Soka Gakkai Bibliothèque du bouddhisme de Nichiren

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ÉCRITS: 66 Choisir en fonction du moment

( pp.541 - 598 )

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 1. Sūtra du Lotus, chap. 7.

 2. Ibid.

 3. Ibid., chap. 2.

 4. Dans le texte apocryphe sur la Conversion des barbares, Laozi (Lao Tseu) est décrit à la naissance avec des cheveux blancs et l’apparence d’un vieillard.

 5. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 6. C’est une allusion au quinzième chapitre du Sūtra du Lotus. En voyant les bodhisattvas sortis de la terre, Maitreya et d’autres membres de l’assemblée se demandent comment, en quarante ans, depuis son illumination sous l’arbre de la bodhi, le Bouddha a pu parvenir à former et à entraîner tant de nobles et majestueux bodhisattvas. C’est, déclare en substance Maitreya, comme si un jeune de vingt-cinq ans désignait un centenaire en disant : « Voici mon fils. »

 7. Ou neuf mondes.

 8. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 9. Ibid., chap. 3.

 10. Ibid., chap. 10.

 11. Ibid., chap. 14.

 12. Ibid., chap. 20.

 13. Ibid.

 14. Ibid., chap. 13.

 15. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 16. Annotations sur le Sūtra du Nirvana.

 17. Il s’agit là des personnes à qui le bouddha Shakyamuni enseigna le Sūtra de la Guirlande de fleurs, juste après son illumination.

 18. Au parc des Gazelles (skt. Mrigadava), près de Varanasi (ou Bénarès), Shakyamuni donna sa première prédication (le « Sermon de Bévarès ») lequel fait partie des sūtras Agama. Le terme Agama, dans la tradition chinoise, désigne les enseignements du Hinayana.

 19. Une des cinq sortes de vision — les yeux du corps, l’œil céleste, l’œil de la sagesse, l’œil du Dharma et l’œil du Bouddha. « L’œil du Bouddha » désigne ici les sūtras qui constituent l’enseignement de Shakyamuni.

 20. Le Bouddha est souvent comparé au soleil parce qu’il dissipe l’ignorance des hommes du commun.

 21. Période où les gens sont sûrs d’atteindre l’illumination en pratiquant les enseignements du Bouddha.

 22. Période où les gens pratiqueront la méditation afin de percevoir la vérité.

 23. Période où les gens se concentreront sur l’étude et la récitation des sūtras et écouteront des enseignements à ce sujet.

 24. Période où l’on bâtit de nombreux temples et stupas.

 25. Cela correspond au début de l’époque de la Fin de la Loi. La dernière des cinq périodes de cinq cents ans est décrite comme une ère de conflits.

 26. On trouve ces remarques dans le Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur, de Daochuo.

 27. Cette explication se trouve dans l’œuvre de Hōnen, Choix du Nembutsu par-dessus tout.

 28. Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur de Daochuo.

 29. Éloge de la renaissance dans la Terre pure.

 30. Ibid.

 31. Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur de Daochuo.

 32. Sūtra du Lotus, chap. 23.

 33. Ibid., chap. 17.

 34. Ibid., chap. 14.

 35. Ibid., chap. 10.

 36. Ibid., chap. 14.

 37. Ibid., chap. 23.

 38. Ibid., chap. 13. Ces trois dernières citations décrivent précisément les trois puissants ennemis qui attaqueront les pratiquants du Sūtra du Lotus à l’époque mauvaise de la Fin de la Loi.

 39. Selon le vingt et unième chapitre du Sūtra du Lotus, les êtres célestes s’écrièrent au milieu du ciel que, dans le monde saha, un bouddha nommé Shakyamuni enseignait le Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse, Sūtra mémorisé par les bouddhas, qui les encourageait tous à faire preuve d’obéissance et à offrir l’aumône au bouddha Shakyamuni. Puis les divers êtres prononcèrent tous ces paroles : « Gloire à toi, bouddha Shakyamuni ! Gloire à toi, bouddha Shakyamuni ! » Le cœur du Sūtra du Lotus étant la Loi de Nam-myōhō-renge-kyō qui permit à tous les bouddhas d’atteindre la bouddhéité, Nichiren déclare que les divers êtres des mondes des dix directions s’étaient tous écriés : « Nam-myōhō-renge-kyō, Nam-myōhō-renge-kyō ! »

 40. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 41. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 42. Essai sur la protection du pays.

 43. Katsu désigne un ancien royaume qui s’étendait de la Mandchourie à la Corée du Nord. Selon les cartes anciennes, « ce pays situé à l’est de Tang et à l’ouest de Katsu » correspondait au Japon.

 44. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 45. Cette histoire apparaît dans le Sūtra sur la causalité du passé et du présent.

 46. Il s’agit là d’une allusion à un document où l’empereur Wu (464-549), premier dirigeant de la dynastie des Liang, faisait le vœu de ne pas suivre la voie du Dao. En fait, il y disait qu’il préférerait sombrer dans les mauvaises voies pendant une longue période pour s’être opposé au bouddhisme (tout en formant néanmoins un lien avec lui), plutôt que de renaître dans le ciel en adoptant les enseignements non bouddhiques. Cette histoire apparaît dans les Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration. Udraka Ramaputra était un ermite et maître de méditation du yoga, le deuxième maître sous la direction duquel Shakyamuni pratiqua. On dit qu’il renaquit dans le plus élevé des quatre royaumes du monde sans forme.

 47. On considérait tous les hommes cités dans ce paragraphe et dans les deux précédents comme figurant parmi les vingt-quatre successeurs dans la lignée de Shakyamuni.

 48. Ce passage traite des « trois critères de comparaison » énoncés par Tiantai pour établir la supériorité du Sūtra du Lotus sur les autres sūtras. « Savoir si, oui ou non, le processus d’enseignement avait été révélé dans sa totalité » correspond au deuxième critère ; la révélation de « la relation originelle entre maître et disciple » correspond au troisième critère ; et « les enseignements qui mènent ou non à l’illumination » correspond au premier.

 49. Le mot utilisé par Nichiren pour désigner l’Inde, Gasshi comprend également l’Asie centrale.

 50. Cela correspond à l’année 67 de notre ère qui, selon la tradition, est l’année de l’introduction du bouddhisme en Chine, sous le règne de l’empereur Ming, pendant la dynastie des Han postérieurs.

 51. Ici, « les enseignements exotériques et ésotériques » correspondent à une classification des enseignements de Shakyamuni selon leur mode de transmission : il y a les enseignements secrets et les autres. Les enseignements secrets sont ici qualifiés d’« ésotériques », alors que les autres enseignements correspondent aux enseignements « exotériques ».

 52. Désignation par Tiantai des divers systèmes de classification utilisés par les différentes écoles durant la période des dynasties du Nord et du Sud.

 53. La doctrine de l’école Faxiang en Chine.

 54. Royaume situé sur le versant sud des monts Tienshan. Il fut conquis en 640 par l’empereur Taizong.

 55. Selon la tradition, on considère que le bouddhisme fut introduit au Japon en 552, lors de la treizième année du règne de l’empereur Kimmei.

 56. L’empereur Kimmei est aujourd’hui considéré comme le vingt-neuvième empereur parce que le règne du quinzième souverain, celui de l’impératrice Jingū, n’est plus considéré comme un règne officiel. À l’époque de Nichiren, elle était cependant incluse dans la lignée et c’est pourquoi l’empereur Kimmei est présenté ici comme le trentième souverain.

 57. Il est fait mention du séjour de Shanwuwei au Japon dans la Brève histoire du Japon du moine Kōen (XIIe siècle) du mont Hiei et dans les Biographies de moines éminents de l’ère Genkō par le moine Zen Kokan Shiren (1278-1346). Même s’il n’existe pas de preuve absolue que Shanwuwei se rendit effectivement au Japon, on pense que cette tradition était largement acceptée au temps de Nichiren.

 58. Ce vœu consiste à propager l’enseignement bouddhique correct et à mener les gens vers l’illumination.

 59. Ce débat se tint au temple Takaosan, à Kyōto, en 802.

 60. Cette référence de Nichiren à la « méditation parfaite » et à la « sagesse parfaite » est liée aux trois entraînements : discipline morale (préceptes), discipline mentale (méditation) et sagesse. Tiantai se consacra à la pratique de la méditation et de la sagesse sur la base du Sūtra du Lotus, tout en continuant cependant à suivre les préceptes du Hinayana.

 61. Il s’agit de la cérémonie d’ordination où sont conférés les dix préceptes majeurs et les quarante-huit préceptes mineurs, énoncés dans le Sūtra du filet de Brahma. Cette cérémonie d’ordination, qui se tint au temple Takaosan en 805, concerna huit moines, notamment Dōshō et Shuen.

 62. Huizong (1082-1135) et Qinzong (1100-1161) furent les huitième et neuvième empereurs de la dynastie des Song du Nord. Les « barbares du nord » étaient les Jurchen, un peuple nomade de Mandchourie, qui établit la dynastie des Chin, dans le nord de la Chine. Ils s’emparèrent de la capitale des Song, Kaifeng, en 1126.

 63. Gaozong (1107-1187) fut le premier empereur de la dynastie des Song du Sud. Linan correspond aujourd’hui à la ville de Hangzhou.

 64. Il est question ici de l’invasion mongole de 1274.

 65. Sūtra aux sens infinis.

 66. Classification des façons de venir à l’existence. Voir « quatre modes de naissance » dans le glossaire.

 67. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 68. Annotations sur le Sūtra du Nirvana.

 69. Dammira (sanskrit inconnu) était un roi du Cachemire, en Inde, qui détruisit les temples et les stupas bouddhiques dans son royaume. On dit que, lorsqu’il tua le maître bouddhiste Aryasimha, il perdit son bras droit et mourut sept jours plus tard.

 70. Fadao (1086-1147) était un moine de la Chine des Song. Quand l’empereur Huizong, adepte de l’enseignement du Dao, s’évertua à faire disparaître le bouddhisme, Fadao lui adressa des remontrances, ce qui lui valut d’être marqué au visage et exilé à Daozhou. Il fut par la suite gracié, mais Huizong fut capturé par les forces d’invasion des Chin et conduit en Mandchourie où il vécut jusqu’à sa mort, en 1135.

 71. La dernière des chaînes de montagnes concentriques qui forment un cercle autour du mont Sumeru. Elle est citée ici pour suggérer l’invincibilité.

 72. La clé précieuse du trésor secret.

 73. Sūtra du Lotus, chap. 17.

 74. Ibid., chap. 11.

 75. Ibid., chap. 14.

 76. Ibid., chap. 26.

 77. Ibid., chap. 14.

 78. Il s’agit du tremblement de terre qui eut lieu le vingt-troisième jour du huitième mois de 1257, et de la comète qui apparut le cinquième jour du septième mois de 1264.

 79. L’apparition de Nagarjuna après la disparition de Shakyamuni est prédite dans le Maya-sūtra et dans le Lankavatara-sūtra.

 80. La strophe en quatre vers dont il est ici question est la suivante : « Nous considérons toutes choses comme “vacuité” / car elles sont interdépendantes à l’origine / Elles “n’existent que par le seul nom” / Telle est la Voie du Milieu. »

 81. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 82. La Grande Concentration et Pénétration.

 83. Annotations sur le Sens profond du Sūtra du Lotus.

 84. Un passage de ce genre apparaît dans le Supplément aux trois œuvres majeures de Tiantai, écrit par Congyi, un érudit de l’école Tiantai de la Chine des Song, mais on n’a cependant pas retrouvé la citation exacte.

 85. Comparaison entre les enseignements exotériques et ésotériques.

 86. Les « événements réels » concernent ici les événements mentionnés dans le Sūtra du Lotus. Ainsi, dans le troisième chapitre, le Bouddha prédit que Shariputra atteindrait l’illumination dans l’avenir sous le nom de bouddha Éclat-Fleuri. Quant au douzième chapitre, il dépeint l’atteinte de l’illumination par la fille du roi-dragon et prédit l’illumination future d’une personne mauvaise, Devadatta.

 87. Les traductions antérieures à Xuanzang (602-664) sont qualifiées de « traductions anciennes ». Celles de Xuanzang et celles qui ont suivi sont appelées les « nouvelles traductions ».

 88. Biographies des moines éminents de la dynastie des Liang.

 89. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus. « Le sage » dont il est question dans cette citation est en fait Vasubandhu. Miaole découvrit une erreur dans le commentaire du Sūtra du Lotus de Vasubandhu intitulé Traité sur le Sūtra du Lotus, et il l’attribua au traducteur. Dans ce contexte, Nichiren utilise la déclaration de Miaole pour désigner le Bouddha. C’est pourquoi il dit, dans le paragraphe suivant, « mais la faute n’en est pas imputable au Bouddha ».

 90. Le premier point, « les causes et les conditions », consiste à interpréter les mots et les phrases du Sūtra du point de vue des causes et des conditions qui poussèrent le Bouddha à les exposer ; le deuxième, « les enseignements corrélatifs », consiste à interpréter les mots et les phrases du Sūtra du point de vue des quatre enseignements de la doctrine et des cinq périodes ; le troisième, « l’enseignement théorique et l’enseignement essentiel », consiste à les interpréter à la lumière des enseignements théorique et essentiel du Sūtra du Lotus, et le quatrième, « l’observation de l’esprit », à percevoir la vérité au sein de son propre esprit grâce à la pratique de la méditation.

 91. Ce passage fait référence à une maxime chinoise selon laquelle un sage n’apparaît qu’une fois tous les mille ans et un homme de valeur, une fois seulement tous les cinq cents ans.

 92. On trouve cette citation dans la Compilation des cent enseignements du Grand Maître Tiantai, par Zhangan, le successeur de Tiantai.

 93. Biographie du Grand Maître Tiantai Zhizhe de la dynastie des Sui. Daoxuan (596-667) était le fondateur de la branche Nanshan de l’école Lü, devenue Ritsu au Japon.

 94. Essai sur les cinq enseignements de l’école Huayan.

 95. L’histoire de Hanguang, Bukong et du moine indien apparaît dans les Biographies des moines éminents de la dynastie des Song, à la suite de la biographie de Hanguang (dates inconnues), que l’on considère comme l’un des six disciples principaux de Bukong.

 96. Dans le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus on peut lire : « Le peuple Lu ne reconnut pas la grandeur de Confucius. Ainsi ceux qui ne sont pas conscients de la valeur des enseignements de Tiantai sont comparables au peuple de Lu. »

 97. Les estrades d’ordination du Tōdai-ji à Nara, du Yakushi-ji dans la province de Shimotsuke, et du Kanzeon-ji à Kyūshū.

 98. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 99. Unité de mesure dans l’Inde ancienne. Voir glossaire.

 100. Ancienne unité de mesure au Japon. Voir glossaire.

 101. Selon l’école Hossō, il s’agit de la période Agama, de la période de la vacuité et de la période de la Voie du Milieu.

 102. L’école Hossō divise les êtres humains en cinq groupes selon la capacité religieuse innée de chacun. Voir glossaire.

 103. Les quatre enseignements et les cinq enseignements : classifications des enseignements du Bouddha. Ces deux doctrines placent le Sūtra de la Guirlande de fleurs et le Sūtra du Lotus en premier.

 104. Le souverain mentionné ici est l’empereur Kammu. Cette phrase fait indirectement l’éloge de Dengyō, qui révéla et défendit la vérité contenue dans l’enseignement du Sūtra du Lotus à l’époque de ce souverain.

 105. Cela signifie que les Trois Grandes Lois Cachées apparaissent dans le passage du Sūtra du Lotus où l’on lit le Sūtra à la lumière de sa vérité essentielle.

 106. Cela indique à quel point il était difficile d’atteindre l’Inde à partir de la Chine à cette époque-là. On dit que Xuanzang est mort et renaquit à six reprises durant son voyage périlleux jusqu’en Inde.

 107. Manière de compter de l’Inde ancienne. Voir glossaire.

 108. Pendant trois asamkhya kalpa, les bodhisattvas accomplissent les six paramita et les dix mille pratiques pour apporter des bienfaits aux autres et atteindre l’illumination presque parfaite. Shakyamuni est né dans une vie passée en tant que prince Sattva et il donna son corps à une tigresse affamée pour qu’elle puisse être sauvée, ainsi que sa progéniture.

 109. Les trois grandes difficultés consistent à réfuter les doctrines du Nembutsu, du Zen et du Shingon, qui sont expliquées par la suite.

 110. Il s’agit de l’une des huit merveilles de l’océan décrites dans le Sūtra du Nirvana. « Les cadavres » représentent les icchantika, personnes à l’incroyance incorrigible ; les moines qui commettent les quatre fautes impardonnables (tuer, voler, avoir des rapports sexuels et mentir) ; les gens qui commettent les cinq transgressions capitales ; et ceux qui calomnient les enseignements du Mahayana.

 111. Il s’agit d’une référence à un passage du Sūtra de la Guirlande de fleurs où le dieu de la terre refuse de protéger trois sortes de personnes : ceux qui causent la mort de leur roi, ceux qui manquent de piété filiale envers leurs parents, et ceux qui nient la loi de cause et effet ou calomnient les Trois Trésors du bouddhisme.

 112. Le prince Dōjo, fils de l’empereur Gotoba, entré dans le clergé. De manière plus générale, c’est ainsi que l’on désigne un empereur ou un prince retiré, entré dans le clergé. Le prince Dōjo vivait à Ninna-ji, un temple Shingon, à Kyōto. Omuro est une autre façon de désigner le Ninna-ji.

 113. Les administrateurs dont il est ici question sont ceux du temple principal de l’école Shingon, au mont Kōya, ceux du sanctuaire de Kumano, et d’ailleurs.

 114. Le miroir sacré est l’un des trois symboles du trône impérial japonais, les autres étant le sabre et le joyau. Le miroir disparut dans un incendie, en 960.

 115. Le sabre fut perdu en 1185 à la bataille de Danno’ura, dans laquelle le clan des Minamoto vainquit le clan Taira.

 116. Les cinq honorés désignent les cinq rois de sagesse « vidyaraja » des enseignements ésotériques du Shingon. Ils s’appellent : Acala ; Trailokyavijava ; Kundali ; Yamantaka ; et Vajrayaksa. Présentés comme des personnages colériques, on dit qu’ils triomphent des obstacles.

 117. Selon le Traité de la grande perfection de sagesse, un kalpa est plus long que le temps qu’il faudrait pour user un cube de pierre de quarante ri de côté (un ri mesurant environ six cents mètres), en imaginant qu’une nymphe céleste descende sur lui et l’effleure d’un morceau de tissu une fois tous les cent ans.

 118. Kenshin (1130-1192) fut le soixante et unième grand patriarche de l’Enryaku-ji. Il se convertit aux enseignements de la Terre pure alors qu’il était encore le grand patriarche d’un temple Tendai.

 119. Hōnen fut exilé à Tosa, en 1207, par l’empereur retiré Gotoba, qui échoua par la suite dans sa tentative de se rebeller contre le shogunat de Kamakura, incident connu sous le nom des troubles de l’ère Jōkyū.

 120. Les trois mystères du corps, de la parole et de l’esprit. Voir glossaire.

 121. En 819, Dengyō fit part à l’empereur de son désir d’établir une estrade d’ordination du Mahayana sur le mont Hiei. Sa requête suscita une vive opposition des moines des six écoles de Nara.

 122. Kōbō se rendit en Chine, en 804. Dengyō fit partie de la même flottille mais il voyagea sur un autre bateau.

 123. L’école Kegon adopte une classification comparative appelée « les dix doctrines », plaçant les enseignements du Kegon à la dixième place, soit la plus élevée, et le Sūtra du Lotus à la neuvième. Imitant « les dix doctrines », Kōbō formula « les dix étapes de l’esprit ». La dixième étape est l’étape de l’éveil à la vérité ésotérique, c’est-à-dire à la bouddhéité. Kōbō affirma que seuls les enseignements de l’école Shingon correspondaient à cette étape et relégua les doctrines du Kegon et du Tendai, respectivement aux rangs de neuvième et de huitième étape.

 124. La clé précieuse du trésor secret. Cette déclaration signifie que les nombreuses écoles se prétendent toutes le véhicule de la bouddhéité, mais que leurs doctrines se révèlent superficielles par rapport à la doctrine de l’école Shingon.

 125. Ibid. Cette déclaration représente une comparaison entre le bouddha Shakyamuni et le bouddha Mahavairochana.

 126. Comparaison entre les enseignements exotériques et ésotériques. Sur la base du Sūtra des six paramita, Kōbō divisa tous les enseignements bouddhiques en cinq catégories qu’il compara aux cinq saveurs : lait frais, crème, lait caillé, beurre et ghee. Il comparait les sūtras du Mahayana, notamment le Sūtra du Lotus, à la quatrième saveur, celle du beurre, et les enseignements du Shingon au ghee, la saveur la plus raffinée.

 127. Ibid. Kōbō calomnie tout particulièrement Tiantai, qui élabora la classification « des cinq périodes et des huit enseignements » et compara la période du Sūtra du Lotus et du Sūtra du Nirvana à la saveur la plus raffinée, celle du ghee. Sur cette base, Kōbō accusa Tiantai d’avoir volé la doctrine du Zhenyan.

 128. Prajna (en chinois Bore) était originaire du Cachemire. Il se rendit à Canton, en 781, et à Zhangan, en 790. Il traduisit un grand nombre d’œuvres, notamment le Sūtra des six paramita.

 129. La condamnation du moine Tokuitsu, de l’école Hossō, est citée dans l’Essai sur la protection du pays. La réfutation de Dengyō apparaît aussi dans la même œuvre.

 130. Traité sur le Sūtra du Lotus.

 131. Traité sur la grande perfection de sagesse.

 132. « Les autres » ici sont Shakyamuni, Nagarjuna, Vasubandhu et d’autres qui comparèrent le Sūtra du Lotus au ghee.

 133. Ces anecdotes sont mentionnées dans Mémoires historiques de Sima Qian. Dan, le seigneur de Zhou, était un frère cadet de l’empereur Wu, de la dynastie des Zhou. Il engagea un certain nombre de réformes dans les affaires de l’État et donna des fondations fermes à la dynastie. Il aspirait à trouver des personnes vertueuses et redoutait tant de manquer d’égard envers quelqu’un qu’il allait jusqu’à recevoir les visiteurs alors qu’il se lavait les cheveux ou alors qu’il était en plein repas. Nichiren cite cet exemple pour expliquer l’importance d’être attentif aux autres.

 134. Shōgaku-bō est un autre nom de Kakuban (1095-1143), précurseur de la branche de la Nouvelle Doctrine de l’école Shingon. Dembō-in est le temple qu’il établit sur le mont Kōya. Après avoir été déplacé à Negoro, il devint le temple principal de la branche de la Nouvelle Doctrine.

 135. Dans cette citation, le bouddha de la non-dualité du Mahayana désigne le bouddha Mahavairochana, qui représente l’unité essentielle du Plan de la matrice et du Plan du diamant. Le bouddha aux Trois Corps d’âne ou de bœuf désigne le bouddha Shakyamuni, qui exposa les enseignements exotériques. Les Trois Corps du bouddha sont le Corps du Dharma, le Corps de rétribution et le Corps de manifestation. Le mandala en deux Plans désigne le mandala du Plan du diamant et le mandala du Plan de la matrice, objets de vénération des enseignements ésotériques.

 136. L’histoire suivante, à propos de l’érudit Bhadraruchi, se fonde sur un passage du Voyage en Occident.

 137. Cérémonie d’initiation où l’on asperge d’eau la tête de la personne initiée.

 138. Il s’agit probablement d’une référence au Récit du Bouddha et des patriarches des diverses dynasties. Selon ce récit, quand l’empereur Suzong de la dynastie des Tang interrogea le moine Huizhong sur la méditation où il n’y a pas de distinction entre soi et les autres, Huizhong répondit que l’empereur devrait marcher sur la tête du Bouddha.

 139. Sanjie, plus connu sous le nom de Xinxing (540-594), fut le fondateur de l’école Sanjie, ou école des Trois Étapes, qui prospéra durant la dynastie des Sui. Fondant ses calculs sur l’une des nombreuses théories ayant cours en son temps, Xinxing prétendit que le début de l’époque de la Fin de la Loi se situait en 550. Il affirma aussi que, dans ce monde dégénéré, il n’y avait pas d’autre alternative que de pratiquer l’enseignement universel qui n’établissait pas de distinction entre l’efficacité des divers sūtras. Il soutenait que la nature de bouddha était inhérente à tous les êtres vivants. L’école acquit une énorme richesse matérielle qui lui fut finalement confisquée ; elle fut bannie en 713.

 140. En ce qui concerne les cinq autres écoles, An’nen classa l’école Sanron en cinquième position, l’école Hossō en sixième, l’école Ritsu en septième, l’école Jōjitsu en huitième, et l’école Kusha en neuvième.

 141. Également appelé Ichijō Shikan-in. Autre nom de Kompon Chūdō, le temple principal bâti sur le mont Hiei.

 142. Il s’agit des moines du Zhenyan : Zongrui, Choanya, Yuanzheng, Ichen, Faquan, Boayue, Kan et Weijin.

 143. Guangxiu (771-843) fut le huitième patriarche dans la lignée de l’école Tiantai en Chine. C’était un disciple de Daosui, l’un des maîtres chinois du Grand Maître Dengyō. Weijuan (dates inconnues) était disciple de Guangxiu.

 144. La section de Tōtō est l’une des trois sections dont relève le mont Hiei, les deux autres étant Saitō et Yokawa. C’est dans la section principale de Tōtō que se trouve le Kompon Chūdō (shikan-in), à l’origine de ce qui fut plus tard l’Enryaku-ji, et d’autres grands temples. Jikaku fonda le Sōji-in dans cette section en 851, dont il fit le centre de la pratique ésotérique.

 145. Sūtra du Nirvana.

 146. Commentaire sur le Sūtra des dix étapes.

 147. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 148. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 149. Selon la tradition, une représentation du Bouddha, haute de cinq pieds, réalisée par Udayana, roi du Kaushambi et contemporain de Shakyamuni, en Inde, se mit à marcher, et un tableau du Bouddha, réalisé par [Kashyapa] Matanga, enseigna les sūtras. Au Japon, les Biographies de l’ère Genkō relatent qu’une représentation du bodhisattva Maitreya, dans un temple de la province de Yamato, prévint un garde qu’on s’apprêtait à le voler, et elles relatent aussi qu’une représentation du bouddha Maître-de-la-Médecine, enchâssée au Teiden-ji, dans la province de Tōtōmi, lança un appel au secours depuis le fond d’une rivière, ce qui lui permit d’être sauvée.

 150. Subhadra fut le dernier disciple du bouddha Shakyamuni, converti juste avant la disparition du Bouddha. Selon le Traité de la grande perfection de sagesse, Subhadra fit un rêve où tous les gens perdaient la vue, le soleil tombait du ciel, les mers s’asséchaient, et le mont Sumeru était renversé par un vent puissant. Il s’éveilla, saisi de frayeur. Comme Subhadra ne pouvait déterminer le sens de ce rêve, un être céleste apparut et lui dit que le Bouddha entrerait cette nuit-là dans le nirvana. Alors, Subhadra se rendit auprès de Shakyamuni pour qu’il le forme à ses enseignements.

 151. « Graine-de-Soleil » est un autre nom de Shakyamuni, qui apparaît dans le Recueil des sūtras sur les existences antérieures du Bouddha. Quand Shakyamuni naquit, son père fit appel à un brahmane qui rendit un oracle concernant l’avenir de l’enfant. Le brahmane appela alors le bébé « Graine-de-Soleil ».

 152. Référence à l’invasion mongole de 1274, qui s’est produite un an avant que Nichiren écrive Choisir en fonction du moment.

 153. Les empereurs retirés Juntoku et Tsuchimikado, fils de Gotoba, furent respectivement exilés sur l’île de Sado et dans la province de Tosa.

 154. Sūtra du Lotus, chap. 25.

 155. Les moines du mont Hiei avaient aussi accompli des rituels de prière ésotériques pour la défaite du shogunat de Kamakura.

 156. Nichiren se réfère aux désastres naturels qui ont ravagé le Japon à cette époque. Ils sont énumérés dans Les raisons d’écrire Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays.

 157. Il s’agit d’une référence à l’invasion mongole.

 158. Ces rébellions se sont manifestées sous la forme du coup d’État infructueux de Hōjō Tokisuke contre son demi-frère cadet, le régent Hōjō Tokimune, en 1272.

 159. Les huit écoles sont les écoles Sanron, Hossō, Kegon, Kusha, Jōjitsu, Ritsu, Tendai et Shingon, auxquelles s’ajoutent l’école Zen et l’école Jōdo.

 160. Il s’agit en fait d’une citation de Miaole, extraite des Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 161. Cette histoire apparaît dans le Sūtra de la protection. Le roi Kriki était le père du bouddha Kashyapa, sixième des sept bouddhas du passé, le dernier d’entre eux étant Shakyamuni. Un jour, il rêva de dix singes. Neuf d’entre eux harcelaient les habitants de la ville, leur dérobaient nourriture et boisson, et poursuivaient leur entreprise de saccage destructeur. Cependant, l’un des dix ne se joignit pas à eux mais demeura assis sur un arbre. Cela lui valut d’être torturé et chassé de la communauté des singes. Quand le roi Kriki interrogea le bouddha Kashyapa sur ce rêve, le Bouddha dit : « Il concerne l’époque de la Fin de la Loi suivant la disparition du bouddha Shakyamuni. Les dix moines représentent ses dix sortes de disciples, seul l’un d’entre eux étant un véritable shramana (pratiquant) qui renonce au monde et s’efforce de rechercher la voie. »

 162. Selon le Voyage en Occident, le roi Mihirakula attaqua Baladitya, un roi bouddhiste du Magadha, mais fut finalement capturé lui-même. Relâché grâce à l’intervention de la mère bienveillante de Baladitya, Mihirakula s’enfuit au Cachemire dont il tua par la suite le roi. Il attaqua ensuite Gandhara dont il détruisit les temples et les stupas. De ce fait, au moment de sa mort, la terre se mit à trembler, une tempête éclata, et il tomba dans l’Enfer aux souffrances incessantes.

 163. Wuzong (814-846) fut le quinzième empereur de la dynastie des Tang. En 845, sous l’ère Huichang, il fut à l’origine d’une persécution contre les enseignements bouddhiques à l’échelle de tout le pays.

 164. L’œuvre de Dengyō, Clarification des préceptes, compare les érudits des six écoles de Nara aux six sortes de parasites qui dévorent et détruisent l’enseignement du Bouddha.

 165. Taira no Munemori (1147-1185) fut un chef du clan Heike qui occupait une position élevée à la Cour. Dans la bataille entre les Heike et les Genji à Danno’ura, il fut capturé et dut s’humilier devant Kajiwara Kagetoki (mort en 1200), un guerrier du clan Genji qui provenait à l’origine du clan Heike.

 166. Yadoya Mitsunori (dates inconnues) était un haut fonctionnaire du gouvernement de Kamakura. On dit qu’il figura parmi les sept personnes qui purent approcher le moine séculier du Saimyō-ji, Hōjō Tokiyori, lorsque ce dernier était sur son lit de mort.

 167. Nichiren parle ici à dessein de faire brûler les temples et exécuter les moines afin de faire sentir à Hei no Saemon combien est grave la faute de s’opposer à l’enseignement correct. Cependant, dans son traité Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays, Nichiren explique le sens du passage du Sūtra du Nirvana qui décrit le meurtre de moines calomniateurs. Il dit : « Selon les enseignements bouddhiques, avant Shakyamuni, les moines calomniateurs auraient encouru la peine de mort. Mais, depuis l’époque de Shakyamuni, Celui-qui-peut-endurer, il est interdit dans l’enseignement des sūtras de faire des offrandes aux moines calomniateurs. » Il exhorta le régent en place à mettre un terme au soutien public accordé aux moines du Nembutsu et du Zen qui s’opposaient à l’enseignement du bouddha Shakyamuni. Il l’avertit que, dans le cas contraire, le Japon courrait à sa destruction.

 168. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 169. Deuxième caste la plus élevée parmi les castes de l’Inde ancienne. Voir glossaire.

 170. L’incident concernant le rouleau du cinquième volume du Sūtra du Lotus eut lieu lorsque Hei no Saemon vint avec ses hommes arrêter Nichiren, le douzième jour du neuvième mois de 1271. Ce cinquième volume contient le chapitre “Exhortation à la persévérance” où il est prédit que les pratiquants du Sūtra du Lotus seront attaqués à coups de canne et de bâton et confrontés aux trois puissants ennemis.

 171. « Grand Homme » est une expression qui désigne le Bouddha.

 172. On trouve cette histoire dans le Voyage en Occident. Gunaprabha apprit d’abord les enseignements du Mahayana mais, par la suite, régressa jusqu’aux enseignements du Hinayana. Quand il rencontra Maitreya dans le ciel Tushita, il se montra si arrogant qu’il refusa de se laisser instruire par lui.

 173. Le Brahmane-au-Ventre-de-Fer était un brahmane arrogant du sud de l’Inde qui prétendait posséder toutes les sortes de sagesse dans son ventre. Craignant que ce ventre n’éclate, il attacha autour une plaque de fer.

 174. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 175. Sūtra du Lotus, chap. 23.

 176. Ibid.

 177. C’est à ce bodhisattva que Shakyamuni enseigna le Sūtra de la révélation des profonds secrets.

 178. Nagabodhi fut le quatrième des huit premiers patriarches reconnus plus tard par l’école Zhenyan [devenue l’école Shingon au Japon.] Il existe différentes versions concernant sa vie, et certains érudits nient même qu’il ait réellement existé.

