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ÉCRITS: 89 Les éléments nécessaires pour atteindre la bouddhéité

( pp.751 - 754 )

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 1. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 2. Ce commentaire se fonde sur des passages du Sens profond du Sūtra du Lotus et des Annotations sur le Sens profond du Sūtra du Lotus.

 3. Le texte japonais a été ici développé pour plus de clarté. Dans le chapitre “Moyens opportuns” du Sūtra du Lotus, Shakyamuni révèle l’« unique grande raison » de la venue des bouddhas dans le monde. Il dit qu’elle vise à permettre à tous les êtres vivants de s’éveiller à la sagesse du Bouddha qui leur est inhérente.

 4. Appelés aussi bouddhas-pour-soi.

 5. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 6. La transmission générale a un sens superficiel et large, et la transmission spécifique a un sens plus profond et détaillé. Dans le chapitre “Transmission” du Sūtra du Lotus, Shakyamuni transmit le Sūtra à tous les bodhisattvas présents à l’assemblée, mais c’est dans le chapitre “Les pouvoirs transcendantaux de l’Ainsi-Venu” qu’il transmet l’essence du Sūtra ou de la Loi merveilleuse tout spécialement au bodhisattva Pratiques-Supérieures et aux autres bodhisattvas sortis de la terre.

 7. On trouve cette expression dans un passage du traité Sur les pratiques paisibles du Sūtra du Lotus où il est dit : « S’il se trouve un bodhisattva qui protège les personnes mauvaises et ne les corrige pas (...) alors, quand sa vie parviendra à son terme, il tombera en enfer avec ces personnes mauvaises. »

 8. Sūtra du Lotus, chap. 16.

 9. Ibid., chap. 7.

 10. Ibid., chap. 10.

 11. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 12. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

75189

Les éléments nécessaires pour atteindre la bouddhéité


Texte

Points de repère


Cette lettre est adressée à Soya, disciple laïc du village de Soya, dans la province de Shimo’usa. Son nom et titre complet était Soya Jirō Kyōshin et l’on pense que c’était un officier de la haute Cour de justice du shogunat de Kamakura. Il se convertit aux enseignements de Nichiren autour de 1260 et devint l’un des principaux croyants de la région, avec Toki Jōnin et Ōta Jōmyō.

En 1271, Soya devint un moine séculier et Nichiren lui donna le nom bouddhique de Hōren Nichirai. Hōren fit bâtir deux temples et vécut dans l’un d’eux jusqu’à sa mort en 1291, à l’âge de soixante-huit ans.

Dans cette lettre, Nichiren cite d’abord le chapitre “Moyens opportuns” du Sūtra du Lotus, puis déclare : « La Voie de la bouddhéité réside dans deux éléments, la réalité et la sagesse. » La réalité correspond à la nature fondamentale selon laquelle la Loi pénètre tous les phénomènes de l’univers. Par ailleurs, la sagesse désigne la capacité à percevoir et à comprendre cette vérité. Quand cette sagesse est présente, quand « l’eau de la sagesse » remplit « le lit de la rivière de la réalité », il se produit ce que l’on appelle la fusion de la réalité et de la sagesse. C’est l’illumination. En d’autres termes, à ce stade, un être humain est éveillé et manifeste la Loi dans sa propre vie.

Nichiren souligne que Nam-myōhō-renge-kyō est la Loi qui unit la réalité et la sagesse ; c’est la graine de la bouddhéité pour tous les êtres à l’époque de la Fin de la Loi. Cette Loi doit être propagée par le bodhisattva Pratiques-Supérieures au début de l’époque de la Fin de la Loi. Nichiren déclare qu’il est le premier à se lancer dans cette grande mission, indiquant par là qu’il est le maître originel qui mènera tous les êtres à l’illumination.

Ensuite, il souligne que tout maître ou disciple qui n’intervient pas face à ceux qui calomnient la Loi tombera en enfer. Cela revient à avertir les croyants par compassion et à les placer devant leur responsabilité, laquelle consiste à protéger l’enseignement du Bouddha.

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Il est dit dans le chapitre “Moyens opportuns” du premier volume du Sūtra du Lotus : « La sagesse des bouddhas est infiniment profonde et incommensurable1. » Selon un commentaire, le lit de la rivière de la réalité est qualifié d’« infiniment profond » car il est sans fond, et l’eau de la sagesse est qualifiée d’« incommensurable » car elle est difficile à sonder2.

Le Sūtra et ce commentaire ne signifient-ils pas que la Voie de la bouddhéité demeure dans deux éléments, la réalité et la sagesse ? La réalité désigne la nature fondamentale de 752tous les phénomènes et la sagesse, l’éveil et la manifestation de cette nature fondamentale. Ainsi, quand la réalité, pareille au lit d’une rivière, est infiniment large et profonde, l’eau de la sagesse s’y écoule sans rencontrer d’obstacles. La fusion entre cette réalité et cette sagesse correspond à l’atteinte de la bouddhéité en cette vie.

