Soka Gakkai Bibliothèque du bouddhisme de Nichiren

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L’objet de vénération pour observer l’esprit
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ÉCRITS: 39 L’objet de vénération pour observer l’esprit

( pp.356 - 385 )

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 1. Dans La Grande Concentration et Pénétration, on utilise ici le mot chinois qui signifie « un (seul) esprit » ou « une (seule) pensée », mais, dans l’enseignement de Nichiren, on considère que cela désigne l’intégralité de l’entité psychosomatique. C’est pourquoi l’on traduit ce mot par « vie » plutôt que par « esprit ».

 2. Ou dix mondes.

 3. Chacun des dix états est doté des dix facteurs, dont chacun possède en retour les trois niveaux d’existence. Les trente domaines correspondent aux dix facteurs multipliés par les trois niveaux. Voir glossaire.

 4. Qui ne peut être atteint par le raisonnement.

 5. Le passage suivant a été ajouté ultérieurement par Nichiren lui-même.

 6. Le texte japonais contient deux notes entre parenthèses, l’une suivant directement l’article d’introduction « Il est dit dans le cinquième volume de La Grande Concentration et Pénétration » et l’autre suivant la citation. Ici, elles sont traduites ensemble. La Grande Concentration et Pénétration élucide deux façons d’arriver à « trois mille » dans l’expression « trois mille mondes en un instant de vie ». (1) Les cent mondes (ou états) sont multipliés par les trois niveaux d’existence, puis par les dix facteurs pour arriver à « trois mille facteurs ». (2) Les cent mondes (ou états) sont multipliés par les dix facteurs, puis par les trois niveaux d’existence pour arriver à « trois mille domaines d’existence ». Même si la méthode diffère, le principe est le même.

 7. Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration.

 8. Ibid.

 9. Les douze sphères psycho-sensorielles se réfèrent aux six organes des sens (les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps et l’esprit) et aux environnements qui les stimulent.

 10. Il s’agit des annotations de Tiantai sur le chapitre du Sūtra du Lotus “Sensible-aux-Sons-du-Monde”. Elles ont été conservées par Zhangan.

 11. Ici le verbe employé a plutôt le sens de « J’ai un doute » et n’attend pas forcément de réponse immédiate. C’est la raison pour laquelle la brève réflexion de l’interlocuteur est suivi par la question à laquelle ce doute le conduit.

 12. Cela correspond au septième chapitre, considéré comme l’essence de La Grande Concentration et Pénétration parce qu’il explique la pratique de méditation.

 13. Sens profond du Sūtra du Lotus, œuvre majeure de Tiantai, consignée par Zhangan.

 14. Introduction au Sens profond du Sūtra du Lotus.

 15. Œuvre de Miaole où il est déclaré que même les êtres non sensitifs sont dotés du potentiel de la bouddhéité.

 16. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 17. Ibid., chap. 16.

 18. Ibid., chap. 12. Devadatta représente le monde de l’enfer.

 19. Ibid., chap. 26.

 20. Ibid., chap. 12.

 21. Reformulation d’un passage du dixième chapitre du Sūtra du Lotus.

 22. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 23. Ibid., chap. 3.

 24. Ibid.

 25. Ibid., chap. 2.

 26. Ibid., chap. 21.

 27. Ibid., chap. 16.

 28. Ibid., chap. 10.

 29. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 30. Annotations sur le Traité sur l’observation de l’esprit.

 31. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 32. Selon le chapitre “Moyens opportuns” du Sūtra du Lotus, les cinq mille personnes arrogantes mentionnées dans la phrase précédente quittèrent l’assemblée au moment où Shakyamuni entreprit d’enseigner « le remplacement des trois véhicules par le Véhicule Unique », parce qu’ils supposèrent avoir atteint ce qu’ils n’avaient pas atteint. Dans le chapitre “L’apparition de la Tour aux trésors”, Shakyamuni transforme les terres à trois reprises pour y recevoir les bouddhas venus des dix directions. Il purifie le monde saha en déplaçant tous les êtres célestes et humains vers d’autres mondes, ne gardant que la multitude assemblée.

 33. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 34. Cette étape se réfère à la première des six étapes de la pratique, quand une personne n’a pas encore entendu l’enseignement correct et ne sait rien du bouddhisme. Voir aussi « six étapes de la pratique » dans le glossaire.

