Soka Gakkai Bibliothèque du bouddhisme de Nichiren

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L’enseignement, la capacité, le moment et le pays
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ÉCRITS: 7 L’enseignement, la capacité, le moment et le pays

( pp.48 - 54 )

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 1. Cette histoire se trouve dans le Sūtra du Nirvana, où sont mentionnées les cinq méditations pour mettre un terme aux troubles de l’esprit et éliminer l’illusion. Il s’agit des méditations sur la bassesse du corps, sur la compassion, sur l’origine interdépendante, sur le discernement correct du monde phénoménal et sur le souffle. La méditation sur l’impureté du corps consiste à se concentrer sur l’impureté du corps pour rompre notre attachement à son égard. La méditation sur le souffle consiste à rechercher la paix de l’esprit en comptant les inspirations et les expirations.

 2. Sūtra du Lotus, chap. 3.

 3. Il s’agit du lien formé avec le Sūtra du Lotus en s’y opposant ou en le calomniant, que l’on appelle liaison contraire ou relation du tambour empoisonné.

 4. Ibid., chap. 2.

 5. Elles sont de deux sortes, mineures et majeures. Les trois calamités mineures sont : la guerre, les épidémies et la famine. Les trois calamités majeures sont celles du feu, de l’eau et du vent.

 6. Il s’agit des désastres attribués à l’opposition à l’enseignement correct. Voir aussi « sept désastres » dans le glossaire.

 7. Ce passage apparaît sous forme de note dans le texte. Les « récits » dont il est question là sont probablement Commentaire textuel du Sūtra du Lotus, de Tiantai ; Biographie du prince Shōtoku ; Vie du grand moine de la Chine des Tang qui voyagea vers l’est ; Essai sur la protection du pays et Principes remarquables du Sūtra du Lotus, de Dengyō ; Commentaire détaillé sur les préceptes à tous les bodhisattvas d’An’nen ; et Essence de l’enseignement du Véhicule Unique d’Eshin.

 8. Le moine Intention-Supérieure vécut à l’époque de la Fin de la Loi du bouddha Roi-Pareil-à-un-Lion. Il dénigra le bodhisattva Racine-de-Joie qui enseigna la doctrine de la réalité ultime de tous les phénomènes, et l’on dit donc qu’il serait tombé en enfer. L’érudit Gunaprabha étudia d’abord le Mahayana mais se convertit au Hinayana après avoir lu le Grand commentaire sur l’Abhidharma. Selon le Voyage en Occident, il s’éleva jusqu’au ciel Tushita afin de dissiper ses doutes à propos du Hinayana et du Mahayana. Là, il rencontra le bodhisattva Maitreya mais ne le respecta pas, parce que ce n’était pas un moine ayant reçu l’ordination. Ainsi, du fait de son arrogance, il ne put apprendre de Maitreya.

 9. Le Traité sur les étapes de la pratique du yoga est une œuvre attribuée à Maitreya ou à Asanga. Quant aux « écrits de Sengzhao » dont il est question, c’est la Postface à la traduction du Sūtra du Lotus. Sengzhao (384-414) était l’un des disciples majeurs de Kumarajiva. Enfin, les récits de Shōtoku, Dengyō et An’nen sont probablement ceux qui sont déjà cités dans la note 7.

 10. On considère généralement que le moine Budda est Butchi-bō Kakuan, disciple de Dainichi, qui propagea les enseignements Zen au Japon avant Eisai (1141-1215), fondateur de l’école Rinzai au sein du bouddhisme Zen. Dainichi, également appelé Nōnin, donna à son école le nom d’école japonaise Bodhidharma.

