Question : Quelle est l’Entité [ou substance] de Myōhō-renge-kyō ?
Réponse : Tous les êtres, aussi bien que leur environnement dans n’importe lequel des dix états, tout en étant des manifestations de l’Entité de Myōhō-renge-kyō, ne sont autres que cette Entité elle-même.
Question : Dans ce cas, peut-on dire que l’intégralité de l’Entité de la Loi merveilleuse est en tous les êtres vivants, tout comme elle est en chacun de nous ?
Réponse : C’est exact. Il est dit dans le Sūtra : « Cette réalité [ultime de tous les phénomènes] consiste en l’apparence, la nature, l’entité, le pouvoir, l’influence, la cause inhérente, la relation, l’effet latent, l’effet manifeste et leur cohérence du début jusqu’à la fin2. »
Le Grand Maître Miaole fait le commentaire suivant : « La réalité ultime se manifeste toujours dans tous les phénomènes, et tous les phénomènes se manifestent toujours dans les dix facteurs. Les dix facteurs se manifestent toujours dans les dix états, et les dix états se manifestent toujours dans la vie et son environnement3. »
Tiantai fit ce commentaire : « Tous les phénomènes consistant en dix facteurs, dix états et trois mille mondes sont des manifestations de l’Entité du Sūtra du Lotus4. »
Le Grand Maître Nanyue dit : « Question : “Que représente Myōhō-renge-kyō ?” Réponse : “Myō signifie que tous les êtres vivants sont myō, c’est-à-dire merveilleux. Hō indique que tous les êtres vivants sont hō, c’est-à-dire la Loi5.” » Tiantai dit aussi : « La Loi de tous les êtres vivants est merveilleuse6. »
Question : Si l’Entité de tous les êtres vivants est l’intégralité de l’Entité de la Loi merveilleuse, alors tous les actes et leurs rétributions dans les neuf états, de l’état d’enfer à celui de bodhisattva, sont-ils aussi l’Entité de la Loi merveilleuse ?
Réponse : Le principe merveilleux, qui est la nature fondamentale de la Loi [et de tous les phénomènes], possède deux aspects, l’un souillé et l’autre pur. Si l’aspect souillé prédomine, on l’appelle illusion. Mais, si l’aspect pur prédomine, on l’appelle illumination. L’illumination correspond à l’état de la bouddhéité. L’illusion à celui des êtres vivants.
Ces deux aspects, illusion et illumination, sont deux phénomènes différents, et pourtant tous deux sont l’œuvre d’un principe unique, la nature fondamentale de la Loi [et de tous les phénomènes], ou réalité essentielle. C’est comme un morceau de cristal. S’il est placé sous les rayons du soleil, il les attirera et provoquera un incendie. Mais, placé sous les rayons de la lune, il attirera la rosée. Le cristal est une seule chose, mais les effets qu’il produit varient selon les circonstances.
Il en va de même pour le principe merveilleux de la réalité essentielle. Il est unique mais, au contact de mauvaises influences, il prendra la forme de l’illusion, et, au contact de bonnes influences, celle de l’illumination. L’illumination correspond à la nature fondamentale de la Loi [et des phénomènes], et l’illusion, à son ignorance.
On pourrait comparer cela à une personne qui, dans un rêve, se voit en train 423d’accomplir divers actes, bons et mauvais. Au réveil, elle réalise qu’il ne s’agissait que d’un rêve produit par son propre esprit. Cet esprit qui est le sien correspond au principe unique de la nature fondamentale de la Loi [et des phénomènes], ou réalité essentielle, alors que le bien et le mal apparus dans le rêve correspondent [respectivement] à l’illumination et à l’illusion.
Lorsque l’on prend conscience de cela, il devient clair que l’on doit s’écarter de l’ignorance associée au mal et à l’illusion, et rechercher l’éveil qui se caractérise par le bien et l’illumination.
Il est dit dans le Sūtra de l’enseignement complet et définitif sur l’illumination parfaite : « Même les illusions et l’ignorance sans commencement qui affligent tous les êtres vivants sont indissociables de l’esprit parfaitement éveillé des Ainsi-Venus. »
Dans La Grande Concentration et Pénétration, Tiantai déclare : « Ignorance et illusions sont en elles-mêmes l’éveil à la nature fondamentale des phénomènes. Mais, sous l’influence des illusions, l’illumination se change en ignorance. » Le Grand Maître Miaole fait à ce sujet le commentaire suivant : « La vérité immuable n’a pas d’Entité qui lui soit propre, mais elle est absolument indissociable de l’ignorance ; et l’ignorance n’a pas d’Entité qui lui soit propre, mais elle est absolument indissociable de la vérité immuable7. »
L’ignorance est une condition illusoire qu’il faut éliminer, alors que l’illumination est la condition de principe que l’on doit mettre en évidence. Comment peut-on dire alors qu’ils ne forment qu’une unique Entité ? Pour dissiper les doutes à ce sujet, il faut bien comprendre les passages cités précédemment. La métaphore du rêve, développé dans le quatre-vingt-quinzième volume du Traité de la grande perfection de sagesse et celle du morceau de cristal, qui a été apportée par l’école de Tiantai8, sont de très intéressantes illustrations.
On trouve une autre preuve que l’ignorance et l’illumination constituent fondamentalement une unique Entité dans le passage du Sūtra du Lotus où il est dit : « Les phénomènes font partie de la Loi immuable, les caractéristiques de ce monde demeurent immuables (...)9. » On lit dans le Traité de la grande perfection de sagesse : « Illumination et ignorance ne sont pas différentes, ni distinctes. Comprendre cela est ce que l’on appelle la Voie du Milieu. »
De nombreux passages démontrent que le principe merveilleux de la réalité essentielle possède deux aspects, l’un souillé et l’autre pur. Mais nul ne peut dépasser celui du Sūtra de la Guirlande de fleurs où il est dit : « L’esprit, le Bouddha et tous les êtres vivants : ces trois sont sans distinction », ou bien le passage du Sūtra du Lotus qui décrit la réalité ultime de tous les phénomènes.
Le Grand Maître Nanyue dit : « L’entité de l’esprit est dotée de deux aspects, l’un souillé et l’autre pur. Cependant, elle n’a pas deux formes différentes, mais elle est par nature unique et sans distinction10. » Et il donne la métaphore du miroir11 qui constitue une explication détaillée à ce sujet. Pour une compréhension encore plus approfondie, on peut aussi se reporter à ses interprétations dans la Méthode de Concentration et de Pénétration du Mahayana.
On trouve une autre bonne explication dans le passage suivant du sixième volume des Annotations sur le Sens profond du Sūtra du Lotus : « Aussi longtemps que les trois mille mondes demeurent tous latents [chez les hommes du commun], on parle d’ignorance. Mais quand les trois mille mondes se manifestent tous comme le fruit [de la bouddhéité], alors on parle de bonheur éternel. Cependant, puisque les trois mille mondes demeurent en eux-mêmes inchangés, l’ignorance et l’illumination sont fondamentalement une. Puisque les trois mille mondes demeurent tous constants, ils possèdent à la fois l’Entité et sa fonction. »
424Ce commentaire clarifie parfaitement ce point.