 179. Le roi Satavahana fut un roi du sud de l’Inde qui apparut environ sept siècles après la disparition de Shakyamuni. Il se convertit aux enseignements de Nagarjuna, et apporta protection et soutien au bouddhisme du Mahayana.

 180. Kashyapa est le bodhisattva auquel Shakyamuni adresse le chapitre “Le bodhisattva Kashyapa” du Sūtra du Nirvana. Les cinquante-deux sortes d’êtres sont ceux qui se sont rassemblés à l’assemblée du Sūtra du Nirvana.

 181. Ces dix moines éminents, dont Fayun (467-529), classaient le Sūtra de la Guirlande de fleurs en premier, le Sūtra du Nirvana en deuxième et le Sūtra du Lotus en troisième.

 182. On trouve cette image dans le vingt-troisième chapitre du Sūtra du Lotus.

 183. Ibid.

 184. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 185. Animal sauvage imaginaire apparaissant dans une légende de la Chine ancienne. Voir glossaire.

 186. Clarification des écoles fondées sur la doctrine de Tiantai.

 187. Sūtra du Lotus, chap. 3.

 188. Ibid., chap. 28.

 189. Ibid.

 190. Ibid., chap. 13.

 191. Ibid.

 192. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 193. Sūtra du Lotus, chap. 14.

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Choisir en fonction du moment


Par Nichiren, disciple du bouddha Shakyamuni


Texte

Points de repère


Ce traité, considéré comme l’un des cinq traités majeurs de Nichiren, fut écrit au mont Minobu lors de la première année de Kenji (1275) et confié à un croyant nommé Yui, qui habitait à Nishiyama, dans la province de Suruga. Comme beaucoup de ses œuvres importantes, Nichiren l’a conçu sous forme d’un dialogue entre un hypothétique questionneur et lui-même. Après son retour d’exil de Sado, lors du quatrième mois de 1274, Nichiren avait rencontré Hei no Saemon, qui représentait le régent Hōjō Tokimune, et lui avait adressé une remontrance. Par la suite, cette troisième et dernière remontrance n’ayant pas été prise en compte par le gouvernement, Nichiren se retira pour vivre dans la forêt, sur le mont Minobu. Lors du dixième mois de 1274, les forces mongoles entreprirent d’envahir le Japon, conformément à ce que Nichiren avait annoncé à Hei no Saemon lors de leur rencontre. La nouvelle de cette invasion, la première dans l’histoire du Japon, provoqua un choc profond. Et, même si cette tentative s’était finalement révélée infructueuse, la population était terrorisée à l’idée que les Mongols lancent une seconde attaque dès que l’occasion s’en présenterait. C’est au cœur de cette situation inconfortable que Nichiren écrivit Choisir en fonction du moment.

Dans le titre Choisir en fonction du moment, le « moment » désigne l’époque de la Fin de la Loi, où la « Loi pure » de l’enseignement de Shakyamuni était vouée à s’obscurcir et à se perdre et où « la grande Loi pure » de Nam-myōhō-renge-kyō devait être propagée.

Nichiren présente dans un autre écrit les cinq principes de propagation du bouddhisme : l’enseignement, la capacité des gens, le moment, le pays, et l’ordre de propagation. Choisir en fonction du moment s’attache surtout au moment (le troisième principe).

Dans cet écrit, Nichiren fait référence aux cinq périodes de cinq cents ans citées dans le Sūtra de la Grande Collection pour définir les principales étapes de l’histoire du bouddhisme durant les deux mille cinq cents ans suivant la disparition de Shakyamuni : dans la première période de cinq cents ans de l’époque de la Loi correcte, Mahakashyapa, Ananda et d’autres encore propagèrent les enseignements du Hinayana en Inde ; dans la seconde période de cinq cents ans de l’époque de la Loi correcte, on vit apparaître Nagarjuna, Vasubandhu et d’autres encore, qui propagèrent les enseignements provisoires du Mahayana ; dans la première période de cinq cents ans de l’époque de la Loi formelle, le Grand Maître Tiantai apparut en Chine et propagea l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus ; dans la seconde période de cinq cents ans de l’époque de la 542Loi formelle, le Grand Maître Dengyō propagea l’enseignement théorique au Japon et établit l’estrade d’ordination pour conférer les préceptes du Mahayana. Les cinq cents premières années de l’époque de la Fin de la Loi sont le moment où, selon le Sūtra de la Grande Collection, « la Loi pure sera obscurcie et perdue ». Nichiren proclame que, durant cette période, la grande Loi pure se propagera à grande échelle dans le monde entier.

Nichiren déclare ensuite que celui qui propage les enseignements du Sūtra du Lotus à l’époque de la Fin de la Loi est le pratiquant du Sūtra du Lotus, doté des trois vertus de souverain, de maître et de parent.

Il décrit ainsi la Loi qui se propagera à l’époque de la Fin de la Loi : « Aussi incroyable que cela puisse paraître, dans le texte du Sūtra du Lotus, il est clairement question d’une Loi correcte, la plus profonde et la plus cachée, une Loi explicitement exposée par le Bouddha qui n’a cependant jamais été encore propagée depuis sa disparition ni par Mahakashyapa, Ananda, Ashvaghosha, Nagarjuna, Asanga ou Vasubandhu, ni même par Tiantai ou Dengyō. »

La seconde partie du traité expose les erreurs des écoles Nembutsu, Zen et Shingon, en soulignant que ces erreurs sont les causes fondamentales des calamités qui s’abattent sur le Japon à cette époque-là. Dans son traité Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays, Nichiren avait concentré sa critique sur la doctrine du Nembutsu, en tant que source fondamentale du désastre. Dans Choisir en fonction du moment, il révèle, entre autres, les erreurs de l’école Shingon dont les principaux moines avaient à l’époque obtenu la confiance de la classe dominante qui, en retour, s’appuyait sur cette école pour offrir des prières afin de soumettre les ennemis. Nichiren souligne la futilité de telles prières en évoquant les forces expéditionnaires mongoles qui avaient attaqué le Japon en 1274 et les troubles de l’ère Jōkyū, en 1221, lorsque la Cour impériale eut recours aux rituels de prière du Shingon mais fut néanmoins vaincue par le gouvernement de Kamakura.

Nichiren souligne ensuite les erreurs doctrinales de l’école Shingon. Les patriarches du Shingon incorporèrent la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie de Tiantai dans leur propre doctrine et prétendirent ensuite qu’elle se trouvait dans le Sūtra de Mahavairochana, écrit fondamental de leur école. Accusant même Tiantai d’avoir volé la doctrine suprême du Shingon, ils proclamèrent la supériorité du Sūtra de Mahavairochana sur le Sūtra du Lotus et du bouddha Mahavairochana, qui est cité dans ce sūtra mais n’est pas un personnage historique réel, sur le bouddha Shakyamuni.

Puis il déclare : « Par le passé, en Chine et au Japon, sont apparus de temps à autre des sages dotés d’une excellente sagesse et de facultés remarquables. Mais aucun, en tant qu’allié du Sūtra du Lotus, n’a été confronté dans son pays à des ennemis aussi puissants et nombreux que moi, Nichiren. Comme vous pouvez le voir sous vos yeux mêmes, il apparaît évident que Nichiren est le premier de tous, dans le continent du Jambudvipa [c’est-à-dire “le monde entier”]. »

Nichiren attribue ensuite la cause sous-jacente des calamités à l’incapacité du souverain du pays d’honorer le Sūtra du Lotus et son pratiquant.

Il est dit dans les textes bouddhiques et non bouddhiques que le sage est celui qui connaît l’avenir. De ce point de vue, Nichiren est un grand sage parce que, comme il le déclare lui-même : « Je me suis jusqu’à présent distingué à trois reprises (par cette sorte de présages). » Toutes les prédictions que Nichiren lança à trois reprises aux autorités, à titre de remontrance, se révélèrent exactes. Dans sa troisième remontrance, il dit à Hei no Saemon : « Même s’il semble que, comme je suis né sur le domaine du souverain, je doive le suivre en actes, je ne 543le suivrai jamais en esprit. » Voilà qui peut être perçu comme une fière déclaration en faveur de la liberté de pensée et de la liberté de religion. Une telle attitude était rare dans le Japon du XIIIe siècle.

Il affirme par ailleurs que, bien qu’étant un homme du commun, en sa qualité de pratiquant du Sūtra du Lotus, il mérite d’être considéré comme le Grand Homme, le premier de tous au Japon. « Grand Homme » est l’un des titres du Bouddha.

En réponse à cette déclaration, le questionneur lui reproche de faire preuve d’une arrogance démesurée. Nichiren répond que ce qui semble à première vue de l’arrogance n’est en fait que l’expression de la puissante conviction qu’il a de la supériorité de la Loi qu’il a adoptée. Puis il se tourne vers ses disciples en disant : « C’est pourquoi je vous le dis, mes disciples, efforcez-vous de pratiquer comme le Sūtra du Lotus l’enseigne, en vous entraînant sans donner votre vie à contrecœur ! Testez maintenant la véracité de la Loi bouddhique ! »

En conclusion, Nichiren déclare qu’il a lui-même vécu le passage du chapitre “Exhortation à la persévérance” où il est stipulé : « Nous n’épargnerons ni notre corps ni notre vie, car seule nous préoccupe la Voie inégalée. » Ainsi, afin de révéler l’enseignement correct, il a lutté constamment, sans donner sa vie à contrecœur, face aux persécutions des trois puissants ennemis ; tout particulièrement ceux de la troisième catégorie, les moines respectés qui persuadent les autorités séculières de persécuter les pratiquants du Sūtra du Lotus.

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En ce qui concerne l’étude des enseignements bouddhiques, il faut d’abord apprendre à juger du moment. Par le passé, lorsque le bouddha Excellence-Sagesse-Grandes-Universelles apparut dans le monde, il resta pendant une période de dix petits kalpa sans enseigner un seul sūtra. Il est dit à son propos dans le Sūtra du Lotus : « Une fois sur son trône, dix petits kalpa s’écoulent1 » et, plus loin : « Le Bouddha savait que le moment n’était pas encore venu et, malgré leurs supplications, il restait assis en silence2. »

De même, Shakyamuni, seigneur des enseignements en ce monde présent, a d’abord enseigné pendant quelque quarante ans sans prêcher le Sūtra du Lotus parce que, comme le dit le Sūtra, « le moment de le prêcher n’était pas arrivé3 ».

Laozi resta dans le ventre de sa mère pendant quatre-vingts ans en attendant de naître4, et le bodhisattva Maitreya demeure dans la cour intérieure du ciel Tsushita depuis cinq mille six cent soixante-dix millions d’années, en attendant le moment de sa venue en ce monde. Le coucou chante quand le printemps touche à sa fin, tandis que le coq attend le lever du jour. Si même ces simples animaux ont une telle compréhension du temps, alors comment une personne qui souhaite pratiquer les enseignements bouddhiques peut-elle ne pas savoir juger le moment approprié ?

Quand le bouddha Shakyamuni s’apprêtait à enseigner sur le lieu où il avait atteint l’illumination, les divers bouddhas firent leur apparition dans les dix directions, et tous les grands bodhisattvas se rassemblèrent. Brahma, Shakra et les quatre rois célestes arrivèrent, leurs robes flottant au vent. Les divinités-dragons et les huit sortes d’êtres non humains joignirent leurs mains, les hommes du commun et les personnes aux facultés supérieures tendirent l’oreille pour écouter, et les bodhisattvas qui, en cette vie, ont atteint le stade où l’on perçoit qu’il n’y a ni naissance ni extinction dans le monde phénoménal, ainsi que le bodhisattva Lune-de-la-Délivrance, tous ont supplié le Bouddha d’enseigner. Mais l’Honoré du monde n’a rien révélé à propos des doctrines de l’atteinte de la bouddhéité par les personnes des deux véhicules ni de sa propre atteinte de l’illumination il 544y a d’innombrables kalpa dans le passé. Il n’énonça pas davantage les enseignements les plus importants, à savoir qu’un instant de vie contient les trois mille mondes et que l’on peut atteindre l’illumination en cette vie. Et ce pour une raison unique : même si les auditeurs possédaient la capacité de comprendre de telles doctrines, le moment approprié n’était pas encore venu. Ou, comme le dit le Sūtra du Lotus : « [En effet] le moment de le prêcher n’était pas arrivé5. »

Mais quand le bouddha Shakyamuni enseigna le Sūtra du Lotus à l’assemblée réunie au pic de l’Aigle, le grand roi Ajatashatru, qui avait eu le pire comportement en matière de piété filiale dans tout le continent du Jambudvipa, fut autorisé à s’asseoir parmi les auditeurs. On dit à Devadatta, qui avait passé toute sa vie à calomnier la Loi, qu’il deviendrait à l’avenir l’Ainsi-Venu Souverain-Céleste et la fille du roi-dragon, bien qu’entravée par les cinq obstacles, devint bouddha sans changer sa forme reptilienne. Quant à ceux qui étaient destinés [à vivre] dans les mondes des auditeurs et des bouddhas-pour-soi, on dit qu’ils deviendraient finalement bouddhas, comme des graines brûlées qui, contre toute attente, se mettent à germer et engendrent des fleurs et des fruits. Le Bouddha révéla qu’il avait atteint l’illumination il y a d’innombrables kalpa dans le passé, ce qui intrigua autant ses auditeurs que s’il avait prétendu qu’un centenaire était le fils d’un homme de vingt-cinq ans6. Il énonça aussi la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie, en expliquant que les neuf états7 ont le potentiel de la bouddhéité et que la bouddhéité contient les neuf états.

Par conséquent, un seul mot de ce Sūtra du Lotus est aussi précieux qu’un joyau-qui-exauce-tous-les-vœux, et une seule phrase est la graine de tous les bouddhas. Qu’importe que les auditeurs de Shakyamuni aient eu ou non à ce point-là la capacité de comprendre de telles doctrines, le fait est que le moment était venu pour lui de les enseigner. Comme le dit le Sūtra : « À présent, le moment est venu pour moi de prêcher résolument le Grand Véhicule8. »

Question : Si l’on enseigne la grande Loi aux gens qui n’ont pas la capacité de la comprendre, alors, parmi eux, les insensés la calomnieront certainement et tomberont dans les mauvaises voies de l’existence. La personne qui enseigne n’est-elle pas dans ce cas à blâmer ?

Réponse : Si un homme bâtit une route pour les autres et que quelqu’un s’y perd, est-ce la faute de celui qui a construit la route ? Si un médecin talentueux donne un médicament à un malade, mais que ce dernier, par répulsion, refuse de le prendre et meurt, faut-il en blâmer le médecin ?

Question : Il est dit dans le deuxième volume du Sūtra du Lotus : « Je te conseille expressément de ne pas prêcher ce Sūtra aux gens dépourvus de sagesse9. » Et dans le quatrième : « Il ne doit pas être divulgué ni transmis inconsidérément aux autres10. » On lit aussi dans le cinquième volume : « Ce Sūtra du Lotus est la resserre secrète des bouddhas, des Ainsi-Venus. Parmi les sūtras, il occupe la plus haute place. Au travers de la longue nuit, je l’ai gardé et préservé et ne l’ai jamais propagé inconsidérément11. » Ces passages du Sūtra semblent indiquer qu’il ne faut pas présenter la Loi à ceux qui n’ont pas la capacité de la comprendre.

Réponse : Reportez-vous donc au passage du chapitre “Le bodhisattva Jamais-Méprisant” où on lit : « [Jamais-Méprisant disait aux gens] : “J’éprouve envers vous un profond respect (...).” Parmi les quatre sortes de croyants, cela en fâchait certains, dont l’esprit manquait de pureté et qui se laissaient aller à le dénigrer ou à l’injurier en disant : “Quel moine ignorant12 !” » Il est dit aussi dans le même chapitre : « Certains dans le groupe saisissaient des bâtons, des tuiles ou des pierres pour le battre ou le lapider13. » Et on lit dans le chapitre “Exhortation à la persévérance” : « Nombreux 545seront les ignorants qui nous insulteront, nous maudiront, et nous attaqueront au bâton ou au sabre14. » Ces passages signifient qu’il faut enseigner la Loi même si cela nous vaut d’être insulté et maudit, voire battu. Puisque tel est l’enseignement du Sūtra, est-ce celui qui l’enseigne qu’il faut blâmer ?

Question : Dans ce cas, ces deux vues paraissent aussi incompatibles que le feu et l’eau. Puis-je vous demander quelle solution vous proposez à ce dilemme ?

Réponse : Tiantai dit : « La méthode choisie devrait être celle qui s’accorde au moment15. » Et Zhangan : « Il faut donc adapter notre choix et ne jamais adhérer seulement à l’une ou à l’autre [méthode]16. » Ces commentaires signifient que, lorsque l’enseignement du Bouddha suscite des calomnies, il faut parfois s’abstenir de l’exposer momentanément mais que, en d’autres occasions, même confronté à la calomnie, il faudra s’évertuer à l’exposer quand même. À certains moments, lorsque peu de personnes auront la capacité d’y croire et que la plupart des gens ne cesseront de calomnier l’enseignement du Bouddha, il faudra s’abstenir de l’exposer. Et, à d’autres moments, même si la plupart des gens ont tendance à calomnier l’enseignement du Bouddha, il faudra l’exposer quand même.

Quand, après avoir atteint pour la première fois l’illumination, le bouddha Shakyamuni s’apprêtait à enseigner, les grands bodhisattvas Sagesse-du-Dharma, Forêt-de-Mérites, Bannière-de-Diamants, Resserre-de-Diamants, Manjusri, Sagesse-Universelle, Maitreya et Lune-de-la-Délivrance, ainsi que les dieux célestes Brahma et Shakra, les quatre rois célestes, les innombrables hommes du commun et les personnes aux facultés supérieures, tous se sont rassemblés pour l’écouter17. Quand il enseigna au parc des Gazelles, les cinq ascètes parmi lesquels figurait notamment Ajnata Kaundinya, ainsi que Mahakashyapa et ses deux cent cinquante disciples, Shariputra et ses deux cent cinquante disciples, et quatre-vingt mille êtres célestes, tous se rassemblèrent pour l’écouter18.

À la cérémonie de la grande assemblée où furent exposés les sūtras de l’époque Vaipulya, le père de l’Honoré du monde, le roi Shuddhodana, montra un sincère désir de connaître les enseignements du Bouddha, et le Bouddha entra donc dans le palais pour lui enseigner le Sūtra de la méditation sur le Bouddha. Et, pour sa mère défunte, la reine Maya, il s’enferma dans le ciel des trente-trois divinités pendant une période de quatre-vingt-dix jours durant laquelle il enseigna le Maya-sūtra. Comme il s’agissait de son père et de sa mère, on pourrait penser qu’il n’avait pas d’autre choix que de tout leur révéler concernant la Loi, y compris l’enseignement le plus secret. Et pourtant, il ne leur enseigna pas le Sūtra du Lotus. En définitive, le Bouddha n’enseigna absolument pas le Sūtra du Lotus en fonction de la capacité de ses auditeurs. Tant que le moment approprié n’était pas encore venu, il était bien décidé à ne l’exposer à aucun prix.

Question : À quel moment faut-il enseigner les sūtras du Hinayana et les sūtras provisoires, et à quel moment faut-il enseigner le Sūtra du Lotus ?

Réponse : Même les bodhisattvas — depuis ceux qui se trouvent aux dix étapes de la foi jusqu’aux grands bodhisattvas qui ont atteint le stade de l’illumination presque parfaite — ont bien du mal à évaluer la question du moment et de la capacité. Comment alors des hommes du commun comme nous pourraient-ils y parvenir ?

Question : N’y a-t-il donc aucun moyen de clarifier ce point ?

Réponse : Empruntons l’œil du Bouddha19 pour traiter de cette question du moment et de la capacité. Servons-nous du soleil du Bouddha20 pour illuminer le pays.

Question : Que voulez-vous dire par là ?

Réponse : Dans le Sūtra de la Grande Collection, le bouddha Shakyamuni, Honoré du 546monde à la grande illumination, s’adresse au bodhisattva Resserre-de-la-Lune et prédit l’avenir. Il dit alors que les cinq cents premières années après sa disparition correspondront à l’ère où l’on parvient à la délivrance21 et la période suivante de cinq cents ans à l’ère de la méditation22 (ce qui représente mille ans en tout). La période suivante de cinq cents ans sera celle où l’on lit, récite et écoute23, et les cinq cents années suivantes, celle où l’on bâtit des temples et des stûpas24 (ce qui représente deux mille ans en tout). Dans les cinq cents années suivantes25, « des querelles et des conflits prévaudront parmi les croyants de mes enseignements et la Loi pure sera obscurcie et perdue ».

Ces cinq périodes de cinq cents ans, soit au total deux mille cinq cents ans, ont été expliquées de différentes manières par diverses personnes. Le maître de la méditation Daochuo, en Chine, déclara que, durant les quatre premières des cinq périodes de cinq cents ans, correspondant aux époques de la Loi correcte et de la Loi formelle, la Loi pure des enseignements du Hinayana et du Mahayana prospérera mais que, après l’entrée dans l’époque de la Fin de la Loi, ces enseignements périront tous. Il explique que, à ce moment-là, seuls ceux qui pratiqueront l’enseignement de la Terre pure, la Loi pure du Nembutsu, pourront échapper aux souffrances des naissances et des morts26.

Le moine japonais Hōnen présente la situation ainsi27. Selon lui, le Sūtra du Lotus, le Sūtra de la Guirlande de fleurs, le Sūtra de Mahavairochana, et les divers sūtras du Hinayana qui se sont propagés au Japon, ainsi que les enseignements des écoles Tendai, Shingon, Ritsu et autres, constituent la Loi pure des deux mille ans des époques de la Loi correcte et de la Loi formelle présentée dans le passage du Sūtra de la Grande Collection que je viens d’évoquer. Mais, une fois le monde entré dans l’époque de la Fin de la Loi, tous ces enseignements seront entièrement détruits. Même si les gens poursuivaient alors la pratique de tels enseignements, pas un seul d’entre eux ne parviendrait à échapper aux souffrances des naissances et des morts. C’est pourquoi le Commentaire sur le Sūtra des dix étapes et le moine Tanluan considèrent de tels enseignements comme « la voie-difficile-à-pratiquer ». Daochuo déclare que « jamais une seule personne n’a atteint la bouddhéité28 » grâce à eux ; et Shandao dit qu’ils ne peuvent sauver « pas même une personne sur mille29 ». [Selon Hōnen], dès lors que la Loi pure de ces enseignements sera obscurcie et perdue, la grande Loi pure — les trois sūtras de la Terre pure et la seule invocation du nom du bouddha Amida — fera son apparition, et quand les gens se consacreront à cette pratique, même s’ils sont mauvais et ignorants, « dix personnes sur dix et cent sur cent renaîtront dans la Terre pure30 ». Tel est le sens du passage : « Seule cette doctrine de la Terre pure offre une route qui permet d’accéder [au but]31. »

Hōnen déclare donc que, si les êtres humains aspirent au bonheur dans leur vie prochaine, ils devraient cesser de soutenir le mont Hiei, le Tō-ji, l’Onjō-ji, et les sept temples majeurs de Nara, ainsi que les autres temples et monastères disséminés sur tout le territoire du Japon, et qu’ils devraient s’emparer de tous les champs et des biens offerts à ces temples pour consacrer ces ressources à la construction de lieux de culte du Nembutsu. Ainsi, ils renaîtront assurément dans la Terre pure. Voilà comment Hōnen exhortait chacun à réciter les mots Namu-Amida-butsu.

Cela fait maintenant une cinquantaine d’années que ces enseignements se sont répandus dans tout le pays. Dans le passé, je me suis employé à réfuter ces mauvaises doctrines. Il ne fait aucun doute que notre époque correspond à la cinquième période de cinq cents ans décrite dans le Sūtra de la Grande Collection, quand « la Loi pure sera obscurcie et perdue ». Mais, une fois la Loi pure obscurcie et perdue, la grande 547Loi pure de Nam-myōhō-renge-kyō, cœur et essence du Sūtra du Lotus, se propagera à coup sûr et sera largement connue sur tout le continent du Jambudvipa — avec ses quatre-vingt mille royaumes, leurs quatre-vingt mille souverains, ainsi que leurs ministres et la population résidant sur leurs domaines respectifs —, de la même façon que le nom d’Amida est aujourd’hui sur les lèvres des moines, des nonnes, ainsi que des laïcs, hommes et femmes, du Japon.

Question : Quels passages pouvez-vous citer à titre de preuve ?

Réponse : Il est dit dans le septième volume du Sūtra du Lotus : « Quand je serai entré dans le nirvana, dans la dernière période de cinq cents ans, il te faudra le propager largement dans tout le Jambudvipa, sans le laisser jamais disparaître (...)32. » Cela signifie qu’une large propagation se produira, une fois la « Loi pure obscurcie et perdue », pour reprendre les termes du Sūtra de la Grande Collection.

De plus, on lit dans le sixième volume : « À l’époque mauvaise de la Fin de la Loi, si quelqu’un peut préserver ce Sūtra (...)33. » Dans le cinquième volume : « Dans les âges à venir, lorsque la Loi sera proche de sa disparition (...)34. » Dans le quatrième volume : « Puisque haine et jalousie envers ce Sūtra abondent en ce monde, du vivant même de l’Ainsi-Venu, ne seront-elles pas pires encore après sa disparition35 ? » Dans le cinquième volume : « Il se heurtera à une grande hostilité dans le monde et sera difficile à croire36. » Et, dans le septième volume, à propos de la cinquième période de cinq cents ans, âge de querelles et de conflits, il est dit que « les démons, le peuple des démons, les êtres célestes, les dragons, les yaksha ou les démons kumbhanda et autres prendront l’avantage37 ».

Il est dit dans le Sūtra de la Grande Collection : « Querelles et conflits prévaudront parmi les croyants de mes enseignements. » De même, on lit dans le cinquième volume du Sūtra du Lotus : « En cette époque mauvaise, on trouvera des moines » ou « il y aura dans les forêts des moines qui vivront retirés du monde » et « des divinités malfaisantes prendront possession de certaines gens38 ».

Le sens de ces passages est le suivant. Durant la cinquième période de cinq cents ans, on trouvera partout, dans tout le pays, des moines éminents sous l’emprise de divinités malfaisantes. À ce moment-là, un seul sage apparaîtra. Les moines éminents sous l’emprise de divinités malfaisantes tromperont le souverain, ses ministres et les gens ordinaires en calomniant et insultant cet homme, en l’attaquant à coups de bâton, de canne, de tuiles et de cailloux, et en le condamnant à l’exil ou à la mort. À ce moment-là, Shakyamuni, Maints-Trésors, et les bouddhas des dix directions s’adresseront aux grands bodhisattvas qui ont surgi de terre et les grands bodhisattvas [à leur tour] informeront Brahma, Shakra, les dieux du soleil et de la lune, et les quatre rois célestes. On verra alors se produire une multitude d’événements étranges et de perturbations inhabituelles dans les cieux et sur la terre.

S’il est des pays dont les souverains ne tiennent pas compte de cet avertissement, alors les bouddhas et les grands bodhisattvas ordonneront aux pays voisins d’attaquer les mauvais souverains et les mauvais moines de ces pays. De grandes luttes et querelles telles qu’on n’en a jamais connu dans le passé éclateront dans tout le Jambudvipa.

À ce moment-là, tous les habitants de notre terre illuminée par le soleil et la lune, redoutant la destruction de leur pays ou craignant pour leur propre vie, prieront pour obtenir l’aide des bouddhas et des bodhisattvas. Et, si leurs prières ne reçoivent visiblement aucune réponse, ils auront foi en ce seul moine humble qu’ils détestaient précédemment. Puis les innombrables moines éminents, les grands souverains des quatre-vingt mille pays, et les innombrables gens ordinaires s’inclineront 548tous vers le sol, joindront leurs mains et réciteront d’une seule voix Nam-myōhō-renge-kyō. Cela rappellera la situation, décrite dans le chapitre “Les pouvoirs transcendantaux [de l’Ainsi-Venu]” du Sūtra du Lotus, où le Bouddha afficha ses dix pouvoirs transcendantaux. Tous les êtres des mondes des dix directions, sans la moindre exception, se tournèrent alors vers le monde saha et s’écrièrent ensemble d’une voix sonore : « Gloire à toi, bouddha Shakyamuni ! Gloire à toi, bouddha Shakyamuni ! Nam-myōhō-renge-kyō, Nam-myōhō-renge-kyō39 ! »

Question : Les passages de sūtras que vous venez de citer étayent à l’évidence votre point de vue. Mais, dans les écrits de Tiantai, de Miaole et de Dengyō, trouve-t-on également des prophéties qui appuient vos arguments ?

Réponse : Vous prenez les choses à l’envers. Si j’avais cité des passages de commentaires de Tiantai et d’autres et que vous m’ayez alors demandé sur quels passages de sūtras et traités ils s’appuient, j’aurais pu comprendre. Mais, comme j’ai déjà cité des passages de sūtras qui vont clairement dans le sens de mes visions, il n’est pas vraiment utile de demander si les commentaires contiennent des passages similaires. Si, par hasard, vous découvriez une contradiction entre les sūtras et les commentaires, rejetteriez-vous alors les sūtras pour suivre les commentaires ?

Question : Vous avez parfaitement raison. Néanmoins, nous, hommes du commun, n’avons qu’une très vague idée de la signification des sūtras, alors que les commentaires sont plus accessibles et faciles à comprendre. Si ces commentaires relativement accessibles présentent des preuves claires, alors, en les citant, vous nous permettriez d’accorder plus de foi à vos propos.

Réponse : Votre approche me paraît tout à fait sincère et sérieuse, et je vais donc citer quelques passages de commentaires. Le Grand Maître Tiantai déclare : « Dans la dernière période de cinq cents ans, la voie merveilleuse se propagera et apportera des bienfaits aux êtres humains pour longtemps dans l’avenir40. » Le Grand Maître Miaole dit : « Le commencement de l’époque de la Fin de la Loi ne sera pas sans bienfaits latents41. »

Le Grand Maître Dengyō déclare : « Les époques de la Loi correcte et de la Loi formelle sont presque achevées et l’époque de la Fin de la Loi est proche. Voici maintenant le moment où le Véhicule Unique du Sūtra du Lotus va prouver combien il convient parfaitement à la capacité de tous. Comment le savons-nous ? Parce qu’il est dit dans le chapitre “Les pratiques paisibles” du Sūtra du Lotus : “Dans les âges à venir, au moment où la Loi sera proche de sa disparition, [acceptez et croyez dans ce Sūtra du Lotus42].” » Et Dengyō ajoute : « En ce qui concerne l’époque, [la propagation du véritable enseignement commencera] à l’instant où s’achèvera l’époque de la Loi formelle et où commencera celle de la Fin de la Loi. En ce qui concerne le pays, elle commencera dans un pays à l’est de Tang et à l’ouest de Katsu43. En ce qui concerne le peuple, cette propagation se fera parmi les gens souillés par les cinq impuretés et vivant dans une période de conflit. Il est dit dans le Sūtra : “Puisque haine et jalousie envers ce Sūtra abondent en ce monde, du vivant même de l’Ainsi-Venu, ne seront-elles pas pires encore après sa disparition ?” Une telle déclaration n’est pas sans fondement44. »

Le bouddha Shakyamuni est né dans le kalpa de stabilité, dans la neuvième période de décroissance, alors que la durée de la vie humaine était [encore] de cent ans mais allait en régressant. La période où la durée de la vie humaine décroît de cent à dix ans coïncide donc à la fois avec les cinquante années où le Bouddha délivra son enseignement, les deux mille ans de la Loi correcte et de la Loi formelle suivant sa disparition, et les dix mille ans de la Fin de la 549Loi qui viennent ensuite. Durant cette période, le Sūtra du Lotus est voué à être propagé et répandu largement en deux occasions. La première fois, ce fut au cours des huit dernières années de la vie du Bouddha [lorsqu’il enseigna le Sūtra du Lotus] et la seconde, dans les cinq cents premières années de l’époque de la Fin de la Loi.

Tiantai, Miaole et Dengyō ne sont pas nés assez tôt pour être des contemporains du Bouddha en ce monde et pour assister à l’enseignement du Sūtra du Lotus, mais ils ne sont pas non plus nés assez tard pour connaître l’époque de la Fin de la Loi. Bien qu’ils l’aient regretté, ils naquirent dans une période intermédiaire entre ces deux époques, et leurs écrits montrent clairement qu’ils attendaient avec ferveur le début de l’époque de la Fin de la Loi.

Leur situation était semblable à celle du devin Asita qui, apercevant le prince Siddhartha [le futur bouddha Shakyamuni] (...) à sa naissance, exprima ainsi sa peine : « J’ai déjà plus de quatre-vingt-dix ans et ne vivrai donc pas assez longtemps pour voir ce prince atteindre l’illumination. Après ma mort, je renaîtrai dans le monde sans forme et il me sera par conséquent impossible d’être présent durant les cinquante ans où il dispensera ses enseignements, et je ne pourrai pas davantage renaître en ce monde durant les époques de la Loi correcte, de la Loi formelle et de la Fin de la Loi45 ! » C’est en ces termes qu’il se lamenta.

Tous ceux qui sont déterminés à atteindre la Voie devraient tenir compte de ces exemples et se réjouir. Pour ceux qui se préoccupent de leur vie prochaine, il vaut mieux être des gens ordinaires en cette vie-ci, à l’époque de la Fin de la Loi, plutôt que d’avoir été de puissants rois durant les deux mille ans de la Loi correcte et de la Loi formelle. Pourquoi ne pas y croire ? Il vaut mieux être un lépreux qui récite Nam-myōhō-renge-kyō que le grand patriarche de l’école Tendai. Comme l’empereur Wu de la dynastie des Liang l’exprima dans son vœu46 : « Je préférerais être Devadatta et sombrer dans l’Enfer aux souffrances incessantes que le sage non bouddhiste Udraka Ramaputra. »

Question : Les érudits Nagarjuna et Vasubandhu se sont-ils exprimés à propos de ce principe [Nam-myōhō-renge-kyō] ?