 11. On trouve cette image dans le Sūtra du Nirvana.

 12. Sūtra du Lotus, chap. 10.

 13. Ibid., chap. 14.

 14. Ibid., chap. 13.

 15. Ibid., chap. 16.

 16. Annotations sur le Sūtra du Nirvana.

487

L’enseignement, la capacité, le moment et le pays

Écrit par Nichiren, le shramana du Japon


Texte

Points de repère


Lors du septième mois de 1260, Nichiren soumit son traité Sur l’établissement de l’enseignement correct pour la paix dans le pays à l’ancien régent Hōjō Tokiyori qui, bien que retiré de ses fonctions, demeurait le membre le plus influent du clan Hōjō au pouvoir.

Indignés par les critiques de l’école Jōdo contenues dans ce traité, des croyants de cette école attaquèrent la résidence de Nichiren à Nagoe, Kamakura, afin de tenter de le tuer. Nichiren s’échappa de justesse et se réfugia chez Toki Jōnin, dans la proche province de Shimo’usa. Quand il réapparut à Kamakura au printemps de 1261 et reprit ses activités de propagation, le gouvernement le fit arrêter et, sans la moindre enquête, l’exila à Itō, dans la péninsule d’Izu. Il y demeura du douzième jour du cinquième mois de 1261 jusqu’à l’annonce de sa grâce, qui lui permit de revenir à Kamakura le vingt-deuxième jour du deuxième mois de 1263. Cette œuvre est datée simplement du « dixième jour du deuxième mois », mais on considère généralement qu’elle fut écrite lors de la deuxième année de Kōchō (1262), lors de l’exil à Izu.

Dans cette lettre, Nichiren réaffirme le bien-fondé de son enseignement au regard des cinq principes de propagation : l’enseignement, la capacité des gens, le moment, le pays, et l’ordre de propagation. Il rappelle aussi sa propre mission, en se fondant sur les prédictions du Sūtra du Lotus selon lesquelles le pratiquant de ce Sūtra à l’époque de la Fin de la Loi rencontrera des persécutions de la part des trois puissants ennemis.

Les érudits bouddhistes du passé avaient instauré divers critères à saisir et à prendre en compte pour propager le bouddhisme. Nichiren organisa ces critères dans un système global, établissant les cinq principes de propagation en tant que référence pour une évaluation comparative des divers enseignements bouddhiques. Dans cette lettre, il expose ces cinq principes directeurs, démontrant à partir de chacun d’eux que le Sūtra du Lotus est l’enseignement suprême. Bien qu’il ne soit question dans cette lettre que du Sūtra du Lotus, au regard des autres écrits de Nichiren, on comprend qu’il s’agit en fait du cœur de ce Sūtra, Nam-myōhō-renge-kyō, avec la pratique et l’esprit qui lui sont liés.

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Considérons tout d’abord le premier point, l’enseignement : il est composé de l’ensemble des sūtras, de règles de discipline monastique et de traités exposés par l’Ainsi-Venu Shakyamuni. Il comporte cinq mille quarante-huit volumes sous forme de rouleaux contenus dans 49quatre cent quatre-vingts caisses. Après avoir été répandus dans toute l’Inde durant mille ans, les enseignements bouddhiques furent introduits en Chine mille quinze ans après la disparition du Bouddha. Tous les enseignements bouddhiques furent introduits en Chine durant la période de six cent soixante-quatre ans qui commença après la dixième année de l’ère Yongping [l’an 67 de notre ère], signe cyclique de hinoto-u, sous le règne de l’empereur Ming de la dynastie des Han postérieurs, et qui s’acheva lors de la dix-huitième année de l’ère Kaiyuan [l’an 730 de notre ère], signe cyclique de kanoe-uma, sous le règne de l’empereur Xuanzong de la dynastie des Tang.

Selon leur contenu, ces sūtras, règles de discipline monastique et traités peuvent être divisés en enseignements du Hinayana et enseignements du Mahayana, en sūtras provisoires et véritable, et en sūtras exotériques et ésotériques, qu’il convient de distinguer soigneusement les uns des autres. De telles désignations ne sont pas le fruit [du travail] des derniers érudits et maîtres bouddhistes ; elles proviennent de l’enseignement du Bouddha lui-même. Elles devraient donc être utilisées par tous les êtres vivants dans les mondes des dix directions. Ceux qui n’y ont pas recours ne peuvent être considérés comme bouddhistes.