 35. Quatre écrits principaux du brahmanisme. Voir glossaire.

 36. Le passage qui suit a été ajouté ultérieurement par Nichiren lui-même.

 37. Divinités qui portent des armes pour protéger le bouddhisme. Le sceptre de diamant, ou vajra en sanskrit, est symbole de fermeté et de dureté.

 38. Dans le bouddhisme du Hinayana, on considère qu’un bodhisattva sert soixante-quinze mille bouddhas pendant un asamkhya kalpa, soixante-seize mille bouddhas pendant de nouveau un asamkhya kalpa, et soixante-dix-sept mille bouddhas pendant un troisième asamkhya kalpa.

 39. Le texte a été légèrement développé pour plus de clarté. Les « quatre façons différentes » correspondent aux quatre aspects différents revêtus par Shakyamuni lorsqu’il enseigna les quatre sortes d’enseignements : l’enseignement des Trois Corbeilles, l’enseignement spécifique, l’enseignement intermédiaire et l’enseignement parfait.

 40. Il s’agit de la terre du bouddha Vairochana qui apparaît dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs, premier sūtra enseigné par Shakyamuni après avoir atteint l’illumination.

 41. Vénérables bouddhas, bodhisattvas et autres, inscrits sur les deux mandalas du Plan du diamant et du Plan de la matrice.

 42. « Un bouddha de seize pieds de haut » désigne le Corps de manifestation inférieur du Bouddha, et « un petit ou grand corps », le Corps de manifestation supérieur. Le bouddha Vairochana désigne un bouddha du Corps de rétribution et « un corps aussi vaste que l’espace », un bouddha du Corps du Dharma.

 43. Il s’agit ici des enseignements du Bouddha.

 44. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 45. Le Maître du pays, Qingliang, fut le titre honorifique attribué à Chengguan (738-839), quatrième patriarche de l’école chinoise de la Guirlande de fleurs. Huiyuan (dates inconnues), cité dans la phrase suivante, était un moine de la dynastie des Tang du VIIIe siècle qui étudia les doctrines de la Guirlande de fleurs (jp. Kegon) sous la direction de Fazang (643-712), troisième patriarche qui systématisa la doctrine de la Guirlande de fleurs.

 46. Il n’existe aujourd’hui aucun document sur Ryōkō, mais on pense que c’était un moine de l’école Kegon, au Japon.

 47. Tokuitsu, moine de l’école Hossō, critique Tiantai pour son interprétation du Sūtra du Lotus et s’oppose ouvertment à Dengyō (Saichō). Zhiyi est un autre nom de Tiantai. La « longue et large langue » est l’un des trente-deux signes principaux d’un bouddha ; cela symbolise son honnêteté.

 48. Dernière étape du processus de transformation du lait. On utilise ce mot pour désigner l’enseignement suprême.

 49. Cette déclaration s’appuie sur l’ouvrage intitulé Comparaison des enseignements exotériques et ésotériques.

 50. Ce paragraphe a été développé dans la traduction pour plus de clarté.

 51. La Grande Concentration et Pénétration.

 52. Sūtra du Lotus, chap. 2.

 53. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 54. Traité sur l’observation de l’esprit.

 55. Sūtra du Lotus, chap. 10.

 56. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 57. Les mots utilisés ici dans le texte ainsi que dans le paragraphe précédent sont en fait très concis et spécifiques. Ce passage a donc été développé dans la traduction pour en faciliter la compréhension.

 58. La bouddhéité inhérente, la sagesse permettant de la percevoir et les actions qui conduisent au développement de la nature de bouddha.

 59. Le mot sad correspond ici à la première syllabe de Saddharma-pundarika-sūtra, titre sanskrit du Sūtra du Lotus.

 60. Traité de la grande perfection de sagesse. On dit que le chiffre six était la base du système numérique de l’Inde ancienne.

 61. Œuvre de Chunzheng, érudit de la dynastie des Tang de l’école Sanlun.

 62. La source de cette citation n’a pas été retrouvée.

 63. Sens profond du Sūtra du Lotus.

 64. Sūtra du Lotus, chap. 4.

 65. Ibid., chap. 2.

 66. Ibid., chap. 11.

 67. Ibid., chap. 10.

 68. Ibid., chap. 16.

 69. Ibid.

 70. Quand le roi Wu de la dynastie des Zhou engagea la bataille contre le roi Zhou de la dynastie des Yin, Taigongwang, en tant que chef suprême, vainquit les armées de Yin. Dan, le seigneur de Zhou, était le frère cadet du roi Wu. Le fils du roi Wu, Cheng, était encore un enfant quand son père, Wu, disparut, et son oncle, Dan, tint alors lieu de régent et administra les affaires de l’État en son nom.