Réponse : Nagarjuna et Vasubandhu le connaissaient dans leur cœur, mais ils ne l’exposèrent pas explicitement.

Question : Pourquoi cela ?

Réponse : Les raisons sont nombreuses. D’abord, les gens de leur époque n’avaient pas la capacité de le comprendre. Ensuite, le moment n’était pas approprié. Et puis, ces hommes étaient des bodhisattvas formés par le Bouddha dans son statut provisoire et on ne leur avait donc pas confié la tâche de l’exposer.

Question : Pourriez-vous expliquer cela plus en détail ?

Réponse : L’époque de la Loi correcte a commencé le seizième jour du deuxième mois, le jour de la disparition du Bouddha. Le vénérable Mahakashyapa reçut la transmission des enseignements du Bouddha et les propagea pendant les vingt premières années. Puis cette tâche échut successivement au vénérable Ananda, à Shanavasa, à Upagupta et à Dhritaka, pour vingt années chacun. Un siècle s’écoula ainsi. Mais les seuls enseignements largement propagés durant cette période furent ceux des sūtras du Hinayana. Les titres des sūtras du Mahayana ne furent même pas mentionnés, et il va de soi que le Sūtra du Lotus ne fut donc pas propagé à ce moment-là.

Des hommes tels que Mikkaka, Buddhananda, Buddhamitra, Parshva et Punyayashas héritèrent alors des enseignements et, durant le reste des cinq cents années suivant la disparition du Bouddha, les doctrines des sūtras du Mahayana commencèrent peu à peu à être révélées, même s’il ne fut fait aucun effort particulier pour les propager. L’attention portait sur les seuls 550sūtras du Hinayana. Tout cela eut lieu durant la période mentionnée dans le Sūtra de la Grande Collection comme la première période de cinq cents ans, soit pendant l’ère où l’on parvient à la délivrance.

Durant la dernière partie de l’époque de la Loi correcte, entre six cents et mille ans après la disparition du Bouddha, apparurent des hommes tels que le bodhisattva Ashvaghosha, le vénérable Kapimala, le bodhisattva Nagarjuna, le bodhisattva Aryadeva, le vénérable Rahulata, Samghanandi, Samghayashas, Kumarata, Jayata, Vasubandhu, Manorhita, Haklenayashas, et Aryasimha47. Cette dizaine de maîtres furent d’abord des croyants des doctrines non bouddhiques. Ensuite, ils se livrèrent à une étude détaillée des sūtras du Hinayana et, plus tard encore, se tournèrent vers les sūtras du Mahayana dont ils se servirent pour réfuter et détruire les doctrines des sūtras du Hinayana.

Mais, bien que ces grands hommes aient utilisé les sūtras du Mahayana pour réfuter le Hinayana, ils n’établirent pas complètement la supériorité du Sūtra du Lotus sur les autres sūtras du Mahayana. S’ils abordèrent un peu le sujet, ils ne clarifièrent pas pour autant des doctrines d’une importance aussi vitale que les dix principes merveilleux de l’enseignement théorique et de l’enseignement essentiel, l’atteinte de la bouddhéité par les personnes des deux véhicules, l’atteinte de l’illumination par le Bouddha il y a d’innombrables kalpa dans le passé, la supériorité du Sūtra du Lotus sur tous les sūtras prêchés dans le passé, le présent ou l’avenir, ou encore les doctrines des cent mondes et des mille facteurs et celle des trois mille mondes en un instant de vie.

Ils ne firent en quelque sorte que pointer un doigt vers la lune, ou aborder quelques aspects du Sūtra du Lotus. Mais ils n’ont pas dit un seul mot sur le fait de savoir si, oui ou non, le processus d’enseignement avait été révélé dans sa totalité, ni si la relation originelle entre maître et disciple l’avait été ou non, et ni sur le fait de savoir quels étaient les enseignements qui mènent ou non à l’illumination48. Voilà donc ce qui se produisit dans la dernière période de cinq cents ans de la Loi correcte, période présentée dans le Sūtra de la Grande Collection comme l’ère de la méditation.

Au bout d’un certain temps, au terme des mille ans de la Loi correcte, les enseignements bouddhiques s’étaient propagés dans tout Gasshi [Inde]49. Mais, dans bien des cas, les doctrines du Hinayana prévalaient sur celles du Mahayana, ou les sūtras des enseignements provisoires furent autorisés à éclipser et à effacer le sūtra de l’enseignement véritable. Sur bien des points, la Loi bouddhique se retrouvait dans une situation chaotique. Peu à peu, le nombre de personnes atteignant l’illumination diminua, alors que d’innombrables autres tombaient dans les voies mauvaises bien qu’elles aient adopté les doctrines bouddhiques.

Quinze ans après le commencement de l’époque de la Loi formelle50, qui suivit les mille ans de l’époque de la Loi correcte, les enseignements bouddhiques se propagèrent vers l’est et furent introduits sur la terre de Chine. Durant au moins les cent premières années de la première moitié de l’époque de la Loi formelle, les enseignements bouddhiques introduits de l’Inde furent vigoureusement contestés par les maîtres du Dao en Chine, et aucun des deux camps ne parvint à remporter une claire victoire. Même lorsqu’un point paraissait élucidé, ceux qui avaient jusqu’alors adopté la Loi bouddhique n’avaient pas une foi profonde. C’est pourquoi, s’il était apparu clairement que les enseignements bouddhiques ne formaient pas une doctrine unifiée mais se divisaient en Hinayana et Mahayana, enseignements provisoires et enseignement véritable, exotériques et ésotériques51, certains croyants auraient pu nourrir des doutes et retourner vers les enseignements non bouddhiques. C’est peut-être parce qu’ils redoutaient 551un tel résultat que les moines bouddhistes [Kashyapa] Matanga et Zhu Falan qui apportèrent la Loi bouddhique en Chine ne firent aucune mention de catégories telles que le Mahayana et le Hinayana, ou les enseignements provisoires et enseignement véritable, alors qu’ils avaient pleinement connaissance de leur existence.

Durant les cinq dynasties suivantes, des Wei, des Jin, des Song, des Qi et des Liang, des querelles éclatèrent au sein de la tradition bouddhique sur les différences entre Mahayana et Hinayana, entre les enseignements provisoires et l’enseignement véritable, et entre les enseignements exotériques et ésotériques, et il fut impossible de déterminer ce qui était correct. De ce fait, depuis le souverain jusqu’aux gens ordinaires, nombreux furent ceux qui nourrirent des doutes à propos de la doctrine.

Les enseignements bouddhiques se divisèrent alors en dix écoles différentes : les trois écoles du Sud et les sept écoles du Nord [en Chine]. Dans le Sud, les écoles divisaient les enseignements du Bouddha en trois, en quatre, ou en cinq périodes, alors que dans le Nord on trouvait l’école des cinq périodes, l’école qui distinguait les enseignements partiellement formulés des enseignements entièrement formulés, l’école des quatre doctrines, l’école des cinq doctrines, l’école des six doctrines, l’école des deux doctrines du Mahayana et l’école de la voix unique52.

Chacune de ces écoles s’accrochait ardemment à ses propres doctrines et se heurtait aux autres, comme le feu qui rencontre l’eau. Cependant, elles partageaient globalement une vision commune. En fait, parmi les divers sūtras enseignés par le Bouddha de son vivant, elles plaçaient le Sūtra de la Guirlande de fleurs en premier, le Sūtra du Nirvana en deuxième et le Sūtra du Lotus en troisième. Elles considéraient que, par comparaison avec des sūtras tels que les sūtras Agama, les sūtras de la Sagesse, le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti et le Sūtra de l’excellente pensée de Brahma, le Sūtra du Lotus représentait la vérité, et qu’il s’agissait d’un enseignement complet et définitif qui énonçait des vues correctes. Mais elles prétendaient que, par comparaison avec le Sūtra du Nirvana, il représentait la doctrine de l’impermanence, c’est-à-dire que c’était un sūtra qui n’était ni complet ni définitif et qui énonçait des vues erronées.

De la fin de la quatrième au début de la cinquième période de cent ans suivant l’introduction de la Loi bouddhique en Chine, sous la dynastie des Han postérieurs, soit à l’époque des dynasties des Chen et des Sui, vivait un humble moine appelé Zhiyi, connu plus tard sous le nom de Grand Maître Tiantai Zhizhe. Il réfuta les doctrines erronées des écoles du Nord et du Sud et déclara que, parmi les enseignements dispensés par le Bouddha de son vivant, le Sūtra du Lotus se classait en premier, le Sūtra du Nirvana en deuxième, et le Sūtra de la Guirlande de fleurs en troisième. On était alors dans la première période de cinq cents ans de l’époque de la Loi formelle, période décrite dans le Sūtra de la Grande Collection comme l’ère où l’on lit, récite et écoute.

Durant la dernière période de cinq cents ans de l’époque de la Loi formelle, sous le règne de l’empereur Taizong, au début de la dynastie des Tang, le Maître des Trois Corbeilles Xuanzang fit le voyage jusqu’en Inde, visitant durant dix-neuf ans les temples et les stupas dans les cent trente pays de l’Inde et rencontrant de nombreux érudits bouddhistes. Il étudia toutes les doctrines profondes contenues dans les douze catégories d’écrits et dans les quatre-vingt mille enseignements bouddhiques et rencontra là les deux écoles Faxiang [devenue l’école Hossō au Japon] et Sanlun [devenue l’école Sanron au Japon].

La doctrine53 de l’une d’elles, l’école Faxiang, aurait été enseignée dans les temps lointains par Maitreya et Asanga et, dans des temps plus récents, par l’érudit Shilabhadra. Shilabhadra la transmit à 552Xuanzang, qui l’apporta en Chine et l’enseigna à l’empereur Taizong.

Au cœur de la doctrine de cette école réside l’affirmation que les enseignements bouddhiques devraient s’accorder avec la capacité des auditeurs. Lorsqu’ils ont la capacité de comprendre la doctrine du Véhicule Unique, alors la doctrine des trois véhicules peut n’être rien de plus qu’un moyen opportun pour les instruire, et la doctrine du Véhicule Unique la seule voie véritable pour les conduire à l’illumination. C’est le Sūtra du Lotus qu’il faut enseigner à ces personnes. En revanche, si elles ont la capacité de comprendre les trois véhicules, alors le Véhicule Unique peut n’être rien de plus qu’un moyen opportun pour les instruire, et les trois véhicules la seule voie véritable pour les conduire à l’illumination. Il faudrait alors enseigner à ces personnes le Sūtra des profonds secrets et le Shrimaladevi-sūtra. Selon les tenants de l’école Faxiang, il s’agit là d’un principe que Tiantai Zhizhe n’a pas compris.

L’empereur Taizong était un souverain sage au nom connu du monde entier et qui, dit-on, surpassait en vertu les trois souverains et les cinq empereurs des temps anciens. Non seulement il régna sur toute la Chine mais il étendit aussi son influence sur plus de mille huit cents pays étrangers, de Gaozhang54, à l’ouest, à Goguryeo, à l’est. Il était considéré comme un souverain qui maîtrisait à la fois les enseignements bouddhiques et non bouddhiques. Et, puisque Xuanzang bénéficiait des faveurs de ce souverain émérite qui lui était entièrement dévoué, nul parmi les maîtres de l’école Tiantai ne prit le risque de se faire décapiter en le défiant, et les véritables enseignements du Sūtra du Lotus furent ainsi négligés et oubliés dans tout le pays.

Durant les règnes du fils héritier de Taizong, l’empereur Gaozong, et de la belle-mère de Gaozong, l’impératrice Wu, vécut un moine appelé Fazang. Il constata que l’école Tiantai [devenue l’école Tendai au Japon] subissait les attaques de l’école Faxiang et en profita pour soutenir le Sūtra de la Guirlande de fleurs, relégué par Tiantai à un rang inférieur, en décrétant que, parmi les sūtras enseignés par le Bouddha de son vivant, le Sūtra de la Guirlande de fleurs se classait en premier, le Sūtra du Lotus en deuxième, et le Sūtra du Nirvana en troisième.

Sous le règne de l’empereur Xuanzong, quatrième successeur dans la lignée de Taizong, lors de la quatrième année de l’ère Kaiyuan [716], le Maître des Trois Corbeilles, Shanwuwei, partit de l’ouest de l’Inde pour se rendre en Chine. Puis, lors de la huitième année de la même ère, ce furent les Maîtres des Trois Corbeilles, Jingangzhi et Bukong, qui effectuèrent ce même voyage d’Inde en Chine. Ces hommes apportèrent avec eux le Sūtra de Mahavairochana, le Sūtra de la couronne de diamants et le Susiddhikara-sūtra et fondèrent l’école Zhenyan [devenue l’école Shingon au Japon]. Cette école reconnaît deux sortes d’enseignements bouddhiques : les enseignements exotériques du bouddha Shakyamuni, exposés dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs, le Sūtra du Lotus et d’autres sūtras similaires, et les enseignements ésotériques du bouddha Mahavairochana, exposés dans le Sūtra de Mahavairochana et d’autres sūtras du même genre. Le Sūtra du Lotus occupe la première place parmi les enseignements exotériques. Mais, bien que les principes fondamentaux qu’il développe présentent quelques ressemblances avec ceux des enseignements ésotériques exposés par le bouddha Mahavairochana, il ne contient pas la moindre description des mudra et des mantras utilisés dans les rituels religieux. Il ne comprend pas davantage la moindre référence aux trois mystères du corps, de la parole et de l’esprit, ce qui lui vaut d’être considéré comme un sūtra qui n’est ni complet ni définitif.

Ainsi, les trois écoles Faxiang, Huayan [devenue l’école Kegon au Japon] et Zhenyan, mentionnées précédemment, 553attaquèrent l’école Tiantai, qui est fondée sur les enseignements du Sūtra du Lotus. C’est peut-être parce qu’aucun des tenants de cette école n’avait une stature égale à celle du Grand Maître Tiantai, même s’ils avaient conscience de la nature erronée des autres enseignements, qu’ils ne tentèrent pas de s’y opposer en public, comme l’avait fait Tiantai. Ainsi, dans le pays, depuis le souverain et les hauts dignitaires jusqu’aux gens ordinaires, tous se détournèrent des véritables enseignements bouddhiques et plus personne n’atteignit la Voie du Bouddha. Tels furent les événements qui se déroulèrent lors des quelque deux cents premières années de la dernière période de cinq cents ans de l’époque de la Loi formelle.

Quelque quatre cents ans après le début de l’époque de la Loi formelle55, les écrits bouddhiques furent apportés au Japon depuis le royaume de Baekje, ainsi qu’une statue en bois du bouddha Shakyamuni, et l’on vit aussi arriver des moines et des nonnes. C’était l’époque où la dynastie des Liang, en Chine, touchait à sa fin et cédait la place à la dynastie des Chen, tandis qu’au Japon l’empereur Kimmei [540-571] était le trentième souverain56 depuis l’empereur Jimmu [660-585 avant notre ère] à occuper le trône.

Le fils de Kimmei, l’empereur Yōmei [586-587], eut lui-même pour fils le prince Jōgū [Shōtoku Taishi] qui non seulement œuvra à propager les enseignements bouddhiques, mais désigna aussi le Sūtra du Lotus, le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti et le Shrimaladevi-sūtra comme des textes destinés à assurer la protection du pays.

Plus tard, à l’époque du trente-septième souverain, l’empereur Kōtaku [645-654], les enseignements des écoles Sanron et Jōjitsu furent introduits de Baekje au Japon par le supérieur des moines Kanroku. Durant la même période, le maître Dōshō, qui s’était rendu en Chine, introduisit les enseignements des écoles Hossō et Kusha.

Sous le règne de l’impératrice Genshō [715-724], le quarante-quatrième souverain, un moine originaire de l’Inde appelé le Maître des Trois Corbeilles Shanwuwei apporta le Sūtra de Mahavairochana au Japon, mais il repartit en Chine, où il résidait, sans avoir propagé réellement ses enseignements dans ce pays étranger qu’était pour lui le Japon57.

Sous le règne du quarante-cinquième souverain, l’empereur Shōmu [724-748], l’école Kegon fut introduite depuis le royaume de Silla par un moine appelé le précepteur Shinjō. Le supérieur des moines Rōben hérita de ses enseignements qu’il présenta à son tour à l’empereur Shōmu. Il contribua aussi à faire ériger la grande statue du Bouddha, au Tōdai-ji.

Sous le règne du même empereur, le révérend Ganjin vint de Chine, en apportant avec lui les enseignements des écoles Tendai et Ritsu. Mais il ne propagea que l’enseignement des préceptes [de l’école Ritsu] pour laquelle il fit construire une estrade d’ordination du Hinayana au Tōdai-ji, et il mourut sans même mentionner le nom de l’école du Lotus.

Huit cents ans après le début de l’époque de la Loi formelle, sous le règne du cinquantième souverain, l’empereur Kammu [781-806], apparut un jeune moine dépourvu de toute notoriété qui s’appelait Saichō. Il fut connu plus tard sous le nom de Grand Maître Dengyō. Il étudia d’abord les doctrines des six écoles — Sanron, Hossō, Kegon, Kusha, Jōjitsu et Ritsu —, ainsi que l’enseignement Zen, sous la direction du supérieur des moines Gyōhyō et d’autres. Par la suite, il fonda un temple appelé Kokushō-ji dans un lieu qui, avec le temps, fut connu sous le nom du mont Hiei. Là, il étudia soigneusement les sūtras et les traités des six écoles, ainsi que les commentaires rédigés par leurs maîtres. Mais il découvrit que ces commentaires contredisaient souvent les sūtras et les traités sur lesquels ces écoles s’appuyaient et comptaient quantité 554d’interprétations partiales. Il devint évident pour lui que, si les gens adoptaient de tels enseignements, ils tomberaient tous dans les mauvaises voies de l’existence. De plus, même si les maîtres de toutes ces différentes écoles se targuaient d’avoir compris le sens véritable du Sūtra du Lotus et louaient leur propre interprétation personnelle, aucun d’eux n’avait en fait une compréhension claire de ce qu’il enseignait. Saichō sentit que, s’il se risquait à dire ouvertement son opinion, il s’ensuivrait sans aucun doute querelles et disputes. Mais, en gardant le silence, il irait à l’encontre de l’esprit du vœu du Bouddha58. Il éprouva de grands tourments, ne sachant quelle orientation prendre, mais finalement, redoutant d’enfreindre les exhortations du Bouddha, il exposa ses vues à l’empereur Kammu.

Surpris par ses affirmations, l’empereur Kammu convoqua les principaux maîtres des six écoles pour que soit engagé un débat59. D’abord, l’orgueil de ces érudits parut comme un étendard s’élevant jusqu’au sommet des montagnes, et leurs mauvais esprits les rendaient comparables à des serpents venimeux mais, finalement, ils furent contraints de s’incliner, vaincus, en présence du souverain, et les membres des six écoles et des sept temples majeurs de Nara se reconnurent tous sans exception disciples de Saichō.

Voilà qui rappelait une histoire antérieure, celle des maîtres bouddhistes de la Chine du Nord et du Sud qui s’étaient rassemblés dans le palais de la dynastie des Chen et, après avoir été vaincus en débat par le Grand Maître Tiantai, étaient devenus ses disciples. Mais [parmi les trois entraînements], Tiantai n’avait fait appel qu’à la méditation parfaite et à la sagesse parfaite60. En revanche, le Grand Maître Dengyō attaqua l’ordination spécifique pour conférer les préceptes du Hinayana, que Tiantai n’avait pas contestée, et conféra aux huit moines éminents des six écoles l’ordination spécifique du Mahayana61, décrite dans le Sūtra du filet de Brahma. De plus, il établit au mont Hiei une estrade d’ordination spécifique pour conférer les préceptes de l’illumination parfaite et subite du Sūtra du Lotus. Ainsi, l’ordination spécifique conférant les préceptes de l’illumination parfaite et subite qui eut lieu à l’Enryaku-ji, sur le mont Hiei, fut non seulement la cérémonie d’ordination la plus importante au Japon, mais une grande ordination aux préceptes du pic de l’Aigle, telle qu’on n’en avait jamais connu en Inde, en Chine, ni nulle part ailleurs dans le Jambudvipa, durant les quelque mille huit cents ans écoulés depuis la disparition du Bouddha. C’est ainsi que pour la première fois au Japon eut lieu cette cérémonie d’ordination.

Si nous cherchons à évaluer les mérites du Grand Maître Dengyō, il apparaît que ce sage dépasse Nagarjuna et Vasubandhu, et même Tiantai et Miaole. Alors, comment, dans le Japon d’aujourd’hui, quelqu’un pourrait-il se détourner des préceptes parfaits du Grand Maître Dengyō, qu’il appartienne au Tō-ji, à l’Onjō-ji ou aux sept temples majeurs de Nara, qu’il soit disciple de l’une des huit écoles ou de l’école de la Terre pure, de celle du Zen ou du Ritsu, ou quelle que soit sa région d’origine ? Les moines des neuf régions de Chine devinrent les disciples du Grand Maître Tiantai, du fait de son enseignement sur la méditation parfaite et la sagesse parfaite. Mais comme aucune estrade d’ordination n’a jamais été établie en Chine pour conférer à tous les préceptes de l’illumination parfaite et subite, certains auraient pu ne pas le suivre en ce qui concerne les préceptes. Par contre, au Japon, [où Dengyō établit une estrade d’ordination] tous les moines qui ne devinrent pas disciples du Grand Maître Dengyō ne peuvent être considérés que comme des non-bouddhistes et des hommes mauvais.

Sur la question de la supériorité relative des deux nouvelles écoles amenées de Chine, l’école Tiantai et l’école Zhenyan, 555le Grand Maître Dengyō avait l’esprit tout à fait clair. Mais il ne démontra pas laquelle était supérieure en portant la question sur la place publique, comme il l’avait fait précédemment en établissant les mérites propres à l’école Tendai par comparaison avec les six écoles plus anciennes. Peut-être est-ce pour cela que, après la disparition du Grand Maître Dengyō, le Tō-ji, les sept temples majeurs de Nara, l’Onjō-ji et les autres temples, dans toutes les provinces du Japon, tous se mirent à proclamer la supériorité de l’école Shingon sur l’école Tendai, jusqu’à ce que chacun, depuis le souverain jusqu’aux gens ordinaires, en soit tout à fait convaincu.

C’est donc uniquement du vivant du Grand Maître Dengyō que le véritable esprit de l’école du Lotus Tendai s’est épanoui. Dengyō vécut à la fin de l’époque de la Loi formelle, durant la période décrite dans le Sūtra de la Grande Collection comme le moment propice pour bâtir des temples et des stupas. Le moment n’était pas encore venu où, comme il est dit dans le Sūtra de la Grande Collection, [le Bouddha dit :] « Des querelles et des conflits prévaudront parmi les croyants de mes enseignements et (...) la Loi pure sera obscurcie et perdue. »

Aujourd’hui, quelque deux cents ans se sont écoulés depuis le début de l’époque de la Fin de la Loi, époque pendant laquelle, comme le Bouddha l’avait prédit dans le Sūtra de la Grande Collection : « Des querelles et des conflits prévaudront parmi les croyants de mes enseignements et (...) la Loi pure sera obscurcie et perdue. » Si ces paroles du Bouddha sont véridiques, il s’agit là d’une époque où tout le Jambudvipa sera sans aucun doute plongé dans des querelles et des conflits.

Les rapports qui parviennent jusqu’à nous nous apprennent que toute la terre de Chine, avec ses trois cent soixante États et ses quelque deux cent soixante provinces, a déjà été conquise par le royaume des Mongols. La capitale chinoise a été prise il y a quelque temps, et les deux souverains, l’empereur Huizong et l’empereur Qinzong62, ont été faits prisonniers par les barbares du nord et ont fini leurs jours dans la région de Tartarie. Pendant ce temps, le petit-fils de l’empereur Huizong, l’empereur Gaozong63, chassé de la capitale Kaifeng, s’est installé temporairement à la campagne, dans le palais de Linan, et a vécu de nombreuses années sans voir la capitale.

De plus, les quelque six cents États de Goguryeo et les royaumes de Silla et Baekje ont tous été conquis par le grand royaume des Mongols et, de la même manière, les Mongols ont également attaqué les territoires japonais d’Iki, de Tsushima et de Kyūshū64. Ainsi, la prédiction du Bouddha concernant les querelles et les conflits ne s’est aucunement révélée fausse. On pourrait comparer cela aux marées dans l’océan qui surviennent toujours en temps et en heure.

Puisque cette prédiction s’est révélée exacte, comment peut-on douter qu’après l’époque où « la Loi pure sera obscurcie et perdue », décrite dans le Sūtra de la Grande Collection, la grande Loi pure du Sūtra du Lotus se répandra largement dans tout le Japon et dans tout le Jambudvipa ?

Parmi les divers enseignements du Bouddha, le Sūtra de la Grande Collection ne représente rien de plus qu’un enseignement provisoire du Mahayana. Du point de vue de l’enseignement de la voie pour échapper aux souffrances des naissances et des morts, il appartient à la période où le Bouddha « n’avait pas encore révélé la vérité [tout entière]65 » et ne peut donc pas conduire à l’illumination ceux qui n’ont pas encore formé de lien avec le Sūtra du Lotus. Cependant, concernant les six voies, les quatre modes de naissance66 et les trois phases de l’existence, il ne contient pas la moindre erreur.

Comment, alors, pourrait-il y avoir une erreur dans le Sūtra du Lotus où le bouddha Shakyamuni dit que « le moment est 556maintenant venu de révéler la vérité [tout entière]67 » ? Le bouddha Maints-Trésors attesta également la véracité [de ce Sūtra] et les bouddhas des dix directions tirèrent leur longue et large langue, jusqu’à atteindre le ciel de Brahma en guise d’assentiment. Le bouddha Shakyamuni étendit aussi sa langue, incapable de proférer des mensonges, jusqu’à atteindre le ciel le plus élevé dans le monde de la forme, en déclarant que dans la dernière période de cinq cents ans après sa disparition, lorsque l’ensemble des enseignements bouddhiques serait en passe de disparaître, le bodhisattva Pratiques-Supérieures apparaîtrait avec les cinq caractères de Myōhō-renge-kyō, et les administrerait comme un bon médicament aux personnes affectées de lèpre blanche — c’est-à-dire aux personnes à l’incroyance incorrigible et à ceux qui calomnient la Loi. Et il chargea Brahma, Shakra, les dieux du soleil et de la lune, les quatre rois célestes et les divinités-dragons de servir de protecteurs à ce bodhisattva. Comment ses paroles d’or pourraient-elles être fausses ? Même si l’immense terre devait se retrouver sens dessus dessous, une haute montagne se désagréger et s’effondrer, l’été ne pas suivre le printemps, le soleil se déplacer vers l’est, la lune tomber sur la terre, il est impossible que cette prophétie ne se réalise pas !

Dans ce cas, pendant cette époque « de querelles et de conflits », comment le souverain, les ministres et le peuple du Japon pourraient-ils espérer échapper au mal alors qu’ils dénigrent et insultent l’envoyé du Bouddha qui tente de propager la Loi de Nam-myōhō-renge-kyō, l’envoient en exil, l’attaquent et le battent, ou infligent toutes sortes de troubles à ses disciples, moines et laïcs ? C’est que les ignorants pensent sûrement que, par mes mots, je ne fais que jeter une malédiction sur tous les êtres humains.

Celui qui propage le Sūtra du Lotus est le père et la mère de tous les êtres vivants du Japon. Car, comme le dit le Grand Maître Zhangan : « Celui qui délivre l’offenseur du mal agit comme son parent68. » Par conséquent, moi, Nichiren, je suis le père et la mère de l’actuel empereur du Japon, et le maître des croyants du Nembutsu, des disciples du Zen et des moines du Shingon.

Et pourtant, depuis le souverain jusqu’aux gens ordinaires, tous me traitent avec hostilité. Comment, alors, les dieux du soleil et de la lune peuvent-ils continuer à briller au-dessus de leurs têtes et les dieux terrestres continuer à porter leurs pas ? Quand Devadatta attaqua le Bouddha, la terre s’ébranla et trembla, et des flammes en jaillirent. Quand le roi Dammira décapita le vénérable Aryasimha, son bras droit, qui tenait le sabre, se détacha et tomba au sol69. L’empereur Huizong marqua au visage le moine Fadao et l’envoya en exil, au sud du Yangzi Jiang, mais six mois ne s’étaient pas écoulés que l’empereur fut fait prisonnier et enlevé par les barbares70. Ces attaques des Mongols sur le Japon se produisent pour les mêmes raisons. Même si l’on devait réunir autant de soldats qu’il y en a sous les cinq cieux de l’Inde et entourer ce pays de montagnes de fer71 [pour le protéger], cela ne servirait à rien. Il est certain que toute la population du Japon sera confrontée à la calamité de la guerre.

Il faut déduire de cette situation que je suis bien le pratiquant du Sūtra du Lotus. Le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, a déclaré que, si quelqu’un insultait ou maudissait une personne propageant le Sūtra du Lotus à l’époque mauvaise de la Fin de la Loi, il serait coupable d’une faute cent, ou mille, ou dix mille, ou un million de fois plus importante que s’il avait été l’ennemi du Bouddha pendant toute la durée d’un kalpa. Pourtant, de nos jours, le souverain et le peuple du Japon, suivant leurs lubies personnelles, semblent me haïr encore plus intensément qu’un ennemi de leurs propres parents ou qu’un adversaire d’une vie antérieure, ou me réprimander avec encore plus de rudesse qu’un traître ou un assassin. Je m’étonne que la terre ne 557s’ouvre pas pour les engloutir vivants ou que la foudre ne tombe pas du ciel pour les anéantir.

Ou ne suis-je pas le pratiquant du Sūtra du Lotus ? Dans ce cas, je suis alors bien pitoyable ! Quel destin misérable en ce monde que d’être traqué par tous sans jamais connaître le moindre instant de paix pour tomber ensuite, durant la prochaine vie, dans les mauvaises voies de l’existence ! Mais en fait, si je ne suis pas le pratiquant du Sūtra du Lotus, qui gardera le Véhicule Unique, l’enseignement du Sūtra du Lotus ?

Hōnen exhorta les gens à rejeter le Sūtra du Lotus, Shandao affirma que « pas même une personne sur mille » [ne pourrait atteindre l’illumination grâce à ses enseignements], et Daochuo déclara que « pas une seule personne n’a atteint la bouddhéité » grâce à ce Sūtra. Est-ce que ce sont ces hommes qui sont les pratiquants du Sūtra du Lotus ? Selon le Grand Maître Kōbō, celui qui pratique le Sūtra du Lotus ne fait que suivre « une théorie puérile72 ». Se pourrait-il que ce soit lui le pratiquant du Sūtra du Lotus ?

Il est question dans le Sūtra du Lotus de quelqu’un qui « peut garder ce Sūtra73 » ou « qui parvient à le prêcher74 ». Que faut-il entendre par quelqu’un qui « parvient à prêcher ce Sūtra »? N’est-ce pas une façon de désigner celui qui proclamera, selon les mots du Sūtra du Lotus lui-même, que, « parmi les sūtras, il occupe la plus haute place75 », et affirmera sa supériorité sur le Sūtra de Mahavairochana, le Sūtra de la Guirlande de fleurs, le Sūtra du Nirvana, les sūtras de la Sagesse, et d’autres encore ? N’est-ce pas ce genre de personne que le Sūtra qualifie de pratiquant du Sūtra du Lotus ? S’il faut croire ces passages du Sūtra, alors, dans les quelque sept cents années écoulées depuis l’introduction de la Loi bouddhique au Japon, il n’y a jamais eu un seul pratiquant du Sūtra du Lotus en dehors du Grand Maître Dengyō et de moi, Nichiren.

Sans cesse je m’étonne que les personnes qui m’attaquent ne soient pas punies, comme le dit le Sūtra du Lotus, en ayant « la tête brisée en sept morceaux76 » ou « la bouche close sans pouvoir la rouvrir77 », mais je réalise qu’il y a des raisons à cela. De telles sanctions ne sont que des peines insignifiantes destinées à être infligées lorsque ceux qui s’opposent [à la Loi] ne sont qu’au nombre d’un ou deux. Mais moi, Nichiren, je suis le premier des pratiquants du Sūtra du Lotus de tout le continent du Jambudvipa. C’est pourquoi les personnes qui s’allient à ceux qui me calomnient ou qui me traitent avec malveillance méritent de rencontrer les plus grandes difficultés du Jambudvipa, telles que l’immense tremblement de terre qui secoua le Japon durant l’ère Shōka, ou la gigantesque comète qui représenta une punition pour le pays tout entier durant l’ère Bun’ei78. Regardez bien ce qui se passe ! Même si, durant les siècles écoulés depuis la disparition du Bouddha, d’autres pratiquants de la Loi bouddhique furent eux aussi traités cruellement, on n’a jamais connu auparavant de grands désastres comme ceux-ci. C’est que, jusqu’à présent, personne n’avait enseigné à tous les êtres vivants Nam-myōhō-renge-kyō ! En matière de vertu, y a-t-il quelqu’un dans le monde qui oserait m’affronter et se dire mon égal, ou y a-t-il quelqu’un dans les quatre mers, qui oserait se prétendre au même niveau que moi ?

