. » Voici ce que dit à ce sujet le cinquième volume de La Grande Concentration et Pénétration : « Les faibles mérites produits par un esprit seulement à demi-engagé dans la pratique ne peuvent modifier [le karma]. Mais si l’on se livre à la pratique de la concentration et de la pénétration dans le domaine de la santé et de la maladie251, on peut alors modifier le cycle des naissances et des morts. » Il y est dit encore : « [À mesure que la pratique progresse et que la compréhension grandit], les trois obstacles et les quatre démons émergent sous des formes trompeuses, rivalisant les uns avec les autres pour entraver [le pratiquant]. »

Depuis le passé sans commencement, je suis né d’innombrables fois en qualité de mauvais souverain, privant les pratiquants du Sūtra du Lotus de leurs robes et de leurs rations, de leurs champs et de leurs récoltes, à la façon du peuple japonais d’aujourd’hui qui détruit les temples consacrés au Sūtra du Lotus. De plus, en d’innombrables occasions, j’ai décapité les pratiquants du Sūtra du Lotus. J’ai déjà payé pour certaines de ces graves fautes, mais quelques-unes ne sont sans doute pas encore expiées. Même s’il semble que je me suis acquitté de tout, il demeure encore des effets négatifs. C’est seulement après m’être libéré de ces graves fautes que le temps viendra pour moi de transcender le cycle des naissances et des morts. Mes mérites sont insignifiants mais mes fautes sont graves.

Si je pratiquais les enseignements des sūtras provisoires, ces rétributions pour mes graves fautes passées n’apparaîtraient pas. Si l’on chauffe le fer sans le forger énergiquement, les impuretés qu’il contient n’apparaissent pas. C’est seulement quand on le martèle encore et encore que surgissent les défauts. Si l’on presse sans grande force des graines de chanvre, on n’en tire pas beaucoup d’huile. De même, quand je réprimande vigoureusement ceux qui, dans tout le pays, calomnient la Loi, je rencontre de grandes difficultés. C’est sans doute parce que mes actes pour défendre la Loi dans cette vie-ci font apparaître les rétributions de mes graves fautes passées. Si le fer n’entre pas en contact avec la flamme, il reste noir, mais, une fois mis au feu, il rougit. Si vous placez une bûche en travers d’un torrent au flot vif, les vagues s’élèvent comme des collines. Si vous dérangez un lion qui dort, il poussera un terrible rugissement.

Il est dit dans le Sūtra du Nirvana : « Cela rappelle l’histoire d’une femme pauvre. 286Elle n’a pas de logis et personne pour l’aider ou la protéger ; de plus, elle est assaillie par la maladie, la faim et la soif ; elle erre de lieu en lieu, en mendiant pour subsister. Lors de son séjour dans une auberge, elle donne naissance à un enfant, mais l’aubergiste la chasse. Bien que son bébé vienne tout juste de naître, elle le prend dans ses bras et s’en va, dans l’espoir de gagner un autre pays. Mais, en route, elle affronte des vents mauvais et des pluies violentes, elle est meurtrie par le froid et piquée par des moustiques, des taons, des guêpes et des insectes venimeux. Atteignant enfin le Gange, elle serre son enfant dans ses bras et entame la traversée. Malgré la vigueur du courant, elle ne lâche pas son enfant et, finalement, mère et enfant se noient. Mais, grâce aux bienfaits acquis par sa tendre affection, cette femme put renaître après la mort dans le ciel de Brahma.

« Manjusri, s’il y a des hommes de bien qui souhaitent défendre l’enseignement correct, ils devraient suivre l’exemple de cette pauvre femme traversant le Gange qui sacrifia sa vie par amour pour son enfant. Hommes de bien, les bodhisattvas qui gardent la Loi devraient se comporter de cette manière. Ils devraient sans hésiter faire don de leur vie ! Alors, même s’ils ne cherchent pas à se libérer, la libération viendra d’elle-même, tout comme la pauvre femme qui, sans l’avoir cherché, renaquit néanmoins dans le ciel de Brahma. »

Le Grand Maître Zhangan interprète cette histoire du Sūtra du Nirvana du point de vue des trois obstacles252. Voyons comment. Le qualificatif de « pauvre », indique l’absence du trésor de la Loi. Que ce soit une femme signifie qu’il y a une certaine part de tendresse. « L’auberge » désigne une terre impure. L’enfant représente le cœur qui a foi dans le Sūtra du Lotus ou la sagesse qui perçoit la nature de bouddha inhérente [à nos vies]. L’expulsion de l’auberge par le maître des lieux correspond à l’exil. La naissance récente, c’est la foi nouvelle dans le Sūtra du Lotus. Les vents mauvais correspondent au décret impérial qui annonce l’exil. Les moustiques, taons et autres insectes sont « les nombreux ignorants qui maudiront et dénigreront » le pratiquant du Sūtra du Lotus. La noyade commune de la mère et de l’enfant indique la décapitation pour ne pas avoir renoncé à la foi dans le Sūtra du Lotus. Renaître dans le ciel de Brahma signifie renaître dans l’état de la bouddhéité.

Le pouvoir des rétributions karmiques s’étend à l’ensemble des dix états, y compris à celui de la bouddhéité. Même si quelqu’un allait jusqu’à tuer des gens dans toutes les provinces du Japon et de la Chine, s’il ne commet aucune des cinq transgressions capitales ni ne calomnie la Loi, il ne tombera pas dans l’Enfer aux souffrances incessantes. Cette personne devra néanmoins traverser d’autres voies mauvaises pendant une période qui s’étendra sur de nombreuses années. Même si l’on observe dix mille préceptes et accomplit dix mille actes bons, si l’esprit n’est pas animé par une détermination totale, on ne pourra renaître dans aucun des cieux du monde de la forme. Pour naître roi dans le ciel de Brahma de ce monde, il faut ajouter l’esprit de compassion au karma chargé d’imperfections qui mène vers l’état humain. La pauvre femme citée dans le sūtra renaquit dans le ciel de Brahma pour s’être souciée de son enfant. Dans son cas, la causalité diffère par nature de son sens habituel. Zhangan offre à ce sujet deux interprétations, mais en définitive seule importe la tendre affection de cette mère pour son enfant. Son esprit n’a qu’une seule préoccupation, ce qui rejoint la pratique de la concentration bouddhique. Elle ne pense qu’à son enfant, ce qui équivaut à la compassion bouddhique. Voilà sans doute pourquoi elle renaquit dans le ciel de Brahma sans avoir créé aucune autre cause pour y parvenir.

La Voie vers la bouddhéité ne se trouve pas dans la doctrine du Kegon selon 287laquelle le monde phénoménal est créé par le seul esprit, ni dans les huit négations de l’école Sanron, ni dans la doctrine du rien-que-conscience de l’école Hossō ni dans la méditation de l’école Shingon sur les cinq éléments de l’univers. Seule la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie de Tiantai est la Voie qui conduit vers la bouddhéité. Ni notre sagesse ni nos facultés de compréhension ne nous permettent d’appréhender pleinement une telle doctrine. Cependant, parmi tous les sūtras enseignés par le Bouddha de son vivant, seul le Sūtra du Lotus contient ce joyau : la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie. Les doctrines des autres sūtras ne sont que des pierres jaunes qui passent pour des joyaux. Elles sont comme le sable dont on ne peut extraire aucune huile, même si on le presse avec force, ou comme une femme stérile qui jamais ne pourra avoir d’enfant. Même un sage ne peut pas devenir bouddha grâce aux autres sūtras mais, avec le Sūtra du Lotus, même les insensés peuvent planter les graines qui mènent à la bouddhéité. Comme il est dit dans le passage de Sūtra cité précédemment : « Même s’ils ne cherchent pas à se libérer, la libération viendra d’elle-même. »

Mes disciples et moi, nous rencontrerons peut-être diverses difficultés, mais, si nos cœurs ne connaissent pas le doute, nous atteindrons naturellement la bouddhéité. Ne doutez pas simplement parce que le ciel ne vous accorde pas sa protection. Ne vous découragez pas parce que vous ne goûtez pas une existence facile et paisible en cette vie. C’est ce que j’ai enseigné matin et soir à mes disciples et pourtant ils se mettent à douter et abandonnent leur foi.