Question : Si tous les êtres vivants sont des manifestations de l’Entité de Myōhō-renge-kyō, alors les hommes du commun qui, comme nous, sont dans l’ignorance et l’illusion, non éveillés et lents d’esprit, sont-ils tous aussi des manifestations de l’Entité de la Loi merveilleuse ?
Réponse : Aussi nombreux que soient les êtres humains qui peuplent le monde aujourd’hui, ils relèvent tous de deux catégories : ceux qui croient dans les enseignements provisoires et ceux qui croient dans l’enseignement véritable. On ne peut qualifier de manifestations de l’Entité de Myōhō-renge-kyō ceux qui croient dans les enseignements provisoires et opportuns, comme le Nembutsu. Mais ceux qui croient dans le Sūtra du Lotus, qui est l’enseignement véritable, sont des manifestations de l’Entité de Myōhō-renge-kyō, de l’Entité merveilleuse de la réalité essentielle. Il est dit dans le Sūtra du Nirvana : « Parmi tous les êtres vivants, ceux qui croient dans le Mahayana sont appelés les êtres du Mahayana. »
Dans ses annotations sur les Quatre pratiques paisibles, le Grand Maître Nanyue écrit : « Il est dit dans le Sūtra de la grande assiduité : “Les êtres vivants et l’Ainsi-Venu partagent un seul Corps du Dharma. D’une pureté et d’un merveilleux sans pareils, on l’appelle Myōhō-renge-kyō.” » Il dit aussi : « Ceux qui pratiquent le Sūtra du Lotus recherchent par ce seul acte de dévotion l’esprit doté de toutes sortes de fruits bénéfiques. Ces fruits se présentent instantanément et non pas graduellement au cours d’une longue période, tout comme la fleur de lotus qui possède déjà un grand nombre de graines lorsqu’elle s’ouvre. C’est pourquoi on appelle ces êtres vivants les êtres du Véhicule Unique. » Il dit également : « Les auditeurs et les bodhisattvas de facultés inférieures des deux véhicules choisissent de suivre la voie des moyens opportuns, en pratiquant des méthodes qui assurent une progression graduelle sur une longue période. Mais les bodhisattvas de facultés supérieures écartent clairement les moyens opportuns et n’accomplissent pas la pratique de la progression graduelle. S’ils peuvent accomplir la méditation fondée sur le Sūtra du Lotus, ils obtiendront par là même toutes sortes de fruits bénéfiques. On les appelle les êtres du Véhicule Unique. »
L’expression « pratique de la progression graduelle », citée dans ce commentaire de Nanyue, a été interprétée par les érudits de notre temps comme une référence à l’enseignement spécifique. Mais il s’agit en fait d’une référence à la voie des moyens opportuns, par opposition à la voie du Sūtra du Lotus qui est dotée simultanément des causes et des fruits. C’est pourquoi le terme « pratique de la progression graduelle » inclut l’enseignement parfait dispensé avant le Sūtra du Lotus12, les divers sūtras du Mahayana enseignés avant le Sūtra du Lotus et les sūtras du Mahayana et du Hinayana qui relèvent des enseignements subits et graduels.
À titre de preuve textuelle, nous pouvons citer le passage suivant du Sūtra aux sens infinis : « Puis j’ai enseigné les douze catégories des sūtras Vaipulya13, l’enseignement de la grande perfection de sagesse, et l’enseignement de la Guirlande de fleurs concernant la méditation sur le reflet à la surface de l’océan qui décrit la pratique du bodhisattva, laquelle dure de nombreux kalpa. »
Mais les bodhisattvas de facultés supérieures écartent clairement les moyens opportuns et n’accomplissent pas la pratique de la progression graduelle. Ils pratiquent le Sūtra du Lotus et, quand ils atteignent la vérité, ils obtiennent au même instant toutes sortes de fruits bénéfiques. On les appelle les êtres du Véhicule Unique.
En réfléchissant au sens de ces divers passages, nous découvrons que nul, parmi les hommes du commun et les sages des trois véhicules, des cinq véhicules14, des sept moyens opportuns, des neuf états, 425ou des quatre saveurs et des trois enseignements, ne peut être qualifié ni d’être du Mahayana, ni de manifestation de l’Entité de Myōhō-renge-kyō. Même s’il existe des bouddhas dans ces enseignements, il s’agit de bouddhas des enseignements provisoires et non de l’état de bouddhéité à proprement parler. En effet, les Trois Corps des bouddhas des enseignements provisoires15 ne se sont pas encore libérés de l’impermanence. Comment alors des êtres dans des états autres que celui de la bouddhéité pourraient-ils [être qualifiés de manifestations de l’Entité de Myōhō-renge-kyō] ? C’est pourquoi on dit qu’une personne d’humble condition née à l’époque de la Fin de la Loi est plus digne de respect que les rois et les hauts dignitaires ayant vécu durant les deux mille ans des époques de la Loi correcte et de la Loi formelle.
Nanyue dit dans son commentaire : « Tous les êtres vivants ont en eux-mêmes la resserre du Corps du Dharma, et ils ne sont donc en aucune façon différents du Bouddha16. » C’est pourquoi il est dit dans le Sūtra du Lotus : « Les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps et l’esprit purs et ordinaires que l’on a reçus de nos parents à la naissance sont identiques [à ceux du Bouddha]17. »
Nanyue écrit aussi : « Question : Dans quel sūtra le Bouddha explique-t-il les yeux et les autres organes des sens et les désigne-t-il par le nom d’Ainsi-Venu ? Réponse : Il est dit dans le Sūtra de la grande assiduité : “Les êtres vivants et l’Ainsi-Venu partagent le même Corps du Dharma. D’une pureté et d’un merveilleux sans pareils, on l’appelle Myōhō-renge-kyō18.” » Cela vient d’un autre sūtra que celui du Lotus mais, puisque ce dernier a par la suite clarifié le même point, il est légitime de le citer ici.
Si nous prenons le mot « partagent » utilisé dans ce passage du Sūtra de la grande assiduité pour l’appliquer à notre discussion, nous pouvons dire que ceux qui partagent le Sūtra du Lotus et y croient sont des manifestations de l’Entité de ce Sūtra merveilleux. Mais ceux qui ne le partagent pas, comme les croyants du Nembutsu, ne sont pas des manifestations de l’Entité du Sūtra merveilleux parce qu’ils se sont déjà détournés de leur nature de bouddha, c’est-à-dire de l’Ainsi-Venu du Corps du Dharma.