Question : Durant l’époque de la Loi correcte, la capacité des gens a peut-être été, en un sens, inférieure à celle des contemporains du Bouddha en ce monde. Et, pourtant, elle était certainement bien supérieure à celle des gens des époques de la Loi formelle et de la Fin de la Loi. Comment pouvez-vous dire alors que le Sūtra du Lotus fut ignoré durant les premières années de la Loi correcte ? C’est durant les mille ans de la Loi correcte qu’apparurent des hommes tels qu’Ashvaghosha, Nagarjuna, Aryadeva et Asanga. Le bodhisattva Vasubandhu, connu 558comme l’érudit aux mille œuvres, écrivit le Traité sur le Sūtra du Lotus où il déclara que le Sūtra du Lotus est le premier de tous les sūtras. En décrivant la transmission du Sūtra du Lotus, le Maître des Trois Corbeilles Paramartha rapporta qu’en Inde il y eut plus de cinquante érudits qui propagèrent l’enseignement du Sūtra du Lotus, parmi lesquels Vasubandhu. Telle était la situation à l’époque de la Loi correcte.

Si l’on en vient à l’époque suivante, celle de la Loi formelle, nous découvrons que le Grand Maître Tiantai apparut en Chine vers le milieu de cette époque et écrivit le Sens profond du Sūtra du Lotus, le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus et La Grande Concentration et Pénétration, soit trente volumes où il explora le sens du Sūtra du Lotus dans toute sa profondeur. À la fin de l’époque de la Loi formelle, le Grand Maître Dengyō apparut au Japon. Non seulement il transmit à notre pays les deux doctrines de la sagesse parfaite et de la méditation parfaite exposées par le Grand Maître Tiantai, mais il établit aussi une grande estrade d’ordination de l’illumination subite et parfaite sur le mont Hiei. Les préceptes parfaits furent ainsi reconnus dans tout le Japon, et tous, depuis le souverain jusqu’aux gens ordinaires, se mirent à respecter l’Enryaku-ji du mont Hiei comme un exemple à suivre. Comment pouvez-vous alors prétendre que, à l’époque de la Loi formelle, l’enseignement du Sūtra du Lotus ne fut pas largement propagé ?

Réponse : Les érudits de notre temps considèrent généralement que l’Ainsi-Venu dispensa toujours ses enseignements en accord avec les capacités de ses auditeurs. Mais ce n’est pas vraiment le cas. En fait, si le Bouddha avait toujours enseigné les doctrines les plus élevées aux personnes sages dotées de facultés supérieures, pourquoi alors n’a-t-il pas exposé le Sūtra du Lotus, quand il atteignit pour la première fois l’illumination ? Pourquoi, durant les cinq cents premières années de l’époque de la Loi correcte, les enseignements des sūtras du Mahayana n’ont-ils pas été propagés largement ? Et si le Bouddha avait effectivement révélé ses doctrines les plus importantes à ceux qui ont un lien particulier avec lui, pourquoi alors a-t-il enseigné le Sūtra de la méditation sur le Bouddha à son père, le roi Shuddhodana, et le Maya-sūtra à sa mère, la reine Maya, [plutôt que le Sūtra du Lotus] ? Inversement, si les doctrines secrètes n’avaient jamais dû être révélées aux personnes mauvaises n’ayant aucun lien avec le Bouddha ou à ceux qui s’opposent aux enseignements bouddhiques, alors pourquoi le moine Éveil-à-la-Vertu a-t-il enseigné le Sūtra du Nirvana aux innombrables moines qui étaient tous coupables d’avoir enfreint les préceptes ? Ou pourquoi le bodhisattva Jamais-Méprisant s’est-il adressé aux quatre catégories de croyants, qui étaient des ennemis de la Loi, pour leur transmettre les enseignements du Sūtra du Lotus ?

Comme nous le voyons, il est absolument faux d’affirmer que les enseignements sont systématiquement exposés en fonction de la capacité des auditeurs.

Question : Voulez-vous dire que Nagarjuna, Vasubandhu et d’autres n’ont pas enseigné le véritable sens du Sūtra du Lotus ?

Réponse : En effet. Ils ne l’ont pas enseigné.

Question : Alors, quelles doctrines ont-ils enseignées ?

Réponse : Ils ont enseigné les sūtras provisoires du Mahayana, les divers enseignements ésotériques et exotériques tels que le Sūtra de la Guirlande de fleurs, les sūtras Vaipulya, les sūtras de la Sagesse et le Sūtra de Mahavairochana, mais ils n’ont pas exposé les doctrines du Sūtra du Lotus.

Question : Qu’est-ce qui vous permet de dire cela ?

Réponse : Les traités écrits par le bodhisattva Nagarjuna comportent quelque trois cent mille versets. Tous n’ont pas été transmis en Chine et au Japon, et il est donc 559difficile de se prononcer quant à leur nature fondamentale. Cependant, quand nous étudions ceux qui ont été transmis en Chine, comme le Commentaire sur le Sūtra des dix étapes, le Traité de la Voie du Milieu et le Traité de la grande perfection de sagesse, nous pouvons supposer que les traités restés en Inde sont de nature similaire.

Question : Parmi les traités restés en Inde, n’y en a-t-il pas de supérieurs à ceux qui ont été transmis en Chine ?

Réponse : Il ne sert à rien que j’exprime mon opinion personnelle concernant le bodhisattva Nagarjuna. En effet, le Bouddha lui-même prédit qu’après sa disparition un bodhisattva du nom de Nagarjuna apparaîtrait dans le sud de l’Inde et que ses enseignements les plus importants figureraient dans une œuvre intitulée Traité de la Voie du Milieu79.

Telle fut la prophétie du Bouddha. De fait, nous découvrons qu’il y eut soixante-dix érudits en Inde qui s’engagèrent dans le sillage de Nagarjuna, et tous furent des érudits de tout premier plan. Or, chacun de ces soixante-dix érudits fonda ses enseignements sur le Traité de la Voie du Milieu. C’est une œuvre en quatre volumes et vingt-sept chapitres, dont l’essence est exprimée dans une strophe en quatre vers80 qui décrit la nature des phénomènes à partir de leur production conditionnée. Cette strophe en quatre vers résume les quatre enseignements et la triple vérité contenus dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs, dans les sūtras de la Sagesse et dans d’autres encore. Elle n’exprime pas la triple vérité telle qu’elle est révélée et unifiée dans le Sūtra du Lotus.

Question : Y a-t-il quelqu’un d’autre qui partage vos conceptions à ce sujet ?

Réponse : Tiantai dit : « Ne vous avisez pas de comparer le Traité de la Voie du Milieu [aux enseignements du Sūtra du Lotus]81. » Et, ailleurs, il indique : « Vasubandhu et Nagarjuna ont clairement perçu la vérité dans leur cœur mais ils ne l’ont pas enseignée. Ils ont plutôt employé les enseignements provisoires du Mahayana, qui convenaient au moment82. » Miaole déclare : « Pour détruire les vues erronées et établir la vérité, rien n’est comparable au Sūtra du Lotus83. » Et Congyi dit : « Nagarjuna et Vasubandhu ne peuvent être comparés à Tiantai84. »

Question : Dans la dernière partie de la dynastie des Tang, le Maître des Trois Corbeilles Bukong introduisit en Chine un traité en un volume intitulé Traité sur l’esprit aspirant à l’illumination, qu’il attribua au bodhisattva Nagarjuna. Le Grand Maître Kōbō déclara à ce sujet : « Ce traité représente l’essence de l’ensemble des mille traités de Nagarjuna85. » Qu’en pensez-vous ?

Réponse : Ce traité comporte sept feuillets. En de nombreux endroits, figurent des propos qui ne pourraient être de Nagarjuna. C’est pourquoi, dans le registre des textes bouddhiques, on le cite parfois comme une œuvre de Nagarjuna et parfois comme une œuvre de Bukong. La question de l’auteur n’a jamais été résolue. De plus, ce n’est pas un résumé des enseignements dispensés par le Bouddha de son vivant, et il contient beaucoup d’affirmations approximatives. En tout premier lieu, un passage fondamental, celui qui affirme que « c’est uniquement par les enseignements du Zhenyan [que l’on peut atteindre la bouddhéité en cette vie] », est erroné puisqu’il nie que le Sūtra du Lotus permet d’atteindre la bouddhéité en cette vie, alors qu’il s’agit là d’un fait clairement attesté à la fois par les passages des preuves textuelles et les événements réels86. Au contraire, ce passage prétend que les sūtras du Zhenyan enseignent que l’on peut atteindre la bouddhéité en cette vie. Affirmation pour laquelle il n’existe ni preuve textuelle, ni événements réels [qui l’attestent]. À lui seul, le mot « uniquement », dans la phrase « c’est uniquement par les enseignements du Zhenyan [que l’on peut atteindre la bouddhéité en cette vie] », représente la plus grande erreur de toutes.

Il semble donc probable que l’œuvre ait été écrite par le Maître des Trois Corbeilles 560Bukong lui-même, qui l’attribua à Nagarjuna pour bénéficier d’une plus grande crédibilité auprès de ses contemporains.

Bukong commet un certain nombre d’autres erreurs. Ainsi, dans sa traduction intitulée Règles des rituels fondés sur le Sūtra du Lotus, qui traite du Sūtra du Lotus, il assimile le Bouddha du chapitre “Durée de la vie” au bouddha Amida, ce qui constitue une erreur évidente et choquante. Il prétend aussi que le chapitre “Dharani” du Sūtra du Lotus devrait venir juste après le chapitre “Les pouvoirs transcendantaux de l’Ainsi-Venu” et que le chapitre “Transmission” devrait se trouver tout à la fin, mais il s’agit là d’opinions qui ne méritent même pas qu’on en débatte.

Et ce n’est pas tout. Bukong a volé les préceptes du Mahayana de l’école Tiantai et, en s’appuyant sur un décret de l’empereur Daizong, il les a introduits dans les cinq temples du mont Wudai. Il a décrété aussi que la classification des doctrines de l’école Tiantai devrait également être adoptée par l’école Zhenyan. De manière générale, il a contribué largement à instaurer la confusion et à égarer tout le monde. On peut avoir recours à des traductions de textes réalisées par d’autres, mais on ne peut se fier aux traductions de sūtras ou de traités émanant de la main de Bukong.

Si l’on considère à la fois les traductions anciennes et nouvelles87, nous découvrons que cent quatre-vingt-six personnes ont apporté de l’Inde certains sūtras et traités et les ont introduits en Chine en les traduisant. À l’exception d’un seul, le Maître des Trois Corbeilles Kumarajiva, tous ces traducteurs ont commis, ici ou là, des erreurs. Mais, parmi eux, Bukong se distingue par le grand nombre de ses erreurs. Il est clair qu’il entreprit délibérément de semer la confusion et d’égarer les autres.

Question : Qu’est-ce qui vous permet de dire que les traducteurs autres que Kumarajiva ont commis des erreurs ? N’entendez-vous pas ainsi non seulement détruire les écoles Zen, Nembutsu, Shingon et les sept autres écoles majeures, mais aussi discréditer toutes les œuvres des traducteurs qui ont été introduites en Chine et au Japon ?

Réponse : C’est un point qui requiert la plus grande discrétion et je ne pourrais l’aborder en détail qu’en tête à tête avec celui qui m’interroge. Mais j’aimerais cependant faire ici quelques commentaires. Kumarajiva lui-même a dit : « Quand j’examine les divers sūtras en usage en Chine, je me rends compte que tous diffèrent des originaux sanskrits. Comment le faire comprendre aux gens ? Je n’ai qu’un seul grand vœu. Mon corps est impur car j’ai pris une épouse. Mais ma langue seule est pure et jamais elle ne proférerait de mensonges concernant les enseignements bouddhiques. Après ma mort, veuillez me faire incinérer. Si, à ce moment-là, ma langue est consumée par les flammes, vous pourrez alors rejeter tous les sūtras que j’ai traduits. » Telles furent les paroles qu’il prononça à maintes reprises depuis l’estrade où il dispensait ses enseignements. De ce fait, tous, depuis le souverain jusqu’aux gens ordinaires, espéraient ne pas mourir avant Kumarajiva [pour voir ce qu’il adviendrait].

Quand finalement Kumarajiva mourut et fut incinéré, son corps impur se trouva entièrement réduit en cendres. Seule demeura sa langue, reposant au sommet d’un lotus bleu qui avait jailli au milieu des flammes. Elle émit des rayons lumineux de cinq couleurs qui rendirent la nuit aussi brillante que le jour et, durant la journée, éclipsèrent les rayons du soleil. Dès lors, les sūtras traduits par tous les autres érudits furent tenus en piètre estime, alors que ceux traduits par Kumarajiva, tout particulièrement sa traduction du Sūtra du Lotus, se propagèrent rapidement à travers toute la Chine88.

Question : Voilà qui nous éclaire sur les traducteurs contemporains de Kumarajiva ou antérieurs à lui. Mais qu’en est-il des 561traducteurs ultérieurs, tels que Shanwuwei et Bukong ?

Réponse : En ce qui concerne les traducteurs qui vécurent après Kumarajiva, si leur langue a brûlé au moment de l’incinération, cela signifie que leur travail comportait des erreurs. L’école Hossō a joui dans ses débuts d’une grande popularité au Japon. Mais le Grand Maître Dengyō l’attaqua en déclarant que, si la langue de Kumarajiva n’avait pas été consumée dans les flammes, celles de Xuanzang et Cien [en revanche] brûlèrent avec leur corps. Impressionné par cet argument, l’empereur Kammu fit allégeance à l’école du Lotus Tendai.

Dans les troisième et neuvième volumes du Sūtra du Nirvana, nous découvrons une prédiction du Bouddha selon laquelle, lorsque ses enseignements seraient transmis de l’Inde vers d’autres pays, beaucoup d’erreurs y seraient introduites et que la probabilité pour les êtres humains d’obtenir l’illumination grâce à eux s’en trouverait réduite. C’est pourquoi le Grand Maître Miaole déclare : « Que les enseignements soient compris correctement ou pas dépend des personnes qui les transmettent. Ce ne sont pas les déclarations authentiques du sage qui sont déterminantes en la matière89. »

Autrement dit, quelle que soit la façon dont nos contemporains suivent les enseignements des sūtras dans l’espoir d’une vie meilleure après la mort, si les sūtras auxquels ils croient sont erronés, ils ne pourront jamais atteindre l’illumination. Mais la faute n’en est pas imputable au Bouddha.

Lorsqu’on étudie les enseignements bouddhiques, en plus des distinctions entre le Hinayana et le Mahayana, les enseignements provisoires et l’enseignement véritable, les enseignements exotériques et ésotériques, [on se rend compte que] cette question de la fiabilité de la traduction des sūtras est, de toutes, la plus importante.

Question : Vous dites que, durant les mille ans de l’époque de la Loi correcte, des érudits savaient dans leur cœur que la vérité contenue dans le Sūtra du Lotus surpassait de loin les enseignements des autres sūtras, exotériques et ésotériques, mais qu’ils ne le révélèrent pas, n’enseignant que les doctrines du Mahayana provisoire. Peut-être avez-vous raison, mais j’ai bien du mal à partager votre point de vue.

Vers le milieu du millénaire de la Loi formelle, apparut le Grand Maître Tiantai Zhizhe. Dans les dix volumes ou mille feuillets de son Sens profond [du Sūtra du Lotus], il discuta en détail de l’ensemble des cinq caractères composant le titre du Sūtra du Lotus, Myōhō-renge-kyō. Dans les dix volumes de son Commentaire textuel [du Sūtra du Lotus], il aborda chaque mot et chaque phrase du Sūtra, depuis les mots d’introduction « Ainsi ai-je entendu » jusqu’aux tout derniers mots, « ils s’inclinèrent en signe de respect et partirent ». Il les interpréta à la lumière de ces quatre points, à savoir les causes et les conditions, les enseignements corrélatifs, l’enseignement théorique et l’enseignement essentiel, et l’observation de l’esprit90, consacrant une nouvelle fois mille feuillets à ce sujet.

Dans les vingt volumes composant le Sens profond et le Commentaire textuel [du Sūtra du Lotus], il comparait les enseignements de tous les autres sūtras aux ruisseaux et aux rivières, et le Sūtra du Lotus au grand océan. Il démontrait que les eaux composant les enseignements de tous les mondes des dix directions se jettent, sans que soit perdue la moindre goutte, dans le grand océan du Sūtra du Lotus. De plus, il examina toutes les doctrines des grands érudits de l’Inde, sans négliger le moindre point, ainsi que les doctrines des dix maîtres de la Chine du Nord et du Sud, réfutant celles qui devaient l’être, et adoptant celles qui en étaient dignes. En plus des œuvres que je viens de mentionner, il exposa aussi La Grande Concentration et Pénétration en dix volumes, dans lesquels il résuma les enseignements sur la méditation dispensés par le Bouddha de son vivant par 562le concept d’un instant de vie et il inclut tous les êtres vivants et leurs environnements dans les dix états par le concept des trois mille mondes.

Les déclarations contenues dans ces œuvres de Tiantai surpassent celles de tous les érudits qui vécurent en Inde durant les mille ans de l’époque de la Loi correcte, et sont supérieures aux commentaires des maîtres qui vécurent en Chine durant les cinq cents ans précédant la venue de Tiantai. C’est pourquoi le Grand Maître Zhizang, de l’école Sanlun, écrivit une lettre exhortant une centaine au moins de responsables et d’anciens des écoles de la Chine du Nord et du Sud à assister aux cours du Grand Maître Tiantai sur les sūtras. « Ce qui ne se produit qu’une fois tous les mille ans, ce qui ne se produit qu’une fois tous les cinq cents ans91, vient de se produire aujourd’hui », a-t-il écrit. [De plus, le Grand Maître Zhangan nota] : « Nanyue avec sa sagesse supérieure, Tiantai avec ses grandes capacités de discernement, reçurent le Sūtra du Lotus il y a longtemps [dans une vie passée] et le gardèrent avec les actes du corps, de la parole et de l’esprit, et ils viennent d’apparaître une nouvelle fois sous la forme de ces deux maîtres honorés. Ils ont non seulement déposé la douce rosée d’amrita sur la terre de Chine, mais ils ont aussi fait résonner les tambours de la Loi jusqu’en Inde. Ils détiennent la merveilleuse illumination, fruit d’une compréhension innée, et leur présentation des textes n’a vraiment pas eu d’équivalent depuis l’époque des dynasties des Wei et des Qin. C’est pourquoi je souhaite me rendre avec une centaine de moines qui pratiquent la méditation auprès du Grand Maître Zhizhe et solliciter la possibilité de suivre ses enseignements92. »

Le Maître de la Discipline Daoxuan, du mont Chungnan, fit l’éloge du Grand Maître Tiantai en ces termes : « Sa compréhension parfaite du Sūtra du Lotus est comme le soleil de midi éclairant la plus sombre vallée ; sa présentation des enseignements du Mahayana est comme un vent puissant soufflant librement dans le ciel immense. Même si les maîtres des commentaires textuels se rassemblaient par milliers et tentaient de se former à ses merveilleux arguments, ils ne pourraient jamais les comprendre tous. (...) Ses enseignements sont aussi clairs qu’un doigt pointé vers la lune (...) et leur essence rejoint la vérité ultime93. »

Le Grand Maître Fazang de l’école Huayan fit l’éloge de Tiantai en ces termes : « Des hommes comme Nanyue et [Tiantai] Zhizhe peuvent saisir la vérité par leur intuition et sont concrètement déjà parvenus à la première étape de sécurité. Ils se rappellent les enseignements de la Loi tels qu’ils les ont entendus au pic de l’Aigle et les présentent comme tels aujourd’hui94. »

Il existe un récit relatant comment le Maître des Trois Corbeilles Bukong et son disciple Hanguang abandonnèrent l’un et l’autre l’école Zhenyan et devinrent disciples du Grand Maître Tiantai. Il est dit dans les Biographies des moines éminents : « Quand moi [Hanguang], je me suis rendu en Inde avec le Maître des Trois Corbeilles Bukong, un moine lui a dit : “Sur la terre de Chine, les enseignements de Tiantai sont ceux qui permettent le mieux de distinguer les doctrines correctes des doctrines erronées, et de clarifier ce qui est partiel et ce qui est parfait. Ne faudrait-il pas traduire ces écrits pour les apporter ici, en ce pays95 ?” »

Cette histoire fut rapportée au Grand Maître Miaole par Hanguang. En l’entendant, Miaole s’exclama : « Cela ne signifie-t-il pas que la Loi du Bouddha s’est perdue en Inde, pays d’où elle est originaire, et qu’il faut maintenant la rechercher dans les régions avoisinantes ? Mais, même en Chine, rares sont ceux qui reconnaissent la grandeur des enseignements de Tiantai. Ils sont comme le peuple de Lu96. »

S’il y avait eu en Inde des traités majeurs comparables à ces trois œuvres en trente 563volumes de Tiantai, pourquoi le moine indien aurait-il demandé que l’on apporte de Chine les commentaires de Tiantai ? Sachant tout cela, comment pouvez-vous nier que, durant l’époque de la Loi formelle, le sens véritable du Sūtra du Lotus ait été clarifié, et ses enseignements largement dispensés et propagés dans tout le continent sud du Jambudvipa ?

Réponse : Le Grand Maître Tiantai enseigna et propagea dans toute la Chine une méditation et une sagesse parfaites, surpassant les enseignements dispensés par le Bouddha de son vivant. [Cette méditation et cette sagesse parfaites] n’avaient jamais été enseignées auparavant par aucun érudit durant les quelque mille quatre cents années écoulées depuis la disparition du Bouddha, c’est-à-dire durant les mille ans de l’époque de la Loi correcte et les quatre cents premières années de l’époque de la Loi formelle. Sa renommée parvint même jusqu’en Inde. Voilà qui paraît ressembler à la large proclamation et propagation du Sūtra du Lotus. Mais, à cette époque-là, une estrade d’ordination à l’illumination parfaite et subite n’avait pas encore été établie. En revanche, les disciples de Tiantai suivirent les préceptes du Hinayana qu’ils greffèrent sur la sagesse parfaite et la méditation parfaite, ce qui donna lieu à un assemblage plutôt inefficace. On pourrait comparer cela à une éclipse du soleil ou à la lune en dehors de sa phase de plénitude.

Quoi que vous puissiez en dire, l’époque du Grand Maître Tiantai correspond à la période décrite dans le Sūtra de la Grande Collection comme l’époque où l’on lit, récite et écoute. Le moment d’une large révélation et propagation du Sūtra du Lotus n’était pas encore venu.

Question : Le Grand Maître Dengyō est né au Japon à l’époque de l’empereur Kammu [782-806]. Il réfuta les croyances erronées qui avaient pénétré au Japon pendant les quelque deux cents années écoulées depuis l’époque de l’empereur Kimmei [540-571], et il affirma son soutien à la sagesse parfaite et à la méditation parfaite enseignées par le Grand Maître Tiantai. Il rejeta également la validité des estrades d’ordination établies dans trois lieux au Japon97 par le révérend Ganjin, pour conférer les préceptes du Hinayana, en les déclarant sans valeur, et établit en revanche une nouvelle estrade d’ordination à l’illumination parfaite et subite du Mahayana sur le mont Hiei. C’est l’événement de la plus grande envergure qui se soit jamais déroulé en Inde, en Chine et au Japon, ou dans tout autre endroit du Jambudvipa durant les mille huit cents années qui ont suivi la disparition du Bouddha.

Je ne sais pas si l’illumination intérieure du Grand Maître Dengyō fut inférieure ou égale à celle de Nagarjuna et de Tiantai, mais je suis convaincu que, en appelant tous les croyants bouddhistes à adhérer à la Loi Unique, il se montra supérieur à Nagarjuna et à Vasubandhu et surpassa même Nanyue et Tiantai.

De manière générale, nous pouvons dire que, durant les mille huit cents années écoulées depuis la disparition du Bouddha, ces deux hommes, Tiantai et Dengyō, furent les véritables pratiquants du Sūtra du Lotus. C’est pourquoi Dengyō écrit dans son œuvre les Principes remarquables du Sūtra du Lotus : « Le Sūtra dit : “S’il vous fallait saisir le mont Sumeru et le faire s’envoler jusqu’aux terres de bouddha sans limites, cela non plus ne serait pas difficile. (...) Mais parvenir à prêcher ce Sūtra, après la disparition du Bouddha, à l’époque mauvaise, voilà qui sera réellement difficile98 !” Je commenterai ce passage ainsi : Shakyamuni a enseigné qu’il est facile de croire dans ce qui est superficiel mais difficile de croire dans ce qui est profond. Écarter le superficiel pour rechercher le profond révèle l’esprit d’une personne courageuse. Le Grand Maître Tiantai s’est fié à Shakyamuni et lui a obéi en œuvrant à répandre l’école du Lotus et en propageant ses enseignements 564dans toute la Chine. Nous, au mont Hiei, avons hérité de la doctrine de Tiantai et nous nous employons à garder l’école du Lotus et à propager ses enseignements dans tout le Japon. »

Ce passage signifie ceci : depuis l’époque de la venue du Bouddha, dans le kalpa de la sagesse de la neuvième période de décroissance, alors que la durée de la vie humaine était de cent ans, soit durant les cinquante années où le Bouddha dispensa son enseignement et les quelque mille huit cents années après sa disparition, il aurait été possible de trouver une personne de petite taille, ne mesurant guère que cinq pieds, capable de soulever une montagne d’or de cent soixante-huit mille yojana99 ou six millions six cent vingt mille ri100 de haut pour la projeter ensuite par-dessus les montagnes du Cercle-de-fer à une vitesse supérieure à celle d’un moineau. Tout cela avec autant de facilité que s’il s’agissait de lancer un petit caillou d’un ou de deux pouces à une distance d’un ou deux pas. Mais, même en imaginant qu’une personne de ce genre puisse exister, il serait bien plus improbable de découvrir quelqu’un, à l’époque de la Fin de la Loi, qui serait capable d’exposer le Sūtra du Lotus comme le Bouddha l’a fait. Pourtant, le Grand Maître Tiantai et le Grand Maître Dengyō ont été précisément ce genre de personnes, en mesure de l’enseigner de manière similaire au Bouddha.

En Inde, les érudits n’allèrent jamais jusqu’à propager le Sūtra du Lotus. En Chine, les maîtres précédant Tiantai le passèrent sous silence ou n’en firent que peu de cas. Quant aux hommes des époques ultérieures tels que Cien, Fazang, ou Shanwuwei, ils étaient de ceux qui prétendent que l’est est l’ouest ou que le ciel est la terre. Et ce sont là des opinions que le Grand Maître Dengyō n’exprima pas pour se valoriser lui-même.

Le dix-neuvième jour du premier mois de la vingt et unième année de l’ère Enryaku [802], l’empereur Kammu se rendit en visite au temple du mont Takao. Il convoqua les moines éminents des six écoles et des sept temples majeurs de Nara, notamment Zengi, Shōyū, Hōki, Chōnin, Kengyoku, Ampuku, Gonzō, Shuen, Jikō, Gen’yō, Saikō, Dōshō, Kōshō, et Kambin, qu’il fit venir au temple pour débattre avec le Maître du Dharma Saichō. Mais, au bout de quelques mots, ils se retrouvèrent muets et ne purent intervenir une deuxième ou une troisième fois. Tous inclinèrent plutôt la tête comme s’ils ne faisaient qu’un et joignirent les mains en signe de révérence. Saichō réfuta l’ensemble des fondements des enseignements du Sanron, concernant les deux resserres aux enseignements, les fondements des enseignements des trois périodes et ceux de la triple mise en mouvement de la roue de la Loi ; les fondements des doctrines de l’école Hossō concernant les enseignements des trois périodes101 et des cinq natures distinctes102 ; et ceux des doctrines du Kegon concernant les quatre enseignements, les cinq enseignements103, l’enseignement fondamental et les enseignements dérivés, les six formes et les dix mystères. C’est comme si les poutres et la charpente d’un grand édifice s’étaient brisées et effondrées. Les fières bannières de cette dizaine de moines éminents avaient elles aussi été renversées.

Profondément surpris par la tournure des événements, le vingt-neuvième jour du même mois, l’empereur envoya alors [Wake no] Hiroyo et [Ōtomo no] Kunimichi en qualité d’émissaires impériaux pour interroger plus longuement les hommes des sept temples et des six écoles. En réponse, tous soumirent un mémoire reconnaissant qu’ils avaient été vaincus dans le débat et se ralliaient aux arguments de Dengyō : « Quand nous étudions en privé le Sens profond du Sūtra du Lotus et d’autres commentaires de Tiantai, nous découvrons qu’ils résument tous les enseignements exposés par le bouddha Shakyamuni de son vivant. La pleine portée des doctrines du Bouddha est 565clarifiée, sans qu’un seul point ne demeure sans explication. L’école Tendai surpasse toutes les autres écoles et, seule, indique l’unique voie à suivre par tous. Les doctrines qu’elle expose représentent le principe merveilleux le plus profond que nous, moines des sept temples majeurs et des six écoles, n’avions jamais entendu ni vu auparavant. Aujourd’hui, la querelle si ancienne entre l’école Sanron et l’école Hossō a enfin disparu, de façon aussi radicale que la glace qui fond. La vérité a été clairement élucidée, comme si les nuages et la brume se dissipaient pour révéler la lumière du soleil, de la lune et des étoiles. Dans les quelque deux cents années écoulées depuis la propagation par le prince Shōtoku des enseignements bouddhiques en ce pays, quantité de sūtras et de traités ont été enseignés et leurs principes ont fait l’objet de larges discussions mais, jusqu’à présent, bien des doutes n’avaient pas encore été dissipés. De plus, l’enseignement merveilleux et parfait du Sūtra du Lotus n’avait pas encore été correctement expliqué et révélé. Les gens de cette époque n’avaient-ils pas encore les aptitudes nécessaires pour goûter sa saveur parfaite ?

« À notre humble avis, le souverain104 de notre dynastie s’est vu confier il y a longtemps cette tâche par l’Ainsi-Venu Shakyamuni, et il a étudié en profondeur l’enseignement pur et parfait du Sūtra du Lotus, si bien que les enseignements de la Loi merveilleuse du Véhicule Unique ont pu être pour la première fois expliqués et clarifiés. Alors, nous, érudits des six écoles, avons compris pour la première fois la vérité ultime. Désormais, tous les êtres dotés de vie en ce monde pourront monter à bord du bateau de la Loi merveilleuse et parfaite, et atteindre rapidement le rivage opposé. C’est en raison de liens karmiques que Zengi et les autres moines de notre groupe bénéficient d’une aussi grande bonne fortune et ont eu le privilège d’entendre ces mots extraordinaires. Sans profonds liens karmiques, comment aurions-nous pu naître en cette noble époque ? »

En Chine, dans les temps anciens, Jiaxiang rassembla quelque cent autres moines et, avec eux, reconnut le Grand Maître Tiantai comme un véritable sage. Par la suite, au Japon, les quelque deux cents moines des sept temples de Nara proclamèrent que le Grand Maître Dengyō méritait aussi le titre de sage. Ainsi, au cours des quelque deux mille années écoulées depuis la disparition du Bouddha, ces deux sages apparurent respectivement en Chine et au Japon. De plus, le Grand Maître Dengyō établit au mont Hiei une estrade d’ordination pour conférer les grands préceptes de l’illumination parfaite et subite, préceptes que même le Grand Maître Tiantai n’avait jamais propagés. Comment alors pouvez-vous nier que, dans la dernière partie de l’époque de la Loi formelle, le Sūtra du Lotus ait été largement révélé et proclamé ?

Réponse : Comme je l’ai expliqué précédemment, une grande Loi qui n’avait pas été largement propagée par Mahakashyapa et Ananda fut par la suite répandue par Ashvaghosha, Nagarjuna, Aryadeva et Vasubandhu. J’ai aussi évoqué une grande Loi, que Nagarjuna, Vasubandhu et d’autres n’avaient pas entièrement révélée et qui fut propagée par le Grand Maître Tiantai. J’ai enfin précisé qu’il restait encore, pour le Grand Maître Dengyō, à établir une estrade d’ordination aux grands préceptes de l’illumination parfaite et subite, [préceptes que] le Grand Maître Tiantai Zhizhe n’avait pas largement répandus.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, dans le texte du Sūtra du Lotus il est clairement question d’une Loi correcte, la plus profonde et la plus cachée105, une Loi explicitement exposée par le Bouddha qui n’a cependant jamais été encore propagée depuis sa disparition ni par Mahakashyapa, Ananda, Ashvaghosha, Nagarjuna, Asanga ou Vasubandhu, ni même par Tiantai ou Dengyō. La question la plus difficile 566et la plus déconcertante consiste à savoir si cette Loi profonde peut être largement révélée et propagée dans tout le continent du Jambudvipa, aujourd’hui, au début de l’époque de la Fin de la Loi, dans la cinquième des cinq périodes de cinq cents ans suivant la disparition du Bouddha.

Question : Quelle est cette Loi cachée ? D’abord, dites-moi son nom, puis je veux entendre sa signification. Si ce que vous dites est vrai, alors le bouddha Shakyamuni apparaîtra peut-être une nouvelle fois dans le monde, ou bien le bodhisattva Pratiques-Supérieures surgira une fois de plus de terre. Vite, parlez, je vous en prie !

On dit que le Maître des Trois Corbeilles Xuanzang dut mourir et renaître à six reprises106 avant de parvenir finalement jusqu’en Inde où il passa dix-neuf années. Mais il proclama que la doctrine du Véhicule Unique du Sūtra du Lotus ne fut qu’un enseignement opportun, et que les sūtras Agama des enseignements bouddhiques du Hinayana représentaient les véritables doctrines. Et, quand le Maître des Trois Corbeilles Bukong revint en Inde, son pays natal, il annonça que le Bouddha du chapitre “Durée de la vie” du Sūtra du Lotus était Amida ! C’était comme prétendre que l’est est l’ouest ou appeler le soleil la lune. Ils épuisèrent leur corps en vain, et se servirent inutilement de leur esprit.