La coutume consistant à classer les sūtras Agama dans l’enseignement du Hinayana provient des divers sūtras du Mahayana des différentes périodes : celles des Vaipulya, des sūtras de la Sagesse, du Sūtra du Lotus et du Sūtra du Nirvana. Dans le Sūtra du Lotus, le Bouddha dit que, s’il avait uniquement prêché les enseignements du Hinayana et caché le Sūtra du Lotus, il se serait rendu coupable de mesquinerie et d’avidité. De plus, il est dit dans le Sūtra du Nirvana que ceux qui n’acceptent que les sūtras du Hinayana et déclarent que le Bouddha est impermanent verront leur langue pourrir dans leur bouche.

Le deuxième point concerne la capacité. Celui qui tente de propager les enseignements bouddhiques doit comprendre la capacité et la nature profonde de ceux à qui il s’adresse. Le vénérable Shariputra tenta d’instruire un forgeron par la méditation sur l’impureté du corps et un blanchisseur par la méditation sur le souffle1. Bien que ces disciples aient consacré plus de quatre-vingt-dix jours à leurs méditations respectives, ils n’obtinrent pas la moindre compréhension des enseignements bouddhiques. Au contraire, ils adoptèrent des opinions erronées et finirent par devenir des icchantika ou personnes d’une incroyance incorrigible.

En revanche, le Bouddha apprit au forgeron la méditation sur le souffle et au blanchisseur la méditation sur l’impureté du corps, et il en résulta que tous deux acquirent aussitôt la compréhension. Si même Shariputra, premier en sagesse parmi les disciples du Bouddha, ne parvint pas à appréhender la capacité des gens, alors il sera encore plus difficile d’y parvenir pour les maitres ordinaires d’aujourd’hui, en cette époque de la Fin de la Loi ! Les maîtres ordinaires ayant une compréhension insuffisante de la capacité des gens ne devraient enseigner que le Sūtra du Lotus à ceux qu’ils instruisent.

Question : Que signifie le passage du Sūtra du Lotus où il est dit : « Ne prêche pas ce Sūtra aux gens dépourvus de sagesse2 ? »

Réponse : Quand je parle de capacité de compréhension, c’est par rapport à l’enseignement d’un sage. De plus, on devrait enseigner uniquement le Sūtra du Lotus même aux détracteurs de la Loi de façon à ce qu’ils instaurent la relation dite « du tambour empoisonné3 » avec ce Sūtra. Il faudrait agir ici comme le bodhisattva Jamais-Méprisant.

Mais si l’on s’adresse à des personnes que l’on sait capables d’accéder à la sagesse, il faudrait d’abord leur apprendre les enseignements du Hinayana, puis les enseignements provisoires du Mahayana, et finalement l’enseignement véritable du Mahayana. Mais aux ignorants et aux personnes de capacités inférieures, il faut d’abord 50dispenser l’enseignement véritable du Mahayana. Ainsi, qu’ils choisissent de croire en cet enseignement ou de le calomnier, ils recevront les graines de la bouddhéité.

Le troisième point est la prise en considération du moment. Toute personne qui souhaite propager les enseignements bouddhiques doit veiller à bien saisir le moment [propice]. Ainsi, si un paysan semait en automne et en hiver, même si les graines, la terre et les efforts du paysan étaient les mêmes que d’habitude, ces semences ne produiraient pas le moindre gain et se solderaient par une perte. Si le paysan procédait à de telles semences sur un petit terrain, il subirait une perte mineure, mais, si elles s’étendaient en revanche sur des champs et des champs, il subirait une perte majeure. Par contre, s’il laboure et sème au printemps et en été, que les champs soient de qualité supérieure, moyenne ou inférieure, chacun apportera la part de récolte qui lui correspond.