 71. Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration.

 72. Selon le Sūtra sur la résolution des doutes concernant l’époque de la Loi formelle, les personnes présentes dans le bosquet d’arbres sala au moment où le Bouddha entra dans le nirvana perçurent la scène de quatre façons différentes en accord avec leurs capacités et leur état de vie : (1) sous la forme d’un bosquet composé de terre, d’arbres, de plantes et de murs de pierre ; (2) sous la forme d’un lieu doté des sept sortes de trésors, notamment l’or et l’argent ; (3) sous la forme d’un lieu où tous les bouddhas accomplissent leurs pratiques ; et (4) sous la forme d’un royaume inconcevable auquel tous les bouddhas parviennent. On considère que ces quatre perceptions correspondent aux quatre sortes de terres. Voir glossaire.

 73. La traduction du texte japonais a été un peu développée pour plus de clarté.

 74. Il s’agit ici des huit chapitres allant de “Surgir de terre” à “Transmission” qui décrivent la Cérémonie dans les Airs.

 75. La traduction du texte japonais a été un peu développée pour plus de clarté.

 76. Ici, le Bouddha du chapitre “Durée de la vie” désigne Nam-myōhō-renge-kyō, ou la Loi cachée dans les profondeurs du chapitre “Durée de la vie”.

 77. Terme utilisé par Tiantai pour désigner l’ensemble des enseignements exposés avant le Sūtra du Lotus. Les quatre premières parmi les cinq saveurs : lait frais, crème, lait caillé, beurre et ghee (beurre clarifié le plus raffiné). Voir glossaire.

 78. La préparation désigne un enseignement qui prépare la voie à la révélation de la vérité, et qui forme les gens pour les conduire à accepter cette vérité. La révélation est la vérité que le Bouddha transmet. La transmission désigne l’exhortation suivant la révélation, qui pousse à transmettre la vérité à la postérité.

 79. Sūtra du Lotus, chap. 17.

 80. « L’enseignement théorique » désigne généralement la première moitié, et « l’enseignement essentiel » la seconde moitié des vingt-huit chapitres du Sūtra du Lotus. Mais ici Nichiren combine le Sūtra aux sens infinis et le Sūtra du bodhisattva Sagesse-Universelle avec le Sūtra du Lotus, ce qui correspond à ce que l’on appelle le Sūtra du Lotus en trois parties. De ce point de vue, « l’enseignement théorique » correspond au Sūtra aux sens infinis et aux quatorze premiers chapitres du Sūtra du Lotus et « l’enseignement essentiel » aux quatorze derniers chapitres et au Sūtra du bodhisattva Sagesse-Universelle.

 81. Les auditeurs et les bouddhas-pour-soi. Voir glossaire.

 82. Ces “trois catégories d’enseignements” se réfèrent aux sūtras que Shakyamuni « a prêchés, prêche ou prêchera », et qui sont mentionnées dans le chapitre “Le maître de la Loi” du Sūtra du Lotus. Il est dit dans les Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus que ce Sūtra se situe au-dessus des sūtras qu’il a prêchés (les sūtras provisoires), du sūtra qu’il prêche maintenant (le Sūtra aux sens infinis), et des sūtras qu’il prêchera (le Sūtra du bodhisattva Sagesse-Universelle et le Sūtra du Nirvana).

 83. L’ordre des mots a été un peu remanié dans la traduction.

 84. Ici, Nichiren utilise l’expression « l’enseignement essentiel » pour désigner non pas la seconde partie du Sūtra du Lotus, mais l’enseignement ultime contenu dans le chapitre “Durée de la vie”, c’est-à-dire Nam-myōhō-renge-kyō. Ensuite, ce terme est utilisé de deux façons différentes. De même, le chapitre “Durée de la vie” et l’expression « un chapitre et deux moitiés » qui correspond à la seconde partie du chapitre “Surgir de terre”, plus le chapitre “Durée de la vie” et la première moitié du chapitre suivant, “Distinctions des bienfaits”, ont parfois un sens littéral ou se réfèrent en d’autres occasions à Nam-myōhō-renge-kyō qu’ils contiennent.