Mais par chance, nous, étant nés à l’époque de la Fin de la Loi, nous pouvons, sans faire un seul pas, accomplir [la pratique de bodhisattva] qui nécessite trois asamkhya kalpa107 et, sans donner notre tête à dévorer à une tigresse, acquérir le sommet invisible de la tête du Bouddha108.

Réponse : Cette Loi est révélée dans le texte du Sūtra du Lotus et il est donc facile pour moi de vous l’expliquer. Mais d’abord, avant de clarifier cette Loi, il y a trois grandes difficultés109 que je dois mentionner. Aussi vaste que soit l’océan, il refuse d’abriter les cadavres110 et, aussi épaisse que soit la croûte terrestre, elle ne pourra pas soutenir les pas d’une personne ingrate envers ses parents111. Cependant, selon la Loi bouddhique, même ceux qui commettent les cinq transgressions capitales peuvent être sauvés, ainsi que ceux qui manquent de piété filiale. Seuls les icchantika, personnes à l’incroyance incorrigible, qui calomnient la Loi et se prétendent les premiers en matière d’observation des préceptes, ne peuvent obtenir le salut.

Les trois sources de difficultés auxquelles je viens de faire allusion sont l’école Nembutsu, l’école Zen et l’école Shingon. La première, l’école Nembutsu, s’est propagée dans tout le Japon, et le Nembutsu est sur les lèvres des quatre catégories de bouddhistes. La deuxième, l’école Zen, a produit des moines arrogants qui se targuent de posséder trois vêtements et un bol d’aumônes, et occupent massivement la région comprise entre les quatre mers, en se considérant comme les guides éclairés du monde entier. La troisième, l’école Shingon, constitue une catégorie à elle seule. Elle reçoit le soutien du mont Hiei, du Tō-ji, des sept temples de Nara et de l’Onjō-ji, ainsi que celui des hauts dignitaires du clergé, notamment du grand patriarche du mont Hiei, du prélat d’Omuro112, du supérieur de l’Onjō-ji et des superviseurs des divers temples et sanctuaires113. Puisque le miroir sacré conservé dans les quartiers des dames du palais impérial fut détruit par le feu114, on a attribué désormais au précieux mudra de l’Ainsi-Venu Mahavairochana [le rôle de] miroir du Bouddha ; et, puisque le précieux sabre fut perdu dans la mer de l’ouest115, les cinq honorés de l’école Shingon116 ont été considérés comme capables de briser les ennemis du pays. Ces croyances sont si profondément enracinées que la pierre marquant la durée d’un kalpa pourrait bien s’user entièrement117 sans qu’elles ne soient jamais détruites et la grande terre se retourner sans que les gens ne les remettent en cause.

567Quand le Grand Maître Tiantai vainquit, au cours d’un débat, les maîtres des autres écoles de la Chine du Nord et du Sud, les enseignements de l’école Zhenyan [devenue l’école Shingon au Japon] n’avaient pas encore été introduits dans ce pays, et quand le Grand Maître Dengyō remporta la victoire sur les six écoles du Japon, les doctrines du Shingon échappèrent donc à la réfutation. En plusieurs occasions, les tenants de ces doctrines tentèrent d’éviter leurs puissants adversaires, tout en parvenant par ailleurs à éclipser et à mettre en péril le grand enseignement du Sūtra du Lotus. Pis encore, le Grand Maître Jikaku, disciple du Grand Maître Dengyō, adopta même les doctrines de l’école Shingon, renvoya dans l’ombre les doctrines du Tendai du mont Hiei, et fit en sorte que cette dernière soit englobée par l’école Shingon. Mais qui aurait pu ouvertement s’opposer à une personne de l’autorité de Jikaku ?

Ainsi, c’est grâce à des préjugés que les fausses doctrines du Grand Maître Kōbō échappèrent encore à la réfutation. Il est vrai que le révérend An’nen formula bien quelques réserves à l’égard de Kōbō. Mais il se contenta de rétrograder le Sūtra de la Guirlande de fleurs, qui occupait la deuxième position, pour lui substituer le Sūtra du Lotus ; il maintint cependant le Sūtra du Lotus à un rang inférieur au Sūtra de Mahavairochana. Il ne fut donc rien de plus qu’un arrangeur de compromis mondains.

Question : En quoi ces trois écoles sont-elles dans l’erreur ?

Réponse : Considérons d’abord l’école Jingtu [devenue l’école Jōdo, ou école du Nembutsu, au Japon]. En Chine, à l’époque de la dynastie des Qi, vivait un moine nommé Tanluan. Il était à l’origine disciple de l’école Sanlun, mais, quand il lut le traité du bodhisattva Nagarjuna intitulé Commentaire sur le Sūtra des dix étapes, il établit la distinction entre la voie de la pratique difficile et la voie de la pratique facile. Plus tard, sous la dynastie des Tang, vécut un homme appelé le maître de la méditation Daochuo. Il délivra d’abord des enseignements sur le Sūtra du Nirvana, mais, quand il lut le récit de Tanluan concernant sa conversion à la foi dans les enseignements Jingtu, Daochuo abandonna le Sūtra du Nirvana et se tourna lui aussi vers la foi dans le Jingtu [la Terre pure], en établissant deux méthodes, celle de la voie des Saints et celle de la Terre pure. Daochuo eut de plus un disciple nommé Shandao qui définit deux sortes de pratiques religieuses, qu’il qualifia de pratiques mélangées et de pratiques correctes.

Au Japon, quelque deux cents ans après le début de l’époque de la Fin de la Loi, au temps de l’empereur retiré Gotoba, vivait un homme appelé Hōnen. S’adressant à tous les moines et disciples laïcs, il déclara : « Les enseignements bouddhiques dépendent du moment et de la capacité des gens. Le Sūtra du Lotus et le Sūtra de Mahavairochana, les doctrines des huit ou neuf écoles, notamment des écoles Tendai et Shingon, les enseignements dispensés par le Bouddha de son vivant — le Mahayana et le Hinayana, les enseignements exotériques et ésotériques, les enseignements provisoires et l’enseignement véritable —, ainsi que les écoles qui se fondent sur eux, étaient tous destinés aux personnes sages et aux facultés supérieures qui vécurent durant les deux mille ans des époques de la Loi correcte et de la Loi formelle. Maintenant que nous sommes entrés dans l’époque de la Fin de la Loi, quel que soit le zèle déployé dans la pratique de tels enseignements, ils n’apporteront aucun bienfait. Par ailleurs, si l’on mêle de telles pratiques à celle du Nembutsu, tournée vers le bouddha Amida, alors le Nembutsu deviendra inefficace et ne mènera pas à la renaissance dans la Terre pure.

« Il ne s’agit pas là d’une affirmation personnelle. Le bodhisattva Nagarjuna et le Maître du Dharma Tanluan définissent l’un et l’autre ces pratiques comme la voie de la pratique difficile. Daochuo dit que pas une seule personne n’a atteint 568l’illumination grâce à elles, et Shandao affirme qu’elles ne peuvent même pas sauver une personne sur mille.

« Ces personnes que je viens de mentionner étaient toutes des maîtres de l’école Jingtu, et vous pouvez donc être tenté de vous interroger à leur sujet. Mais on pourrait citer aussi le sage des temps anciens, Eshin [Genshin], qu’aucun des moines sages de l’école Tendai ou de l’école Shingon n’a dépassé à l’époque de la Fin de la Loi. Il a déclaré dans son œuvre intitulée Fondements de la renaissance dans la Terre pure que les doctrines exotériques et ésotériques n’étaient pas des enseignements qui pouvaient nous libérer du cycle des naissances et des morts. De plus, le livre intitulé les Dix conditions pour renaître dans la Terre pure de Yōkan, de l’école Sanron, prône la même position. Par conséquent, si les gens abandonnent le Sūtra du Lotus, le Shingon et d’autres enseignements, pour se consacrer entièrement au Nembutsu, alors dix personnes sur dix et cent sur cent renaîtront dans la Terre pure. »

Ces déclarations de Hōnen suscitèrent rapidement débats et querelles avec les moines du mont Hiei, du Tō-ji, de l’Onjō-ji et avec ceux des sept temples majeurs de Nara. Mais les propos d’Eshin dans la préface des Fondements de la renaissance dans la Terre pure parurent si convaincants que finalement Kenshin118, le grand patriarche du mont Hiei, prit foi dans la doctrine du Nembutsu et devint disciple de Hōnen.

De plus, même les gens qui n’étaient pas disciples de Hōnen se mirent à réciter le Nembutsu [en se tournant vers] le bouddha Amida, bien plus souvent qu’ils n’avaient récité le nom d’aucun autre bouddha, leurs lèvres murmurant constamment son nom, leur esprit toujours absorbé par lui, jusqu’à ce que, dans tout le Japon, chacun soit devenu disciple de Hōnen.

Au cours des cinquante dernières années, aux quatre coins du pays, tous sont devenus disciples de Hōnen. Cela signifie que chaque habitant du Japon s’oppose à la Loi. Si, par exemple, mille fils ou filles devaient se réunir pour assassiner un de leurs parents, alors les mille seraient tous coupables d’avoir commis les cinq transgressions capitales. Et si, de ce fait, l’un d’eux devait tomber dans l’enfer Avīci, comment les autres pourraient-ils échapper au même sort ?

En définitive, c’est comme si Hōnen, furieux d’avoir été condamné à l’exil119, s’était changé en mauvais esprit pour s’emparer du souverain et des moines du mont Hiei et de l’Onjō-ji, qui l’avaient auparavant persécuté, lui et ses disciples, et que cet esprit les avait incités à fomenter une rébellion, ou à commettre d’autres mauvais actes. Cela leur valut d’être presque tous massacrés par les autorités de Kamakura, à l’est du Japon. Les quelques moines du mont Hiei et du Tō-ji qui sont parvenus à survivre sont traités avec mépris par les laïcs, hommes et femmes. Ils sont pareils à des singes savants qui provoquent la risée de la foule, ou à des barbares soumis, méprisés même par les enfants.

Tirant profit de la situation, les hommes de l’école Zen se prétendirent observateurs des préceptes, trompant ainsi les gens avec des airs apparemment si respectables que les doctrines qu’ils avaient conçues dans leur folie, aussi fausses soient-elles, ne furent pas considérées comme erronées.

Cette école Zen prétend représenter une « transmission séparée en dehors des sūtras », ne reposant donc pas sur les nombreux sūtras enseignés par Shakyamuni de son vivant, mais [sur un enseignement] qu’il chuchota à l’oreille du vénérable Mahakashyapa. Ainsi, les partisans de cette école proclament que, étudier les divers sūtras sans comprendre les enseignements de l’école Zen, c’est être comme un chien tentant de mordre le tonnerre ou comme un singe cherchant à saisir le reflet de la lune dans l’eau.

Le Zen est une doctrine erronée qui, au Japon, attire ceux qui ont été rejetés 569par leur père et leur mère à cause de leur manque de piété filiale ou qui furent renvoyés par leurs seigneurs du fait de leur conduite scandaleuse, ou encore les jeunes moines trop paresseux pour se concentrer sur leurs études, et les courtisanes de petite vertu. Même si les disciples [de cette école] ont tous adopté les préceptes, ils sont comme un essaim de criquets se nourrissant sur le dos des paysans. C’est pourquoi le Ciel les toise avec fureur et les dieux de la terre trépignent.

L’école Shingon est une source de troubles bien plus grande encore que les deux autres écoles que je viens de citer. Elle représente une source majeure d’erreurs, et je vais donc en parler ici dans les grandes lignes.

Sous le règne de l’empereur Xuanzang, de la dynastie des Tang, les maîtres des Trois Corbeilles Shanwuwei, Jingangzhi, et Bukong apportèrent de l’Inde le Sūtra de Mahavairochana, le Sūtra de la couronne de diamants et le Susiddhikara-sūtra, et les introduisirent en Chine. Les enseignements de ces trois sūtras sont très clairement élaborés. Si nous en recherchons le principe fondamental, nous découvrons qu’il consiste à unifier les deux véhicules des auditeurs et des bouddhas-pour-soi dans le Véhicule Unique des bodhisattvas et à réfuter les deux véhicules pour révéler ce Véhicule Unique. En matière de pratique, l’école a recours à des mudra et à des mantras.

Une telle doctrine n’est même pas comparable au Véhicule Unique de la bouddhéité, enseigné par opposition aux trois véhicules [des auditeurs, des bouddhas-pour-soi et des bodhisattvas] qui, eux, sont présentés dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs et dans les sūtras de la Sagesse ; de même, [cette doctrine du Shingon] n’est pas aussi profonde que l’enseignement spécifique ou l’enseignement parfait qui précédèrent le Sūtra du Lotus, comme l’a clarifié l’école Tiantai. Dans sa signification fondamentale, du moins, cette doctrine ne correspond qu’aux deux sortes d’enseignements inférieurs : l’enseignement des Trois Corbeilles et l’enseignement intermédiaire.

Le Maître des Trois Corbeilles Shanwuwei réalisa sans aucun doute que, s’il exposait les enseignements énoncés dans ces sūtras [apportés de l’Inde], les moines des écoles Huayan et Faxiang le tourneraient en ridicule et ceux de l’école Tiantai se moqueraient de lui. Pourtant, étant donné le mal qu’il s’était donné pour rapporter ces œuvres de l’Inde, il n’était probablement pas disposé à rester silencieux à leur sujet.

À cette époque, on trouvait au sein de l’école Tiantai un moine à l’esprit tordu appelé le maître de la méditation Yixing. Shanwuwei se tourna vers lui et l’interrogea sur les doctrines bouddhiques enseignées en Chine. Se trompant sur ses motivations, Ajari Yixing non seulement révéla à Shanwuwei les principes majeurs des doctrines [des écoles] Sanlun, Faxiang et Huayan, mais lui expliqua même les enseignements de l’école Tiantai.

Shanwuwei réalisa que les enseignements de l’école Tiantai étaient encore meilleurs qu’il ne l’avait supposé quand il en avait entendu parler en Inde, et que les doctrines des trois sūtras qu’il avait apportés ne pourraient jamais rivaliser avec eux. Mais il entreprit de tromper Yixing en disant : « Mon bon moine, vous êtes parmi les hommes les plus intelligents de Chine, et l’école Tiantai dispense un enseignement véritablement profond et merveilleux. Mais l’école Zhenyan, dont j’ai apporté les enseignements en Chine, lui est supérieure par le fait qu’elle utilise des mudra et des mantras. »

Yixing trouva ce point de vue cohérent, et le Maître des Trois Corbeilles Shanwuwei lui dit alors : « De même que le Grand Maître Tiantai écrivit des commentaires sur le Sūtra du Lotus, j’aimerais également composer un commentaire sur le Sūtra de Mahavairochana afin de propager les 570enseignements du Zhenyan. Pourriez-vous le transcrire pour moi ? » Yixing répondit : « Cela me paraît assez facile. »

« Mais que faut-il écrire ? » demanda-t-il alors avant d’ajouter : « L’école Tiantai est irréfutable et, bien que les autres écoles bouddhiques aient toutes rivalisé pour tenter de réfuter ses doctrines, aucune n’a remporté le moindre succès pour une seule et unique raison : dans le Sūtra aux sens infinis, enseignement qui sert d’introduction au Sūtra du Lotus, le Bouddha déclare que, dans les divers sūtras qu’il a enseignés durant les quelque quarante années précédentes, il n’a pas encore révélé la vérité [tout entière], détruisant ainsi les doctrines fondées sur ces divers sūtras. Et, dans les chapitres “Le maître de la Loi” et “Les pouvoirs transcendantaux [de l’Ainsi-Venu]”, le Bouddha déclare qu’aucun sūtra enseigné dans les temps ultérieurs ne pourra jamais égaler le Sūtra du Lotus. Dans le passage du chapitre “Le maître de la Loi”, comparant le Sūtra du Lotus et les autres sūtras prêchés à la même époque, il met en évidence la supériorité du Sūtra du Lotus. Dans laquelle de ces trois catégories — les sūtras prêchés avant le Sūtra du Lotus, en même temps, ou après — faut-il placer le Sūtra de Mahavairochana ? »

À ce moment-là, le Maître des Trois Corbeilles Shanwuwei fut traversé par une idée extrêmement rusée : « Le Sūtra de Mahavairochana, expliqua-t-il à Yixing, commence par un chapitre appelé “L’étape de l’esprit”. À l’instar du Sūtra aux sens infinis, qui réfute tous les sūtras enseignés dans les quelque quarante années précédentes, ce chapitre “L’étape de l’esprit” réfute tous les autres sūtras. Les chapitres restants du Sūtra de Mahavairochana, depuis le chapitre “Entrer dans le mandala” jusqu’à la fin, ont été connus en Chine sous deux versions, le Sūtra du Lotus et le Sūtra de Mahavairochana, alors qu’ils ne constituaient qu’un seul sūtra en Inde. S’adressant à Shariputra et à Maitreya, le bouddha Shakyamuni enseigna le Sūtra de Mahavairochana, qu’il appela Sūtra du Lotus, mais il omit les explications des mudra et des mantras et n’exposa que les doctrines. Telle fut l’œuvre introduite en Chine par le Maître des Trois Corbeilles Kumarajiva et utilisée par le Grand Maître Tiantai. Cependant, à la même époque, l’Ainsi-Venu Mahavairochana enseigna à Vajrasattva le Sūtra du Lotus sous le nom de Sūtra de Mahavairochana. Telle est l’œuvre appelée aujourd’hui Sūtra de Mahavairochana, que j’ai souvent vue en Inde. C’est pourquoi j’aimerais que vous écriviez que le Sūtra de Mahavairochana et le Sūtra du Lotus se savourent comme des œuvres qui ont fondamentalement la même nature, comme l’eau et le lait. Par conséquent, le Sūtra de Mahavairochana peut être considéré comme supérieur à tous les autres sūtras enseignés dans le passé, le présent et l’avenir de la même façon que le Sūtra du Lotus.

« Quant aux mudra et aux mantras, s’ils nous servent à orner la doctrine de l’esprit, exprimée dans la formule “trois mille mondes en un instant de vie”, ils deviendront un enseignement secret qui contient les trois mystères120. Et, grâce à cette doctrine contenant les trois mystères, le Zhenyan se révélera supérieur à l’école Tiantai, où il n’est question que du mystère de l’esprit. L’école Zhenyan est comparable à un grand général vêtu de son armure, qui accroche à son épaule son arc et ses flèches, et suspend un sabre à sa taille. Par contre, l’école Tiantai, qui ne détient que le mystère de l’esprit, est comme un grand général entièrement nu. »

Ajari Yixing écrivit tout ce que Shanwuwei lui avait dicté.

Dans l’ensemble des trois cent soixante États de Chine, nul ne put déceler cette ruse. D’abord, il y eut quelques querelles sur les mérites relatifs des enseignements des écoles Tiantai et Zhenyan. Mais Shanwuwei était de ceux qui inspiraient un grand respect ; alors que les moines de l’école Tiantai bénéficiaient de peu de 571considération. À cette époque, on n’y trouvait pas non plus d’hommes sages tels que le Grand Maître Tiantai. Ainsi, jour après jour, l’école Tiantai perdit toujours plus de terrain face à l’école Zhenyan et, finalement, tout débat cessa.

Avec le passage des années, cette supercherie initiale de l’école Zhenyan finit par être totalement ignorée et oubliée. Quand, depuis le Japon, le Grand Maître Dengyō se rendit en Chine et revint avec les enseignements de l’école Tiantai, il rapporta aussi les enseignements du Zhenyan. C’est la doctrine de Tiantai qu’il recommanda à l’empereur du Japon, mais ce sont les enseignements du Zhenyan qu’il donna à étudier aux moines éminents des six écoles. Dengyō avait déjà établi la supériorité des enseignements de Tiantai sur ceux des six écoles avant de se rendre en Chine. Après son retour de Chine, il tenta d’établir une estrade d’ordination pour conférer les préceptes de l’illumination parfaite et subite, mais cela l’entraîna dans une grande controverse121. Il se fit beaucoup d’ennemis et sentit probablement qu’il lui serait relativement difficile d’établir l’estrade d’ordination, même en y consacrant toutes ses forces. Ou peut-être eut-il le sentiment qu’il fallait laisser la réfutation des enseignements du Shingon pour l’époque de la Fin de la Loi. En tout cas, il ne discuta pas des enseignements du Shingon en présence de l’empereur, et ne fit aucune déclaration claire à ses disciples sur ce sujet. Cependant, il laissa une œuvre secrète en un volume intitulée Clarification des écoles fondées sur la doctrine de Tiantai, où il décrit comment divers moines des sept écoles se rallièrent aux enseignements de Tiantai. Dans la préface à cette œuvre, il mentionne la supercherie des enseignements du Shingon.

Le Grand Maître Kōbō se rendit dans la Chine des Tang durant l’ère Enryaku, au même moment que le Grand Maître Dengyō122. Il y étudia les enseignements de l’école Zhenyan sous la direction de Huiguo, du temple Qinglong. Après son retour au Japon, il émit un jugement sur les mérites relatifs des doctrines enseignées de son vivant par Shakyamuni, en déclarant que les enseignements du Zhenyan venaient en premier, ceux du Huayan en deuxième, et ceux du Sūtra du Lotus en troisième.

Le Grand Maître Kōbō bénéficie d’un respect tout à fait rare auprès de nos contemporains. Cependant, bien qu’il me paraisse délicat d’aborder cette question, [je dois dire que], du point de vue de l’enseignement bouddhique, il commit un certain nombre d’erreurs plutôt insolites. Pour l’essentiel, il apparaît que, lors de son séjour en Chine, il n’étudia que les mudra et les mantras rituels utilisés par l’école Zhenyan et les introduisit au Japon. Mais il ne semble pas s’être plongé profondément dans les doctrines de l’école. De retour au Japon, il observa la situation prévalant à l’époque et, constatant l’exceptionnelle prospérité de l’école Tendai, il en conclut qu’il serait difficile de propager les doctrines du Zhenyan auxquelles lui-même adhérait. Il adopta alors le point de vue de l’école Kegon, qu’il avait étudié auparavant au Japon, en déclarant que le Sūtra de la Guirlande de fleurs était supérieur au Sūtra du Lotus. Mais il réalisa que, s’il se contentait d’affirmer la supériorité du Sūtra de la Guirlande de fleurs sur le Sūtra du Lotus, comme le faisait l’école Kegon, les gens n’accorderaient probablement pas un grand crédit à ces paroles. C’est pourquoi il apporta un nouveau tournant dans la doctrine du Kegon123, en déclarant que sa position correspondait à la véritable intention du Sūtra de Mahavairochana, du Traité sur l’esprit aspirant à l’illumination écrit par le bodhisattva Nagarjuna, et à l’intention aussi de Shanwuwei, étayant ainsi son point de vue par d’absurdes mensonges. Les croyants de l’école Tendai ne réussirent pourtant pas à s’opposer ouvertement à lui.

Question : Dans son Traité sur les dix étapes de l’esprit, dans La clé précieuse du 572trésor secret et dans la Comparaison entre les enseignements exotériques et ésotériques, le Grand Maître Kōbō déclare notamment : « Chaque véhicule se présente comme le véhicule de la bouddhéité mais, quand on les examine à partir d’une étape ultérieure, il apparaît qu’il ne s’agit que de “simples théories puériles124” » ; « [Le bouddha Shakyamuni] est dans la région des ténèbres, et non au stade de l’illumination125 » ; « [Les divers sūtras exotériques du Mahayana tels que le Sūtra du Lotus] sont comparables à la quatrième saveur, celle du beurre126 » ; et « les maîtres bouddhistes en Chine ont rivalisé pour voler le ghee [ou Shingon] et prétendre qu’il appartenait à leur école127 ». Que faut-il penser des déclarations contenues dans ces commentaires ?

Réponse : J’ai été fortement étonné en lisant ces commentaires et j’ai donc fait des recherches dans les divers sūtras, notamment dans les trois attribués à l’Ainsi-Venu Mahavairochana. Mais je n’ai pas trouvé un seul mot ni une seule phrase de sūtra où il soit stipulé que, par comparaison avec le Sūtra de la Guirlande de fleurs et le Sūtra de Mahavairochana, le Sūtra du Lotus n’est qu’« une simple théorie puérile » ou que, par rapport au Sūtra des six paramita, Tiantai s’est comporté comme un voleur, ou encore que, selon le Sūtra de la protection, le bouddha Shakyamuni serait « dans la région des ténèbres ». Toutes ces déclarations sont sans fondement. Et pourtant, depuis trois ou quatre cents ans, au Japon, un nombre relativement important de personnes sensées les ont acceptées, et on a fini par les considérer comme tout à fait valables et entièrement fondées. J’aimerais donc m’arrêter un instant sur quelques-unes des idées les plus manifestement erronées formulées par Kōbō et souligner d’autres absurdités dans son mode de pensée.

C’est durant la période des dynasties des Chen et des Sui que le Grand Maître Tiantai compara le Sūtra du Lotus au ghee, la saveur la plus raffinée. [Quelque deux cents ans] plus tard, vers le milieu de la dynastie des Tang, le Maître des Trois Corbeilles Prajna128 traduisit le Sūtra des six paramita et l’introduisit en Chine. Il aurait fallu que le Sūtra des six paramita — qui compare les enseignements dharani au ghee — ait été déjà transmis en Chine durant les dynasties des Chen et des Sui pour que l’accusation portée contre le Grand Maître Tiantai d’avoir « volé le ghee des enseignements du Zhenyan » ait du sens.

Le moine Tokuitsu offre un exemple similaire au Japon. Il critiqua sévèrement le Grand Maître Tiantai, qui avait rejeté la doctrine des enseignements des trois périodes formulée dans le Sūtra des profonds secrets, en déclarant qu’il avait utilisé sa langue de trois pouces pour détruire le corps du Bouddha haut de cinq pieds129. En retour, le Grand Maître Dengyō attaqua Tokuitsu, en soulignant que le Sūtra des profonds secrets fut introduit pour la première fois en Chine par Xuanzang, dans les premières décennies de la dynastie des Tang. Autrement dit, il fut apporté dans ce pays un certain nombre d’années après la disparition de Tiantai Zhizhe, qui vécut durant les dynasties des Chen et des Sui. Comment aurait-il pu alors rejeter une doctrine qui ne fut introduite en Chine qu’après sa mort ? Face à un tel argument, non seulement Tokuitsu fut réduit au silence, mais sa langue se fendit en huit morceaux, et il mourut.

Mais cela n’est rien, par rapport aux accusations malveillantes de Kōbō. Dans ses écrits, il traite de voleurs Fazang, de l’école Huayan, Jiaxiang, de l’école Sanlun, Xuanzang, de l’école Faxiang, ainsi que Tiantai et divers autres maîtres bouddhistes de la Chine du Nord et du Sud, en fait, tous les Maîtres des Trois Corbeilles ayant vécu depuis l’introduction de la Loi bouddhique en Chine, sous la dynastie des Han postérieurs.

Il faut aussi noter que la comparaison entre le Sūtra du Lotus et le ghee n’est en 573rien une invention de Tiantai. Le Bouddha lui-même dit dans le Sūtra du Nirvana que le Sūtra du Lotus est comme le ghee et, plus tard, le bodhisattva Vasubandhu écrivit également que le Sūtra du Lotus et le Sūtra du Nirvana étaient comparables au ghee130. Quant au bodhisattva Nagarjuna, il qualifia le Sūtra du Lotus de « merveilleux médicament131 ». Si celui qui compare le Sūtra du Lotus à du ghee est un voleur, alors Shakyamuni, Maints-Trésors, les bouddhas des dix directions, Nagarjuna et Vasubandhu ne sont-ils pas eux aussi des voleurs ?

Même si les disciples de Kōbō et les moines Shingon du Tō-ji, au Japon, peuvent avoir la vue si faible que leurs yeux ne leur permettent pas de distinguer le noir du blanc, ils devraient se fier à la vue des autres132 et reconnaître les malheurs suscités par leurs propres fautes. De plus, où se trouvent précisément les passages du Sūtra de Mahavairochana et du Sūtra de la couronne de diamants où le Sūtra du Lotus est présenté comme « une simple théorie puérile » ? Qu’on nous les montre ! Et, quand bien même le Sūtra du Lotus serait dépeint en ces termes dans ces sūtras, il pourrait bien s’agir alors d’une erreur de traduction. Il faut examiner ces questions avec tout le soin et l’attention possibles avant d’émettre un quelconque avis.

On rapporte que Confucius réfléchissait à neuf reprises avant de prononcer une parole et que Dan, le seigneur de Zhou, s’y reprenait à trois fois pour se laver les cheveux, et recrachait sa nourriture à trois reprises au cours d’un repas [afin de ne pas faire attendre ses visiteurs133]. Nous voyons là que, même parmi les hommes dépeints dans les écrits non bouddhiques consacrés aux éphémères affaires mondaines, ceux qui étaient sages se comportaient avec une grande prudence. Comment alors des hommes comme Kōbō ont-ils pu être si négligents et superficiels dans leurs jugements sur des questions concernant la Loi ?

Ces vues erronées de Kōbō furent transmises jusqu’à Shōgaku-bō134, fondateur d’un temple appelé Dembō-in, qui déclara dans ses Règles des rites pour révérer les reliques du Bouddha : « Le personnage véritablement digne de respect est le bouddha de la non-dualité du Mahayana. Le Bouddha aux Trois Corps d’âne ou de bœuf n’est même pas apte à tirer son chariot. Les doctrines vraiment profondes sont les enseignements du mandala en deux Plans. Les maîtres des quatre doctrines exotériques du Grand Véhicule ne sont même pas dignes d’être les préposés aux sandales de ceux qui enseignent le mandala135 ! »

Les « maîtres des quatre doctrines exotériques du Grand Véhicule » sont les moines qui enseignent les doctrines Hossō, Sanron, Kegon et Hokke [du Lotus] et le « Bouddha aux Trois Corps d’âne ou bœuf » désigne les quatre bouddhas, seigneurs des doctrines du Sūtra du Lotus, du Sūtra de la Guirlande de fleurs, des sūtras de la Sagesse et du Sūtra des profonds secrets. Il est donc dit que ces bouddhas et ces moines ne sont pas dignes de faire office de conducteur de bœufs ou de préposé aux sandales pour des maîtres du Shingon tels que Kōbō ou Shōgaku-bō.

En Inde vivait un homme connu sous le nom de Brahmane-à-la-Grande-Arrogance qui était né avec une sagesse innée et dont les écrits étaient très lus136. Il conservait dans sa poitrine les enseignements bouddhiques exotériques aussi bien qu’ésotériques, et tenait aussi bien les écrits bouddhiques que non bouddhiques dans le creux de sa main. Même le roi et ses ministres inclinaient la tête devant lui, et le peuple le vénérait comme un maître. Mais son arrogance était telle qu’il alla jusqu’à se fabriquer une estrade reposant sur quatre pieds et sur lesquels se trouvaient représentés les divinités Maheshvara, Vishnu et Narayana, ainsi que l’Honoré du monde à la grande illumination, quatre sages tenus en haute estime dans le monde, et c’est assis [sur cette estrade] qu’il exposait ses 574doctrines. Il était pareil aux moines du Shingon de notre époque quand ils étalèrent leur mandala où sont représentés Shakyamuni et les divers autres bouddhas et qu’ils accomplissent leur cérémonie d’aspersion137, ou comme les moines Zen lorsqu’ils déclarent que les enseignements de leur école représentent une grande Loi qui les autorise à marcher sur la tête du Bouddha138.

À la même époque vivait un moine humble appelé l’érudit Bhadraruchi qui fit valoir la nécessité de corriger le brahmane, mais ni le souverain, ni les hauts dignitaires, ni les gens ordinaires ne l’écoutèrent. Finalement, le brahmane chargea ses disciples, moines et laïcs, d’aller répandre d’innombrables mensonges et de maltraiter et frapper Bhadraruchi. Mais, sans craindre pour sa vie, Bhadraruchi continua à dénoncer le brahmane jusqu’à ce que le souverain, qui avait fini par le détester, organisât un débat entre le brahmane et Bhadraruchi, dans l’espoir de réduire ce dernier au silence. Cependant, contrairement à ses attentes, ce fut le brahmane qui fut vaincu au cours de ce débat.

Le roi leva les yeux au ciel, puis se jeta au sol, et se lamenta en ces termes : « J’ai eu le privilège d’entendre directement vos propos et de me libérer de mes vues erronées. Mais mon père, l’ancien roi, a été totalement égaré par cet homme et, à l’heure qu’il est, il est probablement tombé dans l’enfer Avīci. » Après avoir prononcé ces paroles, il s’agrippa aux genoux de l’érudit Bhadraruchi et éclata en sanglots.

Sur la suggestion de Bhadraruchi, le brahmane fut hissé sur le dos d’un âne et exhibé dans toute l’Inde jusqu’à que tout le monde ait pu être témoin de sa disgrâce. Mais le mal dans son cœur ne fit que croître et il tomba vivant dans l’Enfer aux souffrances incessantes. Était-il en quoi que ce soit différent des disciples des écoles Shingon et Zen du monde d’aujourd’hui ?

Le maître de la méditation chinois Sanjie139 déclara que le Sūtra du Lotus, qui représente les enseignements du bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, était une doctrine correspondant aux première et deuxième étapes de la Loi bouddhique, soit aux époques de la Loi correcte et de la Loi formelle. Cependant, pour l’époque de la Fin de la Loi, il affirma qu’il fallait adopter l’« enseignement universel » qu’il avait lui-même établi. Il déclara que, si l’on tentait de pratiquer le Sūtra du Lotus à l’époque actuelle, on tomberait sûrement dans les grands enfers Avīci des dix directions parce que ses enseignements ne s’accordent pas avec la nature et la capacité des gens de l’époque de la Fin de la Loi.