Il en va de même pour les enseignements bouddhiques. Si l’on propage l’enseignement sans comprendre le moment [propice], on n’en récoltera aucun bienfait mais on tombera au contraire dans les voies mauvaises. Quand le bouddha Shakyamuni fit son apparition en ce monde, il était déterminé à enseigner le Sūtra du Lotus. Mais, même si ses auditeurs avaient la capacité adéquate, le moment approprié n’était pas encore venu. Durant une période de quelque quarante ans, il ne prêcha donc pas le Sūtra du Lotus, en expliquant, comme il le dit dans le Sūtra du Lotus même, que « le moment de le prêcher n’était pas encore venu4 ».

Le lendemain de la disparition du Bouddha commence la période de mille ans connue sous le nom de l’époque de la Loi correcte où ceux qui suivent les préceptes sont nombreux alors que ceux qui les enfreignent sont rares. La fin de l’époque de la Loi correcte marque le début de l’époque dite de la Loi formelle où ceux qui enfreignent les préceptes sont nombreux tandis que ceux qui n’ont pas de préceptes sont [encore] rares. Et avec la fin de l’époque de la Loi formelle commencent les dix mille ans de l’époque dite de la Fin de la Loi, où ceux qui enfreignent les préceptes sont rares tandis que ceux qui n’en ont pas sont nombreux.

Durant la période de la Loi correcte, il faudrait rejeter ceux qui enfreignent les préceptes ou qui n’en ont aucun, et n’accorder l’aumône qu’à ceux qui s’y conforment. Durant l’époque de la Loi formelle, il faudrait rejeter ceux qui n’ont pas de préceptes et n’accorder l’aumône qu’à ceux qui les enfreignent. Et, durant l’époque de la Fin de la Loi, il faut accorder l’aumône à ceux qui n’ont pas de préceptes comme s’ils étaient le Bouddha lui-même.

Mais que l’on soit à l’époque de la Loi correcte, de la Loi formelle ou de la Fin de la Loi, en aucun cas, il ne faut offrir d’aumônes à ceux qui rabaissent le Sūtra du Lotus, qu’ils gardent les préceptes, les enfreignent ou n’en aient aucun. Si l’on accorde l’aumône à ceux qui calomnient le Sūtra du Lotus, alors le pays sera obligatoirement la proie des trois calamités5 et des sept désastres6 et les auteurs de ces offrandes tomberont immanquablement dans la grande citadelle de l’Enfer aux souffrances incessantes.

Quand le pratiquant du Sūtra du Lotus dénonce les sūtras provisoires, il est comme un souverain, un parent ou un maître sermonnant un serviteur, un fils ou un disciple. Mais, quand des pratiquants des sūtras provisoires dénoncent le Sūtra du Lotus, ils sont comme des serviteurs, des fils ou des disciples tentant de punir leur souverain, leur parent ou leur maître.

Nous voilà entrés depuis quelque deux cent dix ans dans l’époque de la Fin de la Loi. Il convient d’examiner très attentivement si nous sommes désormais dans l’époque la plus appropriée pour les sūtras provisoires ou les enseignements du 51Nembutsu, ou si le moment est arrivé de propager le Sūtra du Lotus.

Le quatrième point est la prise en considération du pays. Il ne faut jamais négliger la catégorie à laquelle appartient le pays où l’on propage les enseignements bouddhiques. Il est des pays froids, des pays chauds, des pays pauvres, des pays riches, des pays centraux et des pays périphériques, de grands et de petits pays, des pays entièrement voués au vol, d’autres voués au meurtre de tout ce qui est vivant, et des pays connus pour leur manque total de piété filiale. De plus, certains pays se consacrent pleinement aux enseignements du Hinayana, d’autres à ceux du Mahayana, d’autres encore à la fois au Hinayana et au Mahayana. Dans le cas du Japon, il faut donc bien discerner s’il s’agit d’un pays qui convient exclusivement au Hinayana, au Mahayana, ou à la pratique de l’un et de l’autre.