C’est le propre des insensés que d’oublier les promesses faites lorsque vient le moment crucial. Certains s’apitoient sur leur femme et leurs enfants et éprouvent de la peine à l’idée d’être séparés d’eux dans cette vie. À travers d’innombrables naissances, au cours de très nombreux kalpa, ils ont pourtant été séparés de leur femme et de leurs enfants dans chaque existence. Cela s’est produit contre leur gré et non en raison de leur désir de suivre la Voie du Bouddha. Puisque la séparation est de toute façon inévitable, il vaudrait mieux qu’ils restent fidèles à leur croyance dans le Sūtra du Lotus pour aller jusqu’au pic de l’Aigle et y mener aussi leur femme et leurs enfants.

Question : Vous soutenez que les croyants des écoles Nembutsu et Zen tomberont dans l’Enfer aux souffrances incessantes. Cela témoigne d’un esprit querelleur. Vous courez vous-même le danger de tomber dans le monde des asura. D’ailleurs, il est dit dans le chapitre “Les pratiques paisibles” du Sūtra du Lotus : « Il ne devra pas prendre plaisir à dénoncer les erreurs des autres ou des textes bouddhiques. Il ne devra pas se montrer méprisant envers les autres maîtres de la Loi (...)253. » N’est-ce pas parce que vous êtes allé à l’encontre de ce passage de Sūtra que le ciel vous a abandonné ?

Réponse : On lit dans La Grande Concentration et Pénétration : « Il y a deux façons de propager les enseignements du Bouddha. On appelle la première le shōju et la seconde le shakubuku. Quand il est dit dans le chapitre “Les pratiques paisibles” qu’il ne faut pas souligner les défauts des autres, il est fait référence à la méthode du shōju. Mais quand il est dit dans le Sūtra du Nirvana qu’il faut porter des sabres et des bâtons ou qu’il faudrait les décapiter, il est fait référence à la méthode du shakubuku. Ces approches diffèrent en ce que l’une est indulgente et l’autre sévère, mais l’une et l’autre apportent des bienfaits. »

On lit dans les Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration : « En ce qui concerne les deux façons de propager les enseignements, la citation du Sūtra du Nirvana “portez des sabres et des bâtons” se trouve dans le troisième volume où il est dit : “Les défenseurs de l’enseignement correct n’ont pas besoin d’observer les cinq 288préceptes ni de suivre les règles du comportement juste. [Ils doivent plutôt porter des couteaux et des sabres, des flèches et des arcs, des hallebardes et des lances].” Par la suite, le sūtra évoque le roi Sen’yo [qui fit exécuter les calomniateurs de l’enseignement correct]. Il mentionne aussi que le nouveau médecin, [après avoir expliqué que le médicament à base de lait prescrit par l’ancien médecin était dangereux], en prohibe l’usage en disant : “Si quelqu’un prend encore ce médicament, il faudra lui couper la tête254.” Ces passages indiquent également qu’il faut appliquer la méthode du shakubuku aux personnes qui calomnient la Loi. Tous les sūtras et traités se fondent sur l’une ou l’autre de ces deux méthodes. »

On lit dans le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus : « Question : il est clairement dit dans le Sūtra du Nirvana qu’il faudrait s’associer étroitement au souverain, porter flèches et arcs, et contribuer à vaincre les personnes mauvaises255. Au contraire, il est dit [dans le chapitre “Les pratiques paisibles”] du Sūtra du Lotus qu’il faut rester à l’écart des personnes au pouvoir et se comporter avec humilité, affection et douceur. Il semble y avoir une contradiction fondamentale entre la sévérité d’une approche et la douceur de l’autre. Pourquoi une telle divergence ?

« Réponse : Le Sūtra du Nirvana décrit principalement l’approche du shakubuku. Mais il y est aussi question de demeurer dans l’état où l’on considère tous les êtres vivants comme nos propres enfants. Pourrait-on lire cela si ce sūtra ne contenait pas [aussi] l’approche du shōju ? Le Sūtra du Lotus traite principalement de l’approche du shōju [suivant l’exemple du chapitre “Les pratiques paisibles”]. Mais on y trouve aussi [dans le chapitre “Dharani”] la malédiction [contre tous ceux qui importunent les maîtres de la Loi] et qui seront condamnés à avoir la tête brisée en sept morceaux. Pourrait-on lire cela si ce Sūtra ne contenait pas [aussi] l’approche du shakubuku ? Les deux sūtras emploient l’une ou l’autre des deux méthodes en fonction du contexte. La méthode choisie devrait être celle qui s’accorde avec le moment. »

On lit dans les Annotations sur le Sūtra du Nirvana : « Les moines et les laïcs qui défendent la Loi doivent avant tout adopter l’état d’esprit qui convient. Ils ne devraient tenir aucun compte des détails secondaires, s’en tenir aux principes, et propager de cette façon le Sūtra du Nirvana. Il est donc dit [dans ce sūtra] qu’il n’est pas nécessaire que les défenseurs de l’enseignement correct se conforment à des règlements insignifiants. Il y est dit aussi qu’il n’y a pas à suivre les règles de conduite correcte. Dans le passé, les temps étaient paisibles et la Loi se propageait dans tout le pays. Il convenait alors d’observer les préceptes et de ne pas porter de bâtons. Mais nous vivons aujourd’hui un moment dangereux où la Loi est obscurcie. Il convient donc de porter des bâtons et de ne pas observer les préceptes. Si le passé comme le présent étaient des époques dangereuses, il conviendrait dans l’un et l’autre cas de porter des bâtons. Et, si le passé comme le présent étaient des époques paisibles, il conviendrait dans l’un et l’autre cas d’observer les préceptes. Vous devez adapter votre choix sans jamais adhérer seulement à l’une ou à l’autre [de ces méthodes]. »

Les moines érudits d’aujourd’hui pensent probablement qu’il y a là matière à douter. De sorte que, quels que soient mes efforts d’explication auprès de mes propres disciples pour tenter de les convaincre, ils semblent incapables de surmonter leurs doutes, mais se comportent comme des icchantika. J’ai donc cité ces explications de Tiantai, Miaole et d’autres, pour faire taire leurs critiques sans fondement.

Ces deux méthodes du shōju et du shakubuku sont comme l’eau et le feu. Le feu craint l’eau, l’eau déteste le feu. Celui qui pratique la méthode du shōju trouve [la pratique du] shakubuku risible et méprisable. 289Celui qui pratique la méthode du shakubuku éprouve de la peine quand il pense au shōju. Lorsque le pays est empli de personnes mauvaises dépourvues de sagesse, c’est la méthode du shōju qu’il faut appliquer en priorité, comme cela est décrit dans le chapitre “Les pratiques paisibles”. Mais, à une époque où nombreux sont ceux qui ont des opinions faussées et qui calomnient la Loi, il faut privilégier le shakubuku, conformément à ce qui est décrit dans le chapitre “Le bodhisattva Jamais-Méprisant”. C’est comme utiliser de l’eau froide pour se rafraîchir par temps chaud, ou aspirer à un bon feu quand le temps refroidit. Herbes et arbres sont de la même famille que le soleil : ils souffrent sous la froide lumière de la lune. Les étendues d’eau sont comme la lune : elles perdent leur vraie nature quand arrive la chaleur.

Mais, à l’époque de la Fin de la Loi, il faut donc utiliser à la fois le shōju et le shakubuku. Il existe en effet deux sortes de pays, ceux qui sont mauvais de manière passive256 et ceux qui cherchent activement à détruire la Loi. Il faut se demander sérieusement à quelle catégorie appartient le Japon d’aujourd’hui.

Question : Si l’on applique la méthode du shakubuku à un moment où c’est la méthode du shōju qui convient, ou la méthode du shōju à un moment où la méthode du shakubuku conviendrait, en tirera-t-on [néanmoins] un bienfait ?

Réponse : Il est dit dans le Sūtra du Nirvana : « Le bodhisattva Kashyapa s’adressa au Bouddha en disant : “Le Corps du Dharma de l’Ainsi-Venu est aussi indestructible qu’un diamant. Mais je ne comprends toujours pas par quel moyen vous l’avez acquis. Pourriez-vous me le dire ?”

« Le Bouddha répondit : “Kashyapa, c’est parce que j’ai protégé l’enseignement correct que j’ai pu acquérir ce corps pareil au diamant. Kashyapa, c’est parce que [dans le passé] je me suis consacré à l’enseignement correct que j’ai pu acquérir ce corps pareil au diamant qui demeurera toujours et ne sera jamais détruit. Hommes de bien, il n’est pas nécessaire que les défenseurs de l’enseignement correct observent les cinq préceptes ou suivent les règles de conduite correcte. Ils devraient plutôt porter des couteaux et des sabres, des flèches et des arcs (...).