Il accomplissait les prosternations et reconnaissait ses manquements aux heures appropriées six fois par jour et respectait les quatre phases de méditation quotidienne, se comportant ainsi comme un bouddha vivant. Nombreux furent ceux qui le vénérèrent et le nombre de ses disciples s’éleva à plus de dix mille. Mais une jeune femme osa réciter le Sūtra du Lotus et critiquer les doctrines de Sanjie. Il en perdit aussitôt la voix et renaquit sous la forme d’un immense serpent qui dévora bon nombre de ses disciples, moines et laïcs, ainsi que des fillettes et des jeunes femmes. De nos jours, avec leur doctrine pernicieuse niant toute possibilité au Sūtra du Lotus de sauver ne serait-ce qu’une personne sur mille, Shandao et Hōnen sont tout à fait semblables à ce dénommé Sanjie.

Bien des années se sont écoulées depuis l’apparition de ces grandes sources de troubles — les enseignements du Nembutsu, du Zen et du Shingon —, et il ne faut pas sous-estimer leur influence. Mais il me semble que, si je me dresse ouvertement contre eux, certains tiendront peut-être compte de mes paroles.

Il y a cependant un fait plus grave encore que ces trois enseignements. Il est même mille, ou dix mille, ou un million de fois plus difficile à croire. Bien que le Grand Maître Jikaku ait été le troisième 575disciple du Grand Maître Dengyō, tous, depuis le souverain jusqu’aux gens ordinaires, le crurent plus remarquable encore que le Grand Maître Dengyō. Il se livra à une étude exhaustive des enseignements de l’école Shingon et de l’école du Lotus, et déclara dans ses écrits que les enseignements du Shingon étaient supérieurs à ceux du Sūtra du Lotus. La communauté des moines du mont Hiei, composée de trois mille personnes, ainsi que les érudits bouddhistes de toutes les provinces du Japon, tous acceptèrent son opinion à ce sujet.

Les disciples de Kōbō avaient pensé que, bien qu’il fût leur maître, il avait peut-être été trop loin en déclarant le Sūtra du Lotus inférieur au Sūtra de la Guirlande de fleurs. Mais, quand ils virent le Grand Maître Jikaku énoncer une opinion similaire dans ses commentaires, ils prirent pour fait acquis que les enseignements du Shingon étaient en fait supérieurs au Sūtra du Lotus.

Le mont Hiei aurait dû être le plus farouche opposant à cette position, solidement établie au Japon, qui place les enseignements du Shingon au-dessus du Sūtra du Lotus. Pourtant, Jikaku réduisit au silence les trois mille moines du mont Hiei et les empêcha de s’exprimer, ce qui permit à l’école Shingon d’agir à sa guise. En fait, le Grand Maître Jikaku fut le principal allié du Tō-ji, le temple principal de l’école Shingon.

Les écoles Jōdo et Zen ont certes prospéré dans d’autres pays, mais elles n’auraient jamais pu se répandre dans tout le Japon, même au cours d’innombrables kalpa, si l’Enryaku-ji, du mont Hiei, n’avait pas donné son assentiment. Ainsi, le révérend An’nen, qui passait pour le moine le plus remarquable du mont Hiei, écrivit une œuvre intitulée les Différentes vues concernant l’enseignement et le moment où il classa les neuf écoles bouddhiques selon leur ordre de supériorité, en plaçant l’école Shingon à la première place, le Zen à la deuxième, l’école du Lotus Tendai à la troisième, l’école Kegon à la quatrième, et ainsi de suite140. En raison de cette grave erreur d’interprétation, l’école Zen a pu propager ses enseignements dans tout le Japon, conduisant le pays au bord de la destruction. Et Hōnen a pu propager les enseignements de l’école Nembutsu, mettant ainsi le pays en péril en reprenant les opinions d’abord énoncées par Eshin dans sa préface à Fondements de la renaissance dans la Terre pure. Le Bouddha nous dit que le lion ne peut être rongé que par les parasites issus de son propre corps. Ces mots sont vraiment bien justes !

Le Grand Maître Dengyō passa quinze ans au Japon à étudier par lui-même les doctrines du Tendai et du Shingon. Très doué, il arriva naturellement à un degré de compréhension extraordinaire et put, sans l’aide d’un maître, s’éveiller à la vérité. Mais, afin de dissiper les doutes des autres, il se rendit jusqu’en Chine, où il fut formé aux enseignements des écoles Tiantai et Zhenyan. Les érudits en Chine soutenaient diverses opinions, mais Dengyō croyait dans son cœur que le Sūtra du Lotus était supérieur aux enseignements du Zhenyan. C’est pourquoi il n’utilisa pas le mot « école » pour se référer à l’école Zhenyan, mais parla simplement de « la Concentration et Pénétration » et des pratiques « Shingon » au sein de l’école Tendai. Il décréta qu’il faudrait ordonner chaque année deux moines qui devraient étudier au mont Hiei pendant une période de douze ans. De plus, il obtint un édit impérial désignant le Sūtra du Lotus, le Sūtra de la lumière dorée et le Sūtra des rois bienveillants comme les trois sūtras écrits pour la protection du pays, décrétant qu’ils devraient être lus et récités dans le Shikan-in141. Cet édit continuait en comparant ces trois sūtras aux Trois Trésors de la maison impériale, trésors éternels, fondamentaux et sacrés du Japon : le joyau, le sabre, et le miroir. Après la disparition de Dengyō, le premier grand patriarche de l’école Tendai au mont Hiei, le révérend Gishin, et le deuxième grand patriarche, le Grand Maître Enchō, restèrent 576fidèles aux orientations de Dengyō sans la moindre déviation.

Le troisième grand patriarche, le Grand Maître Jikaku, se rendit aussi dans la Chine des Tang, où il passa dix années à étudier les mérites relatifs des enseignements ésotériques et exotériques sous la direction de huit moines distingués142. Il étudia également sous la direction de moines de l’école Tiantai tels que Guangxiu et Weijuan143. Mais dans son cœur il croyait l’école Zhenyan supérieure à l’école Tiantai. Il lui semblait que son maître, le Grand Maître Dengyō, n’était pas resté assez longtemps en Chine pour entrer suffisamment dans les détails, et qu’il n’avait donc acquis qu’une compréhension approximative des doctrines du Zhenyan.

Après son retour au Japon, Jikaku fonda un grand hall de prédication appelé le Sōji-in, à l’ouest du Shikan-in, dans la section de Tōtō144, sur le mont Hiei, où il fit de l’Ainsi-Venu Mahavairochana du Plan du diamant l’objet de vénération. Devant cette image et en s’inspirant du commentaire de Shanwuwei sur le Sūtra de Mahavairochana, il composa un commentaire en sept volumes sur le Sūtra de la couronne de diamants et un commentaire en sept volumes sur le Susiddhikara-sūtra, soit un total de quatorze volumes.

Voici les points fondamentaux contenus dans ces commentaires : « Il existe deux sortes d’enseignement. On qualifie les premiers d’exotériques, car ils correspondent à la doctrine des Trois Véhicules ; en eux, la vérité relative et la vérité plénière des enseignements ne fusionnent pas totalement. On qualifie les seconds d’ésotériques, ce qui correspond à la doctrine du Véhicule Unique ; là, la vérité relative et la vérité plénière des enseignements bouddhiques fusionnent en une seule entité. Les enseignements ésotériques, à leur tour, se divisent en deux catégories. On appelle les premiers les enseignements ésotériques sur le plan du principe : il s’agit des doctrines présentées dans des œuvres telles que le Sūtra de la Guirlande de fleurs, les sūtras de la Sagesse, le Sūtra de l’enseignement de Vimalakirti, le Sūtra du Lotus et le Sūtra du Nirvana. Mais, tout en enseignant la non-dualité de la vérité relative et de la vérité plénière, ils ne mentionnent jamais les mantras ni les mudra. On appelle les seconds, les enseignements ésotériques à la fois sur le plan du principe et sur le plan de la pratique ; il s’agit des doctrines énoncées dans le Sūtra de Mahavairochana, le Sūtra de la couronne de diamants et le Susiddhikara-sūtra. Elles enseignent la non-dualité de la vérité relative et de la vérité plénière, et expliquent aussi les mudra et les mantras. »

En résumé, sur la question de la supériorité relative du Sūtra du Lotus par rapport aux trois sūtras du Shingon que je viens de citer, [il est donc dit dans ces commentaires qu’] ils s’accordent sur les principes, puisqu’ils enseignent tous la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie, mais [pas sur la pratique] puisque les mudra et les mantras ne sont pas mentionnés dans le Sūtra du Lotus. Le Sūtra du Lotus représenterait donc les enseignements ésotériques sur le plan du principe et les trois sūtras du Shingon les enseignements ésotériques à la fois sur le plan du principe et sur le plan de la pratique. Selon ces commentaires, ils sont de ce fait aussi éloignés que le ciel de la terre ou les nuages de la boue. De plus, Jikaku soutient que ce n’est pas là sa propre interprétation personnelle, mais qu’il s’agit fondamentalement de l’opinion avancée par le Maître des Trois Corbeilles Shanwuwei dans son commentaire sur le Sūtra de Mahavairochana.

Mais peut-être eut-il le sentiment que la valeur relative des écoles Tendai et Shingon faisait encore débat, à moins qu’il n’ait escompté dissiper les doutes des autres. En tout cas, on lit ceci dans la biographie du Grand Maître Jikaku : « Une fois que le Grand Maître eut fini d’écrire ses commentaires sur les deux sūtras, 577accomplissant ainsi son but, il se demanda s’ils étaient conformes ou non au vœu du Bouddha, convaincu que, s’ils ne l’étaient pas, il ne faudrait pas les laisser circuler largement dans le monde. Il plaça donc les commentaires devant l’image du Bouddha et décida de passer sept jours et sept nuits à prier avec ferveur pour s’assurer du bien-fondé de son objectif. Le cinquième jour, tôt le matin, à l’heure de la cinquième veille, il rêva qu’il était en plein midi et que le soleil brillait dans le ciel. Levant les yeux, il prit un arc et tira une flèche en direction de l’astre. La flèche atteignit le soleil qui se mit à tomber en roulant sur lui-même. Une fois sorti de son rêve, il en conclut que ses positions étaient en profond accord avec le vœu du Bouddha, et prit la décision de transmettre ses commentaires aux époques futures. »

Au Japon, le Grand Maître Jikaku se livra à une étude détaillée des enseignements de Dengyō et de Kōbō et, durant la période de dix années qu’il passa en Chine, il étudia sous la direction de huit moines émérites, notamment le Maître des Trois Corbeilles de l’Inde du Sud, Baoyue, se formant ainsi à toutes les doctrines les plus élevées et les plus secrètes. C’est sur cette base qu’il réalisa ses commentaires sur les deux sūtras. De plus, il pria devant l’image du Bouddha et déduisit de son rêve qu’il avait vu la flèche de la sagesse atteindre le soleil de la Voie du Milieu. Il éprouva une joie si grande qu’il demanda à l’empereur Nimmyō d’émettre un édit reconnaissant le mont Hiei comme centre de la pratique du Shingon.

Bien que grand patriarche de l’école Tendai, il devint virtuellement un supérieur du Shingon, en déclarant que les œuvres qui assureraient paix et protection au pays étaient les trois sūtras du Shingon. Cela fait maintenant plus de quatre cents ans qu’il a propagé ces doctrines. Les responsables éminents qui les ont acceptées sont aussi nombreux que les plants de riz et de chanvre, et les croyants fervents qui les ont adoptées sont aussi nombreux que les tiges de bambous et les joncs.

Ainsi, parmi tous les temples établis dans tout le Japon par l’empereur Kammu et le Grand Maître Dengyō, il n’en reste pas un seul où ne soit pas propagée la doctrine du Shingon. Courtisans et guerriers invitent également les moines du Shingon à répondre à leurs aspirations religieuses, les vénèrent comme leurs maîtres, leur demandent des cérémonies, et leur confient la charge des temples. Et, dans les cérémonies d’ouverture des yeux destinées à consacrer des images peintes et des images en bois du Bouddha, tous les moines des huit écoles bouddhiques utilisent maintenant les mudra et les mantras de l’Ainsi-Venu Mahavairochana et l’Honoré Œil-du-Bouddha !

Question : Ceux qui s’en tiennent à la supériorité du Sūtra du Lotus sur les enseignements du Shingon peuvent-ils utiliser ces commentaires de Jikaku ou doivent-ils les rejeter ?

Réponse : Le bouddha Shakyamuni a établi une règle de conduite pour l’avenir en déclarant qu’il fallait « s’appuyer sur la Loi et non sur les personnes145 ». Le bodhisattva Nagarjuna dit qu’il faut s’appuyer sur les traités fidèles aux sūtras et non sur les traités dénaturés146. Tiantai déclare : « Ce qui s’accorde avec les sūtras doit être mis par écrit et rendu accessible. Mais n’ayez foi ni dans des mots ni dans leur sens quand ils s’écartent de ce principe147. » Et le Grand Maître Dengyō dit : « Appuyez-vous sur les enseignements du Bouddha et n’ayez pas confiance dans les traditions transmises oralement148. »

Si quelqu’un se fonde sur ces passages des sūtras, des traités et des commentaires, alors il ne va pas se fonder sur des rêves, pour en faire une base d’évaluation des enseignements bouddhiques. En fait, il faut accorder une attention particulière aux sūtras et aux traités qui permettent de clarifier la question de la supériorité relative du Sūtra du Lotus et du Sūtra de Mahavairochana.

578Quant à l’affirmation qu’on ne peut accomplir une cérémonie d’ouverture des yeux pour des images peintes ou en bois sans utiliser les mantras et les mudra du Shingon, c’est un pur non-sens ! Faudrait-il en déduire qu’avant l’apparition de l’école Shingon les représentations peintes ou en bois du Bouddha ne pouvaient être consacrées ? Dans la période précédant l’apparition de l’école Shingon, il y eut en Inde, en Chine et au Japon des représentations peintes ou en bois qui se mirent à marcher ou à dispenser les enseignements, ou encore à parler à voix haute149. Il semble plutôt que, depuis que les gens ont commencé à se servir des mudra et des mantras du Shingon pour consacrer les images du Bouddha, cette cérémonie a perdu toute son efficacité.

C’est là un point généralement reconnu. J’aimerais simplement dire ici que, pour déterminer le bien-fondé des déclarations du Grand Maître Jikaku, il n’est pas nécessaire que moi, Nichiren, je fasse appel à des éléments extérieurs pour les réfuter. Il suffit d’examiner les propres interprétations de Jikaku pour saisir où se situe la vérité.

Question : Comment cela ?

Réponse : Pour comprendre, il faut saisir que la source de l’illusion de Jikaku, c’est le rêve qu’il a fait après avoir écrit ses commentaires affirmant la supériorité des enseignements du Shingon sur le Sūtra du Lotus. Si son rêve avait été de bon augure, il faudrait en conclure que Jikaku a eu raison de proclamer la supériorité des enseignements du Shingon. Mais le rêve de transpercer le soleil peut-il être qualifié de bon augure ? Essayez donc de trouver quelque part, dans les cinq ou sept mille volumes composant l’ensemble des écrits bouddhiques ou dans les quelque trois mille volumes de littérature non bouddhique, un élément suggérant que le rêve de transpercer le soleil est un événement de bon augure !

Voyons quelques exemples à titre de preuve. Ajatashatru rêva que la lune tombait du ciel. Quand il consulta son ministre Jivaka, ce dernier lui dit : « C’est un signe annonçant la disparition du Bouddha. » Et quand Subhadra150 rêva lui aussi que le soleil tombait du ciel, il se dit : « C’est un signe annonçant la disparition du Bouddha. » Quand les asura luttèrent contre le dieu Shakra, ils commencèrent par décocher des flèches vers le soleil et la lune. On dit que les mauvais souverains de la Chine ancienne, le roi Jie, de la dynastie des Xia, et le roi Zhou, de la dynastie des Yin, ont à maintes reprises visé le soleil avec leurs flèches, et qu’ils ont ainsi à la fois provoqué leur propre perte et mis un terme à leurs dynasties.

La reine Maya rêva qu’elle avait conçu le soleil et donna naissance ensuite au prince Siddhartha [qui devint plus tard le bouddha Shakyamuni]. C’est pourquoi, durant son enfance, le Bouddha fut appelé Graine-de-Soleil151. Le Japon ou Nippon [mot signifiant « la source du soleil »] doit son nom au fait que ce pays est celui de la Grande Déesse du Soleil. D’après ces exemples, le rêve de Jikaku doit signifier qu’il s’est servi de ses deux commentaires comme de flèches pour atteindre la Grande Déesse du Soleil, le Grand Maître Dengyō, le bouddha Shakyamuni et le Sūtra du Lotus. Moi, Nichiren, je suis un homme ignorant, et ne connais rien des sūtras et des traités. Mais je sais bien ceci : toute personne qui conclurait, à partir d’un tel rêve, que les enseignements du Shingon sont supérieurs au Sūtra du Lotus détruirait certainement son pays et provoquerait la destruction de sa famille dans sa vie présente, et il tomberait dans l’enfer Avīci après sa mort.

Pour clore ce sujet, nous avons, de fait, une preuve claire. Quand le Japon et les forces mongoles engagèrent le combat152, si les prières des moines du Shingon s’étaient révélées efficaces, elles auraient conduit le Japon à la victoire et nous aurions pu être certains que l’école Shingon était digne de respect. Mais, au moment des troubles de l’ère Jōkyū, bien qu’un nombre 579considérable de moines du Shingon aient prié pour la victoire des forces impériales et lancé leurs malédictions sur les forces du shogunat de Kamakura, l’homme qui était à sa tête, le régent [Hōjō Yoshitoki], en sortit victorieux. Cela valut à l’empereur retiré Gotoba d’être exilé dans la province d’Oki et à ses fils d’être exilés l’un sur l’île de Sado et l’autre, dans une autre province153. Tel fut l’effet des prières du Shingon pour la victoire. Finalement, les prières du Shingon furent comme les glapissements qui trahissent la présence du renard, et les malédictions, comme le dit le Sūtra du Lotus, « se retournent contre celui qui les a lancées154 ». Les trois mille moines du mont Hiei furent eux aussi attaqués par les troupes de Kamakura et contraints à se soumettre155.

Le gouvernement de Kamakura occupe aujourd’hui le sommet du pouvoir. C’est pourquoi les moines du Shingon, du Tō-ji, du mont Hiei, de l’Onjō-ji, et des sept temples majeurs de Nara, ainsi que les moines de l’école du Lotus, qui ont oublié les enseignements de leur propre école et calomnient au contraire la Loi, sont tous partis vers l’est, dans la région du Kantō, où ils inclinent la tête, s’agenouillent, et cherchent de diverses façons à gagner les faveurs des guerriers [de Kamakura]. On leur octroie en retour des fonctions d’administrateur ou de surintendant des divers temples ou monastères de montagne, où ils se mettent à suivre les mêmes doctrines mauvaises qui provoquèrent auparavant la chute des forces impériales, en les utilisant pour prier pour la paix et la sécurité du pays !

Le shōgun et sa famille, ainsi que les samouraïs à leur service, croient très probablement que de telles prières apporteront effectivement paix et sécurité au pays. Mais, tant qu’ils auront recours au service de moines qui provoquent de graves désastres en ignorant le Sūtra du Lotus, le pays courra en fait inévitablement à sa perte.

En pensant au grand malheur que représenterait la destruction du pays et aux pertes de vie affligeantes qui s’ensuivraient, je sens que mon devoir est de risquer ma propre vie afin d’établir clairement la vérité en la matière. Si le souverain désire la sécurité dans le pays, il devrait s’interroger sur le cours pris par les événements et essayer de discerner la vérité. Mais, au lieu de cela, il ne fait qu’écouter les calomnies des autres et me traite en toutes occasions avec hostilité.

Par le passé, quand certains s’opposaient à la Loi, Brahma, Shakra, les dieux du soleil et de la lune, les quatre rois célestes et les dieux terrestres, tous ceux qui ont fait le serment de défendre le Sūtra du Lotus, les désapprouvaient. Mais comme personne ne les dénonçait publiquement, on leur pardonnait, comme on le ferait avec un enfant unique qui se conduit mal, tantôt en faisant mine de ne pas remarquer ses fautes, tantôt en lui adressant de légers reproches. Cependant, puisque je suis désormais là pour clarifier ces points, je ne peux que m’étonner que le souverain ne cesse d’écouter les personnes qui s’opposent à la Loi. C’est pourtant bien ainsi qu’il se comporte, allant jusqu’à persécuter cette personne rare qui s’efforce de l’éclairer et de le sauver de l’erreur. Ce n’est pas seulement depuis un jour ou deux, un mois ou deux, ni même un an ou deux, mais depuis un grand nombre d’années maintenant, que je suis confronté à des difficultés plus grandes que les coups de bâton et les coups de canne subis par le bodhisattva Jamais-Méprisant, et que je suis soumis à des oppositions plus redoutables que les attaques meurtrières infligées au moine Éveil-à-la-Vertu.

Pendant toute cette période, les deux grands rois Brahma et Shakra, les dieux du soleil et de la lune, les quatre rois célestes, les dieux des étoiles, et les dieux terrestres ont manifesté leur colère de diverses façons, délivrant constamment des réprimandes156. Et, pourtant, les attaques à mon encontre n’ont 580fait qu’empirer. Finalement, par l’œuvre du ciel, les sages des pays voisins ont été informés de cette situation, et enrôlés pour ajouter à leur tour leurs réprimandes157, et les puissantes divinités-démons ont pénétré le pays pour tromper le cœur des gens en les incitant à se rebeller contre leurs propres responsables politiques158.

On peut raisonnablement présumer que, bons ou mauvais, plus les présages sont grands, plus les désastres qui suivront seront nombreux. Or, nous avons vu d’immenses comètes d’une ampleur sans précédent dans les quelque deux mille deux cent trente années écoulées depuis la disparition du Bouddha et nous avons connu des tremblements de terre sans équivalent. Par le passé, en Chine et au Japon, sont apparus de temps à autre des sages dotés d’une excellente sagesse et de facultés remarquables. Mais aucun, en tant qu’allié du Sūtra du Lotus, n’a été confronté dans son pays à des ennemis aussi puissants et nombreux que moi, Nichiren. Comme vous pouvez le voir sous vos yeux mêmes, il apparaît évident que Nichiren est le premier de tous, dans le continent du Jambudvipa.

Pendant les quelque sept cents années écoulées depuis l’introduction de la Loi bouddhique au Japon, on a pu lire cinq ou sept mille volumes de sūtras, et huit ou dix écoles159 ont exposé leurs enseignements. Il est apparu autant de personnes sages que de plants de riz et de chanvre, et autant de gens qui ont propagé largement les enseignements que de pousses de bambou et de joncs. Et pourtant, parmi les divers bouddhas, il n’en est pas un qui soit plus hautement révéré et dont le nom soit plus largement évoqué que le bouddha Amida.

Cette pratique consistant à invoquer le nom du bouddha Amida fut prônée par Eshin dans son ouvrage Fondements de la renaissance dans la Terre pure et, par la suite, un tiers de la population du Japon se mit à croire dans le Nembutsu, invocation du nom du bouddha Amida. Quand Yōkan écrivit Dix conditions pour renaître dans la Terre pure et les Rituels de l’assemblée pour renaître dans la Terre pure, deux tiers des habitants de tout le pays sont devenus des croyants du Nembutsu. Et quand Hōnen écrivit son Choix du Nembutsu par-dessus tout, alors, tous dans ce pays devinrent des croyants du Nembutsu. Ainsi, tous ces gens qui récitent le nom du bouddha Amida aujourd’hui ne peuvent en aucun cas se dire les disciples d’une seule personne.

Ce que l’on appelle Nembutsu est un daimoku ou une récitation fondée sur le Sūtra en deux volumes, le Sūtra de la méditation et le Sūtra d’Amida, qui sont des sūtras des enseignements provisoires du Mahayana. Et si le daimoku des sūtras des enseignements provisoires du Mahayana est largement propagé et répandu, cela n’est-il pas un prélude à la propagation du Daimoku du Sūtra de l’enseignement véritable du Mahayana ? Ceux qui se soucient de cette question devraient y réfléchir sérieusement. Si les sūtras des enseignements provisoires sont largement propagés, alors le Sūtra de l’enseignement véritable le sera certainement aussi. Si le daimoku des sūtras des enseignements provisoires est propagé largement, alors il en sera certainement de même pour le Daimoku du Sūtra de l’enseignement véritable.

Dans les quelque sept cents années écoulées entre l’époque de l’empereur Kimmei [540-571] et l’empereur actuel [Go’uda 1275-1287], on n’a jamais vu ni entendu parler d’un homme sage exhortant les autres à réciter Nam-myōhō-renge-kyō et le récitant lui-même.

Quand le soleil se lève, les étoiles se cachent. Quand un roi sage apparaît, les rois insensés périssent. Quand le Sūtra de l’enseignement véritable sera largement répandu, les sūtras des enseignements provisoires cesseront de circuler, et quand un homme sage récitera Nam-myōhō-renge-kyō, les ignorants le suivront, comme l’ombre suit une forme, et l’écho un son.

581Il ne peut y avoir le moindre doute concernant le fait que moi, Nichiren, je suis le premier des pratiquants du Sūtra du Lotus de tout le Japon. Nous pouvons en déduire que, même en Chine, en Inde et dans tout le Jambudvipa, nul ne peut m’égaler.

Question : Venons-en au grand tremblement de terre de l’ère Shōka ou à l’immense comète de l’ère Bun’ei. Quelles sont les causes de leur apparition ?

Réponse : Tiantai dit : « Les hommes sages perçoivent la cause des choses, de même que les serpents connaissent la voie des serpents160. »

Question : Qu’entendez-vous par là ?

Réponse : Quand le bodhisattva Pratiques-Supérieures surgit de la terre, les autres bodhisattvas tels que Maitreya, Manjusri, Sensible-aux-Sons-du-Monde et Roi-de-la-Médecine, étaient libérés des quarante et un premiers niveaux d’ignorance [sur quarante-deux], mais pas du dernier, l’ignorance fondamentale. Ils n’étaient donc en fait que des êtres ignorants, incapables de comprendre que ce bodhisattva Pratiques-Supérieures avait été convoqué pour propager largement le Nam-myōhō-renge-kyō du chapitre “Durée de la vie” à l’époque de la Fin de la Loi.

Question : Y a-t-il quelqu’un au Japon, en Chine ou en Inde, qui comprenne cela ?

Réponse : Même les grands bodhisattvas qui ont éradiqué les illusions de la pensée et du désir, et se sont libérés des quarante et un niveaux d’ignorance ne l’ont pas compris. Comment, alors, des personnes qui ne se sont pas libérées de la moindre illusion le pourraient-elles ?

Question : Mais si aucun sage ne peut comprendre les raisons de l’apparition de telles calamités, comment pourrait-on adopter les mesures appropriées pour y faire face ? Si l’on ne comprend pas l’origine d’une maladie, même si l’on essaie de la soigner, le traitement sera voué à l’échec et le patient mourra. De même, si les gens ont recours à des prières sans comprendre la cause fondamentale de ces désastres, comment douter que le pays finira par courir à sa perte ? Ah, c’est vraiment pitoyable !

Réponse : On dit que les serpents prévoient les grandes pluies sept jours à l’avance et que les corbeaux savent quels événements heureux ou malheureux auront lieu dans l’année. Cela est probablement dû au fait que les serpents sont des disciples des grands dragons [qui font pleuvoir], et que les corbeaux ont longtemps étudié les questions de divination. Or, je ne suis qu’un homme du commun et je n’ai donc aucune compréhension de la cause de ces désastres. Néanmoins, je crois pouvoir vous instruire globalement sur cette question.

À l’époque du roi Ping, sous la dynastie des Zhou, apparurent des personnes qui laissaient pendre leurs cheveux et allaient et venaient tout nus. Voyant cela, Xin You, dignitaire à la Cour, fit le présage suivant : « D’ici à cent ans, cette dynastie parviendra à son terme. » Au temps du roi You de la dynastie des Zhou, les montagnes s’effondrèrent, les rivières disparurent, et la terre trembla. Observant cela, un courtisan dénommé Bai Yang dit : « D’ici à douze ans, notre grand souverain sera confronté à un événement pénible. »

Le grand tremblement de terre et la gigantesque comète apparus de nos jours sont des calamités produites par le ciel qui est furieux que le souverain de notre pays haïsse Nichiren et prenne le parti des moines du Zen, du Nembutsu et du Shingon, qui enseignent des doctrines appelées à détruire le pays !

Question : Qu’est-ce qui permet de croire cela ?

Réponse : Il est dit dans le Sūtra de l’excellent roi : « Comme les personnes mauvaises sont respectées et honorées, et que les personnes de bien subissent des sanctions, ni les étoiles ni les constellations, pas plus que les vents ou les pluies, plus rien ne suit plus le rythme des saisons. »

582Si ce passage du sūtra est juste, on ne peut douter qu’il y ait des personnes mauvaises en ce pays et que le souverain et ses ministres leur accordent leur confiance. On ne peut pas davantage douter qu’il y ait aussi en ce pays une personne sage que le souverain déteste et traite en ennemi.

Il est dit aussi dans le même sūtra : « Les dieux dans le ciel des trente-trois divinités éprouveront tous de la rage en leur cœur (...) et d’étranges et inhabituelles étoiles filantes tomberont sur la terre, deux soleils se lèveront en même temps, des maraudeurs viendront d’autres régions et les habitants du pays seront confrontés à la mort et au désordre. »

Déjà, en ce pays, nous avons connu d’inhabituelles perturbations dans les cieux ainsi que d’étranges événements sur terre, et les hommes d’un pays étranger nous ont attaqués. Peut-il y avoir le moindre doute quant à la fureur des trente-trois divinités célestes ?

Il est dit dans le Sūtra des rois bienveillants : « Espérant acquérir gloire et profit, les mauvais moines se présentent fréquemment devant le souverain, le prince héritier ou les autres princes pour prêcher des doctrines qui conduisent à la transgression de la Loi bouddhique et à la destruction du pays. Incapable de percevoir la réalité de la situation, le souverain écoute ces doctrines et leur accorde foi. »

Il est question dans le même sūtra d’un temps où « le soleil et la lune quittent leur orbite régulière, les saisons se présentent dans le désordre, un soleil rouge ou un soleil noir apparaissent, deux, trois, quatre ou cinq soleils surviennent en même temps, le soleil subit une éclipse et perd son éclat, ou un, deux, trois, quatre ou cinq cercles apparaissent autour du soleil ».

Ces passages expliquent ce qu’il advient lorsque de mauvais moines emplissent le pays et trompent le souverain, le prince héritier et les autres princes, en leur enseignant des doctrines qui conduisent à la transgression de la Loi bouddhique et à la destruction du pays. Si le souverain et les autres hauts dignitaires, abusés par ces moines, en viennent à croire que de telles doctrines assureront effectivement la protection de la Loi bouddhique et du pays et qu’ils les mettent en application, alors le soleil et la lune se comporteront étrangement, et de grands vents, des pluies et des incendies feront leur apparition. Viendront ensuite le désordre interne, les déchirements entre les proches et les membres d’une même famille conduisant à une révolte armée. Beaucoup d’alliés et de partisans du souverain et d’autres hauts dignitaires seront renversés, puis des envahisseurs viendront les attaquer depuis d’autres pays, jusqu’à les contraindre au suicide, ou alors ils les captureront vivants, ou encore les obligeront à se rendre. Et ce, uniquement parce qu’ils s’appuient sur des doctrines qui conduisent à la transgression de la Loi bouddhique et à la destruction du pays.

Il est dit dans le Sūtra de la protection : « Ni les divers démons du ciel, ni les non-bouddhistes, ni les hommes mauvais, ni les prophètes qui ont acquis les cinq pouvoirs transcendantaux ne peuvent nuire en quoi que ce soit aux enseignements dispensés par l’Ainsi-Venu Shakyamuni. Mais les mauvais moines, qui ne sont moines que de nom et d’apparence, peuvent entièrement détruire ces enseignements jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Sur ce point, ils sont pareils au mont Sumeru. Même si l’on ramassait toute l’herbe et le bois d’un système de mondes majeurs, pour les empiler en guise de combustible et les faire brûler durant une longue période, le mont Sumeru ne subirait pas le moindre dommage. Mais, quand éclatera la conflagration marquant la fin du kalpa de déclin et qu’un incendie se déclenchera au sein même de la montagne, alors, en un instant, elle sera tout entière consumée par les flammes et il n’en restera pas même les cendres. »

Il est dit dans le Sūtra de la face du Lotus : « Le Bouddha dit à Ananda : “Imagine un 583lion mort. Il n’est pas un animal vivant sur terre, dans les airs, dans le sol, ou dans l’eau qui se risquerait à dévorer son cadavre. Seuls les parasites nés dans le corps du lion mangeront sa chair. De la même façon, Ananda, les enseignements du Bouddha ne peuvent être détruits par des forces extérieures. Mais les mauvais moines qui se trouvent dans le corps de mes enseignements, ceux-là seuls détruiront ces enseignements que le Bouddha s’est efforcé de dispenser et d’établir pendant une période de trois grands asamkhya kalpa.” »

Que signifient ces passages de sūtras ? Par le passé, le bouddha Kashyapa décrivit au roi Kriki l’époque de la Fin de la Loi de l’Ainsi-Venu Shakyamuni et révéla quel genre de personne détruirait ses enseignements161. Des hommes mauvais pourraient apparaître comme le roi Mihirakula, qui brûla l’ensemble des temples et des monastères bouddhiques de l’Inde et assassina tous les moines et les nonnes des seize royaumes majeurs162, ou comme l’empereur Wuzong163, de Chine, qui détruisit plus de quatre mille six cents temples et pagodes dans les neuf régions de l’Inde et contraignit deux cent soixante mille cinq cents moines et nonnes à revenir à la vie laïque. Mais les hommes de ce genre ne pouvaient pas détruire les enseignements dispensés par le bouddha Shakyamuni. Ce sont les moines eux-mêmes, qui drapent leur corps des trois vêtements qu’ils sont autorisés à revêtir, portent un unique bol d’aumônes suspendu à leur cou, conservent dans leur esprit les quatre-vingt mille enseignements, et récitent à voix haute les douze catégories d’écrits — ce sont eux qui détruiront les enseignements du Bouddha.