Le cinquième point concerne l’ordre de propagation. Dans un pays où les enseignements bouddhiques n’ont jamais été introduits, nul n’est évidemment familier avec eux. Mais, dans un pays où la Loi bouddhique a déjà été introduite, certains croient à ses enseignements. Il faut donc d’abord savoir quelles doctrines bouddhiques ont été répandues dans un pays avant de tenter d’y propager la Loi bouddhique.

Si les enseignements du Hinayana et les enseignements provisoires du Mahayana sont déjà présents, alors il faut à tout prix propager l’enseignement véritable du Mahayana. Mais, si l’enseignement véritable du Mahayana a déjà été implanté, alors il ne faut pas diffuser les enseignements du Hinayana ou les enseignements provisoires du Mahayana. On rejette les éclats de tuiles et le gravier pour ramasser de l’or et des pierres précieuses, mais on ne saurait rejeter l’or et les pierres précieuses pour ramasser des éclats de tuiles et du gravier.

Celui qui prend en considération les cinq points que je viens de mentionner lorsqu’il propage la Loi bouddhique, peut sûrement devenir un maître pour tout le Japon. Comprendre que le Sūtra du Lotus est le roi des sūtras, le plus important de tous, revient à avoir une compréhension correcte de l’enseignement.

Pourtant, Fayun du temple Guangzhe et Huiguan du temple Daochang ont proclamé la supériorité du Sūtra du Nirvana sur le Sūtra du Lotus. Chengguan, du mont Qingliang, et Kōbō du mont Kōya prétendirent que le Sūtra de la Guirlande de fleurs et le Sūtra de Mahavairochana étaient supérieurs au Sūtra du Lotus. Jizang du temple Jiaxiang et le Maître Kuiji du temple Cien affirmèrent que deux sūtras, les sūtras de la Sagesse et le Sūtra des profonds secrets, étaient supérieurs au Sūtra du Lotus. Seul un homme, le Grand Maître Zhihzhe, du mont Tiantai, non seulement fit valoir la supériorité du Sūtra du Lotus sur tous les autres, mais recommanda aussi de réprimander toute personne prétendant le contraire ; il annonça que ceux qui persisteraient dans leurs fausses déclarations verraient à coup sûr leur langue pourrir dans leur bouche durant leur existence présente et tomberaient après la mort dans l’enfer Avīci. Celui qui sait distinguer le vrai du faux parmi toutes ces opinions différentes possède une compréhension correcte de l’enseignement.

Parmi l’ensemble des mille ou dix mille érudits de notre époque, il n’en est sans doute pas un seul qui ne se soit pas égaré sur ce point. De ce fait, bien rares sont ceux qui ont une compréhension correcte de l’enseignement. Cela revient à dire que personne ne lit le Sūtra du Lotus. Si personne ne lit le Sūtra du Lotus, nul ne peut agir comme un maître pour le pays. Si nul ne peut agir comme un maître pour le pays, alors toute la population du pays sera égarée et personne ne pourra établir de distinctions dans le corps des sūtras, notamment entre le Hinayana et le Mahayana, entre les sūtras provisoires et le sūtra véritable, et entre les sūtras exotériques et 52ésotérique. Nul ne pourra alors échapper au cycle des naissances et des morts et il ne restera plus que des détracteurs de la Loi. Ceux qui, pour s’être opposés à la Loi, tomberont dans l’enfer Avīci, seront plus nombreux que les particules de poussière dans le pays alors que ceux qui, en adoptant la Loi, sont libérés du cycle des naissances et des morts, seront plus rares que les grains de sable tenant sur un ongle. C’est vraiment effrayant !

Durant les quelque quatre cents années écoulées depuis l’époque de l’empereur Kammu [781-806], les gens du Japon n’ont pu atteindre l’illumination que grâce au Sūtra du Lotus. Ils sont comme ces personnes aptes à accéder à l’enseignement pur et parfait et qui, huit années durant, écoutèrent prêcher le Sūtra du Lotus au pic de l’Aigle. (Cette affirmation s’appuie sur les récits du Grand Maître Tiantai, du prince Shōtoku, du révérend Ganjin, du Grand Maître Kompon [Dengyō], du révérend An’nen et d’Eshin7.) Comprendre cela revient à comprendre la capacité des gens.