Les sūtras exposés avant le Sūtra du Lotus ne peuvent mener à la bouddhéité parce que ce sont des enseignements provisoires et opportuns qui séparent réalité et sagesse. Dans le Sūtra du Lotus, les deux éléments sont foncièrement un. Il y est dit que les bouddhas ouvrent la porte de la sagesse à tous les êtres vivants, la leur montrent, les amènent à s’y éveiller et les incitent à entrer sur la Voie du Bouddha. En s’éveillant à cette sagesse, on atteint la bouddhéité3.

Cette illumination intérieure du Bouddha se situe bien au-delà de la compréhension des auditeurs ou des pratyekabuddha4. C’est pourquoi on lit ensuite dans le chapitre “Moyens opportuns” : « Aucun des auditeurs ni des pratyekabuddha ne peut l’appréhender5. » En quoi consistent alors ces deux éléments, la réalité et la sagesse ? Ils correspondent simplement aux cinq caractères de Myōhō-renge-kyō. Le bouddha Shakyamuni fit appel aux bodhisattvas sortis de la terre et leur confia les cinq caractères qui constituent l’essence du Sūtra. Tel fut l’enseignement transmis aux bodhisattvas qui avaient été les disciples du Bouddha depuis le très lointain passé.

Il est dit dans le Sūtra du Lotus que Pratiques-Supérieures et les autres bodhisattvas [sortis de la terre] apparaîtront dans les cinq cents premières années de l’époque de la Fin de la Loi pour propager les cinq caractères, concrétisation des deux éléments que sont la réalité et la sagesse. Le Sūtra clarifie parfaitement ce point. Qui pourrait le contester ? Moi, Nichiren, je ne suis ni le bodhisattva Pratiques-Supérieures, ni son envoyé, mais je les précède, en propageant les cinq caractères pour préparer le chemin. De l’Ainsi-Venu Shakyamuni, le bodhisattva Pratiques-Supérieures a reçu l’eau de la sagesse de la Loi merveilleuse pour la répandre dans le désert de la vie des êtres en ce monde mauvais de la Fin de la Loi. Tel est le sens de la sagesse. Le Bouddha transmit cet enseignement au bodhisattva Pratiques-Supérieures et Nichiren le propage maintenant au Japon. La transmission des enseignements se partage en deux catégories : l’une générale et l’autre spécifique. Si vous confondez le général et le spécifique6 si peu que ce soit, vous ne pourrez jamais atteindre la bouddhéité et vous errerez dans la souffrance à travers le cycle sans fin des naissances et des morts.

Ainsi, les auditeurs contemporains du bouddha Shakyamuni avaient reçu de lui les graines de la bouddhéité dans le très lointain passé, alors qu’il était le seizième fils du bouddha Excellence-Sagesse-Grandes-Universelles. C’est pourquoi ils ne pouvaient pas atteindre l’illumination en suivant Amida, Maître-de-la-Médecine, ou tout autre bouddha. Par exemple, si quelqu’un rapporte chez lui de l’eau de l’océan, toute sa famille pourra s’en servir. Il serait donc particulièrement mal avisé et stupide de refuser ne serait-ce qu’une seule goutte de cette eau pour aller à sa place chercher celle d’un autre océan. De même, oublier le maître originel qui nous a apporté l’eau de la sagesse puisée dans le grand océan du Sūtra du Lotus pour suivre quelqu’un d’autre à la place nous conduira sûrement à sombrer dans les souffrances incessantes des naissances et des morts.

Il faut abandonner jusqu’à son maître si celui-ci s’égare. Il est cependant des cas où ce n’est pas nécessaire. Il faut prendre sa décision en tenant compte à la fois des principes du monde séculier et des principes bouddhiques. Les moines de l’époque de la Fin de la Loi ignorent les principes bouddhiques et sont vaniteux, si bien qu’ils méprisent le bon maître et se montrent serviles envers les mécènes. Les véritables moines 753sont honnêtes et, ayant peu de désirs, se satisfont de peu. Il est dit dans le premier volume du Commentaire textuel du Sūtra du Lotus : « Ceux qui n’ont pas encore atteint la vérité devraient se montrer modestes devant le principe le plus élevé, qui est comparable au ciel, et se montrer humbles devant tous les sages. Alors, ce seront des moines ayant le sens de l’humilité. Les véritables moines sont ceux qui manifestent pénétration et sagesse. »