« “Les moines [dont vous parlez] dispensent divers enseignements, mais ils ne peuvent pourtant pas pousser ‘le rugissement du lion’ (...) pas plus qu’ils ne peuvent réfuter ni convertir les personnes mauvaises qui vont à l’encontre de l’enseignement correct. Les moines de ce type ne peuvent rien pour leur propre bien ni pour celui de la population. Vous devez réaliser que ce sont en fait des oisifs et des paresseux. Bien qu’ils prennent soin d’observer les préceptes et de maintenir une conduite irréprochable, vous devez savoir qu’ils ne peuvent rien accomplir. [Puis un moine fait entendre ‘le rugissement du lion’ (...).] En écoutant son enseignement, ceux qui enfreignent les préceptes deviennent tous furieux au point de l’attaquer. Ce maître de la Loi, même s’il finit par perdre la vie, mérite encore d’être qualifié d’observateur des préceptes qui apporte des bienfaits aussi bien à lui-même qu’aux autres.” »

Dans le passage des Annotations sur le Sūtra du Nirvana cité précédemment, Zhangan dit : « Vous devriez adapter votre choix et ne jamais adhérer seulement à l’une ou à l’autre [de ces méthodes]. » Et Tiantai, nous l’avons vu, déclara : « La méthode choisie devrait être celle qui s’accorde avec le moment257. » Si tel n’était pas le cas, vous seriez comme quelqu’un qui plante des graines à la fin de l’automne. Même si vous vous occupez de votre champ avec le plus grand soin, il est vraisemblable que vous ne récolterez ni riz ni graine d’aucune sorte.

Durant l’ère Ken’nin [1201-1204], deux hommes se hissèrent au premier plan, Hōnen et Dainichi, qui propagèrent respectivement les enseignements des écoles Nembutsu et Zen. Hōnen nia la valeur du Sūtra 290du Lotus alors que le monde était entré dans la période de la Fin de la Loi, en déclarant que « pas une seule personne n’avait atteint la bouddhéité » grâce à ce Sūtra et que ses enseignements ne pouvaient sauver « pas même une personne sur mille ». Dainichi prétendit pour sa part que les véritables enseignements bouddhiques avaient été transmis en dehors des sūtras. Ces deux doctrines se sont maintenant répandues dans tout le pays. Les moines érudits des écoles Tendai et Shingon se prosternent devant les croyants laïcs des écoles Nembutsu et Zen comme un chien remue la queue devant son maître, ou ils les redoutent comme une souris un chat. Ces hommes entrent au service du souverain et du Shōgun258 et délivrent des enseignements qui mènent à la destruction de la Loi bouddhique et à la ruine du pays. Ces maîtres des écoles Tendai et Shingon tomberont en leur existence présente dans le monde des esprits affamés et, après la mort, se retrouveront dans l’enfer Avīci. Même s’ils se retirent dans les forêts de montagne et s’engagent intensément dans la méditation sur les trois mille mondes en un instant de vie ou s’ils se retirent en un lieu calme et se concentrent sur les trois mystères [du corps, de la parole et de l’esprit], s’ils ne comprennent ni le moment ni la capacité des gens et ne perçoivent pas quelle est, de shōju ou de shakubuku, la méthode qui convient, ils ne pourront jamais se libérer du cycle des naissances et des morts.

Question : À quoi cela vous sert-il de condamner les disciples des écoles Nembutsu et Zen et de vous en faire des ennemis ?

Réponse : Il est dit dans le Sūtra du Nirvana : « Si un moine, même bon, voit quelqu’un détruire l’enseignement et n’y prête pas garde, s’il s’abstient de tout reproche, ne chasse pas cet individu ou ne le punit pas pour sa faute, alors vous devez réaliser que ce moine trahit l’enseignement du Bouddha. Mais s’il chasse celui qui détruit la Loi, lui adresse des reproches ou le punit, alors, c’est mon disciple et un véritable auditeur. »

Zhangan commente cela ainsi : « Celui qui détruit les enseignements bouddhiques ou sème la confusion en leur sein, les trahit. Si l’on se lie d’amitié avec quelqu’un sans avoir la bienveillance de le corriger, on est en fait son ennemi. Mais celui qui réprimande et corrige l’offenseur est un auditeur qui défend les enseignements du Bouddha, un véritable disciple du Bouddha. Celui qui délivre l’offenseur du mal agit comme son parent. Celui qui adresse des reproches aux offenseurs est un disciple du Bouddha. Mais celui qui ne les chasse pas trahit les enseignements du Bouddha259. »

Si nous lisons attentivement le chapitre “L’apparition de la Tour aux trésors” du Sūtra du Lotus, nous découvrons que le bouddha Shakyamuni, le bouddha Maints-Trésors et les bouddhas des dix directions, émanations de Shakyamuni, se sont rassemblés. Et pourquoi ? Comme il est dit dans le Sūtra : « Chacun (...) est venu ici s’assurer que la Loi se perpétuera longtemps260. » Shakyamuni, Maints-Trésors et les autres bouddhas avaient l’intention d’assurer la propagation future du Sūtra du Lotus pour le rendre accessible à tous les enfants du Bouddha dans les temps à venir. Nous pouvons en déduire que leur empathie et leur compassion dépassent même celles d’un père et d’une mère voyant leur enfant unique affligé d’une grande souffrance. Cependant, Hōnen ne se soucie aucunement de leur compassion mais voudrait fermer hermétiquement les portes du Sūtra du Lotus à l’époque de la Fin de la Loi, de façon à ce que personne ne puisse y accéder. Comme quelqu’un qui trompe un enfant dément en l’incitant à jeter un trésor au rebut, il tente de persuader les gens d’abandonner le Sūtra du Lotus. C’est vraiment une attitude éhontée !

Si quelqu’un s’apprête à tuer vos parents, ne tenteriez-vous pas de les avertir ? Si un mauvais fils, rendu fou par la 291boisson, menace de tuer ses parents, n’essaieriez-vous pas de l’en empêcher ? Si une personne mauvaise projette de mettre le feu aux temples et aux pagodes, ne tenteriez-vous pas de l’arrêter ? Si votre enfant unique est gravement malade, n’essaieriez-vous pas de le guérir par un traitement à base de moxa ? Ne pas intervenir, c’est agir comme ces gens qui, bien qu’informés, n’essaient pas d’arrêter les adeptes du Zen et du Nembutsu au Japon. [Comme le dit Zhanghan :] « Si l’on se lie d’amitié avec quelqu’un sans avoir la bienveillance de le corriger, on est en fait son ennemi. »

Moi, Nichiren, je suis le souverain, le maître, et le parent de tout le peuple du Japon. Mais les hommes de l’école Tendai [qui ne réfutent pas les enseignements mensongers] sont tous de grands ennemis du peuple. [Zhanghan l’a bien noté] : « Celui qui délivre l’offenseur du mal agit comme son parent. »

Qui n’a pas le désir d’atteindre la Voie ne pourra jamais se libérer du cycle des naissances et des morts. Le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, fut maudit par tous les disciples des enseignements non bouddhiques et qualifié de grand malfaiteur. Le Grand Maître Tiantai fut traité avec la plus grande hostilité par les trois écoles du Sud et les sept écoles du Nord, et Tokuitsu, au Japon, lui reprocha d’avoir utilisé sa langue d’[à peu près] trois pouces pour tenter de détruire le corps du Bouddha261 haut de cinq pieds262. Le Grand Maître Dengyō fut dénigré par les moines de Nara qui disaient : « Saichō ne s’est jamais rendu dans la capitale [de la Chine] des Tang263. » Mais toutes ces insultes furent encourues au nom du Sūtra du Lotus, et n’ont donc rien de honteux pour les hommes qui les ont subies. Les louanges des insensés, voilà la plus grande des hontes. Puisque moi, Nichiren, j’encours maintenant la fureur des autorités, les moines des écoles Tendai et Shingon ne manquent pas de se réjouir. Ce sont des hommes étranges et sans scrupules.