En son essence, l’Entité de Myōhō-renge-kyō est le corps physique que les disciples de Nichiren, moines et laïcs, qui croient dans le Sūtra du Lotus, ont reçu de leurs parents à la naissance. Ces personnes, qui écartent clairement les moyens opportuns, croient dans le seul Sūtra du Lotus et récitent Nam-myōhō-renge-kyō, transformeront les trois voies des désirs terrestres, du karma, et de la souffrance en trois vertus : celle du Corps du Dharma, celle de la sagesse et celle de la délivrance. La triple contemplation et les trois vérités se manifesteront immédiatement dans leur esprit19, et le lieu où ils vivent deviendra la Terre de la lumière éternellement paisible. Le Bouddha — Entité de Myōhō-renge-kyō du chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel, à la fois l’habitant et son domaine, la vie et son environnement, le corps et l’esprit, l’Entité et sa fonction, le Bouddha éternellement doté des Trois Corps — est dans les disciples de Nichiren, moines et laïcs. De telles personnes incarnent la véritable Entité de Myōhō-renge-kyō ; tout cela est entièrement dû aux actes méritoires découlant spontanément des pouvoirs transcendantaux inhérents à ces personnes. Qui oserait en douter ? Voilà qui ne peut être remis en cause !
Question : Le Grand Maître Tiantai a expliqué qu’on utilisait le terme Myōhō-renge dans deux sens différents, l’un désignant Myōhō-renge en tant qu’Entité et l’autre en tant que métaphore. Quels sont ces deux sens de renge ou lotus ?
Réponse : Le renge ou lotus, utilisé comme métaphore, est expliqué en 426détail à travers trois images : la fleur de lotus qui enveloppe la graine, la fleur de lotus qui s’ouvre pour révéler la graine en elle-même et la fleur de lotus qui tombe tandis que la graine mûrit. Il suffit donc de s’y reporter. Le lotus, comme Entité de Myōhō-renge, est expliqué ainsi dans le septième volume du Sens profond du Sūtra du Lotus : « Renge, ou le lotus, n’est pas un symbole ; c’est le nom réel de l’Entité. Ainsi, au début du kalpa de stabilité, les diverses choses en ce monde n’avaient pas de nom. Le sage observa les principes qui les gouvernaient et, sur cette base, leur attribua des noms. » Il écrit aussi : « Aujourd’hui, le mot renge n’est pas destiné à symboliser quoi que ce soit. C’est l’enseignement exposé dans le Sūtra du Lotus. L’enseignement exposé dans le Sūtra du Lotus est pur et non souillé et explique les subtilités de la cause et du fruit. On l’appelle donc renge, ou lotus. Ce nom désigne la véritable Entité révélée par la méditation fondée sur le Sūtra du Lotus. Ce n’est pas une métaphore. »
Le Grand Maître Tiantai écrit aussi : « Question : Le terme renge désigne-t-il le renge, ou lotus, qui se trouve au cœur de la méditation fondée sur le Sūtra du Lotus ? Ou désigne-t-il en fait une sorte de plante, le lotus ordinaire ?
« Réponse : Ce lotus désigne en fait la Loi. Mais, celle-ci étant difficile à comprendre, on introduit la métaphore de la plante, appelée lotus. Les personnes aux facultés supérieures saisiront immédiatement le principe en entendant le nom. Elles n’ont pas besoin de s’appuyer sur une métaphore mais saisissent directement le Sūtra du Lotus. Mais les gens aux facultés moyennes ou inférieures ne comprendront pas immédiatement. Il leur faut le biais d’une métaphore. Ainsi, on utilise l’image de la plante appelée lotus, facile à comprendre, pour clarifier le lotus difficile à comprendre qui correspond à l’essence du Sūtra du Lotus.
« Dans le Sūtra du Lotus, le Bouddha développa trois cycles d’enseignement en accord avec le degré de compréhension respectif des personnes aux facultés supérieures, moyennes et inférieures. Pour les personnes aux facultés supérieures, fut enseigné le renge ou lotus, en tant que nom de la Loi. Mais, pour celles qui avaient des facultés moyennes ou inférieures, le lotus a été utilisé comme métaphore ou symbole. Si l’on saisit bien que ce mot peut servir à la fois de nom pour désigner la Loi elle-même et de métaphore, selon les trois catégories de personnes auxquelles on s’adresse, alors la question ne se pose plus. »
Ce passage signifie que le principe suprême [la Loi merveilleuse] n’avait pas de nom à l’origine. Quand le sage observa les principes et assigna des noms à chaque chose, il perçut l’existence de cette Loi merveilleuse unique [myōhō] qui possède simultanément la cause et le fruit [renge], et il l’appela Myōhō-renge. Cette seule Loi de Myōhō-renge inclut en elle-même tous les phénomènes comprenant les dix états et les trois mille mondes, sans qu’il n’en manque aucun. Toute personne qui pratique la Loi obtiendra simultanément la cause et le fruit de la bouddhéité.
Le sage pratiqua en prenant cette Loi pour maître, atteignit l’illumination, et obtint donc simultanément et la cause et le fruit merveilleux de la bouddhéité, devenant l’Ainsi-Venu à l’illumination parfaite et aux vertus pleinement accomplies.
C’est pourquoi le Grand Maître Dengyō écrit : « Une seule manifestation de Myōhō-renge en un instant amène simultanément à maturation aussi bien la fleur de la cause que le fruit de l’effet. Les trois cycles d’enseignement employés par le Bouddha contiennent chacun à la fois le lotus en tant qu’Entité et le lotus en tant que métaphore. Le Sūtra du Lotus dans son ensemble comprend à la fois l’Entité et la métaphore. Remarquons notamment que les sept paraboles, les trois égalités et les dix points sans équivalence contiennent tous le lotus de l’Entité. On appelle Myōhō-427renge-kyō [le Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse] l’enseignement qui énonce parfaitement ce principe20. »
Le Grand Maître Miaole dit : « Quand on interprète les sept paraboles, il faut comprendre en chacune d’elles le renge, ou lotus, du point de vue de la doctrine des enseignements provisoires et de l’enseignement véritable. Pourquoi ? Parce que ces images du lotus expriment le fait que les enseignements provisoires ont été énoncés en fonction de l’enseignement véritable et qu’ils s’ouvrent afin de révéler cet enseignement véritable. Les sept paraboles doivent toutes être comprises de cette manière-là21. »
Au commencement du kalpa de stabilité existait une plante. Le sage observa son principe et lui attribua le nom de renge, ou lotus. Cette plante, le lotus, ressemble au principe de Myōhō-renge dans le sens où elle contient simultanément et la cause [la fleur] et le fruit [la graine]. C’est pourquoi la plante se vit attribuer le même nom que le principe. Le lotus qui pousse dans l’eau est une plante, qui peut être de variété rose ou blanche. Quand nous utilisons le lotus en tant que métaphore, c’est de cette plante qu’il s’agit. Elle aide à clarifier le difficile concept de Myōhō-renge. Voilà ce qu’entend le Grand Maître Tiantai lorsqu’il déclare que, grâce à cette métaphore, la Loi merveilleuse, difficile à comprendre, devient plus accessible.
Question : Depuis le kalpa de stabilité, quelqu’un s’est-il éveillé au lotus en tant qu’Entité de la Loi merveilleuse ?