 85. Sūtra du Lotus, chap. 10.

 86. Ibid., chap. 11.

 87. Ibid., chap. 15.

 88. Ibid., chap. 11.

 89. Ibid., chap. 13.

 90. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 91. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 92. Analyses du Commentaire textuel du Sūtra du Lotus de Tiantai et des Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus de Miaole, par Daoxian, moine de l’école Tiantai en Chine, sous la dynastie des Tang.

 93. Sūtra du Lotus, chap. 15. Dans cette citation, l’expression « ces mots » fait référence à la déclaration de Shakyamuni selon laquelle les bodhisattvas sortis de la terre sont ses disciples originels.

 94. Ibid., chap. 16.

 95. Ibid.

 96. Il s’agit là des cinq principes majeurs formulés par Tiantai dans le Sens profond du Sūtra du Lotus pour expliquer le titre du Sūtra du Lotus. Voir glossaire.

 97. Sūtra du Lotus, chap. 21.

 98. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 99. Supplément au Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 100. Le bouddha Pure-et-Brillante-Vertu-de-Soleil-et-de-Lune est décrit dans le chapitre “Les actes antérieurs du bodhisattva Roi-de-la-Médecine”. Quand le bodhisattva Roi-de-la-Médecine s’adonna à des pratiques austères dans une existence antérieure, il exposa le Sūtra du Lotus. Le bouddha Dignité-Précieuse, cité dans la phrase suivante, est décrit dans le chapitre du Sūtra du Lotus “Les encouragements du bodhisattva Sagesse-Universelle”. Selon le Sūtra, le bodhisattva Sagesse-Universelle est venu à la Cérémonie du Sūtra du Lotus, depuis la terre (à l’est) du bouddha Dignité-Précieuse (son nom complet est Roi-Supérieur-aux-Vertu-et-Dignité-Précieuses).

 101. Sūtra du Lotus, chap. 11.

 102. Ibid., chap. 21.

 103. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 104. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 105. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 106. Sūtra du Lotus, chap. 21.

 107. Ibid., chap. 22.

 108. Ibid.

 109. « Rassembler » signifie ici rassembler ceux qu’on a laissés derrière dans le but de leur confier les enseignements. Cette transmission se déroule sur six chapitres, depuis le chapitre “Les actes antérieurs du bodhisattva Roi-de-la-Médecine” jusqu’au chapitre “Les encouragements du bodhisattva Sagesse-Universelle” et dans le Sūtra du bodhisattva Sagesse-Universelle et le Sūtra du Nirvana.

 110. Sūtra du Lotus, chap. 10.

 111. Ibid., chap. 16.

 112. Ibid., chap. 23.

 113. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 114. Il s’agit d’un passage du chapitre “Les actes antérieurs du bodhisattva Roi-de-la-Médecine” dont la formulation a été modifiée. Ce passage de Sūtra est généralement formulé ainsi : « Quand je serai entré dans l’extinction, dans la dernière période de cinq cents ans, il te faudra le propager largement [le chapitre Roi-de-la-Médecine] dans tout le Jambudvipa. » Un tel changement est possible quand on traduit du chinois classique en japonais.

 115. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 116. Annotations sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 117. Essai sur la protection du pays.

 118. Principes remarquables du Sūtra du Lotus.

 119. Le bouddha de la région de l’Est est le bouddha Maître-de-la-Médecine.

 120. Commentaire textuel du Sūtra du Lotus.

 121. Annotation sur le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus. En Chine, on croyait que les serpents percevaient les présages de sinistres naturels.

 122. L’empereur Gaozu (247-195 avant notre ère), fondateur de la dynastie des Han, tenta de déshériter son propre fils, le futur empereur Hui. La mère de ce dernier persuada quatre éminents vieillards, qui vivaient sur le mont Shang, de devenir les conseillers de son époux. On les connaît sous les noms de Maître Tungyuan, l’érudit Luli, Qi Liji, et le Maître Xiahuang. L’empereur fut si impressionné par la dignité de ces quatre vieillards qu’il accepta Hui pour successeur.

 123. Un kimono sans doublure destiné à être porté en été. Il devait être confectionné en chanvre ou en soie.

 124. Il s’agit d’Ōta Jōmyō, fonctionnaire employé au sein du bureau des Affaires légales dans le shogunat de Kamakura. On connaît aussi Kyōshin-bō sous le nom de moine séculier Soya. Avec Toki Jōnin, il s’agissait de fidèles disciples de Nichiren, qui vivaient dans la province de Shimo’usa.