Le bouddha Shakyamuni apparut dans le monde saha, Kumarajiva se rendit en Chine sous la dynastie des Qin264, et Dengyō se rendit lui aussi en Chine [pour le bien du Sūtra du Lotus]. Aryadeva et Aryasimha sacrifièrent leur corps. Le bodhisattva Roi-de-la-Médecine se brûla les bras en offrande et le prince Jōgū s’arracha la peau de la main [pour y copier le sūtra]265. Shakyamuni, alors qu’il était bodhisattva, vendit sa chair pour en faire des offrandes266 et, en une autre occasion, alors qu’il était un bodhisattva nommé l’ascète Aspiration-à-la-Loi, il utilisa un de ses os comme pinceau [pour écrire l’enseignement du Bouddha].

Tiantai a déclaré que « la méthode choisie devrait être celle qui s’accorde avec le moment ». La propagation des enseignements bouddhiques doit se conformer au moment. J’ai été condamné à l’exil pour mes actes. Mais endurer une aussi petite souffrance en cette vie présente ne mérite pas la moindre plainte. Dans les vies futures, je goûterai un bonheur immense, et cette pensée me procure une grande joie.

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Notes


 1. Également connu sous le nom de Yu Shun. C’est le dernier des cinq empereurs, souverains légendaires de la Chine ancienne.

 2. Le gouverneur de Pei est Liu Bang (247-195 avant notre ère), fondateur de l’ancienne dynastie des Han. Il fit de son père un empereur à titre posthume.

 3. Quand le roi Wu décida de renverser le tyran Zhou, de la dynastie des Yin, il sculpta, avant de partir en campagne contre ce dernier, une statue en bois de son père, qui avait chéri comme lui le désir de sauver les êtres. Le gouverneur de l’Ouest est le roi Wen de la dynastie des Zhou, le troisième des trois rois qui régnèrent après les cinq empereurs.

 4. Durant la dynastie des Han postérieurs, Ding Lan, qui avait perdu sa mère à l’âge de quinze ans, fit d’elle une statue qu’il se mit à servir comme si elle était encore en vie.

 5. Plus connu dans les pays francophones sous le nom de Lao Tseu.

292 6. Yin Shou et Wu Cheng sont des figures légendaires. Taigongwang était un général qui servit le roi Wen et, après la mort de ce dernier, le roi Wu, fils de Wen. Il lutta avec bravoure au côté du roi Zhou, de la dynastie des Yin, et contribua à la prospérité de la dynastie des Zhou.

 7. Le caractère chinois traduit ici par « mystère » veut dire ténébreux et sombre.

 8. Les principes concernent les deux premières des cinq vertus fondamentales enseignées par Confucius.

 9. Leurs noms sont inconnus.

 10. On trouve cela dans le Liezi, l’un des premiers textes de Laozi.

 11. La bienséance et la musique étaient considérées comme fondamentales pour renforcer le sens de la moralité chez les gens et maintenir l’ordre social.

 12. Les trois entraînements essentiels pour le pratiquant du bouddhisme.

 13. Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration. Ici, « la véritable Voie » est le bouddhisme.

 14. La Grande Concentration et Pénétration.

 15. Confucius, son disciple Yan Hui, et Laozi.

 16. Kapila et Uluka furent les fondateurs respectifs des écoles Samkhya et Vaisheshika, deux des six écoles majeures des doctrines non bouddhiques dans l’Inde ancienne. Quant aux enseignements de Rishabha, on dit qu’ils ont ouvert la voie au jaïnisme. Kapila, Uluka et Rishabha furent appelés les trois ascètes.

 17. Le monde sans forme étant divisé en quatre domaines, celui-ci est le plus élevé.

 18. Les écoulements désignent ici les illusions et les égarements. Les mondes de la forme et du sans forme sont les deux plus élevés dans le monde des trois plans.

 19. Il s’agit peut-être d’une reformulation d’un passage du Sūtra du Nirvana.

 20. Ibid.

 21. Il s’agit de l’avidité, de la haine et de l’ignorance.

 22. Sūtra du Lotus, chap. 8.

 23. « La transmigration avec différences et limites » désigne la transmigration des êtres non éveillés à travers les six voies. Dans ce cycle répété de renaissances à travers les six mondes illusoires les plus bas, les êtres vivants naissent avec des durées de vie limitées et sous différentes formes, en fonction de leur karma. « La transmigration avec changement et progression » concerne la transmigration des auditeurs, des bouddhas-pour-soi et des bodhisattvas. Dans cette transmigration, les êtres changent ou se libèrent du corps soumis à la transmigration avec différences et limites, tout en éliminant graduellement les illusions menant à la souffrance.

 24. Le grand homme désigne ici le Bouddha.

 25. Il s’agit d’un passage du Sūtra aux sens infinis où il est dit : « Durant ces quelque quarante années, je n’ai pas encore révélé la vérité [tout entière]. »

 26. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 27. Ibid., chap. 11.

 28. Cet épisode est décrit dans le vingt et unième chapitre du Sūtra du Lotus.

 29. Il s’agit ici de la théorie des trois mille mondes en un instant de vie, fondée sur l’enseignement théorique (première moitié) du Sūtra du Lotus, et de la réalité des trois mille mondes en un instant de vie, fondée sur l’enseignement essentiel, (la seconde moitié) du Sūtra.

 30. Sūtra du Nirvana.

 31. « L’appropriation des enseignements bouddhiques » décrit l’attitude des non-bouddhistes qui incorporent les enseignements du Hinayana dans leurs propres doctrines, en prétendant qu’ils font partie de leur enseignement. « Plagier des enseignements bouddhiques » décrit l’attitude des non-bouddhistes qui plagient les enseignements bouddhiques en présentant le Mahayana comme la doctrine de leur propre école. Ils sont décrits dans La Grande Concentration et Pénétration.

 32. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 33. Sūtra aux sens infinis.

 34. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 35. Ibid.

 36. Selon la cosmologie de l’Inde ancienne, le cercle des eaux est l’un des trois cercles, composés respectivement d’or, d’eau et de vent, qui soutenaient le mont Sumeru et les continents environnants.

 37. Les dettes dues à nos parents, à notre maître, à notre souverain, et aux Trois Trésors bouddhiques.

 38. Voir note 18.

 39. Dans le Sūtra de la grande perfection de sagesse dans sa version longue, ces mots sont prononcés par Subhuti, un disciple du Bouddha, mais Nichiren s’exprime comme s’il s’agissait des paroles de Shakyamuni lui-même, exposant le sūtra.

 40. C’est ce que les êtres célestes déclarèrent en versant des larmes de joie lorsqu’ils entendirent l’enseignement du Bouddha. La méditation shuramgama est censée prévenir les troubles liés aux désirs terrestres et aux illusions.

 41. Il s’agit d’une citation du Sūtra aux sens infinis, considéré comme une introduction au Sūtra du Lotus.

293 42. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 43. Ibid., chap. 21.

 44. Ibid., chap. 22.

 45. Il s’agit d’une référence au Sūtra de la Guirlande de fleurs.

 46. Les quatre bouddhas sont Akshobhya (à l’est), Signe-du-Joyau (au sud), Vie-Infinie (à l’ouest) et Voix-Subtile-et-Merveilleuse (au nord).

 47. Sūtra du Lotus, chap. 3.

 48. Ibid., chap. 11.

 49. Il s’agit de la révélation du fait que le bouddha Shakyamuni avait déjà atteint l’illumination dans un très lointain passé. Elle apparaît dans le chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel du Sūtra du Lotus. Le premier enseignement important est que les personnes des deux véhicules peuvent atteindre la bouddhéité, comme l’explique l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus.

 50. Il s’agit des dix aspects de l’interrelation entre tous les phénomènes, du point de vue de l’illumination du Bouddha. Voir « dix mystères » dans le glossaire.

 51. La doctrine de l’école Kegon qui, avec la doctrine des dix mystères, analyse le monde phénoménal à la fois du point de vue de la différence et de l’identité. Voir glossaire.

 52. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 53. Ibid.

 54. Ibid.

 55. Il s’agit des chapitres 2 à 9 de “Moyens opportuns” à “Prophétie aux novices et aux disciples confirmés”.

 56. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 57. Ibid., chap. 15.

 58. Ibid.

 59. Ibid., chap. 16.

 60. Ibid.

 61. Les causes sont ici la pratique des quatre enseignements (l’enseignement des Trois Corbeilles, l’enseignement intermédiaire, l’enseignement spécifique et l’enseignement parfait) menant à l’atteinte de l’illumination. Voir aussi « huit enseignements » dans le glossaire.

 62. En révélant que le Bouddha conserve encore la totalité des neuf états après avoir atteint l’illumination, le chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel démontre que la cause (les neuf états) et l’effet (la bouddhéité) existent simultanément.