Réponse : Le bouddha Shakyamuni22 s’éveilla à ce lotus qu’est l’Entité de la Loi merveilleuse il y a des kalpa et des kalpa de particules de poussière d’innombrables systèmes de mondes majeurs et, époque après époque, vie après vie, il déclara qu’il avait atteint la Voie et révéla le principe fondamental auquel il s’était éveillé grâce à sa sagesse éclairée.
En ce monde, il apparut également dans le royaume du Magadha, en Inde centrale, avec l’intention de révéler ce lotus de la Loi merveilleuse. Mais les gens n’avaient pas la capacité appropriée, et le moment n’était pas venu. Il établit donc des distinctions au sujet de ce lotus de la Loi unique qu’il présenta sous la forme de trois fleurs de sortes différentes, livrant aux êtres vivants les enseignements provisoires des trois véhicules. Pendant plus de quarante ans, il les guida et les dirigea avec ces enseignements temporaires, en fonction de leurs facultés. Durant cette période, prenant en compte la diversité des facultés de ceux auxquels il s’adressait, il leur octroya les diverses fleurs et plantes des enseignements provisoires, mais ne parla jamais de Myōhō-renge. C’est pourquoi, dans le Sūtra aux sens infinis, le Bouddha dit : « Dans le passé, je me suis assis sur le lieu de méditation, sous l’arbre de la bodhi [et j’ai pu atteindre l’illumination suprême parfaite. Mais], durant ces quelque quarante années, je n’ai pas encore révélé la vérité [tout entière]. »
Cependant, quand il enseigna le Sūtra du Lotus, il rejeta les diverses plantes et fleurs que représentaient les doctrines du Hinayana et les enseignements provisoires, qui correspondaient aux moyens opportuns des quatre saveurs et des trois enseignements, et il expliqua la doctrine unique de Myōhō-renge. Quand il ouvrit les trois lotus pour révéler l’unique lotus de Myōhō-renge, les gens des enseignements provisoires, dotés des quatre saveurs et des trois enseignements, purent acquérir le lotus de la première des dix étapes de sécurité. Ils durent attendre que soit exposé le lotus « qui ouvre ce qui est proche pour révéler ce qui est lointain » pour acquérir le lotus correspondant au résultat le plus élevé, en passant par la deuxième étape de sécurité, la troisième, (...), la dixième, puis par l’étape de l’illumination presque parfaite, pour atteindre finalement la plus haute étape, celle de l’illumination parfaite.
Question : Quels sont exactement les passages et les chapitres du Sūtra du Lotus 428qui présentent le lotus, Entité de la Loi merveilleuse, et quels sont ceux qui présentent le lotus en tant que métaphore ?
Réponse : Du point de vue des trois groupes d’auditeurs, on peut dire que l’ensemble du chapitre “Moyens opportuns” présente le lotus en tant qu’Entité de la Loi, alors que les chapitres “Analogies et paraboles” et “La parabole de la cité illusoire” présentent le lotus en tant que métaphore. Mais cela ne signifie pas pour autant que le lotus ne soit jamais utilisé comme image dans le chapitre “Moyens opportuns”, ni que les autres chapitres ne se réfèrent jamais au lotus en tant qu’Entité.
Question : Dans ce cas, quel passage offre une explication complète du lotus en tant qu’Entité ?
Réponse : Il est un passage du chapitre “Moyens opportuns” qui traite de la réalité ultime de tous les phénomènes.
Question : Comment savons-nous que, dans ce passage, il est question du lotus en tant qu’Entité ?
Réponse : Parce que Tiantai et Miaole le citent pour expliquer l’essence du Sūtra du Lotus. Et le Grand Maître Dengyō écrit aussi dans son commentaire : « Question : Quelle est l’essence du Sūtra du Lotus ? Réponse : Son essence est la réalité ultime de tous les phénomènes23. » Ce passage de commentaire clarifie ce point. (Les érudits de l’époque gardèrent ce commentaire secret et ne révélèrent pas le nom de l’Entité, mais il est ici clairement question de Myōhō-renge.)
De plus, une preuve factuelle de l’Entité est donnée par l’exemple des trois sortes de bouddhas24 décrits dans le chapitre “L’apparition de la Tour aux trésors”, des bodhisattvas qui émergèrent de la terre et de la fille du roi-dragon qui atteignit la bouddhéité sous sa forme présente. Les bodhisattvas sortis de la terre offrent une preuve factuelle parce que, comme il est dit dans un passage du Sūtra du Lotus : « [Ils ne sont pas souillés par les choses de ce monde,] comme la fleur de lotus sur l’eau25. » Nous apprenons ici quelle est l’Entité de ces bodhisattvas. Quant à la fille du roi-dragon, elle offre une preuve en apparaissant au pic de l’Aigle, « assise sur une fleur de lotus à mille pétales aussi large qu’une roue de chariot26 ».
De plus, les trente-quatre manifestations du bodhisattva Son-Merveilleux et les trente-trois manifestations du bodhisattva Sensible-aux-Sons-du-Monde constituent des preuves supplémentaires. En effet, comme le dit le commentaire [à propos de ce dernier] : « S’il n’avait pas acquis le mystérieux pouvoir de la liberté d’action parfaite grâce à la méditation fondée sur le Sūtra du Lotus, comment pourrait-il manifester ces trente-trois formes différentes27 ? »
Par ailleurs, il est un passage de Sūtra où il est dit : « Les caractéristiques du monde demeurent toujours. » Tous ces passages sont des preuves textuelles présentées par les érudits de notre temps. Mais, personnellement, je préfère citer le passage du chapitre “Moyens opportuns” sur la réalité ultime de tous les phénomènes et le passage du chapitre “Les pouvoirs transcendantaux de l’Ainsi-Venu” où il est fait référence à « toutes les doctrines détenues par l’Ainsi-Venu28 ». Ce dernier passage est aussi cité par le Grand Maître Tiantai dans le commentaire où il explique les cinq principes majeurs du Sūtra du Lotus. Je sens donc qu’il peut être présenté comme une preuve certaine de l’Entité de la Loi merveilleuse.
Question : Les preuves textuelles et les preuves factuelles que vous avez citées sont particulièrement convaincantes. Mais pourquoi mettre à ce point l’accent sur ce seul passage du chapitre “Les pouvoirs transcendantaux de l’Ainsi-Venu” ?
Réponse : Ce passage a un sens profond et donc particulièrement pertinent.
Question : Quel est son sens profond ?