Cependant, les érudits bouddhistes de notre temps prétendent que les gens du Japon sont seulement capables de réciter le nom du bouddha Amida, le Nembutsu. Ils sont pareils à Shariputra dans l’épisode mentionné précédemment qui, pour s’être trompé sur la capacité des gens qu’il devait instruire, finit par en faire des icchantika.

Dans le Japon actuel, quelque deux mille deux cent dix ans après la disparition de l’Ainsi-Venu Shakyamuni, en cette dernière des cinq périodes de cinq cents ans après son décès, l’heure est venue d’une large propagation de Myōhō-renge-kyō [Sūtra du Lotus de la Loi merveilleuse]. Comprendre cela revient à comprendre ce que veut dire le moment [propice].

Cependant, dans le Japon d’aujourd’hui, les érudits bouddhistes rejettent le Sūtra du Lotus pour se consacrer exclusivement à l’invocation du nom du bouddha Amida. D’autres enseignent les préceptes du Hinayana et méprisent les moines du mont Hiei [ordonnés selon les préceptes du Mahayana], d’autres encore prônent une transmission prétendument indépendante, en dehors des sūtras, dénigrant ainsi la doctrine correcte du Sūtra du Lotus. On peut affirmer que ces personnes ne comprennent pas ce qu’est le moment [propice]. Elles sont pareilles au moine Intention-Supérieure qui dénigra le bodhisattva Racine-de-la-Joie ou à l’érudit Gunaprabha qui traita avec mépris le bodhisattva Maitreya8, s’exposant ainsi aux terribles souffrances de l’enfer Avīci. Le Japon est un pays lié au Sūtra du Lotus exclusivement, de même que le pays de Shravasti en Inde était lié uniquement aux enseignements du Mahayana. En Inde, certains pays se consacraient entièrement au Hinayana, d’autres au Mahayana, d’autres encore à la fois au Hinayana et au Mahayana. Le Japon est un pays auquel convient exclusivement le Mahayana, et, parmi les enseignements de ce dernier, il devrait se consacrer uniquement au Sūtra du Lotus. (Cette affirmation s’appuie sur le Traité sur les étapes de la pratique du yoga, les écrits de Sengzhao, et les récits du prince Shōtoku, du Grand Maître Dengyō et d’An’nen9.) Comprendre cela revient à comprendre le pays.

Cependant, certains érudits bouddhistes s’adressent aujourd’hui aux gens du Japon pour ne leur enseigner que les préceptes du Hinayana, ou tenter d’en faire des disciples du Nembutsu. C’est comme « placer de la nourriture impure dans un vase orné de pierres précieuses ». (On trouve cette parabole du vase orné de pierres précieuses dans l’Essai sur la protection du pays du Grand Maître Dengyō.)

Au Japon, durant les quelque deux cent quarante années qui se sont écoulées depuis l’introduction de la Loi bouddhique à partir du royaume coréen de Baekje, sous le règne de l’empereur Kimmei [539-571], jusqu’au règne de l’empereur Kammu, seuls les enseignements du Hinayana ou 53les enseignements provisoires du Mahayana furent propagés dans tout le pays. Si le Sūtra du Lotus y était déjà présent, sa signification n’avait pas encore été mise en lumière. Le même phénomène s’était produit bien des années auparavant en Chine, où le Sūtra du Lotus était déjà présent depuis plus de trois cents ans lorsque sa signification fut éclaircie.