 63. Dans les sūtras Agama, Shakyamuni dispense les enseignements inférieurs du Hinayana. C’est pourquoi il est appelé ici « le petit Shakyamuni ».

 64. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 65. Les chapitres “Surgir de terre” et “Durée de la vie” révèlent que l’illumination de Shakyamuni se produisit en fait dans un très lointain passé, et que les Trois Corps (le Corps du Dharma, le Corps de rétribution et le Corps de manifestation) sont éternellement inhérents à la vie du bouddha Shakyamuni.

 66. État du nord-est de l’Inde. Asanga était originaire de Gandhara mais passa l’essentiel de sa vie à Ayodhya.

 67. Dharmapala, Nanda, et Shilabhadra étaient des érudits de l’école Yogacara, ou école Rien-que-conscience, affiliés au monastère de Nalanda, en Inde.

 68. Ancien nom du Kōfuku-ji, temple principal de l’école Hossō. C’était l’un des sept temples majeurs de Nara.

 69. Vatsa était le fondateur de l’école du Hinayana Vatsiputriya ; et Vaipulya introduisit le Mahayana dans les enseignements non bouddhiques. Quant à Vimalamitra, cité dans la phrase suivante, on dit qu’il a calomnié Vasubandhu, tandis que Madhava était un érudit de l’école Samkhya.

 70. Dans une période de décroissance, la durée de la vie humaine va en diminuant. Selon le Trésor de l’analyse de l’Abhidharma, durant le kalpa de stabilité, la durée de la vie humaine connaît alternativement des phases de croissance et de décroissance.

 71. Le troisième groupe se réfère à l’histoire du bouddha Excellence-Sagesse-Grandes-Universelles et de ses seize fils, telle qu’elle apparaît dans le chapitre “La parabole de la cité ilusoire” du Sūtra du Lotus. Il y a des kalpa de particules de poussière de mondes majeurs, Excellence-Sagesse-Grandes-Universelles enseigna le Sūtra du Lotus à ses seize fils. Ces fils l’enseignèrent ensuite aux autres. Parmi ceux-ci, le troisième groupe est constitué de ceux qui ont entendu le Sūtra du Lotus à cette époque mais qui n’y ont pas cru. De ce fait, ils n’ont pas pu atteindre l’illumination, même lorsque le seizième fils apparut en Inde sous le nom de bouddha Shakyamuni pour les instruire de nouveau.

 72. Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur de Daochuo, deuxième patriarche de l’école de la Terre pure, en Chine.

 73. La première citation est extraite du Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur et la seconde de l’Éloge de la renaissance dans la Terre pure de Shandao, troisième patriarche de l’école de la Terre pure, en Chine.

 74. Il s’agit de divers obstacles et entraves à la pratique du bouddhisme. Voir « trois obstacles et quatre démons » dans le glossaire.

294 75. On disait alors que le monde passait en permanence par un cycle de formation, stabilité, déclin et destruction, chacune de ces quatre phases étant d’une durée d’un kalpa moyen. La fin du kalpa de déclin est marquée par un grand incendie qui consume le monde.

 76. Il s’agit de son exil sur la péninsule d’Izu, puis sur l’île de Sado.

 77. Sūtra du Lotus, chap. 10.

 78. Ibid., chap. 3.

 79. Ibid., chap. 14.

 80. Ibid., chap. 13.

 81. Ibid.

 82. Ibid., chap. 20.

 83. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 84. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 85. Essai sur la protection du pays. Tokuitsu (dates inconnues), moine de l’école Hossō, s’engagea dans une longue controverse avec Dengyō. Zhiyi est un autre nom de Tiantai.

 86. Non-bouddhistes : ce terme se réfère généralement aux brahmanistes dans le texte des sūtras ainsi qu’aux confucéens et taoïstes dans le Dongchun.

 87. Les six surintendants des moines étaient les moines des temples de la ville de Nara qui calomnient Dengyō, en 819. Il s’agissait de Jō’e du Kōfuku-ji, Buan du Tōshōdai-ji, Shuen du Kōfuku-ji, Taien du Saidai-ji, Sebyō du Gangō-ji, et du surintendant principal Gomyō, du Gangō-ji.

 88. Région qui correspond à une partie de la Mongolie actuelle.

 89. Dans le chapitre “Exhortation à la persévérance”, huit cent mille millions de nayuta de bodhisattvas décrivent les persécutions qu’ils endureront après la disparition du Bouddha pour la cause du Sūtra du Lotus.

 90. Sūtra du Lotus, chap. 13. Dans la strophe en vingt lignes du chapitre “Exhortation à la persévérance”, les innombrables bodhisattvas réunis font le vœu de braver diverses difficultés en propageant le Sūtra du Lotus à l’époque de la Fin de la Loi. Ces difficultés furent plus tard identifiées par Miaole comme l’œuvre des trois puissants ennemis. Il est question dans ce passage du premier des « trois puissants ennemis » (voir glossaire). Dans le chapitre “Exhortation à la persévérance”, ne sont en fait cités que les sabres et les bâtons. « Les pierres et les tuiles » sont mentionnées dans le chapitre “Le bodhisattva Jamais-Méprisant”.

 91. Sūtra du Lotus, chap. 13. Il s’agit d’une référence au deuxième des trois puissants ennemis. Voir glossaire.

 92. Sūtra du Lotus, chap. 13.

 93. Ibid.

 94. Ibid.

 95. Deux des trois versions chinoises du Sūtra du Lotus existant encore aujourd’hui sont mentionnées ici. Les trois versions sont : le Sūtra du Lotus de la Loi correcte, le Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse, la Version complétée du Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse, respectivement traduites par Dharmaraksha, par Kumarajiva, et par Jnanagupta et Dharmagupta. Parmi ces versions, celle de Kumarajiva est de loin la plus largement utilisée.

 96. En 544 avant notre ère, Jizha, le fils de Choumeng, roi de Wu, reçut l’ordre de se rendre en visite dans d’autres pays en qualité d’émissaire. À ce moment-là, on lui offrit un sabre de valeur. Quand il traversa le pays de Xu, le seigneur du pays vit ce sabre et souhaita l’obtenir, sans oser le dire. Cependant, Jizha comprit le désir du seigneur et dans son cœur s’engagea à lui offrir le sabre une fois qu’il aurait accompli sa mission et serait de retour à Xu. Mais, à son retour, il apprit que le seigneur était mort. Fidèle à sa promesse, il déposa le sabre sur la tombe de ce dernier.

 97. On ignore les détails de cette histoire ; elle symbolise la profonde gratitude de Wang Shou pour l’environnement naturel et son sens de l’intégrité.

 98. Monde des êtres ignorants qui transmigrent au sein des six voies de l’existence. Voir glossaire.

 99. Un jour où Mao Bao marchait le long du fleuve Yangzi Jiang, il vit un pêcheur attraper une tortue et s’apprêter à la tuer. Il acheta la tortue et la remit à l’eau. Plus tard, Mao Bao fut vaincu par le puissant général Shihu. Quand il battit en retraite vers le fleuve Yangzi Jiang, la tortue qu’il avait sauvée apparut et le porta sur son dos jusqu’au rivage opposé.

 100. Un étang fondé par l’empereur Wu, de la dynastie des Han antérieurs. Un jour, il vit un poisson dans l’étang, la gorge transpercée par un hameçon. Pris de pitié, l’empereur retira l’hameçon et remit le poisson à l’eau. Par la suite, afin de s’acquitter de sa dette, le poisson offrit un brillant joyau à l’empereur.

 101. Les douze cents auditeurs sont les arhat à qui l’on prédit l’atteinte de la bouddhéité dans le chapitre “Prophétie de l’illumination à cinq cents disciples” du Sūtra du Lotus. On donna à chacun d’eux le même nom : l’Ainsi-Venu Clarté-Universelle.

 102. Les mille auditeurs sont les disciples qui se réunirent au premier concile bouddhique, convoqué au Magadha peu après la 295mort de Shakyamuni pour compiler ses enseignements.

 103. C’est une énumération des cinq sortes de vision. « Œil » signifie ici la faculté à percevoir. Voir « cinq sortes de vision » dans le glossaire.

 104. Sūtra du Lotus, chap. 4. La « chose rare » dont la citation fait état désigne le Sūtra du Lotus, et « en offrant nos mains et nos pieds » signifie servir le Bouddha et pratiquer ses enseignements.