Réponse : Dans ce passage, le bouddha Shakyamuni explique qu’il confie l’Entité des cinq caractères de Myōhō-renge-kyō, 429essence du Sūtra du Lotus, à ses disciples originels, les bodhisattvas sortis de la terre. L’Ainsi-Venu Shakyamuni, qui atteignit l’illumination il y a d’innombrables kalpa dans le passé, dit ailleurs : « Ce que je souhaitais depuis si longtemps est maintenant accompli. J’ai guidé tous les êtres vivants et je les ai tous conduits à entrer dans la Voie du Bouddha29. » Il a donc déjà accompli son vœu antérieur. Puis, dans l’intention de confier à ses disciples la tâche d’accomplir une large propagation dans la dernière [la cinquième] période30 de cinq cents ans après sa disparition, il convoqua les bodhisattvas sortis de la terre et leur confia l’essence du Sūtra, le lotus de l’Entité de l’enseignement essentiel. Ce passage présente le but ultime de l’apparition du bouddha Shakyamuni en ce monde, la Loi cachée à laquelle il s’est éveillé sur le lieu de méditation. C’est cet extrait qui donne la preuve que le lotus en tant qu’Entité permet à ceux qui vivent à l’époque de la Fin de la Loi d’atteindre la bouddhéité dans le présent et dans l’avenir.
De ce fait, en cette époque de la Fin de la Loi, à part l’envoyé de l’Ainsi-Venu, nul ne peut comprendre et citer ce passage comme preuve du lotus en tant qu’Entité. Son sens est véritablement secret. Il contient un point de grande importance et mérite clairement d’être honoré et admiré. Nam-myōhō-renge-kyō, Nam-myōhō-renge-kyō.
(Tel est le sens de l’affirmation31, contenue dans le Sūtra du Lotus, selon laquelle les bodhisattvas de l’enseignement parfait dispensé avant ce Sūtra se sont rassemblés, au nombre de quatre-vingt mille, avec le désir d’entendre l’enseignement de la possession parfaite.)
Question : Selon les doctrines de notre école, quand des personnes d’autres écoles veulent savoir quels passages prouvent que le lotus est l’Entité, quels extraits du Sūtra du Lotus faut-il citer ?
Réponse : Vous devriez citer le titre, Myōhō-renge-kyō, qui se trouve au commencement même de chacun des vingt-huit chapitres du Sūtra du Lotus.
Question : Mais qu’est-ce qui permet de dire que le titre Myōhō-renge-kyō, cité dans chaque chapitre, est le lotus en tant qu’Entité de la Loi merveilleuse ? Dans son interprétation du titre du Sūtra du Lotus, le Grand Maître Tiantai le présenta en effet comme une métaphore. Ne peut-on pas alors considérer qu’il s’agit du lotus en tant que métaphore ?
Réponse : Le renge, ou lotus, dans le titre du Sūtra, est décrit à la fois comme Entité et comme métaphore. Dans le commentaire auquel vous faites allusion, Tiantai explique le lotus en tant que métaphore. Il figure dans le premier volume du Sens profond [du Sūtra du Lotus] où Tiantai aborde les six métaphores de l’enseignement théorique et de l’enseignement essentiel. Mais, dans le septième volume de la même œuvre, il présente le lotus comme l’Entité de la Loi merveilleuse. La doctrine de Tiantai n’affiche donc pas le moindre défaut, puisqu’elle révèle les deux interprétations, expliquant le lotus dans le titre du Sūtra à la fois en tant qu’Entité et en tant que métaphore.
Question : Qu’est-ce qui permet de dire que l’on peut utiliser ces deux interprétations et que le titre peut être considéré à la fois comme Entité et comme métaphore ? Dans son explication des cinq caractères [chinois] Myōhō-renge-kyō, le Grand Maître Nanyue déclara : « Myō signifie que tous les êtres vivants sont myō, c’est-à-dire merveilleux. Hō indique que tous les êtres vivants sont hō, c’est-à-dire la Loi. Renge, ou lotus, est ici employé comme métaphore. » N’y a-t-il pas lieu de penser que Nanyue et Tiantai ont considéré l’un et l’autre le lotus comme une métaphore ?
Réponse : L’interprétation de Nanyue est semblable à celle de Tiantai. Les sūtras n’établissent pas de façon tout à fait claire que les deux interprétations sont possibles, autrement dit que l’on peut considérer le 430lotus à la fois en tant qu’Entité et en tant que métaphore. Mais Nanyue et Tiantai ont saisi ces deux sens en s’appuyant sur les traités de Vasubandhu et de Nagarjuna.
Ainsi, dans le Traité sur le Sūtra du Lotus, nous lisons : « Les mots Myōhō-renge ont deux sens. D’abord, ils désignent le lotus qui apparaît à la surface de l’eau. (...) La façon dont le lotus émerge de l’eau boueuse tient lieu de métaphore pour expliquer que, lorsque l’Ainsi-Venu rejoint la multitude des auditeurs, s’assied lui-même sur un lotus comme les divers bodhisattvas, et présente sa sagesse sans égale et l’état de pureté illuminé, les divers auditeurs, en l’entendant, peuvent accéder à sa resserre secrète. Ensuite, les mots Myōhō-renge désignent le lotus qui s’ouvre. [Cette métaphore explique que] les êtres vivants, bien qu’ayant entendu les enseignements du Mahayana, ont un esprit timoré et craintif, et ne peuvent avoir foi en eux. C’est pourquoi l’Ainsi-Venu “ouvre” ou révèle la pureté et l’aspect merveilleux de son Corps du Dharma, éveillant en eux la foi. »
Dans l’expression « les divers bodhisattvas », le mot « divers » indique que les bodhisattvas des enseignements du Mahayana et du Hinayana comprennent, pour la première fois, le lotus du Bouddha, en arrivant sur la scène où est enseigné le Sūtra du Lotus. Cela ressort clairement du passage du Traité sur le Sūtra du Lotus que je viens de citer. L’affirmation32 que les bodhisattvas avaient déjà accédé [à l’illumination] grâce aux divers sūtras n’était donc rien de plus qu’un moyen opportun.