Il est dit dans le Sūtra du Nirvana : « Si un bon moine voit quelqu’un détruire l’enseignement et n’y prête pas garde, s’abstient de tout reproche, ne le chasse pas ou ne le punit pas pour sa faute, alors vous devez réaliser que ce moine trahit l’enseignement du Bouddha. Mais s’il chasse celui qui détruit la Loi, lui adresse des reproches ou le punit, alors, c’est mon disciple et un véritable auditeur. » Vous devriez graver profondément dans votre esprit les mots « voit » et « n’y prête pas garde » dans le passage « [Si un bon moine] voit quelqu’un détruire l’enseignement et n’y prête pas garde, s’abstient de tout reproche (...) ». Maître et disciples tomberont à coup sûr dans l’Enfer aux souffrances incessantes s’ils voient des ennemis du Sūtra du Lotus mais n’y prennent pas garde et s’abstiennent de tout reproche. Le Grand Maître Nanyue dit qu’ils « tomberont en enfer en même temps que ces mauvaises personnes7 ». Espérer atteindre la bouddhéité sans dénoncer les oppositions à la Loi est aussi futile que tenter de trouver de l’eau au milieu du feu ou du feu au milieu de l’eau. Quelle que soit la sincérité de notre foi dans le Sūtra du Lotus, si l’on est coupable de ne pas réfuter les oppositions à la Loi, on tombera à coup sûr en enfer, aussi certainement qu’une seule patte de crabe abîmera mille pots de laque. Tel est le sens du passage du Sūtra : « Parce que le poison a déjà fait de profonds ravages et que leurs esprits ne fonctionnent plus comme auparavant8. »

On lit dans le Sūtra : « Ces personnes qui avaient entendu la Loi demeurèrent ici et là dans diverses terres de bouddha, renaissant continuellement en compagnie de leurs maîtres9 » et « Quand on est proche des maîtres de la Loi, on accède très vite à la voie des bodhisattvas. Si l’on suit ces maîtres et que l’on apprend d’eux, on verra autant de bouddhas que de grains de sable dans le Gange10 ». Il est dit dans un commentaire : « Au départ, on a commencé par suivre ce bouddha, produisant ainsi pour la première fois le désir de rechercher la Voie. Plus tard, en suivant de nouveau le même bouddha, on atteindra le stade de non-régression11. » Et dans un autre commentaire : « Au commencement, on a suivi ce bouddha ou ce bodhisattva et on a formé un lien avec lui. C’est finalement grâce à ce bouddha ou à ce bodhisattva que l’on atteindra son but12. » Veillez avant tout à suivre votre maître originel de façon à pouvoir atteindre la bouddhéité. Le bouddha Shakyamuni est le maître originel de tous les êtres et, de plus, il est doté des vertus de souverain et de parent. Pour avoir exposé cet enseignement, j’ai été exilé et j’ai failli être tué. Comme le dit le proverbe : « Un bon conseil écorche l’oreille. » Mais je ne suis pas encore découragé. Le Sūtra du Lotus est comparable à la graine, le Bouddha au semeur, et les êtres au champ. Si vous déviez de ces principes, je ne pourrai pas vous sauver dans votre prochaine vie.


Avec mon profond respect,
Nichiren


Le troisième jour du huitième mois de la deuxième année de Kenji [1276], signe cyclique de hinoe-ne


À Soya

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Notes


 1. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 2. Ce commentaire se fonde sur des passages du Sens profond du Sūtra du Lotus et des Annotations sur le Sens profond du Sūtra du Lotus.

754 3. Le texte japonais a été ici développé pour plus de clarté. Dans le chapitre “Moyens opportuns” du Sūtra du Lotus, Shakyamuni révèle l’« unique grande raison » de la venue des bouddhas dans le monde. Il dit qu’elle vise à permettre à tous les êtres vivants de s’éveiller à la sagesse du Bouddha qui leur est inhérente.

 4. Appelés aussi bouddhas-pour-soi.

 5. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 6. La transmission générale a un sens superficiel et large, et la transmission spécifique a un sens plus profond et détaillé. Dans le chapitre “Transmission” du Sūtra du Lotus, Shakyamuni transmit le Sūtra à tous les bodhisattvas présents à l’assemblée, mais c’est dans le chapitre “Les pouvoirs transcendantaux de l’Ainsi-Venu” qu’il transmet l’essence du Sūtra ou de la Loi merveilleuse tout spécialement au bodhisattva Pratiques-Supérieures et aux autres bodhisattvas sortis de la terre.

 7. On trouve cette expression dans un passage du traité Sur les pratiques paisibles du Sūtra du Lotus où il est dit : « S’il se trouve un bodhisattva qui protège les personnes mauvaises et ne les corrige pas (...) alors, quand sa vie parviendra à son terme, il tombera en enfer avec ces personnes mauvaises. »

 8. Sūtra du Lotus, chap. 16.

 9. Ibid., chap. 7.

 10. Ibid., chap. 10.

 11. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 12. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

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