On peut comparer cela au mont Sumeru, la montagne à la couleur de l’or. On aurait beau ramasser toutes les herbes et le bois du système de mondes majeurs pour les empiler jusqu’à emplir totalement le ciel des quatre rois célestes ainsi que les autres cieux — parmi les six cieux du monde du désir — et les faire brûler pendant un, ou deux, ou cent, ou mille, ou dix mille ou un million d’années, la montagne ne subirait pas le moindre dommage. Mais quand viendra le moment du grand incendie qui marque la fin du kalpa de déclin, une petite flamme, pas plus grosse qu’une graine, éclatera au pied de la montagne, et non seulement le mont Sumeru sera consumé mais le système entier de mondes majeurs sera détruit.

Si l’on en croit les prophéties du Bouddha, il apparaît que les moines bouddhistes des dix ou des huit écoles de notre pays seront les seuls à brûler le mont Sumeru de l’enseignement du Bouddha. Les moines des écoles Kusha, Jōjitsu et Ritsu du Hinayana, seront les flammes de la colère qui consumeront par haine et jalousie les écoles du Mahayana. Et des moines tels que Shanwuwei, de l’école Zhenyan, Sanjie, de l’école Chan [devenue l’école Zen au Japon], et Shandao, de l’école Jingtu, sont les parasites issus du corps du lion, qui représente ici l’enseignement du Bouddha.

Dans ses écrits, le Grand Maître Dengyō a présenté les éminents érudits des écoles bouddhiques japonaises Sanron, Hossō, Kegon et autres comme les six sortes de parasites164. Moi, Nichiren, je considère les fondateurs des écoles Shingon, Zen et Jōdo comme les trois sortes de parasites, et Jikaku, An’nen et Eshin, de l’école Tendai, comme les trois parasites qui ont dévoré le corps du lion du Sūtra du Lotus et du Grand Maître Dengyō.

Tant que Nichiren, qui s’emploie à révéler en plein jour la racine de ces grandes calomnies à l’encontre de l’enseignement correct, sera traité avec hostilité, les dieux célestes seront avares de leur lumière, les dieux terrestres seront furieux, et des perturbations et calamités apparaîtront en grand nombre. Comprenez bien que, puisque j’évoque ce qu’il y a de plus important dans tout le continent du Jambudvipa, mes paroles s’accompagnent de présages de la plus grande ampleur. Il est vraiment 584tragique, il est vraiment pitoyable, que tous les habitants du Japon soient condamnés à tomber dans la grande citadelle de l’Enfer aux souffrances incessantes ! Mais quel bonheur, quelle joie de penser que, avec ce corps sans valeur qui est le mien, j’ai reçu dans mon cœur les graines de la bouddhéité !

Voyez plutôt ce qu’il adviendra ! Quand des dizaines de milliers de bateaux armés du grand royaume des Mongols traverseront la mer pour attaquer le Japon, tous, depuis le souverain jusqu’aux gens ordinaires, se détourneront de tous les temples bouddhiques et de tous les sanctuaires shintō et élèveront la voix pour s’écrier en chœur « Nam-myōhō-renge-kyō, Nam-myōhō-renge-kyō » ! Ils joindront les mains et diront : « Moine Nichiren, moine Nichiren, sauvez-nous ! »

En Inde, le roi Mihirakula dut joindre les mains en signe de soumission devant le roi Baladitya et, au Japon, Taira no Munemori fut contraint de vénérer Kajiwara Kagetoki165. Cela s’accorde avec le principe suivant : les hommes d’une grande arrogance finissent par s’incliner devant leurs ennemis.

Au début, ces moines malveillants et arrogants décrits dans le Sūtra du Lotus se mirent à s’armer de cannes et de bâtons dont ils se servirent pour rouer de coups le bodhisattva Jamais-Méprisant. Mais, par la suite, ils joignirent les mains et se repentirent de leur erreur. Devadatta infligea une blessure au bouddha Shakyamuni qui fit couler son sang mais, quand il se retrouva sur son lit de mort, il s’écria : « Namu [Dévotion] ! » Si seulement il avait pu ajouter « Bouddha », il aurait pu éviter de tomber en enfer. Mais les actes qu’il avait accomplis étaient si graves qu’il ne put proférer que le mot « Namu » mais non le mot « Bouddha », avant de mourir.

Et, bientôt, les moines éminents du Japon tenteront sans doute de s’écrier « Namu Nichiren Shōnin [Hommage au sage Nichiren] ! ». Mais ils n’auront probablement que le temps de prononcer le seul mot « Namu ! » C’est vraiment pitoyable, c’est vraiment pitoyable !

Il est dit dans les textes non bouddhiques : « Un sage est celui qui perçoit pleinement ce qui n’est pas encore apparu ! » Et on lit dans les textes bouddhiques : « Un sage est celui qui connaît les trois phases de l’existence : passé, présent et avenir. »

Je me suis jusqu’à présent distingué à trois reprises. La première fois, ce fut lors de la première année de l’ère Bunnō [1260], sous le signe cyclique de kanoe-saru, le seizième jour du septième mois, quand j’ai présenté mon traité Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays au régent retiré, moine séculier du Saimyō-ji, par l’intermédiaire du moine séculier Yadoya Mitsunori166. J’ai dit alors au moine séculier Yadoya : « Je vous prie de conseiller au régent retiré d’abandonner toute dévotion à l’école Zen et à l’école Nembutsu. Si ce conseil n’est pas pris en compte, des troubles éclateront au sein du clan au pouvoir, et le pays subira une invasion étrangère. »

La deuxième fois, ce fut le douzième jour du neuvième mois de la huitième année de l’ère Bun’ei [1271] à l’heure du Singe [entre quinze heures et dix-sept heures], lorsque j’ai dit à Hei no Saemon-no-jō : « Nichiren est le pilier du Japon. Me rejeter revient donc à renverser le pilier du Japon ! Vous serez tous aussitôt confrontés à “la calamité de la révolte au sein de votre propre domaine” ou à des luttes intestines, ainsi qu’à “la calamité de l’invasion par des pays étrangers”. Non seulement les habitants de ce pays seront exécutés par des envahisseurs étrangers, mais beaucoup d’entre eux seront faits prisonniers. Tous les temples du Nembutsu et du Zen, notamment le Kenchō-ji, le Jufuku-ji, le Gokuraku-ji, le Pavillon du Grand Bouddha et le Chōraku-ji devraient être entièrement brûlés et leurs moines conduits sur la plage d’Yui pour y être décapités. Faute de quoi, il est certain que le Japon sera détruit167. »

585La troisième fois, ce fut le huitième jour du quatrième mois de l’année dernière [la onzième année de l’ère Bun’ei] lorsque je dis à Saemon-no-jō : « Même s’il semble que, comme je suis né sur le domaine du souverain, je doive le suivre en actes, je ne le suivrai jamais en esprit. Il ne fait aucun doute que le Nembutsu mène à l’Enfer aux souffrances incessantes et que l’école Zen est l’œuvre du démon céleste. L’école Shingon en particulier représente un grand fléau pour notre pays. Il ne faut donc pas confier la tâche de prier pour la victoire sur les Mongols aux moines du Shingon ! Si une affaire aussi sérieuse leur est confiée, la situation ne fera qu’empirer rapidement et ce pays courra à sa destruction. »

[Hei no Saemon-no-jō] Yoritsuna demanda alors : « Quand, selon vous, les Mongols vont-ils attaquer ? »

J’ai répondu : « Les sūtras n’indiquent pas le moment. Mais des signes montrent que le ciel est dans une fureur extrême. L’attaque semble imminente. Elle se produira probablement avant la fin de l’année. »

Ce n’est cependant pas moi, Nichiren, qui ai prononcé ces trois déclarations importantes. En fait, c’est plutôt l’esprit de l’Ainsi-Venu Shakyamuni qui est entré en moi. Pour avoir personnellement connu cette expérience, j’éprouve une joie immense.

Voici la doctrine la plus importante, celle des trois mille mondes en un instant de vie, enseignée dans le Sūtra du Lotus. Que signifie cette formule du Sūtra du Lotus : « Cette réalité ultime [de tous les phénomènes] consiste en l’apparence, la nature, l’entité, le pouvoir, l’influence, la cause inhérente, la relation, l’effet latent, l’effet manifesté, et leur cohérence du début jusqu’à la fin168 (...) » ? L’« apparence », le premier des dix facteurs de la vie, est le plus important de tous ; c’est pourquoi le Bouddha est apparu dans le monde. « Les hommes sages perçoivent la cause des choses, de même que les serpents connaissent la voie des serpents. »

Les petits ruisseaux se rassemblent pour former le grand océan et de minuscules particules de poussière s’accumulent pour former le mont Sumeru. Quand moi, Nichiren, j’ai cru dans le Sūtra du Lotus, j’étais comme une simple goutte d’eau ou une particule de poussière du Japon. Mais plus tard, quand deux, puis trois, puis dix et, finalement, cent, et mille, et dix mille et un million de personnes en viendront à réciter le Sūtra du Lotus et à le transmettre aux autres, ils formeront un mont Sumeru de l’illumination parfaite, un océan du grand nirvana. Ne recherchez aucune autre voie pour atteindre la bouddhéité.

Question : Au moment de votre deuxième déclaration, le douzième jour du neuvième mois de la huitième année de l’ère Bun’ei, quand vous avez été confronté à la fureur des autorités, comment avez-vous pu savoir que, si l’on s’en prenait à vous, une rébellion éclaterait et que le pays serait par ailleurs attaqué par des armées étrangères ?

Réponse : Il est dit dans le cinquantième volume du Sūtra de la Grande Collection : « Il se peut qu’il y ait divers rois de la classe des Kshatriya169 qui agissent de façon contraire à la Loi, causant ainsi de l’inquiétude aux disciples auditeurs de l’Honoré du monde. Ils les maudissent et les insultent, ou les battent et les blessent à coups de canne et de bâton, ou leur confisquent leurs habits de moines et leurs bols d’aumônes et d’autres choses dont ils ont besoin. Ces rois Kshatriya peuvent aussi saisir et persécuter ceux qui font des offrandes à ces disciples. Si certains se comportent de cette façon, nous le verrons au fait que, dans les pays étrangers, leurs ennemis se dresseront soudain délibérément pour marcher contre eux, et nous [les divinités bouddhiques] provoquerons des soulèvements dans leurs pays. Nous apporterons les épidémies et la famine, des vents et des pluies hors saison, ainsi que des querelles, des conflits et des calomnies. Nous veillerons enfin à ce 586que le règne de ces souverains ne dure pas longtemps, et à ce que leurs pays courent à leur perte. »

Il existe de nombreux passages de ce genre dans les sūtras, mais j’ai choisi celui-ci parce qu’il correspond particulièrement au moment que nous vivons et à ma position personnelle. Dans ce passage, ce sont tous les dieux du monde des trois plans qui s’expriment, notamment Brahma, Shakra, le roi-démon du sixième ciel, les dieux du soleil et de la lune, les quatre rois célestes et tous les dragons. Ces êtres éminents sont apparus devant le Bouddha et ont fait ce vœu : après la disparition du Bouddha, dans les époques de la Loi correcte, de la Loi formelle et de la Fin de la Loi, si des moines aux vues erronées devaient se plaindre auprès du souverain contre celui qui pratique la Loi correcte et si les proches du souverain ou ceux qui sont loyaux à son égard acceptent simplement les paroles de ces moines par respect pour eux et, sans souci de vérité, accablent d’injures et calomnient cette personne sage, alors, les dieux y verront [l’annonce des événements suivants] : même sans qu’il y ait à cela de raison logique, une révolte majeure éclatera soudain dans le pays et, par la suite, le pays sera également attaqué par un autre, jusqu’à ce que le souverain et son pays soient l’un et l’autre détruits.

Je suis dans un profond dilemme. Je n’ai commis aucune faute dans mon existence présente. Je n’ai rien fait d’autre que tenter de m’acquitter de ma dette envers le pays de ma naissance en cherchant à le sauver du désastre. Que mes conseils n’aient pas été pris en compte a été sans aucun doute pour moi une cause de grand regret.

Non seulement ils n’ont pas été pris en compte mais j’ai été convoqué devant les autorités et l’on m’a arraché le rouleau du cinquième volume du Sūtra du Lotus qui était dissimulé contre ma poitrine, et c’est avec lui qu’on m’a frappé violemment170. Finalement, j’ai été arrêté et exhibé à travers les rues de la ville. J’ai alors lancé cet appel : « Vous, qui vous trouvez dans le ciel, dieux du soleil et de la lune, voyez la grande persécution à laquelle Nichiren est ici confronté. Si vous n’êtes pas prêts à risquer votre vie pour me venir en aide, cela signifie-t-il, alors, que je ne suis pas le pratiquant du Sūtra du Lotus ? Dans ce cas, je me dois de corriger sur-le-champ ma croyance erronée. Si, par contre, Nichiren est bien le pratiquant du Sūtra du Lotus, vous devriez aussitôt envoyer un signe dans le pays pour le faire savoir ! Sinon, vous, dieux du soleil et de la lune et vous, tous les autres, vous ne serez plus que de fieffés menteurs qui aurez trompé Shakyamuni, Maints-Trésors et les bouddhas des dix directions. Devadatta fut coupable de mensonges et de tromperies et Kokalika a été un grand menteur mais vous autres, dieux, serez alors coupables de proférer des mensonges cent, ou mille, ou dix mille, ou un million de fois plus graves ! »

Je n’eus pas plutôt prononcé ces paroles que le pays fut soudain confronté à une révolte interne. Puisque le pays est tombé dans un grave désordre, même si je ne suis peut-être qu’un homme du commun, dépourvu de statut social, aussi longtemps que je garderai le Sūtra du Lotus, je mériterai d’être qualifié de Grand Homme171, le premier de tous, dans le Japon de notre époque.

Question : L’illusion de l’arrogance peut revêtir des formes diverses : il y a les sept sortes, les neuf sortes ou les huit sortes d’arrogance. Mais votre arrogance est cent, mille, dix mille, un million de fois plus grande que l’arrogance la plus grande définie dans les enseignements bouddhiques.

L’érudit Gunaprabha refusa de s’incliner devant le bodhisattva Maitreya172, et le Brahmane-à-la-Grande-Arrogance se fit une estrade reposant sur quatre pieds [qui représentaient les quatre sages Maheshvara, Vishnu, Narayana, et le bouddha Shakyamuni]. Bien que ce soit un homme du commun, Mahadeva se prétendit arhat 587et l’érudit Vimalamitra se présenta comme l’être le plus important des cinq régions de l’Inde. Ces hommes étaient tous coupables de fautes qui les condamnaient à l’enfer Avīci ou à l’Enfer aux souffrances incessantes. Comment, alors, osez-vous proclamer que vous êtes l’homme le plus sage de tout le continent du Jambudvipa ? Ne tomberez-vous pas en enfer comme ceux-là ? Quel comportement effrayant que le vôtre !

Réponse : Avez-vous vraiment compris le sens des sept, neuf ou huit sortes d’arrogance ? L’Honoré du monde à la grande illumination a déclaré : « Je suis le premier du monde des trois plans. » Tous les maîtres non bouddhistes ont prédit que le ciel le punirait sûrement aussitôt ou que la terre s’ouvrirait pour l’engloutir. [Mais rien de tel ne s’est produit.]

Les quelque trois cents moines des sept temples majeurs de Nara affirmèrent que le moine Saichō [le Grand Maître Dengyō] était une réapparition de Mahadeva ou du Brahmane-au-Ventre-de-Fer173. Néanmoins, le ciel ne le punit pas mais, au contraire, le protégea de façons diverses et la terre ne s’ouvrit pas pour l’engloutir mais resta aussi dure que le diamant. Le Grand Maître Dengyō fonda un temple au mont Hiei et devint les yeux de tous les êtres vivants. Pour finir, les moines des sept temples majeurs reconnurent leurs fautes et devinrent ses disciples, tout comme les laïcs qui habitaient dans les diverses provinces de tout le pays. Ainsi, quand une personne supérieure se présente comme telle, cela peut paraître de l’arrogance, mais cette personne recevra en fait de grands bienfaits parce qu’elle fait en réalité l’éloge [de la Loi à laquelle elle croit].

Le Grand Maître Dengyō a dit : « L’école du Lotus Tendai est supérieure aux autres écoles en raison du Sūtra sur lequel elle se fonde. Par conséquent, elle ne proclame pas simplement sa supériorité pour faire son propre éloge et dénigrer les autres174. »

Il est dit dans le septième volume du Sūtra du Lotus : « Parmi toutes les montagnes (...), c’est le mont Sumeru qui est le plus haut, il en va de même pour le Sūtra du Lotus. Parmi tous les sūtras, il occupe la place la plus haute175. » Les sūtras enseignés précédemment par le Bouddha tels que le Sūtra de la Guirlande de fleurs, les sūtras de la Sagesse et le Sūtra de Mahavairochana, le Sūtra aux sens infinis, enseigné en même temps que le Sūtra du Lotus, et le Sūtra du Nirvana enseigné par la suite, le tout formant jusqu’à cinq ou sept mille volumes, à quoi il faut ajouter tous les sūtras de l’Inde entière, du palais du roi-dragon, du ciel des quatre rois célestes, du ciel des trente-trois divinités et du soleil et de la lune, ainsi que ceux de tous les mondes des dix directions, sont des montagnes moins hautes, comme les monts de Terre, les monts Noirs, les monts du Petit Cercle-de-Fer ou les monts du Grand Cercle-de-Fer, par comparaison avec ce Sūtra du Lotus parvenu jusqu’au Japon qui est, lui, comparable au mont Sumeru.

Il est dit aussi dans le septième volume : « De la même façon, une personne capable d’accepter et de garder ce Sūtra est le plus respectable de tous les êtres vivants176. »

Voyons ce que signifie ce passage. [Les autres sūtras ont leurs protecteurs.] Ainsi, le Sūtra de la Guirlande de fleurs est prôné par les bodhisattvas Sagesse-Universelle, Lune-de-la-Délivrance, Nagarjuna et Ashvaghosha, ainsi que le Grand Maître Fazang, le Maître du pays Qingliang, l’impératrice Wu, le précepteur Shinjō, le supérieur des moines Rōben, et l’empereur Shōmu [724-748]. Le Sūtra des profonds secrets et les sūtras de la Sagesse ont pour protecteurs le bodhisattva Apparition-de-Vérité-Plénitude177, le vénérable Subhuti, le Grand Maître Jiaxiang, le Maître des Trois Corbeilles Xuanzang, les empereurs Taizong et Gaozong, les moines Kanroku et Dōshō, et l’empereur Kōtoku [645-654]. Ceux qui prônent le Sūtra de Mahavairochana de l’école Shingon sont 588Vajrasattva, les bodhisattvas Nagarjuna et Nagabodhi178, le roi Satavahana179, les Maîtres des Trois Corbeilles Shanwuwei, Jingangzhi, et Bukong, les empereurs Xuanzong et Daizong, Huiguo, et les Grands Maîtres Kōbō et Jikaku. Et, parmi les protecteurs du Sūtra du Nirvana, il y a le bodhisattva Kashyapa, les cinquante-deux sortes d’êtres180 et le Maître des Trois Corbeilles Dharmaraksha. Fayun, du temple Guangzhai, et les dix moines éminents, trois de la Chine du Sud et sept de la Chine du Nord, adoptèrent eux aussi des sūtras autres que le Sūtra du Lotus181.

Mais si, par contraste avec tous ces personnages, les hommes du commun dans le monde mauvais de l’époque de la Fin de la Loi, tous ceux qui n’observent pas le moindre précepte et semblent être des icchantika aux yeux des autres, croient fermement, comme le dit le Sūtra, qu’il n’y a pas de voie vers la bouddhéité en dehors du Sūtra du Lotus, qui surpasse tous les autres sūtras prêchés avant, en même temps, ou après ; alors ces personnes, même si elles n’ont pas la moindre once de compréhension, sont cent, mille, dix mille, un million de fois supérieures à ces grands sages qui gardent les autres sūtras. Voilà ce qu’affirme un passage du Sūtra du Lotus.

Parmi les protecteurs des autres sūtras, certains encouragent les autres à garder temporairement ces sūtras comme une étape qui les mènera au Sūtra du Lotus. D’autres ne cessent de s’accrocher aux autres sūtras et ne vont jamais jusqu’au Sūtra du Lotus. D’autres encore, non seulement ne cessent pas de garder les autres sūtras, mais leur sont si fortement attachés qu’ils déclarent même le Sūtra du Lotus inférieur.

Mais les pratiquants du Sūtra du Lotus doivent maintenant garder ceci à l’esprit. Il est dit dans le Sūtra du Lotus que, de même que l’océan est plus vaste que les rivières, les ruisseaux et autres cours d’eau ou étendues d’eau, nul n’est plus respectable qu’une personne qui garde le Sūtra du Lotus182. Il poursuit en disant que, de même que la lune, enfant d’un dieu, est plus respectable que les étoiles et les autres astres, nul n’est plus respectable qu’une personne qui garde le Sūtra du Lotus183. Toutes les personnes sages du Japon d’aujourd’hui sont comme une multitude d’étoiles et moi, Nichiren, je suis pareil à la pleine lune.

Question : Y a-t-il quelqu’un par le passé qui ait déjà parlé comme vous le faites ?

Réponse : Le Grand Maître Dengyō a déclaré : « Il faut comprendre que les sūtras sur lesquels les autres écoles fondent leurs enseignements ne sont pas les sūtras les plus importants et que les personnes qui gardent ces sūtras ne sont pas celles qui importent le plus. Mais le Sūtra du Lotus, gardé par l’école du Lotus Tendai, est le plus important de tous les sūtras et, de ce fait, ceux qui gardent le Sūtra du Lotus sont les plus importants de tous les êtres vivants. Il s’agit là des paroles du Bouddha lui-même. Comment pourrait-il s’agir de l’éloge de soi184 ? »

Une tique qui s’accroche à la queue d’un qilin185 peut parcourir mille ri en un jour, et un homme sans valeur qui accompagne un roi-qui-fait-tourner-la-roue peut, en un instant, faire le tour des quatre continents de ce monde. Qui pourrait remettre en cause le bien-fondé de ces affirmations ? Il faut garder à l’esprit les paroles de Dengyō : « Comment pourrait-il s’agir d’un simple éloge de soi ? »

Si ces paroles sont justes, alors, une personne qui garde le Sūtra du Lotus conformément à son enseignement doit être supérieure au roi Brahma et d’une plus grande valeur que le dieu Shakra. Si des asura vous viennent en aide, vous pourrez même soulever et porter le mont Sumeru. Si vous avez des dragons à votre service, vous pourrez vider toute l’eau de l’océan jusqu’à l’assécher.

Le Grand Maître Dengyō dit : « Ceux qui font son éloge recevront des bienfaits qui s’élèveront aussi haut que le mont 589Calme-et-Brillant, alors que ceux qui le calomnient commettront une faute qui les condamnera à l’Enfer aux souffrances incessantes186. » Et on lit dans le Sūtra du Lotus : « [Dénigrer un sūtra comme celui-ci] tout comme mépriser, haïr, jalouser ou concevoir de la rancune en voyant ceux qui le lisent, le récitent, le copient ou en font l’éloge (...), lorsque la vie [de celui qui agit ainsi] s’achèvera, il se retrouvera dans l’enfer Avīci187. »

Si ces paroles d’or du bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, sont exactes, si leur authentification par le bouddha Maints-Trésors n’est pas fausse et si l’on peut se fier au signe d’assentiment manifesté par les bouddhas des dix directions lorsqu’ils tirèrent leurs langues, alors il ne peut y avoir de doute : tous les êtres vivants du Japon d’aujourd’hui sont voués à tomber dans l’Enfer aux souffrances incessantes.

Il est dit dans le huitième volume du Sūtra du Lotus : « Dans les temps à venir, si certains acceptent, gardent, lisent et récitent ce Sūtra (...), leurs souhaits ne seront pas vains et, dans cette existence actuelle, ils obtiendront la rétribution d’une bonne fortune188. » On lit aussi : « Si quelqu’un leur fait des offrandes ou dit du bien d’eux, il aura dans cette existence même une rétribution [positive] manifeste189. »

Dans ces deux passages, il est dit que, « dans cette existence actuelle, ils obtiendront la rétribution d’une bonne fortune » et qu’« il aura dans cette existence même une rétribution [positive] manifeste ». Ces deux déclarations comprennent chacune huit caractères dans l’original chinois. Si ces seize caractères sont dénués de sens, et si Nichiren ne reçoit pas une grande rétribution dans cette vie-ci, alors ces paroles d’or de l’Ainsi-Venu relèveront de la même catégorie que les mensonges vides de Devadatta, et le témoignage du bouddha Maints-Trésors, qui garantissait leur authenticité, ne différera en rien des affirmations sans fondement de Kokalika. De ce fait, personne parmi ceux qui calomnient l’enseignement correct ne sera jamais condamné à l’enfer Avīci et il n’y aura pas de bouddhas dans les trois phases de l’existence ! Mais pareille chose est-elle possible ?

C’est pourquoi je vous le dis, mes disciples, efforcez-vous de pratiquer comme le Sūtra du Lotus l’enseigne, en vous entraînant sans donner votre vie à contrecœur ! Testez maintenant la véracité de la Loi bouddhique ! Nam-myōhō-renge-kyō, Nam-myōhō-renge-kyō.

Question : On trouve dans le Sūtra du Lotus le passage suivant : « Nous n’épargnerons ni notre corps ni notre vie, car seule nous préoccupe la Voie inégalée190. » Et on lit dans le Sūtra du Nirvana : « C’est comme un émissaire du roi doué d’éloquence et maîtrisant les moyens opportuns qui, en mission dans un autre pays, préfère ne rien dissimuler des propos de son souverain, même si cela doit finir par lui coûter la vie. C’est également ainsi que se comportent les sages. Au milieu des hommes du commun, tous les sages devraient au péril de leur vie, proclamer l’enseignement précieux de l’Ainsi-Venu contenu dans les sūtras de la période Vaipulya du Grand Véhicule, à savoir que tous les êtres vivants possèdent la nature de bouddha. » Mais, dans pareil cas, faut-il être prêt à sacrifier sa vie et sa sécurité ? J’aimerais que vous m’expliquiez cette question en détail.

Réponse : Quand je me suis lancé pour la première fois dans la pratique bouddhique, j’ai pensé que l’expression « nous n’épargnerons ni notre corps ni notre esprit » correspondait à recevoir l’édit impérial et à voyager jusqu’en Chine, à l’instar d’hommes comme Dengyō, Kōbō, Jikaku et Chishō, ou à partir de Chine, comme le Maître des Trois Corbeilles Xuanzang, pour effectuer tout le trajet jusqu’en Inde, mourir à six reprises au cours de cette expédition et repartir encore à chaque renaissance. J’ai aussi pensé que cela signifiait rejeter sa vie, comme le 590fit le garçon Montagnes-Neigeuses afin d’apprendre la seconde moitié d’une strophe [du Sūtra du Lotus], ou brûler ses bras en offrande pendant soixante-douze mille ans, comme le bodhisattva Roi-de-la-Médecine. Mais, d’après le passage des écrits que vous venez de citer, il ne s’agit pas de cela.

Le passage du Sūtra, « nous n’épargnerons ni notre corps ni notre esprit » suit la description, dans ce même Sūtra, des trois puissants ennemis qui nous calomnieront et nous attaqueront à coups de sabre et de bâton, pour, en toute vraisemblance, nous détruire et nous ôter la vie. Et, pour comprendre le passage du Sūtra du Nirvana où il est question d’accomplir notre devoir, « même si cela doit finir par nous coûter la vie », nous devrions prendre en compte un passage ultérieur de ce sūtra où il est dit : « Il existe des icchantika, personnes à l’incroyance incorrigible. Ils se prétendent arhat, vivent dans des lieux déserts et calomnient les sūtras de la période Vaipulya du Grand Véhicule. Quand les hommes du commun les voient, ils les prennant pour d’authentiques arhat et parlent d’eux comme de grands bodhisattvas. »

En ce qui concerne la troisième catégorie de puissants ennemis, il est dit : « Il y aura aussi dans les forêts des moines en haillons, vivant retirés (...), ils seront respectés et révérés du monde comme des arhat détenteurs des six pouvoirs transcendantaux191. » Et dans le Parinirvana-sūtra : « Il y a aussi des icchantika qui ressemblent à des arhat mais commettent de mauvais actes. »

Dans ces passages de sūtras, il est question des puissants ennemis de l’enseignement correct. Ces ennemis ne se trouvent pas essentiellement parmi les mauvais souverains et les mauvais ministres, parmi les non-bouddhistes et les mauvais rois ou parmi les moines qui transgressent les préceptes. En fait, ces ennemis sont les grands calomniateurs de la Loi qui figurent parmi les moines éminents et qui passent pour des gardiens des préceptes et des hommes sages.

À propos de tels hommes, le Grand Maître Miaole dit : « Le troisième [des puissants ennemis] est le plus redoutable de tous. En effet, il est toujours plus difficile de reconnaître pour ce qu’ils sont vraiment ces deuxième et troisième [puissants ennemis192]. »

On lit dans le cinquième volume du Sūtra du Lotus : « Ce Sūtra du Lotus est la resserre secrète des bouddhas, des Ainsi-Venus. Parmi les sūtras, il occupe la plus haute place193. » Dans ce passage, il convient de retenir la phrase « il occupe la plus haute place », qui contient à l’origine quatre caractères [chinois]. Si nous croyons ce passage, alors il faut en déduire qu’il appartient au pratiquant du Sūtra du Lotus de proclamer que ce Sūtra est, de tous, celui qui occupe la position la plus élevée.

Supposons maintenant que de nombreuses personnes, tenues en grand respect par le souverain, prétendent qu’il y a des sūtras supérieurs au Sūtra du Lotus et se querellent à ce sujet avec le pratiquant du Sūtra du Lotus. Ils bénéficient de la confiance et du soutien du souverain et de ses ministres, alors que le pratiquant du Sūtra du Lotus est une personne de basse condition au savoir humble ; c’est pourquoi tout le pays s’unit pour le couvrir d’injures. Si, à ce moment-là, il conserve le même comportement que le bodhisattva Jamais-Méprisant ou l’érudit Bhadraruchi et continue d’affirmer la supériorité du Sūtra du Lotus, il est presque certain qu’il lui en coûtera la vie. Cependant, rien n’importe plus que de continuer à pratiquer avec la même détermination, malgré les risques encourus.

Telle est la situation à laquelle moi, Nichiren, je suis aujourd’hui confronté. Bien que je sois un homme humble, j’ai déclaré que les Grands Maîtres Kōbō et Jikaku, les Maîtres des Trois Corbeilles Shanwuwei, Jingangzhi et Bukong, et d’autres personnes de ce genre, sont de puissants ennemis du Sūtra du Lotus et que, si ce que dit le Sūtra est véridique, ils 591tomberont sans aucun doute dans l’Enfer aux souffrances incessantes. Le lancement d’une telle déclaration correspond à une décision très solennelle. Il serait plus facile de pénétrer sans vêtements dans des flammes dévorantes, de saisir le mont Sumeru dans ses mains et de le lancer au loin, de hisser un grand rocher sur son dos et de traverser ainsi l’océan, que d’accomplir ce que j’ai fait. Il est en vérité bien difficile d’établir l’enseignement correct au Japon.

Si le bouddha Shakyamuni de la Terre pure du pic de l’Aigle et seigneur des enseignements, le bouddha Maints-Trésors du monde Pureté-du-Trésor, les bouddhas des dix directions qui représentent les émanations de Shakyamuni, les bodhisattvas aussi nombreux que les particules de poussière de mille mondes qui ont surgi de terre, Brahma et Shakra, les dieux du soleil et de la lune, et les quatre rois célestes ne m’accordent pas, sous une forme apparente ou cachée, leur protection et ne m’apportent pas leur aide, alors ils ne connaîtront plus jamais un seul jour ni une seule heure de paix et de sécurité !

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Notes


 1. Sūtra du Lotus, chap. 7.

 2. Ibid.

 3. Ibid., chap. 2.

 4. Dans le texte apocryphe sur la Conversion des barbares, Laozi (Lao Tseu) est décrit à la naissance avec des cheveux blancs et l’apparence d’un vieillard.

 5. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 6. C’est une allusion au quinzième chapitre du Sūtra du Lotus. En voyant les bodhisattvas sortis de la terre, Maitreya et d’autres membres de l’assemblée se demandent comment, en quarante ans, depuis son illumination sous l’arbre de la bodhi, le Bouddha a pu parvenir à former et à entraîner tant de nobles et majestueux bodhisattvas. C’est, déclare en substance Maitreya, comme si un jeune de vingt-cinq ans désignait un centenaire en disant : « Voici mon fils. »

 7. Ou neuf mondes.

 8. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 9. Ibid., chap. 3.

 10. Ibid., chap. 10.

 11. Ibid., chap. 14.

 12. Ibid., chap. 20.

 13. Ibid.

 14. Ibid., chap. 13.

 15. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 16. Annotations sur le Sūtra du Nirvana.