Tiantai explique ainsi ce passage du Traité sur le Sūtra du Lotus : « Pour expliquer le sens du traité, nous pourrions dire que, afin de permettre aux êtres vivants de saisir la pureté et l’aspect merveilleux du Corps du Dharma, l’Ainsi-Venu leur montre le lotus qui s’ouvre sous l’effet d’une cause merveilleuse. Et, quand l’Ainsi-Venu se mêle à la multitude des auditeurs et s’assied sur un lotus, il indique que la terre apparue comme une récompense merveilleuse est en soi le lotus33. »
Par ailleurs, quand Tiantai souhaite donner une double interprétation du lotus, en tant qu’Entité et métaphore, il cite le passage du Sūtra de la Grande Collection où il est dit : « Je m’incline maintenant en signe de vénération devant le lotus du Bouddha. » Il cite aussi le passage du Traité sur le Sūtra du Lotus qui vient d’être cité pour accréditer sa position. Il explique : « Selon le Sūtra de la Grande Collection, le lotus est à la fois la cause et l’effet de la pratique de la Loi. Quand les bodhisattvas s’assoient sur le lotus, il s’agit du lotus de la cause. Mais le lotus du Bouddha devant lequel on s’incline en signe de vénération est le lotus de l’effet. Toujours selon le Traité sur le Sūtra du Lotus, la terre qui nous entoure est le lotus. Autrement dit, en pratiquant la Loi du Lotus, les bodhisattvas peuvent obtenir, comme fruit de leur pratique, la terre du lotus. Cela signifie que le monde objectif et l’être subjectif qui l’habite, la cause [le bodhisattva] et l’effet [le Bouddha], sont tous la Loi de renge, ou lotus. À quoi bon alors employer des métaphores ? C’est que les êtres à l’esprit lent ne peuvent comprendre le lotus de la nature essentielle des phénomènes, et l’on introduit donc un lotus ordinaire à titre de métaphore pour les aider. Quel inconvénient y a-t-il à cela34 ? »
Ailleurs, il dit : « Si on ne se sert pas du lotus, quelle autre métaphore employer pour les enseignements les plus divers que nous venons de décrire ? La Loi et la métaphore s’expliquent l’une l’autre, c’est pourquoi on les désigne par la formule Myōhō-renge35. »
On lit encore dans le Traité de la grande perfection de sagesse du bodhisattva Nagarjuna : « Le lotus représente à la fois la Loi elle-même et une métaphore pour la désigner. » Pour expliquer les passages des traités de Vasubandhu et de Nagarjuna, le Grand Maître Dengyō écrit : « Le Traité sur le Sūtra du Lotus dit que le lotus de ce qu’on 431appelle Myōhō-renge-kyō a deux sens. Il ne dit pas qu’un lotus ordinaire correspond à deux choses différentes. Ce qu’il y a d’admirable ici, en définitive, c’est que la Loi et la métaphore utilisée pour la désigner se ressemblent. Si tel n’était pas le cas, en quoi la métaphore pourrait-elle aider à en saisir le sens ? C’est pourquoi il est dit dans le Traité de la grande perfection de sagesse que le lotus est à la fois la Loi elle-même et une métaphore pour la désigner. Une seule manifestation de Myōhō-renge en un instant amène simultanément à maturation aussi bien la fleur de la cause que le fruit de l’effet. Ce concept est difficile à saisir mais, en utilisant une métaphore, on peut en faciliter la compréhension. On appelle Myōhō-renge-kyō l’enseignement qui énonce ce principe dans sa totalité36. »
Les passages de traités et les explications que nous venons de citer clarifient les choses et il faut donc les étudier attentivement. Rien n’est caché ni maintenu secret, et la double explication, présentant le lotus à la fois comme Entité et métaphore, est donc entièrement exposée.
En dernière analyse, le Sūtra du Lotus signifie que la métaphore n’est autre que l’Entité de la Loi et que l’Entité de la Loi n’est autre que la métaphore. C’est pourquoi le Grand Maître Dengyō dit dans son commentaire : « Le Sūtra du Lotus contient un grand nombre de métaphores et de paraboles. Mais les paraboles majeures sont au nombre de sept. Ces sept paraboles ne sont autres que l’Entité de la Loi, et l’Entité de la Loi n’est autre que ces métaphores ou paraboles. Il n’y a donc pas d’Entité de la Loi en dehors des métaphores et des paraboles, et il n’y a pas de métaphores ou de paraboles en dehors de l’Entité de la Loi. En d’autres termes, l’Entité de la Loi désigne le principe théorique de la nature fondamentale des phénomènes, alors que les métaphores et les paraboles représentent l’Entité de la Loi merveilleuse, telle qu’elle se manifeste dans les phénomènes réels. Les manifestations ne sont autres que le principe théorique et le principe théorique n’est autre que les manifestations. On peut donc dire que la Loi et ses métaphores constituent une seule Entité. C’est pourquoi les passages des traités et des annotations de l’école Tendai présentent tous le lotus à la fois comme la Loi elle-même et comme une métaphore pour la désigner37. »
Le sens de ce passage est parfaitement clair, et il n’est donc pas nécessaire que j’y ajoute quoi que ce soit.
Question : Du vivant de l’Ainsi-Venu, qui parvint à percevoir le lotus en tant qu’Entité de la Loi ?
Réponse : Durant la période des quatre saveurs et des trois enseignements qui précédèrent le Sūtra du Lotus, on trouvait les personnes des trois véhicules, des cinq véhicules, des sept moyens opportuns, et des neuf états, et les bodhisattvas de l’enseignement parfait provisoire, ainsi que le bouddha de cet enseignement. Mais, à l’exception du Bouddha du chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel, aucune de ces personnes, pas plus que le bouddha de l’enseignement théorique, n’avait même entendu citer le nom du lotus en tant qu’Entité, alors qu’il est présenté dans l’enseignement essentiel, et ils s’y étaient donc d’autant moins éveillés.
Durant les quelque quarante premières années de son enseignement, le Bouddha n’avait pas clarifié la doctrine du lotus de l’illumination inégalée qui révèle le remplacement des trois véhicules par le Véhicule Unique. C’est pourquoi il est dit dans le Sūtra aux sens infinis : « Pour finir, ils ne parviendront pas à l’illumination inégalée », ce qui signifiait que le lotus du remplacement des trois véhicules par le Véhicule Unique, révélé par le Bouddha dans l’enseignement théorique, ne fut jamais exposé dans la période précédant l’enseignement du Sūtra du Lotus. Il révéla alors d’autant moins le lotus en tant qu’Entité, celui qui « ouvre ce qui est proche pour révéler 432ce qui est lointain », « la véritable identité difficile à concevoir », « la fusion de la réalité et de la sagesse », celui qui est « originellement inhérent et non créé ». Comment Maitreya et les autres, instruits et convertis par le Bouddha sous sa forme provisoire, auraient-ils pu avoir la moindre compréhension à ce sujet ?
Question : Qu’est-ce qui permet de dire que les bodhisattvas de l’enseignement parfait [provisoire] exposé avant le Sūtra du Lotus ou que les bodhisattvas de l’enseignement parfait exposé dans l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus n’étaient pas éveillés au lotus en tant qu’Entité de l’enseignement essentiel ?
Réponse : Les bodhisattvas de l’enseignement parfait exposé avant le Sūtra du Lotus n’ont pas compris le lotus de l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus, et les bodhisattvas de l’enseignement parfait énoncé dans l’enseignement théorique n’ont pas compris le lotus de l’enseignement essentiel.
Tiantai dit : « Même les successeurs du Bouddha des enseignements provisoires ne connaissent pas ceux qui ont été instruits par le Bouddha de l’enseignement théorique, et les gens instruits par ce Bouddha ne connaissent pas ceux qui ont été instruits par le Bouddha de l’enseignement essentiel38. » Le Grand Maître Dengyō explique : « Il s’agit là d’une voie directe mais non de la grande voie directe39. » Il dit aussi : « En effet, ils n’ont pas encore compris la grande voie directe vers l’illumination40. » Ce qu’indiquent ces passages est clair.
Les bodhisattvas des enseignements antérieurs au Sūtra du Lotus ou de l’enseignement théorique ont, en un sens, éradiqué l’illusion et sont parvenus à la compréhension de la vérité. Néanmoins, à la lumière de l’enseignement essentiel, ils n’ont fait que dissiper temporairement l’illusion et ne sont pas passés à la dimension ultérieure. On dit donc qu’en fait ils n’ont pas dissipé l’illusion.