À l’époque de l’empereur Kammu, le Grand Maître Dengyō réfuta les enseignements du Hinayana et les enseignements provisoires du Mahayana et révéla la vraie signification du Sūtra du Lotus. Dès lors, les débats d’opinion cessèrent de prévaloir et tout le monde se mit à avoir sincèrement foi dans le Sūtra du Lotus. Même les érudits des six écoles antérieures [de Nara] qui étudiaient les enseignements du Hinayana et les enseignements provisoires du Mahayana, notamment le Sūtra de la Guirlande de fleurs, les sūtras de la Sagesse, le Sūtra des profonds secrets et les sūtras Agama, reconnurent le Sūtra du Lotus comme l’autorité suprême. Cela était d’autant plus vrai pour les érudits des écoles Tendai et du Shingon et, bien sûr, pour les croyants laïcs dépourvus de connaissance particulière en ce domaine. Dans sa relation avec le Sūtra du Lotus, le pays était comme les monts Kunlun où n’existe pas la moindre pierre sans valeur, ou l’île montagneuse de Penglai où le poison est inconnu.

Cependant, pendant au moins cinquante ans, à compter de l’ère Ken'nin [1201-1204], les prêtres Dainichi et Budda10 ont propagé les enseignements de l’école Zen, rejetant les divers sūtras pour prôner une doctrine transmise en dehors des écrits. Et Hōnen et Ryūkan ont créé l’école Jōdo, contredisant l’enseignement véritable du Mahayana pour établir les doctrines provisoires. Ces hommes rejettent des pierres précieuses pour les remplacer par des cailloux, abandonnant la terre ferme pour essayer de s’élever dans les airs. Ils n’ont pas la moindre idée de l’ordre dans lequel il faudrait propager les diverses doctrines. Le Bouddha mit en garde contre de telles personnes en disant que mieux valait encore rencontrer un éléphant furieux qu’un ami de mal11.

Dans le chapitre “Exhortation à la persévérance” du Sūtra du Lotus, il est dit que dans la dernière des périodes de cinq cents ans, soit quelque deux mille ans après la disparition du Bouddha, le Sūtra du Lotus compterait trois puissants ennemis. Notre époque correspond à cette dernière période de cinq cents ans. Et lorsque moi, Nichiren, je m’interroge sur le bien-fondé des mots du Bouddha, je réalise que ces trois puissants ennemis existent bel et bien. Si je leur permettais de rester cachés, alors je ne serais pas le pratiquant du Sūtra du Lotus. Mais, si je les incite à se montrer, il est presque certain que j’y perdrai la vie.

Il est dit dans le quatrième volume du Sūtra du Lotus : « Puisque haine et jalousie envers ce Sūtra abondent en ce monde, du vivant même de l’Ainsi-Venu, ne seront-elles pas pires encore après sa disparition12 ? » Et dans le cinquième volume : « [Le Sūtra du Lotus] se heurtera à une grande hostilité dans le monde et sera difficile à croire13. » Ou encore : « Nous n’épargnerons ni notre corps, ni notre vie, car seule nous préoccupe la Voie inégalée14. » Et il est dit dans le sixième volume : « (...) sans hésitation aucune, même au péril de leur vie15. »

On peut lire dans le neuvième volume du Sūtra du Nirvana : « C’est comme un émissaire du roi doué d’éloquence et maîtrisant les moyens opportuns qui, en mission dans un autre pays, préfère ne rien dissimuler des propos de son souverain, même si cela doit finir par lui coûter la vie. C’est également ainsi que se comportent les sages. Au milieu des hommes du commun, tous les sages devraient, au péril de leur vie, proclamer sans faute l’enseignement précieux de l’Ainsi-Venu contenu dans les sūtras Vaipulia du Mahayana. » Le Grand Maître Zhangan commenta ainsi ce 54passage : « “[Un émissaire du roi (...) préfère] ne rien dissimuler des propos de son souverain, même si cela doit finir par lui coûter la vie” signifie que notre corps est insignifiant alors que la Loi est suprême. Il faut donner sa vie afin de propager la Loi16. »

Au regard de ces passages, je sais que, si je ne démasque pas les trois puissants ennemis du Sūtra du Lotus, alors, je ne serai pas le pratiquant de ce Sūtra. C’est seulement en provoquant leur apparition que je peux l’être. Mais, en agissant de la sorte, je suis presque assuré de perdre la vie. Je serai comme le vénérable Aryasimha ou le bodhisattva Aryadeva.