 17. Il s’agit là des personnes à qui le bouddha Shakyamuni enseigna le Sūtra de la Guirlande de fleurs, juste après son illumination.

 18. Au parc des Gazelles (skt. Mrigadava), près de Varanasi (ou Bénarès), Shakyamuni donna sa première prédication (le « Sermon de Bévarès ») lequel fait partie des sūtras Agama. Le terme Agama, dans la tradition chinoise, désigne les enseignements du Hinayana.

 19. Une des cinq sortes de vision — les yeux du corps, l’œil céleste, l’œil de la sagesse, l’œil du Dharma et l’œil du Bouddha. « L’œil du Bouddha » désigne ici les sūtras qui constituent l’enseignement de Shakyamuni.

 20. Le Bouddha est souvent comparé au soleil parce qu’il dissipe l’ignorance des hommes du commun.

 21. Période où les gens sont sûrs d’atteindre l’illumination en pratiquant les enseignements du Bouddha.

 22. Période où les gens pratiqueront la méditation afin de percevoir la vérité.

 23. Période où les gens se concentreront sur l’étude et la récitation des sūtras et écouteront des enseignements à ce sujet.

 24. Période où l’on bâtit de nombreux temples et stupas.

 25. Cela correspond au début de l’époque de la Fin de la Loi. La dernière des cinq périodes de cinq cents ans est décrite comme une ère de conflits.

 26. On trouve ces remarques dans le Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur, de Daochuo.

 27. Cette explication se trouve dans l’œuvre de Hōnen, Choix du Nembutsu par-dessus tout.

 28. Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur de Daochuo.

 29. Éloge de la renaissance dans la Terre pure.

 30. Ibid.

 31. Recueil d’essais sur le monde de la paix et du bonheur de Daochuo.

 32. Sūtra du Lotus, chap. 23.

 33. Ibid., chap. 17.

 34. Ibid., chap. 14.

 35. Ibid., chap. 10.

 36. Ibid., chap. 14.

 37. Ibid., chap. 23.

 38. Ibid., chap. 13. Ces trois dernières citations décrivent précisément les trois puissants 592ennemis qui attaqueront les pratiquants du Sūtra du Lotus à l’époque mauvaise de la Fin de la Loi.

 39. Selon le vingt et unième chapitre du Sūtra du Lotus, les êtres célestes s’écrièrent au milieu du ciel que, dans le monde saha, un bouddha nommé Shakyamuni enseignait le Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse, Sūtra mémorisé par les bouddhas, qui les encourageait tous à faire preuve d’obéissance et à offrir l’aumône au bouddha Shakyamuni. Puis les divers êtres prononcèrent tous ces paroles : « Gloire à toi, bouddha Shakyamuni ! Gloire à toi, bouddha Shakyamuni ! » Le cœur du Sūtra du Lotus étant la Loi de Nam-myōhō-renge-kyō qui permit à tous les bouddhas d’atteindre la bouddhéité, Nichiren déclare que les divers êtres des mondes des dix directions s’étaient tous écriés : « Nam-myōhō-renge-kyō, Nam-myōhō-renge-kyō ! »

 40. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 41. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 42. Essai sur la protection du pays.

 43. Katsu désigne un ancien royaume qui s’étendait de la Mandchourie à la Corée du Nord. Selon les cartes anciennes, « ce pays situé à l’est de Tang et à l’ouest de Katsu » correspondait au Japon.

 44. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 45. Cette histoire apparaît dans le Sūtra sur la causalité du passé et du présent.

 46. Il s’agit là d’une allusion à un document où l’empereur Wu (464-549), premier dirigeant de la dynastie des Liang, faisait le vœu de ne pas suivre la voie du Dao. En fait, il y disait qu’il préférerait sombrer dans les mauvaises voies pendant une longue période pour s’être opposé au bouddhisme (tout en formant néanmoins un lien avec lui), plutôt que de renaître dans le ciel en adoptant les enseignements non bouddhiques. Cette histoire apparaît dans les Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration. Udraka Ramaputra était un ermite et maître de méditation du yoga, le deuxième maître sous la direction duquel Shakyamuni pratiqua. On dit qu’il renaquit dans le plus élevé des quatre royaumes du monde sans forme.

 47. On considérait tous les hommes cités dans ce paragraphe et dans les deux précédents comme figurant parmi les vingt-quatre successeurs dans la lignée de Shakyamuni.

 48. Ce passage traite des « trois critères de comparaison » énoncés par Tiantai pour établir la supériorité du Sūtra du Lotus sur les autres sūtras. « Savoir si, oui ou non, le processus d’enseignement avait été révélé dans sa totalité » correspond au deuxième critère ; la révélation de « la relation originelle entre maître et disciple » correspond au troisième critère ; et « les enseignements qui mènent ou non à l’illumination » correspond au premier.

 49. Le mot utilisé par Nichiren pour désigner l’Inde, Gasshi comprend également l’Asie centrale.

 50. Cela correspond à l’année 67 de notre ère qui, selon la tradition, est l’année de l’introduction du bouddhisme en Chine, sous le règne de l’empereur Ming, pendant la dynastie des Han postérieurs.

 51. Ici, « les enseignements exotériques et ésotériques » correspondent à une classification des enseignements de Shakyamuni selon leur mode de transmission : il y a les enseignements secrets et les autres. Les enseignements secrets sont ici qualifiés d’« ésotériques », alors que les autres enseignements correspondent aux enseignements « exotériques ».

 52. Désignation par Tiantai des divers systèmes de classification utilisés par les différentes écoles durant la période des dynasties du Nord et du Sud.

 53. La doctrine de l’école Faxiang en Chine.

 54. Royaume situé sur le versant sud des monts Tienshan. Il fut conquis en 640 par l’empereur Taizong.

 55. Selon la tradition, on considère que le bouddhisme fut introduit au Japon en 552, lors de la treizième année du règne de l’empereur Kimmei.

 56. L’empereur Kimmei est aujourd’hui considéré comme le vingt-neuvième empereur parce que le règne du quinzième souverain, celui de l’impératrice Jingū, n’est plus considéré comme un règne officiel. À l’époque de Nichiren, elle était cependant incluse dans la lignée et c’est pourquoi l’empereur Kimmei est présenté ici comme le trentième souverain.

 57. Il est fait mention du séjour de Shanwuwei au Japon dans la Brève histoire du Japon du moine Kōen (XIIe siècle) du mont Hiei et dans les Biographies de moines éminents de l’ère Genkō par le moine Zen Kokan Shiren (1278-1346). Même s’il n’existe pas de preuve absolue que Shanwuwei se rendit effectivement au Japon, on pense que cette tradition était largement acceptée au temps de Nichiren.

 58. Ce vœu consiste à propager l’enseignement bouddhique correct et à mener les gens vers l’illumination.

 59. Ce débat se tint au temple Takaosan, à Kyōto, en 802.

 60. Cette référence de Nichiren à la « méditation parfaite » et à la « sagesse parfaite » est 593liée aux trois entraînements : discipline morale (préceptes), discipline mentale (méditation) et sagesse. Tiantai se consacra à la pratique de la méditation et de la sagesse sur la base du Sūtra du Lotus, tout en continuant cependant à suivre les préceptes du Hinayana.

 61. Il s’agit de la cérémonie d’ordination où sont conférés les dix préceptes majeurs et les quarante-huit préceptes mineurs, énoncés dans le Sūtra du filet de Brahma. Cette cérémonie d’ordination, qui se tint au temple Takaosan en 805, concerna huit moines, notamment Dōshō et Shuen.

 62. Huizong (1082-1135) et Qinzong (1100-1161) furent les huitième et neuvième empereurs de la dynastie des Song du Nord. Les « barbares du nord » étaient les Jurchen, un peuple nomade de Mandchourie, qui établit la dynastie des Chin, dans le nord de la Chine. Ils s’emparèrent de la capitale des Song, Kaifeng, en 1126.

 63. Gaozong (1107-1187) fut le premier empereur de la dynastie des Song du Sud. Linan correspond aujourd’hui à la ville de Hangzhou.

 64. Il est question ici de l’invasion mongole de 1274.

 65. Sūtra aux sens infinis.

 66. Classification des façons de venir à l’existence. Voir « quatre modes de naissance » dans le glossaire.

 67. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 68. Annotations sur le Sūtra du Nirvana.

 69. Dammira (sanskrit inconnu) était un roi du Cachemire, en Inde, qui détruisit les temples et les stupas bouddhiques dans son royaume. On dit que, lorsqu’il tua le maître bouddhiste Aryasimha, il perdit son bras droit et mourut sept jours plus tard.

 70. Fadao (1086-1147) était un moine de la Chine des Song. Quand l’empereur Huizong, adepte de l’enseignement du Dao, s’évertua à faire disparaître le bouddhisme, Fadao lui adressa des remontrances, ce qui lui valut d’être marqué au visage et exilé à Daozhou. Il fut par la suite gracié, mais Huizong fut capturé par les forces d’invasion des Chin et conduit en Mandchourie où il vécut jusqu’à sa mort, en 1135.

 71. La dernière des chaînes de montagnes concentriques qui forment un cercle autour du mont Sumeru. Elle est citée ici pour suggérer l’invincibilité.

 72. La clé précieuse du trésor secret.

 73. Sūtra du Lotus, chap. 17.

 74. Ibid., chap. 11.

 75. Ibid., chap. 14.

 76. Ibid., chap. 26.

 77. Ibid., chap. 14.

 78. Il s’agit du tremblement de terre qui eut lieu le vingt-troisième jour du huitième mois de 1257, et de la comète qui apparut le cinquième jour du septième mois de 1264.

 79. L’apparition de Nagarjuna après la disparition de Shakyamuni est prédite dans le Maya-sūtra et dans le Lankavatara-sūtra.

 80. La strophe en quatre vers dont il est ici question est la suivante : « Nous considérons toutes choses comme “vacuité” / car elles sont interdépendantes à l’origine / Elles “n’existent que par le seul nom” / Telle est la Voie du Milieu. »

 81. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 82. La Grande Concentration et Pénétration.

 83. Annotations sur le Sens profond du Sūtra du Lotus.

 84. Un passage de ce genre apparaît dans le Supplément aux trois œuvres majeures de Tiantai, écrit par Congyi, un érudit de l’école Tiantai de la Chine des Song, mais on n’a cependant pas retrouvé la citation exacte.

 85. Comparaison entre les enseignements exotériques et ésotériques.

 86. Les « événements réels » concernent ici les événements mentionnés dans le Sūtra du Lotus. Ainsi, dans le troisième chapitre, le Bouddha prédit que Shariputra atteindrait l’illumination dans l’avenir sous le nom de bouddha Éclat-Fleuri. Quant au douzième chapitre, il dépeint l’atteinte de l’illumination par la fille du roi-dragon et prédit l’illumination future d’une personne mauvaise, Devadatta.

 87. Les traductions antérieures à Xuanzang (602-664) sont qualifiées de « traductions anciennes ». Celles de Xuanzang et celles qui ont suivi sont appelées les « nouvelles traductions ».

 88. Biographies des moines éminents de la dynastie des Liang.

 89. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus. « Le sage » dont il est question dans cette citation est en fait Vasubandhu. Miaole découvrit une erreur dans le commentaire du Sūtra du Lotus de Vasubandhu intitulé Traité sur le Sūtra du Lotus, et il l’attribua au traducteur. Dans ce contexte, Nichiren utilise la déclaration de Miaole pour désigner le Bouddha. C’est pourquoi il dit, dans le paragraphe suivant, « mais la faute n’en est pas imputable au Bouddha ».

 90. Le premier point, « les causes et les conditions », consiste à interpréter les mots et les phrases du Sūtra du point de vue des causes et des conditions qui poussèrent le Bouddha à les exposer ; le deuxième, « les enseignements corrélatifs », consiste à interpréter les mots et les phrases du Sūtra du point de vue des quatre 594enseignements de la doctrine et des cinq périodes ; le troisième, « l’enseignement théorique et l’enseignement essentiel », consiste à les interpréter à la lumière des enseignements théorique et essentiel du Sūtra du Lotus, et le quatrième, « l’observation de l’esprit », à percevoir la vérité au sein de son propre esprit grâce à la pratique de la méditation.

 91. Ce passage fait référence à une maxime chinoise selon laquelle un sage n’apparaît qu’une fois tous les mille ans et un homme de valeur, une fois seulement tous les cinq cents ans.

 92. On trouve cette citation dans la Compilation des cent enseignements du Grand Maître Tiantai, par Zhangan, le successeur de Tiantai.

 93. Biographie du Grand Maître Tiantai Zhizhe de la dynastie des Sui. Daoxuan (596-667) était le fondateur de la branche Nanshan de l’école Lü, devenue Ritsu au Japon.

 94. Essai sur les cinq enseignements de l’école Huayan.

 95. L’histoire de Hanguang, Bukong et du moine indien apparaît dans les Biographies des moines éminents de la dynastie des Song, à la suite de la biographie de Hanguang (dates inconnues), que l’on considère comme l’un des six disciples principaux de Bukong.

 96. Dans le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus on peut lire : « Le peuple Lu ne reconnut pas la grandeur de Confucius. Ainsi ceux qui ne sont pas conscients de la valeur des enseignements de Tiantai sont comparables au peuple de Lu. »

 97. Les estrades d’ordination du Tōdai-ji à Nara, du Yakushi-ji dans la province de Shimotsuke, et du Kanzeon-ji à Kyūshū.

 98. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 99. Unité de mesure dans l’Inde ancienne. Voir glossaire.

 100. Ancienne unité de mesure au Japon. Voir glossaire.

 101. Selon l’école Hossō, il s’agit de la période Agama, de la période de la vacuité et de la période de la Voie du Milieu.

 102. L’école Hossō divise les êtres humains en cinq groupes selon la capacité religieuse innée de chacun. Voir glossaire.

 103. Les quatre enseignements et les cinq enseignements : classifications des enseignements du Bouddha. Ces deux doctrines placent le Sūtra de la Guirlande de fleurs et le Sūtra du Lotus en premier.

 104. Le souverain mentionné ici est l’empereur Kammu. Cette phrase fait indirectement l’éloge de Dengyō, qui révéla et défendit la vérité contenue dans l’enseignement du Sūtra du Lotus à l’époque de ce souverain.

 105. Cela signifie que les Trois Grandes Lois Cachées apparaissent dans le passage du Sūtra du Lotus où l’on lit le Sūtra à la lumière de sa vérité essentielle.

 106. Cela indique à quel point il était difficile d’atteindre l’Inde à partir de la Chine à cette époque-là. On dit que Xuanzang est mort et renaquit à six reprises durant son voyage périlleux jusqu’en Inde.

 107. Manière de compter de l’Inde ancienne. Voir glossaire.

 108. Pendant trois asamkhya kalpa, les bodhisattvas accomplissent les six paramita et les dix mille pratiques pour apporter des bienfaits aux autres et atteindre l’illumination presque parfaite. Shakyamuni est né dans une vie passée en tant que prince Sattva et il donna son corps à une tigresse affamée pour qu’elle puisse être sauvée, ainsi que sa progéniture.

 109. Les trois grandes difficultés consistent à réfuter les doctrines du Nembutsu, du Zen et du Shingon, qui sont expliquées par la suite.

 110. Il s’agit de l’une des huit merveilles de l’océan décrites dans le Sūtra du Nirvana. « Les cadavres » représentent les icchantika, personnes à l’incroyance incorrigible ; les moines qui commettent les quatre fautes impardonnables (tuer, voler, avoir des rapports sexuels et mentir) ; les gens qui commettent les cinq transgressions capitales ; et ceux qui calomnient les enseignements du Mahayana.

 111. Il s’agit d’une référence à un passage du Sūtra de la Guirlande de fleurs où le dieu de la terre refuse de protéger trois sortes de personnes : ceux qui causent la mort de leur roi, ceux qui manquent de piété filiale envers leurs parents, et ceux qui nient la loi de cause et effet ou calomnient les Trois Trésors du bouddhisme.

 112. Le prince Dōjo, fils de l’empereur Gotoba, entré dans le clergé. De manière plus générale, c’est ainsi que l’on désigne un empereur ou un prince retiré, entré dans le clergé. Le prince Dōjo vivait à Ninna-ji, un temple Shingon, à Kyōto. Omuro est une autre façon de désigner le Ninna-ji.

 113. Les administrateurs dont il est ici question sont ceux du temple principal de l’école Shingon, au mont Kōya, ceux du sanctuaire de Kumano, et d’ailleurs.

 114. Le miroir sacré est l’un des trois symboles du trône impérial japonais, les autres étant le sabre et le joyau. Le miroir disparut dans un incendie, en 960.

 115. Le sabre fut perdu en 1185 à la bataille de Danno’ura, dans laquelle le clan des Minamoto vainquit le clan Taira.

595 116. Les cinq honorés désignent les cinq rois de sagesse « vidyaraja » des enseignements ésotériques du Shingon. Ils s’appellent : Acala ; Trailokyavijava ; Kundali ; Yamantaka ; et Vajrayaksa. Présentés comme des personnages colériques, on dit qu’ils triomphent des obstacles.

 117. Selon le Traité de la grande perfection de sagesse, un kalpa est plus long que le temps qu’il faudrait pour user un cube de pierre de quarante ri de côté (un ri mesurant environ six cents mètres), en imaginant qu’une nymphe céleste descende sur lui et l’effleure d’un morceau de tissu une fois tous les cent ans.

 118. Kenshin (1130-1192) fut le soixante et unième grand patriarche de l’Enryaku-ji. Il se convertit aux enseignements de la Terre pure alors qu’il était encore le grand patriarche d’un temple Tendai.

 119. Hōnen fut exilé à Tosa, en 1207, par l’empereur retiré Gotoba, qui échoua par la suite dans sa tentative de se rebeller contre le shogunat de Kamakura, incident connu sous le nom des troubles de l’ère Jōkyū.

 120. Les trois mystères du corps, de la parole et de l’esprit. Voir glossaire.

 121. En 819, Dengyō fit part à l’empereur de son désir d’établir une estrade d’ordination du Mahayana sur le mont Hiei. Sa requête suscita une vive opposition des moines des six écoles de Nara.

 122. Kōbō se rendit en Chine, en 804. Dengyō fit partie de la même flottille mais il voyagea sur un autre bateau.

 123. L’école Kegon adopte une classification comparative appelée « les dix doctrines », plaçant les enseignements du Kegon à la dixième place, soit la plus élevée, et le Sūtra du Lotus à la neuvième. Imitant « les dix doctrines », Kōbō formula « les dix étapes de l’esprit ». La dixième étape est l’étape de l’éveil à la vérité ésotérique, c’est-à-dire à la bouddhéité. Kōbō affirma que seuls les enseignements de l’école Shingon correspondaient à cette étape et relégua les doctrines du Kegon et du Tendai, respectivement aux rangs de neuvième et de huitième étape.

 124. La clé précieuse du trésor secret. Cette déclaration signifie que les nombreuses écoles se prétendent toutes le véhicule de la bouddhéité, mais que leurs doctrines se révèlent superficielles par rapport à la doctrine de l’école Shingon.

 125. Ibid. Cette déclaration représente une comparaison entre le bouddha Shakyamuni et le bouddha Mahavairochana.

 126. Comparaison entre les enseignements exotériques et ésotériques. Sur la base du Sūtra des six paramita, Kōbō divisa tous les enseignements bouddhiques en cinq catégories qu’il compara aux cinq saveurs : lait frais, crème, lait caillé, beurre et ghee. Il comparait les sūtras du Mahayana, notamment le Sūtra du Lotus, à la quatrième saveur, celle du beurre, et les enseignements du Shingon au ghee, la saveur la plus raffinée.

 127. Ibid. Kōbō calomnie tout particulièrement Tiantai, qui élabora la classification « des cinq périodes et des huit enseignements » et compara la période du Sūtra du Lotus et du Sūtra du Nirvana à la saveur la plus raffinée, celle du ghee. Sur cette base, Kōbō accusa Tiantai d’avoir volé la doctrine du Zhenyan.

 128. Prajna (en chinois Bore) était originaire du Cachemire. Il se rendit à Canton, en 781, et à Zhangan, en 790. Il traduisit un grand nombre d’œuvres, notamment le Sūtra des six paramita.

 129. La condamnation du moine Tokuitsu, de l’école Hossō, est citée dans l’Essai sur la protection du pays. La réfutation de Dengyō apparaît aussi dans la même œuvre.

 130. Traité sur le Sūtra du Lotus.

 131. Traité sur la grande perfection de sagesse.

 132. « Les autres » ici sont Shakyamuni, Nagarjuna, Vasubandhu et d’autres qui comparèrent le Sūtra du Lotus au ghee.

 133. Ces anecdotes sont mentionnées dans Mémoires historiques de Sima Qian. Dan, le seigneur de Zhou, était un frère cadet de l’empereur Wu, de la dynastie des Zhou. Il engagea un certain nombre de réformes dans les affaires de l’État et donna des fondations fermes à la dynastie. Il aspirait à trouver des personnes vertueuses et redoutait tant de manquer d’égard envers quelqu’un qu’il allait jusqu’à recevoir les visiteurs alors qu’il se lavait les cheveux ou alors qu’il était en plein repas. Nichiren cite cet exemple pour expliquer l’importance d’être attentif aux autres.

 134. Shōgaku-bō est un autre nom de Kakuban (1095-1143), précurseur de la branche de la Nouvelle Doctrine de l’école Shingon. Dembō-in est le temple qu’il établit sur le mont Kōya. Après avoir été déplacé à Negoro, il devint le temple principal de la branche de la Nouvelle Doctrine.

 135. Dans cette citation, le bouddha de la non-dualité du Mahayana désigne le bouddha Mahavairochana, qui représente l’unité essentielle du Plan de la matrice et du Plan du diamant. Le bouddha aux Trois Corps d’âne ou de bœuf désigne le bouddha Shakyamuni, qui exposa les enseignements exotériques. Les Trois Corps du bouddha sont le Corps du Dharma, le Corps de rétribution et le Corps de manifestation. Le mandala en deux Plans désigne le 596mandala du Plan du diamant et le mandala du Plan de la matrice, objets de vénération des enseignements ésotériques.

 136. L’histoire suivante, à propos de l’érudit Bhadraruchi, se fonde sur un passage du Voyage en Occident.

 137. Cérémonie d’initiation où l’on asperge d’eau la tête de la personne initiée.

 138. Il s’agit probablement d’une référence au Récit du Bouddha et des patriarches des diverses dynasties. Selon ce récit, quand l’empereur Suzong de la dynastie des Tang interrogea le moine Huizhong sur la méditation où il n’y a pas de distinction entre soi et les autres, Huizhong répondit que l’empereur devrait marcher sur la tête du Bouddha.

 139. Sanjie, plus connu sous le nom de Xinxing (540-594), fut le fondateur de l’école Sanjie, ou école des Trois Étapes, qui prospéra durant la dynastie des Sui. Fondant ses calculs sur l’une des nombreuses théories ayant cours en son temps, Xinxing prétendit que le début de l’époque de la Fin de la Loi se situait en 550. Il affirma aussi que, dans ce monde dégénéré, il n’y avait pas d’autre alternative que de pratiquer l’enseignement universel qui n’établissait pas de distinction entre l’efficacité des divers sūtras. Il soutenait que la nature de bouddha était inhérente à tous les êtres vivants. L’école acquit une énorme richesse matérielle qui lui fut finalement confisquée ; elle fut bannie en 713.

 140. En ce qui concerne les cinq autres écoles, An’nen classa l’école Sanron en cinquième position, l’école Hossō en sixième, l’école Ritsu en septième, l’école Jōjitsu en huitième, et l’école Kusha en neuvième.

 141. Également appelé Ichijō Shikan-in. Autre nom de Kompon Chūdō, le temple principal bâti sur le mont Hiei.

 142. Il s’agit des moines du Zhenyan : Zongrui, Choanya, Yuanzheng, Ichen, Faquan, Boayue, Kan et Weijin.

 143. Guangxiu (771-843) fut le huitième patriarche dans la lignée de l’école Tiantai en Chine. C’était un disciple de Daosui, l’un des maîtres chinois du Grand Maître Dengyō. Weijuan (dates inconnues) était disciple de Guangxiu.

 144. La section de Tōtō est l’une des trois sections dont relève le mont Hiei, les deux autres étant Saitō et Yokawa. C’est dans la section principale de Tōtō que se trouve le Kompon Chūdō (shikan-in), à l’origine de ce qui fut plus tard l’Enryaku-ji, et d’autres grands temples. Jikaku fonda le Sōji-in dans cette section en 851, dont il fit le centre de la pratique ésotérique.

 145. Sūtra du Nirvana.

 146. Commentaire sur le Sūtra des dix étapes.

 147. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 148. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 149. Selon la tradition, une représentation du Bouddha, haute de cinq pieds, réalisée par Udayana, roi du Kaushambi et contemporain de Shakyamuni, en Inde, se mit à marcher, et un tableau du Bouddha, réalisé par [Kashyapa] Matanga, enseigna les sūtras. Au Japon, les Biographies de l’ère Genkō relatent qu’une représentation du bodhisattva Maitreya, dans un temple de la province de Yamato, prévint un garde qu’on s’apprêtait à le voler, et elles relatent aussi qu’une représentation du bouddha Maître-de-la-Médecine, enchâssée au Teiden-ji, dans la province de Tōtōmi, lança un appel au secours depuis le fond d’une rivière, ce qui lui permit d’être sauvée.

 150. Subhadra fut le dernier disciple du bouddha Shakyamuni, converti juste avant la disparition du Bouddha. Selon le Traité de la grande perfection de sagesse, Subhadra fit un rêve où tous les gens perdaient la vue, le soleil tombait du ciel, les mers s’asséchaient, et le mont Sumeru était renversé par un vent puissant. Il s’éveilla, saisi de frayeur. Comme Subhadra ne pouvait déterminer le sens de ce rêve, un être céleste apparut et lui dit que le Bouddha entrerait cette nuit-là dans le nirvana. Alors, Subhadra se rendit auprès de Shakyamuni pour qu’il le forme à ses enseignements.

 151. « Graine-de-Soleil » est un autre nom de Shakyamuni, qui apparaît dans le Recueil des sūtras sur les existences antérieures du Bouddha. Quand Shakyamuni naquit, son père fit appel à un brahmane qui rendit un oracle concernant l’avenir de l’enfant. Le brahmane appela alors le bébé « Graine-de-Soleil ».

 152. Référence à l’invasion mongole de 1274, qui s’est produite un an avant que Nichiren écrive Choisir en fonction du moment.

 153. Les empereurs retirés Juntoku et Tsuchimikado, fils de Gotoba, furent respectivement exilés sur l’île de Sado et dans la province de Tosa.

 154. Sūtra du Lotus, chap. 25.

 155. Les moines du mont Hiei avaient aussi accompli des rituels de prière ésotériques pour la défaite du shogunat de Kamakura.

 156. Nichiren se réfère aux désastres naturels qui ont ravagé le Japon à cette époque. Ils sont énumérés dans Les raisons d’écrire Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays.

 157. Il s’agit d’une référence à l’invasion mongole.

 158. Ces rébellions se sont manifestées sous la forme du coup d’État infructueux de Hōjō 597Tokisuke contre son demi-frère cadet, le régent Hōjō Tokimune, en 1272.

 159. Les huit écoles sont les écoles Sanron, Hossō, Kegon, Kusha, Jōjitsu, Ritsu, Tendai et Shingon, auxquelles s’ajoutent l’école Zen et l’école Jōdo.

 160. Il s’agit en fait d’une citation de Miaole, extraite des Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 161. Cette histoire apparaît dans le Sūtra de la protection. Le roi Kriki était le père du bouddha Kashyapa, sixième des sept bouddhas du passé, le dernier d’entre eux étant Shakyamuni. Un jour, il rêva de dix singes. Neuf d’entre eux harcelaient les habitants de la ville, leur dérobaient nourriture et boisson, et poursuivaient leur entreprise de saccage destructeur. Cependant, l’un des dix ne se joignit pas à eux mais demeura assis sur un arbre. Cela lui valut d’être torturé et chassé de la communauté des singes. Quand le roi Kriki interrogea le bouddha Kashyapa sur ce rêve, le Bouddha dit : « Il concerne l’époque de la Fin de la Loi suivant la disparition du bouddha Shakyamuni. Les dix moines représentent ses dix sortes de disciples, seul l’un d’entre eux étant un véritable shramana (pratiquant) qui renonce au monde et s’efforce de rechercher la voie. »

 162. Selon le Voyage en Occident, le roi Mihirakula attaqua Baladitya, un roi bouddhiste du Magadha, mais fut finalement capturé lui-même. Relâché grâce à l’intervention de la mère bienveillante de Baladitya, Mihirakula s’enfuit au Cachemire dont il tua par la suite le roi. Il attaqua ensuite Gandhara dont il détruisit les temples et les stupas. De ce fait, au moment de sa mort, la terre se mit à trembler, une tempête éclata, et il tomba dans l’Enfer aux souffrances incessantes.

 163. Wuzong (814-846) fut le quinzième empereur de la dynastie des Tang. En 845, sous l’ère Huichang, il fut à l’origine d’une persécution contre les enseignements bouddhiques à l’échelle de tout le pays.

 164. L’œuvre de Dengyō, Clarification des préceptes, compare les érudits des six écoles de Nara aux six sortes de parasites qui dévorent et détruisent l’enseignement du Bouddha.

 165. Taira no Munemori (1147-1185) fut un chef du clan Heike qui occupait une position élevée à la Cour. Dans la bataille entre les Heike et les Genji à Danno’ura, il fut capturé et dut s’humilier devant Kajiwara Kagetoki (mort en 1200), un guerrier du clan Genji qui provenait à l’origine du clan Heike.

 166. Yadoya Mitsunori (dates inconnues) était un haut fonctionnaire du gouvernement de Kamakura. On dit qu’il figura parmi les sept personnes qui purent approcher le moine séculier du Saimyō-ji, Hōjō Tokiyori, lorsque ce dernier était sur son lit de mort.

 167. Nichiren parle ici à dessein de faire brûler les temples et exécuter les moines afin de faire sentir à Hei no Saemon combien est grave la faute de s’opposer à l’enseignement correct. Cependant, dans son traité Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays, Nichiren explique le sens du passage du Sūtra du Nirvana qui décrit le meurtre de moines calomniateurs. Il dit : « Selon les enseignements bouddhiques, avant Shakyamuni, les moines calomniateurs auraient encouru la peine de mort. Mais, depuis l’époque de Shakyamuni, Celui-qui-peut-endurer, il est interdit dans l’enseignement des sūtras de faire des offrandes aux moines calomniateurs. » Il exhorta le régent en place à mettre un terme au soutien public accordé aux moines du Nembutsu et du Zen qui s’opposaient à l’enseignement du bouddha Shakyamuni. Il l’avertit que, dans le cas contraire, le Japon courrait à sa destruction.

 168. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 169. Deuxième caste la plus élevée parmi les castes de l’Inde ancienne. Voir glossaire.

 170. L’incident concernant le rouleau du cinquième volume du Sūtra du Lotus eut lieu lorsque Hei no Saemon vint avec ses hommes arrêter Nichiren, le douzième jour du neuvième mois de 1271. Ce cinquième volume contient le chapitre “Exhortation à la persévérance” où il est prédit que les pratiquants du Sūtra du Lotus seront attaqués à coups de canne et de bâton et confrontés aux trois puissants ennemis.

 171. « Grand Homme » est une expression qui désigne le Bouddha.

 172. On trouve cette histoire dans le Voyage en Occident. Gunaprabha apprit d’abord les enseignements du Mahayana mais, par la suite, régressa jusqu’aux enseignements du Hinayana. Quand il rencontra Maitreya dans le ciel Tushita, il se montra si arrogant qu’il refusa de se laisser instruire par lui.

 173. Le Brahmane-au-Ventre-de-Fer était un brahmane arrogant du sud de l’Inde qui prétendait posséder toutes les sortes de sagesse dans son ventre. Craignant que ce ventre n’éclate, il attacha autour une plaque de fer.

 174. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 175. Sūtra du Lotus, chap. 23.

 176. Ibid.

 177. C’est à ce bodhisattva que Shakyamuni enseigna le Sūtra de la révélation des profonds secrets.

598 178. Nagabodhi fut le quatrième des huit premiers patriarches reconnus plus tard par l’école Zhenyan [devenue l’école Shingon au Japon.] Il existe différentes versions concernant sa vie, et certains érudits nient même qu’il ait réellement existé.

 179. Le roi Satavahana fut un roi du sud de l’Inde qui apparut environ sept siècles après la disparition de Shakyamuni. Il se convertit aux enseignements de Nagarjuna, et apporta protection et soutien au bouddhisme du Mahayana.

 180. Kashyapa est le bodhisattva auquel Shakyamuni adresse le chapitre “Le bodhisattva Kashyapa” du Sūtra du Nirvana. Les cinquante-deux sortes d’êtres sont ceux qui se sont rassemblés à l’assemblée du Sūtra du Nirvana.

 181. Ces dix moines éminents, dont Fayun (467-529), classaient le Sūtra de la Guirlande de fleurs en premier, le Sūtra du Nirvana en deuxième et le Sūtra du Lotus en troisième.

 182. On trouve cette image dans le vingt-troisième chapitre du Sūtra du Lotus.

 183. Ibid.

 184. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 185. Animal sauvage imaginaire apparaissant dans une légende de la Chine ancienne. Voir glossaire.

 186. Clarification des écoles fondées sur la doctrine de Tiantai.

 187. Sūtra du Lotus, chap. 3.

 188. Ibid., chap. 28.

 189. Ibid.

 190. Ibid., chap. 13.

 191. Ibid.

 192. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 193. Sūtra du Lotus, chap. 14.

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