Par conséquent, même si l’on dit que les bodhisattvas avaient déjà obtenu l’accès [à l’illumination] grâce aux divers sūtras, le terme « obtenir l’accès » ne s’applique ici que dans un sens provisoire afin de souligner l’infériorité des résultats obtenus par les personnes des deux véhicules. De ce fait, même les grands bodhisattvas des enseignements antérieurs au Sūtra du Lotus et de l’enseignement théorique ne parviennent à s’éveiller au lotus du Bouddha qu’au contact de l’enseignement essentiel, et ne dissipent véritablement l’illusion qu’en entendant les enseignements du chapitre “Durée de la vie”.
À propos d’un passage du chapitre “Surgir de terre”, où il est fait mention d’une période équivalant à cinquante petits kalpa qui, grâce aux pouvoirs transcendantaux de l’Ainsi-Venu, ne paraît durer qu’une demi-journée aux membres de l’assemblée, le Grand Maître Tiantai dit : « Les éveillés comprirent que ce qui semblait court était en fait une longue période de cinquante petits kalpa. Mais, pour ceux qui étaient dans l’illusion, cette longue période parut aussi courte qu’une demi-journée41. »
À son tour, Miaole a développé ce commentaire : « Les bodhisattvas se sont déjà libérés de l’ignorance et ce sont donc eux qui figurent ici “les éveillés”. Mais les êtres ordinaires n’ont pas encore progressé au-delà du rang des personnes de mérite42, et sont donc présentées comme “étant dans l’illusion43”. »
Le sens de ces passages est tout à fait clair : les bodhisattvas des enseignements antérieurs au Sūtra du Lotus et de l’enseignement théorique étaient en fait encore dans l’illusion, et seuls les bodhisattvas sortis de la terre méritaient le nom d’« éveillés ».
Néanmoins, à l’époque actuelle, certains adeptes de l’école Tendai, lorsqu’ils évoquent l’enseignement essentiel et l’enseignement théorique, déclarent qu’il n’y a pas de différence entre les deux et prétendent, dans leur interprétation des 433passages précédemment cités, que les gens instruits et convertis par le Bouddha provisoire doivent être inclus dans la catégorie des « éveillés ». C’est là une grossière erreur d’interprétation. Le sens du passage du Sūtra et de ses commentaires étant parfaitement clair, je vois mal comment on peut faire une déclaration aussi insensée.
En examinant le passage du chapitre “Surgir de terre”, nous découvrons qu’il y est dit que les bodhisattvas sortis de la terre louèrent l’Ainsi-Venu pendant une période de cinquante petits kalpa mais que, pour les membres de l’assemblée du pic de l’Aigle instruits par le Bouddha provisoire, cela ne parut pas davantage qu’une demi-journée.
Dans son explication, Tiantai introduit les termes « êtres éveillés » et « êtres dans l’illusion ». Il explique que, les membres de l’assemblée instruits par le Bouddha provisoire étant dans l’illusion, ils crurent en conséquence qu’il ne s’était pas écoulé plus d’une demi-journée, ce qui était une interprétation erronée de la réalité. En revanche, les bodhisattvas sortis de la terre étaient les éveillés et ils perçurent donc que le temps écoulé correspondait à une durée de cinquante petits kalpa, ce qui était l’interprétation correcte de la réalité.
Miaole développe ce commentaire en appelant « éveillés » les bodhisattvas qui s’étaient libérés de l’ignorance, et « êtres encore dans l’illusion » ceux qui ne s’en étaient pas encore affranchis. C’est bien ce qui ressort des citations précédentes. Des érudits prétendent que, parmi les bodhisattvas instruits par le Bouddha provisoire, certains avaient atteint la première étape de sécurité ou l’avaient dépassée dans le cours de leur pratique de bodhisattva, et s’étaient donc libérés de l’ignorance. Ils s’expriment ainsi parce qu’on leur avait enseigné que les divers sūtras antérieurs au Sūtra du Lotus offraient un moyen d’atteindre la bouddhéité, alors qu’ils n’en offraient en réalité aucun.
Ceux qui ont reçu soit les enseignements antérieurs au Sūtra du Lotus, soit l’enseignement théorique, peuvent en un sens atteindre l’étape de l’illumination parfaite mais, du point de vue du véritable Bouddha du chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel, ils figurent dans l’assemblée parmi les êtres dans l’illusion ou dans les rangs des êtres de mérite. Les Trois Corps du Bouddha, présentés dans les enseignements provisoires, n’ont pas encore échappé au monde de l’impermanence, et ils ne sont donc en réalité que des bouddhas illusoires, tels qu’on peut en voir dans un rêve.
Tant que ceux qui ont reçu les enseignements antérieurs au Sūtra du Lotus ou l’enseignement théorique n’ont pas encore été formés à l’enseignement essentiel, il faut considérer qu’ils n’ont pas encore dissipé l’illusion. Mais dès qu’ils ont reçu cet enseignement, ils peuvent accéder à la première étape de sécurité.
Miaole fait le commentaire suivant : « Quand le Bouddha dépasse son statut provisoire et révèle sa véritable identité, tous les auditeurs entrent dans la première étape de sécurité44. » Voilà qui peut paraître en contradiction avec les propos précédents selon lesquels ces auditeurs seraient des êtres de mérite. Ceux qui ont reçu les enseignements antérieurs au Sūtra du Lotus ou l’enseignement théorique sont dans la catégorie des êtres dans l’illusion.
Ce sont des bouddhas et des bodhisattvas qui ne se sont pas encore libérés de l’ignorance. C’est tellement vrai, tellement vrai !
Nous voyons donc que, une fois révélé le chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel, tous les participants à l’assemblée du pic de l’Aigle se sont éveillés au lotus en tant qu’Entité. Ceux des deux véhicules, les icchantika ou personnes à l’incroyance incorrigible et les groupes prédestinés45 ainsi que les femmes et les hommes mauvais, tous s’éveillèrent au lotus du Bouddha éternel.
À propos du lotus de « la grande cause unique » [de l’apparition du Bouddha en ce 434monde], le Grand Maître Dengyō écrit : « L’essence du Sūtra du Lotus, “la grande cause unique”, est la révélation du lotus. Le mot “unique” signifie qu’il s’agit de la seule réalité. Le mot “grande” indique qu’elle est vaste et inclut tout par nature. Et le mot “cause” renvoie au fonctionnement de la nature fondamentale des phénomènes. Cette unique grande raison, ou “cause ultime”, est le principe ou l’enseignement, la sagesse [intellectuelle], la pratique de l’enseignement parfait, ou bien encore le Corps du Dharma, la sagesse [intuitive], et la délivrance offerte par l’enseignement parfait. Grâce à cela, les être du Véhicule Unique, des trois véhicules, des groupes prédestinés, du groupe non prédestiné, ceux qui croient dans les enseignements bouddhiques, ceux qui croient dans les enseignements non bouddhiques, ceux qui n’ont aucun désir de devenir bouddha, et ceux qui ne peuvent pas croire dans l’enseignement correct, tous ces êtres, sans exception, sont conduits dans le monde de la sagesse qui pénètre tous les phénomènes. Ainsi, cette “grande cause unique” ouvre la porte de la sagesse du Bouddha à tous les êtres, la leur montre, les incite à s’y éveiller, et les amène à y entrer, et tous atteignent ainsi la bouddhéité46. »
Cela signifie que les êtres prétendues mauvais tels que les femmes, les icchantika, ceux des groupes prédestinés et ceux des deux véhicules, tous ont pu s’éveiller au lotus de l’Entité de la Loi merveilleuse, au pic de l’Aigle.