 105. Terme utilisé pour désigner l’ensemble des enseignements exposés avant le Sūtra du Lotus. Voir glossaire.

 106. Cette histoire est contenue dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti. Quand Mahakashyapa entendit Vimalakirti parler de l’illumination, il ne comprit rien et pleura en entendant dire qu’il ne possédait pas de manière inhérente la graine de la bouddhéité. Le sūtra relate que le son de ses larmes se répandit dans tout le système de mondes majeurs.

 107. On trouve aussi cette histoire dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti. Un jour, Subhuti vint demander l’aumône à Vimalakirti. Vimalakirti emplit son bol tout en lui disant qu’il ne méritait pas d’offrandes et que ceux qui lui en faisaient tomberaient à coup sûr dans les trois mauvaises voies. Shubhuti en fut si choqué qu’il faillit partir en oubliant son bol d’aumônes.

 108. Cette histoire figure dans le Traité de la grande perfection de sagesse. Quand le bouddha Shakyamuni reprocha à Shariputra de manger de la nourriture impure, Shariputra fut si surpris qu’il la recracha. La nourriture impure désigne les offrandes qui ne viennent pas du cœur.

 109. Cette histoire apparaît dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti. Quand le bouddha Shakyamuni vit Purna enseigner aux gens les enseignements du Hinayana, il lui dit qu’il ne fallait pas placer des choses impures dans un vase précieux.

 110. Dans la période précédant son renoncement à la vie séculière, Shakyamuni se maria avec Yashodhara, une belle femme que Devadatta souhaitait également épouser. Par la suite, Devadatta éprouva du ressentiment à son égard.

 111. Il s’agit d’un passage du Sūtra du Nirvana.

 112. Ces histoires font partie des neuf grandes épreuves ou persécutions subies par le bouddha Shakyamuni. Elles sont décrites dans le Traité de la grande perfection de sagesse et dans d’autres textes.

 113. L’histoire du roi Virudhaka apparaît dans les Règles monastiques sur différents sujets et dans d’autres sources ; elle entre aussi dans le cadre des neuf épreuves précédemment mentionnées. L’histoire de la nonne Utpalavarna figure dans le Traité de la grande perfection de sagesse. Elle accusa Devadatta d’être un grand ennemi du bouddhisme et celui-ci en éprouva tant de fureur qu’il la battit à mort. Le désastre de Kalodayin est décrit dans les Dix catégories de règles monastiques ; un jour, alors que Kalodayin mendiait, une femme lui fit l’aumône, mais son mari, rendu furieux par la jalousie, le tua. Quant au destin de Maudgalyayana, il est décrit dans les Règles monastiques sur différents sujets. Toutes ces histoires apparaissent également dans les divers sūtras Agama.

 114. Adapté d’un passage du Sūtra du Nirvana.

 115. Verger de manguiers situé dans la ville de Vaishali, en Inde.

 116. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 117. Dans l’Histoire des successeurs du Bouddha, il est dit que, lorsque Mahakashyapa sentit la mort approcher, il transmit les enseignements à Ananda et se rendit au mont Kukkutapada dans le Magadha, où il entra en méditation et mourut. On dit que Mahakashyapa ne devait pas réapparaître dans le monde avant le bodhisattva Maitreya, soit pas avant cinq mille six cent soixante-dix millions d’années après la disparition du Bouddha.

 118. Il s’agit de la cinquième période de cinq cents ans après la disparition du Bouddha, ou de la première période de cinq cents ans de l’époque de la Fin de la Loi.

 119. Il s’agit d’une référence au chapitre “Les actes antérieurs du bodhisattva Roi-de-la-Médecine” du Sūtra du Lotus. « Quand j’aurai disparu, dans la dernière période de cinq cents ans, il te faudra le propager largement dans tout le Jambudvipa, sans le laisser jamais disparaître (...). »

 120. Il s’agit d’une référence à une transmission spéciale en dehors des écrits, ne reposant ni sur les mots ni sur les formules, expression généralement utilisée dans le Zen.

 121. En fait, Hōnen n’a pas cité ces mots dans cet ordre. Nichiren les a pris dans le Choix du Nembutsu par-dessus tout et il les a réunis pour en faire un ensemble.

 122. Toutes ces étapes font partie des cinquante-deux étapes par lesquelles un bodhisattva progresse depuis sa décision initiale jusqu’à l’atteinte de l’illumination parfaite.

 123. « L’inconcevable libération » se définit comme l’éveil au principe profond et subtil du Mahayana. Elle est décrite dans le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti.

296 124. Les deux divinités sont Shiva et Vishnu.

 125. Après avoir renoncé à la vie séculière, Shakyamuni s’engagea pendant douze ans dans diverses pratiques jusqu’à ce qu’il atteigne l’illumination. On dit que pendant les six premières années il réalisa les pratiques ascétiques (douloureuses) et, pendant les six années suivantes, il persévéra dans la pratique de la méditation (aisée).

 126. Cette histoire apparaît dans le chapitre “Introduction” du Sūtra du Lotus. Dans le passé lointain, Manjusri apparut comme le bodhisattva Éclat-Merveilleux, disciple du bouddha Éclat-du-Soleil-et-de-la-Lune. Après la disparition du Bouddha, Éclat-Merveilleux resta fidèle au Sūtra du Lotus, exposé par son maître. Le Bouddha avait donné naissance à huit fils avant de renoncer au monde. Éclat-Merveilleux mena les princes à l’illumination. Le dernier à atteindre la bouddhéité fut le bouddha Torche-Enflammée, sous la direction de qui Shakyamuni avait pratiqué le Sūtra pour atteindre l’illumination dans une existence passée. C’est pourquoi Shakyamuni est qualifié de « neuvième disciple du bodhisattva Manjusri ».

 127. Dans le Sūtra aux sens infinis, le bouddha Shakyamuni dit : « Ces sens innombrables naissent d’une Loi Unique » mais il ne clarifie pas ce qu’est cette Loi.

 128. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 129. Sad correspond au sad de Saddharmapundarika-sūtra, nom sanskrit du Sūtra du Lotus.

 130. Inde et Asie centrale.

 131. Cette citation n’a pas été retrouvée. Jizang (549-623) était un moine de l’école Sanlun, en Chine.

 132. Cette traduction s’inspire d’une traduction anglaise qui se fonde sur une reconstitution (voir le texte au-dessus de la traduction française) à partir de versions du mantra qui figurent dans les Écrits de Kakuzen et d’autres sources.

 133. Selon la tradition de l’école Shingon, Nagarjuna reçut du bodhisattva Vajrasattva le Sūtra de Mahavairochana ainsi que d’autres enseignements ésotériques préservés dans une tour de fer dans le sud de l’Inde.

 134. Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration.

 135. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 136. L’un des quatre vœux universels d’un bodhisattva. Les autres sont : éradiquer les innombrables désirs terrestres, maîtriser les incommensurables enseignements bouddhiques, et atteindre l’illumination suprême. La citation qui suit provient du deuxième chapitre du Sūtra du Lotus.

 137. Sūtra du Lotus, chap. 3.

 138. Essai sur la protection du pays.

 139. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 140. Ibid.

 141. Sorte de feuillage utilisée dans les cérémonies religieuses.

 142. Ce symbolisme figure dans les sūtras du Shingon. On trouve quatre bouddhas assis sur quatre pétales et quatre bodhisattvas sur les quatre autres. Le bouddha Mahavairochana est assis au centre du lotus ; cette scène est décrite dans le Sūtra de Mahavairochana. Le Sūtra de la couronne de diamants dépeint trente-sept bouddhas et bodhisattvas parmi lesquels figure le bouddha Mahavairochana.

 143. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 144. Sagesse-du-Dharma, Forêt-de-Mérites, Bannière-de-Diamants et Resserre-de-Diamants.

 145. Manjusri, Sagesse-Universelle, Maitreya et Sensible-aux-Sons-du-Monde.

 146. Les seize bodhisattvas qui accompagnent les bouddhas des quatre coins de l’univers.

 147. Taigongwang est le titre d’un général qui servit les rois Wen et Wu, de la dynastie des Zhou. Les trois autres sages sont Yin Shou, Wu Cheng et Laozi.

 148. L’empereur Gaozu (247-195 avant notre ère), fondateur de la dynastie des Han antérieurs, entreprit de renier son fils, le futur empereur Hui. La mère de ce dernier, l’impératrice Lu, persuada les quatre éminents vieillards vivant sur le mont Shang de devenir ses conseillers. On les connaissait sous le nom de Maître Tong Yuan, l’érudit Luli, Qi Liji et le Maître Xia Huan. En voyant ces quatre vieillards, l’empereur fut impressionné par leur dignité et accepta Hui comme successeur.