Nichiren


Le dixième jour du deuxième mois

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Notes


 1. Cette histoire se trouve dans le Sūtra du Nirvana, où sont mentionnées les cinq méditations pour mettre un terme aux troubles de l’esprit et éliminer l’illusion. Il s’agit des méditations sur la bassesse du corps, sur la compassion, sur l’origine interdépendante, sur le discernement correct du monde phénoménal et sur le souffle. La méditation sur l’impureté du corps consiste à se concentrer sur l’impureté du corps pour rompre notre attachement à son égard. La méditation sur le souffle consiste à rechercher la paix de l’esprit en comptant les inspirations et les expirations.

 2. Sūtra du Lotus, chap. 3.

 3. Il s’agit du lien formé avec le Sūtra du Lotus en s’y opposant ou en le calomniant, que l’on appelle liaison contraire ou relation du tambour empoisonné.

 4. Ibid., chap. 2.

 5. Elles sont de deux sortes, mineures et majeures. Les trois calamités mineures sont : la guerre, les épidémies et la famine. Les trois calamités majeures sont celles du feu, de l’eau et du vent.

 6. Il s’agit des désastres attribués à l’opposition à l’enseignement correct. Voir aussi « sept désastres » dans le glossaire.

 7. Ce passage apparaît sous forme de note dans le texte. Les « récits » dont il est question là sont probablement Commentaire textuel du Sūtra du Lotus, de Tiantai ; Biographie du prince Shōtoku ; Vie du grand moine de la Chine des Tang qui voyagea vers l’est ; Essai sur la protection du pays et Principes remarquables du Sūtra du Lotus, de Dengyō ; Commentaire détaillé sur les préceptes à tous les bodhisattvas d’An’nen ; et Essence de l’enseignement du Véhicule Unique d’Eshin.

 8. Le moine Intention-Supérieure vécut à l’époque de la Fin de la Loi du bouddha Roi-Pareil-à-un-Lion. Il dénigra le bodhisattva Racine-de-Joie qui enseigna la doctrine de la réalité ultime de tous les phénomènes, et l’on dit donc qu’il serait tombé en enfer. L’érudit Gunaprabha étudia d’abord le Mahayana mais se convertit au Hinayana après avoir lu le Grand commentaire sur l’Abhidharma. Selon le Voyage en Occident, il s’éleva jusqu’au ciel Tushita afin de dissiper ses doutes à propos du Hinayana et du Mahayana. Là, il rencontra le bodhisattva Maitreya mais ne le respecta pas, parce que ce n’était pas un moine ayant reçu l’ordination. Ainsi, du fait de son arrogance, il ne put apprendre de Maitreya.

 9. Le Traité sur les étapes de la pratique du yoga est une œuvre attribuée à Maitreya ou à Asanga. Quant aux « écrits de Sengzhao » dont il est question, c’est la Postface à la traduction du Sūtra du Lotus. Sengzhao (384-414) était l’un des disciples majeurs de Kumarajiva. Enfin, les récits de Shōtoku, Dengyō et An’nen sont probablement ceux qui sont déjà cités dans la note 7.

 10. On considère généralement que le moine Budda est Butchi-bō Kakuan, disciple de Dainichi, qui propagea les enseignements Zen au Japon avant Eisai (1141-1215), fondateur de l’école Rinzai au sein du bouddhisme Zen. Dainichi, également appelé Nōnin, donna à son école le nom d’école japonaise Bodhidharma.

 11. On trouve cette image dans le Sūtra du Nirvana.

 12. Sūtra du Lotus, chap. 10.

 13. Ibid., chap. 14.

 14. Ibid., chap. 13.

 15. Ibid., chap. 16.

 16. Annotations sur le Sūtra du Nirvana.

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