Question : À notre époque de la Fin de la Loi, qui a acquis le lotus en tant qu’Entité ?
Réponse : En observant la situation du monde d’aujourd’hui, nous voyons que nombreux sont ceux qui ont acquis l’entité du grand enfer Avīci, mais que nul n’a obtenu le lotus du Bouddha. Cela est dû au fait que les gens croient dans les moyens opportuns des enseignements provisoires qui ne peuvent pas mener à l’illumination et au fait qu’ils calomnient le véritable lotus, l’Entité du Sūtra du Lotus.
Le Bouddha dit : « Si quelqu’un n’accorde pas foi à ce Sūtra et au contraire le dénigre, il réduira aussitôt à néant toutes les graines qui lui auraient permis en ce monde de devenir un bouddha. (...) Il se retrouvera dans l’enfer Avīci47. »
Tiantai fait ce commentaire : « Ce Sūtra [du Lotus] permet aux graines de la bouddhéité inhérente aux êtres situés dans les six voies de s’ouvrir. Mais, si l’on calomnie le Sūtra, alors les graines seront détruites48. »
Moi, Nichiren, je voudrais dire ceci. Il existe un lien entre le Sūtra du Lotus et les graines de la bouddhéité inhérente aux êtres dans chacun des dix états. Mais calomnier ce Sūtra équivaut à détruire les graines de la bouddhéité chez les êtres dans chacun des dix états. Une personne [qui se comporte ainsi] est sans aucun doute vouée à tomber dans l’Enfer aux souffrances incessantes. Quand pourrait-elle espérer en sortir ?
Ceux qui suivent les enseignements de Nichiren rejettent clairement les doctrines erronées des enseignements provisoires et les théories fausses des maîtres égarés et, en toute sincérité, croient dans les doctrines et l’enseignement corrects du bon maître. Ils peuvent donc acquérir le lotus de l’Entité et manifester le principe merveilleux de l’Entité de la Terre de la lumière éternellement paisible parce qu’ils ont foi dans les paroles d’or du Bouddha dont il est question dans le chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel et qu’ils récitent Nam-myōhō-renge-kyō.
Question : Les Grands Maîtres tels que Nanyue, Tiantai et Dengyō employèrent le Sūtra du Lotus pour propager largement l’enseignement parfait du Véhicule Unique, mais ils ne récitèrent pas Nam-myōhō-renge-kyō. Pourquoi ? Cela signifie-t-il qu’ils ne connaissaient pas le lotus en tant qu’Entité, ou qu’ils ne le comprenaient pas ?
435Réponse : On dit que le Grand Maître Nanyue était une manifestation du bodhisattva Sensible-aux-Sons-du-Monde et que le Grand Maître Tiantai était une manifestation du bodhisattva Roi-de-la-Médecine49. S’il en est ainsi, ils étaient donc présents au pic de l’Aigle quand le Bouddha enseigna le chapitre “Durée de la vie” de l’enseignement essentiel et s’éveillèrent au lotus en tant qu’Entité. Mais, lorsqu’ils apparurent dans le monde [respectivement en tant que Nanyue et Tiantai], ils savaient que le moment n’était pas approprié pour propager la Loi merveilleuse. C’est pourquoi ils substituèrent aux mots « Loi merveilleuse » le terme « concentration et pénétration » et s’engagèrent plutôt dans la méditation sur les trois mille mondes en un instant de vie et dans la pratique de la triple contemplation en un instant de vie. Mais même ces grands maîtres récitèrent Nam-myōhō-renge-kyō à titre de pratique personnelle, et comprirent intérieurement que ces mots étaient la vérité.
Ainsi, dans sa Méthode de repentance par la méditation du Sūtra du Lotus50, le Grand Maître Nanyue emploie les mots Nam-myōhō-renge-kyō. Le Grand Maître Tiantai emploie les mots Nam-byōdō-daie-ichijō-myōhō-renge-kyō51, Keishu-myōhō-renge-kyō52, et Kimyō-myōhō-renge-kyō53. Et le document54 concernant le vœu émis par le Grand Maître Dengyō sur son lit de mort contient les mots Nam-myōhō-renge-kyō.
Question : La preuve que vous venez de présenter est tout à fait claire. Mais, si ces hommes connaissaient la vérité, et nous avons la démonstration que ce fut le cas, pourquoi alors ne l’ont-ils pas fait connaître largement ?
Réponse : Il y a deux raisons à cela. Tout d’abord, le moment approprié n’était pas encore venu. Ensuite, ces hommes n’étaient pas les personnes à qui cette tâche avait été confiée.
Les cinq caractères de Myōhō-renge-kyō constituent la grande Loi pure qui serait propagée largement à l’époque de la Fin de la Loi. Et elle fut confiée aux grands bodhisattvas surgis de la terre, en nombre égal aux particules de poussière de mille mondes. Voilà pourquoi Nanyue, Tiantai et Dengyō, bien qu’ayant clairement perçu la vérité, laissèrent le soin au guide et maître de la Fin de la Loi de la propager largement, tout en s’abstenant eux-mêmes de le faire.
Lettre d’accompagnement
Question : Le lotus de l’Entité de la Loi merveilleuse est difficile à comprendre, et il faut donc utiliser une métaphore pour clarifier sa signification. Mais sur quel exemple, pris dans les sūtras, peut-on ici s’appuyer ?
Réponse : Il est dit dans le Sūtra : « (...) sans se laisser souiller par les choses de ce monde, comme la fleur de lotus sur l’eau. Surgis de la terre55(...). » C’est l’indication que les bodhisattvas sortis de la terre sont le lotus de l’Entité de la Loi merveilleuse, et que le lotus est utilisé ici comme métaphore. Mais je vous écrirai encore à ce sujet à l’avenir.
Cet enseignement représente le principe ultime du Sūtra du Lotus. C’est le but ultime de l’apparition de l’Ainsi-Venu Shakyamuni, ainsi que l’essence du Sūtra du Lotus, confié aux grands bodhisattvas qui surgirent de la terre pour le propager largement à l’époque de la Fin de la Loi. Quand le souverain de ce pays croira, cette doctrine pourra alors être révélée. Mais, en attendant, elle demeurera un enseignement caché. Moi, Nichiren, je viens juste de vous le transmettre à vous, Sairen-bō.
Nichiren