 149. Sūtra du Lotus, chap. 15.

 150. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 151. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 152. Ce qualificatif attribué à Maitreya signifie « l’invincible ».

 153. Sūtra du Lotus, chap. 15.

 154. Ibid.

 155. Lac situé sur les terres du monastère du bois de bambous, à Rajagriha, dans le Magadha.

 156. Sūtra du Lotus, chap. 15.

 157. Selon le Sūtra de la méditation, quand Ajatashatru tua son père et enferma Vaidehi à l’intérieur du palais, cette dernière se tourna vers le pic de l’Aigle où Shakyamuni enseignait et lui adressa une prière. Par compassion, il apparut dans sa chambre et lui enseigna comment atteindre la Terre pure du bouddha Amida.

297 158. Le chapitre “Devadatta” décrit la relation de maître et disciple entre Devadatta et Shakyamuni dans leur existence précédente. Ce chapitre évoque un roi qui, afin de rechercher la grande Loi, servit le prophète Asita pendant mlle ans. Après avoir relaté cette histoire, Shakyamuni expliqua qu’il était le roi dans cette existence antérieure alors qu’Asita était Devadatta. Il était devenu le maître d’un homme qui l’avait instruit autrefois. Le chapitre “Devadatta” apporte donc une réponse à la question soulevée dans le Sūtra de la méditation.

 159. Sūtra du Lotus, chap. 16.

 160. Ibid.

 161. Source inconnue.

 162. Extrait de La clé précieuse du trésor secret, écrit par Kōbō.

 163. Ce sont des pratiques destinées à éradiquer les illusions de la pensée et du désir.

 164. Annotations sur le Sūtra de la Guirlande de fleurs parlent de deux types de Corps de manifestation, l’un supérieur et l’autre inférieur.

 165. Traité des cinq cents questions.

 166. A l’époque de Tiantai, les enseignements ésotériques du Zhenyan n’étaient pas encore parvenus en Chine. Shanwuwei les apporta de l’Inde en 716, peu après la naissance de Miaole.

 167. Quand Dengyō se rendit en Chine, il étudia principalement les enseignements de Tiantai fondés sur le Sūtra du Lotus. Mais quand il revint au Japon, il apporta aussi avec lui des enseignements ésotériques. C’est pourquoi il est considéré comme le premier patriarche des traditions bouddhiques ésotériques et exotériques, puisqu’il introduisit les textes ésotériques avant Kōbō.

 168. Sūtra du Lotus, chap. 23.

 169. C’est-à-dire qu’ils ne révèlent pas l’atteinte de l’illumination du Bouddha dans le lointain passé, expliquée dans le Sūtra du Lotus.

 170. Dans son Traité sur le Sūtra du Lotus, Vasubandhu affirma la supériorité du Sūtra du Lotus sur tous les autres sūtras, en se fondant sur dix points de vue différents. « Les graines sans pareilles » est le premier d’entre eux.

 171. Le mandala du Plan de la matrice, décrit dans le Sūtra de Mahavairochana, et le mandala du Plan du diamant, décrit dans le Sūtra de la couronne de diamants.

 172. À partir de la préface de la Clarification des écoles fondées sur la doctrine de Tiantai, Yixing (683-727) aida son maître Shanwuwei à traduire la version sanskrite du Sūtra de Mahavairochana en chinois et compila ses enseignements oraux sous le titre Annotations sur le Sūtra de Mahavairochana.

 173. On pense que ce poème est de Kakinomoto Hitomaro. Extrait des neuf volumes de la collection des poèmes anciens et modernes. Dans le texte japonais, seuls les premiers vers sont cités. L’île d’Ezo est l’ancien nom de l’île de Hokkaïdo, une des quatre îles principales située au nord du Japon.

 174. Dans son Traitè sur les dix ètapes de l’esprit, Kōbō établit une correspondance entre les divers enseignements bouddhiques et les dix niveaux de développement de l’esprit et classa le Sūtra du Lotus en huitième position, le Sūtra de la Guirlande de fleurs en neuvième position, et les enseignements ésotériques en dixième position, soit la position la plus élevée.

 175. La traduction a été développée pour clarifier les termes techniques utilisés. Dans son Traité sur la profondeur du Sūtra du Lotus, Jiaxiang, plus connu sous le nom de Jizang (549-623) affirma que le Sūtra du Lotus était inférieur aux sūtras de la Sagesse.

 176. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 177. Les vingt-cinq bodhisattvas de l’école Jōdo protègent tous ceux qui vénèrent le bouddha Amida. Les mille deux cents honorés sont les bouddhas, bodhisattvas et autres êtres représentés sur les deux mandalas du Shingon.

 178. Une personne qui conduit dans l’erreur.

 179. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 180. Ibid.

 181. Ibid.

 182. La Reine-mère de l’Ouest est une déesse légendaire de Chine. On dit que les pêchers de son jardin ne produisent des fruits que tous les trois mille ans. Quant à la fleur udumbara, elle éclôt aussi tous les trois mille ans pour annoncer l’apparition dans le monde d’un roi-qui-fait-tourner-la-roue.

 183. Le gouverneur de Pei, Liu Bang, et Xiang Yu profitèrent de la confusion qui suivit la mort du premier empereur de la dynastie des Chin pour lever des troupes et renverser la dynastie. Ensuite, tous deux s’engagèrent dans un long combat pour le pouvoir. Il s’acheva par la victoire de Liu Bang qui fonda la dynastie des Han en 202 avant notre ère.

 184. Le clan Minamoto, dirigé par Minamoto no Yoritomo (1147-1199), engagea une longue campagne pour arracher le pouvoir politique au clan Taira. Les Taira furent finalement vaincus à Danno’ura, et Taira no Munemori (1147-1185), dernier chef de son clan, mourut dans la bataille. Minamoto no Yoritomo établit par la suite le shogunat de Kamakura.

 185. Les garuda sont de gigantesques oiseaux qui, selon la mythologie indienne, se nourrissent 298de dragons. Anavatapta ou le lac Sans-Chaleur, situé au nord des montagnes Neigeuses, possède une eau froide et claire qui soulage toutes les souffrances. On dit que ce lac est habité par le roi-dragon.

 186. Lankavatara-sūtra, traduit de la version chinoise de Shiksânanda par Patrick Carré, dans la Collection Trésors du Bouddhisme, Fayard 2006.

 187. Voir « six actes difficiles et neuf actes faciles » dans le glossaire.

 188. La Grande Concentration et Pénétration.

 189. L’école Faxiang divise tous les enseignements de Shakyamuni en trois périodes. Les enseignements de la troisième période révèlent la doctrine du rien-que-conscience et réfutent l’attachement extrême à la doctrine de la vacuité. Le Sūtra de la révélation des profonds secrets, le Sūtra du Lotus, le Sūtra de la Guirlande de fleurs et le Sūtra du Nirvana se situent dans cette troisième période.

 190. Sūtra du Nirvana.

 191. Référence aux maîtres bouddhistes sur lesquels on peut s’appuyer, présentés dans le Sūtra du Nirvana et ailleurs. Ce sont les quatre rangs d’auditeurs, le dernier étant le stade le plus avancé, ou stade des arhat. Dans le Sens profond du Sūtra du Lotus, Tiantai établit un lien entre ces quatre rangs et les cinquante-deux étapes de la pratique de bodhisattva.

 192. Sūtra du Nirvana.

 193. Commentaire sur le Sūtra des dix étapes est le premier chapitre du Sūtra de la Guirlande de fleurs.

 194. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 195. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 196. Recueil d’enseignements oraux.

 197. Écoles non bouddhiques ayant emprunté des idées aux écoles bouddhiques. Ne pas confondre avec les sūtras Vaipulya, du même nom.

 198. Sūtra du Lotus, chap. 10.

 199. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 200. Annotations sur le Sens profond du Sūtra du Lotus.

 201. Le ghee, ou beurre clarifié, était considéré comme ce que l’on peut obtenir de meilleur à partir du lait. Tiantai (538-597) l’utilisa comme une métaphore pour désigner la période du Sūtra du Lotus et du Sūtra du Nirvana, indiquant par là que le Sūtra du Lotus était le plus élevé de tous les sūtras.

 202. Sūtra qui traite de thèmes comme les caractéristiques des dharmas, la conscience alaya. Texte de référence de l’école Hossō.

 203. C’est dans ce lieu que Shakyamuni délivra son premier sermon.

 204. Le Grand Véhicule correspond ici à la voie du bodhisattva.

 205. Il s’agit ici du chapitre “Sage majeur” du Sūtra de la Guirlande de fleurs.

 206. Comparaison entre les enseignements exotériques et ésotériques. La citation suivante provient du même passage.

 207. À l’époque de Nichiren, la Chine était gouvernée par la dynastie des Song. « Passer trois années à voyager » est une allusion au voyage en Inde du moine chinois Faxian. Déplorant le manque d’écrits bouddhiques en Chine, il se rendit par la terre jusqu’en Inde, à la fin du IVe siècle, pour y étudier le sanskrit et le canon bouddhique.

 208. On dit qu’Asanga s’éleva dans le ciel Tushita où il hérita des enseignements du bodhisattva Maitreya.

 209. Aux « cinq transgressions capitales » (voir glossaire) s’ajoutent le meurtre d’un moine de grande vertu et le meurtre d’un maître.

 210. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 211. C’est une référence à la persécution de Tatsunokuchi, qui eut lieu en 1271.

 212. Sūtra du Lotus, chap. 13.

 213. Disciple de Miaole, auteur de Dongchun.

 214. Une des versions du Sūtra du Nirvana traduite par Faxian.

 215. Il s’agit là de la traduction du Sūtra du Lotus de Dharmaraksha et non de celle de Kumarajiva. Voir ces noms dans le glossaire.

 216. Il s’agit peut-être là d’une paraphrase d’un passage du Sens profond du Sūtra du Lotus.

 217. Il s’agit peut-être d’une paraphrase des Principes remarquables du Sūtra du Lotus ou de la Clarification des préceptes du Mahayana.

 218. L’histoire du roi Zhao et de Su You apparaît dans le Registre sur la lignée du Bouddha et des patriarches. On considère traditionnellement que le bouddhisme a été introduit en Chine en l’an 67 de notre ère.

 219. Voir « vingt-quatre successeurs » dans le glossaire.

 220. Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur.

 221. Choix du Nembutsu par-dessus tout.

 222. Essai sur la protection du pays.

 223. Essence de l’enseignement du Véhicule Unique. Ici, Eshin, moine de l’école Tendai, utilise l’expression « enseignement parfait » pour désigner le Sūtra du Lotus.

 224. Paraphrase d’un passage des Annotations sur le Sens profond du Sūtra du Lotus. Les trois enseignements sont l’enseignement des Trois Corbeilles, l’enseignement intermédiaire et 299l’enseignement spécifique, qui désignent les enseignements provisoires.

 225. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 226. Ce terme se réfère aux cinq bienfaits du Corps de la Loi qui sont les caractéristiques de la nature pure et authentique d’un bouddha. Ce Corps de la Loi est à la fois un corps de préceptes, un corps de méditation, un corps de sagesse, un corps de libération et un corps de connaissance de la libération.

 227. Les écoulements désignent les illusions et les égarements.

 228. On dit que le Bouddha dans son Corps de manifestation mesurait environ cinq mètres. Pour « huit erreurs » et « huit vents », voir glossaire.

 229. Cinq composants, également appelés les cinq composants de la vie ou les cinq agrégats.

 230. Par la suite, des commentateurs ont déclaré que « le maître Chan de Ye et de Luo » était Bodhidharma, fondateur du Chan en Chine. Tiantai, cependant, ne le mentionne jamais par son nom, pas plus qu’aucun autre de ses contemporains.

 231. Sūtra du Lotus, chap. 13.

 232. Selon l’histoire traditionnelle du Zen, Shakyamuni brandit une fleur devant l’assemblée au pic de l’Aigle sans que personne ne puisse en comprendre le sens. Mahakashyapa seul comprit ; le Bouddha lui transmit ainsi sans un mot son enseignement. Mahakashyapa le transmit à son tour à Ananda qui le transmit finalement à Bodhidharma, le vingt-huitième patriarche qui avait fait le voyage de l’Inde en Chine. Bodhidharma est considéré comme le fondateur du Zen (Chan) en Chine. Huineng (638-713) fut le sixième patriarche du Zen (Chan) chinois.

 233. Lorsque le bouddhisme fut introduit au Japon, le grand ministre, Mononobe no Moriya, s’y opposa. Le prince Shōtoku et un autre ministre, Soga no Umako, soutinrent la nouvelle religion. Ils se battirent et le clan Soga sortit vainqueur. Moriya fut tué en 587.

 234. Cette parabole apparaît dans le vingt-septième chapitre du Sūtra du Lotus. Voir « tortue borgne » dans le glossaire.

 235. Sūtra du Lotus, chap. 14.

 236. Ibid.

 237. Ibid., chap. 5.

 238. Ibid., chap. 25.

 239. Ibid., chap. 28.

 240. Ibid.

 241. Ibid., chap. 20.

 242. Ibid.

 243. Ibid., chap. 10.

 244. On considère généralement qu’Aryadeva et Aryasimha sont respectivement en quinzième et vingt-quatrième position, dans la lignée des successeurs de Shakyamuni. Mais, si l’on compte Shakyamuni lui-même, alors cette lignée comprend au total vingt-cinq maîtres.

 245. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 246. Sūtra du Lotus, chap. 20.

 247. Dans cette comparaison, le poison correspond à la cause de l’illumination.

 248. Dans ce paragraphe, les termes employés dans la version originale ont été un peu développés pour plus de clarté.

 249. Cette histoire apparaît dans le Traité de la grande perfection de sagesse et ailleurs. Dans son existence passée, Shariputra pratiquait la voie du bodhisattva quand un brahmane le supplia de lui faire don de son œil. Shariputra le lui donna, mais le brahmane fut si écœuré par son odeur qu’il le jeta et l’écrasa. Voyant cela, Shariputra fut pris d’un tel désespoir qu’il renonça à sa pratique.

 250. Sūtra du Lotus, chap. 3.

 251. Les deux premiers des dix sujets de méditation formulés par Tiantai dans La Grande Concentration et Pénétration. Grâce aux méditations sur ces dix objets, on vise à s’éveiller aux limites des neuf états.

 252. Ce passage est développé dans les Annotations sur le Sūtra du Nirvana. Les trois obstacles sont les désirs terrestres, le karma et la rétribution.

 253. Sūtra du Lotus, chap. 14.

 254. Selon le Sūtra du Nirvana, le médicament prescrit par l’ancien médecin était nuisible pour la santé. À dessein de sauver les gens, le nouveau médecin persuada le roi d’utiliser des mesures radicales afin d’interdire l’usage du médicament.

 255. La phrase originale en japonais pourrait aussi être interprétée de la façon suivante : « Le Sūtra du Nirvana dit clairement que le Bouddha confie personnellement son enseignement au souverain [afin qu’il le protège], et dit que les personnes mauvaises devraient être vaincues avec des arcs et des flèches. »

 256. Il s’agit des pays emplis de gens qui ne désirent pas rechercher la Voie du Bouddha.

 257. Un des cinq principes de propagation. Voir glossaire.

 258. Chef militaire.

 259. Annotations sur le Sūtra du Nirvana.

 260. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 261. On trouve cette déclaration dans Le miroir sur la signification du milieu et de l’extrême. Des parties de cette œuvre perdue de Tokuitsu, 300moine de l’école Hossō, sont citées dans l’Essai sur la protection du pays, de Dengyō.

 262. Dans d’autres sūtras on peut lire que le Bouddha mesurait seize pieds, toutefois cette déclaration citée dans Le miroir sur la signification du milieu et de l’extrême mentionne cinq pieds.

 263. La source de cette citation n’a pas été retrouvée. Saichō est un autre nom de Dengyō.

 264. Kumarajiva accepta une invitation de Yaoxing, roi de la dynastie des Qin postérieurs, à se rendre à Zhangan, la capitale, en 401. Là, il s’engagea dans la traduction de nombreux écrits bouddhiques, du sanskrit en chinois.

 265. On trouve une déclaration similaire dans les Commentaires personnels sur les affaires concernant le prince Shōtoku, une œuvre de Kenshin, moine du XIIIe siècle du Hōryū-ji. Jōgū est un autre nom du prince Shōtoku.

 266. Il s’agit d’une référence à l’histoire du bodhisattva Toujours-Pleurant. Voir « Toujours-Pleurant » dans le glossaire.

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