35639

L’objet de vénération pour observer l’esprit, établi dans la cinquième période de cinq cents ans après la disparition de l’Ainsi-Venu


Nichiren, le shramana du Japon


Texte

Points de repère


Nichiren achève cette œuvre rédigée en chinois, l’une de ses plus importantes, le quatrième mois de 1273, durant son exil à Ichinosawa, sur l’île de Sado. Elle s’adresse à Toki Jōnin, disciple majeur de la province de Shimo’usa. La lettre d’accompagnement indique que, parce qu’elle révèle l’enseignement ultime de Nichiren, il ne faut la montrer qu’à ceux qui ont une foi résolue.

Dans une autre de ses œuvres majeures, Sur l’ouverture des yeux, écrite à Sado un an plus tôt, Nichiren explique l’objet de vénération du point de vue de la personne. Il déclare qu’il est doté des trois vertus de souverain, de maître et de parent, ce qui signifie qu’il est le bouddha de l’époque de la Fin de la Loi menant tous les êtres humains à la bouddhéité. Dans l’œuvre présente, Nichiren explique l’objet de vénération du point de vue de la Loi et déclare que le Gohonzon, qui concrétise la Loi de Nam-myōhō-renge-kyō, est l’objet de vénération de l’époque de la Fin de la Loi. Foi et pratique, fondées sur le Gohonzon, permettent à tous de percevoir la nature de bouddha dans leur propre vie et d’atteindre la bouddhéité.

Quatre éléments importants sont contenus dans le titre complet de cette œuvre, L’objet de vénération pour observer l’esprit, établi dans la cinquième période de cinq cents ans après la disparition de l’Ainsi-Venu. Ce sont le moment, l’enseignement du Bouddha, la capacité des gens et la Loi. En ce qui concerne le moment, un bouddha apparaît en fonction du profond désir des gens de le voir. Il est précisé qu’il apparaîtra dans « la cinquième période de cinq cents ans après la disparition de l’Ainsi-Venu ». Quant à l’enseignement du Bouddha, il est désigné par le mot « établi ». En calligraphiant le Gohonzon, prenant en compte la capacité des gens, Nichiren a dépeint l’essence du Sūtra du Lotus, ou la Loi qu’il a perçue. La capacité des gens est celle qui est nécessaire « pour observer [la vraie nature de] l’esprit ». La Loi est désignée par la formule « l’objet de vénération ».

Nichiren concrétisa dans l’objet de vénération l’état de vie auquel il parvint en tant que bouddha éternel, afin que les gens parviennent au même éveil que lui. Dans le texte, la description du Gohonzon comprend une description de la cérémonie de transmission de la Loi : « Myōhō-renge-kyō apparaît au centre de la Tour avec les bouddhas Shakyamuni et Maints-Trésors assis à droite et à gauche, eux-mêmes encadrés par les quatre bodhisattvas, compagnons de Shakyamuni, et dirigés par Pratiques-Supérieures. »

357Le texte peut être divisé en quatre parties. La première explique la doctrine des trois mille mondes en un instant de vie. Nichiren élucide cette doctrine en se référant aux œuvres fondées sur le Sūtra du Lotus du Grand Maître Tiantai, en Chine, et aux œuvres des autres érudits chinois.

La deuxième partie parle du sens de « l’observation de l’esprit ». Tiantai établit une pratique de méditation complexe comme moyen de percevoir la véritable nature de sa propre vie. Cela revenait à observer son propre esprit, ou à percevoir la totalité des trois mille mondes en un instant dans notre propre vie. Nichiren proclame ici que la pratique pour observer son esprit à l’époque de la Fin de la Loi ne consiste qu’à réciter Nam-myōhō-renge-kyō avec une foi résolue dans le véritable objet de vénération. Il dit : « Les pratiques de Shakyamuni, et les mérites auxquels il parvint de ce fait, sont tous contenus dans les cinq caractères de Myōhō-renge-kyō. Si nous croyons dans ces cinq caractères, nous sommes naturellement assurés d’obtenir les mêmes bienfaits que lui. » C’est le principe suivant : « L’adoption du véritable objet de vénération est en soi l’illumination. »

La troisième partie décrit le Gohonzon, objet de vénération, en classant l’ensemble des enseignements bouddhiques en trois catégories : la préparation, la révélation et la transmission. Du point de vue des enseignements de Nichiren, la préparation comprend tous les enseignements de tous les bouddhas à travers le temps et l’espace ; la révélation est Nam-myōhō-renge-kyō, Loi implicite dans les profondeurs du chapitre “Durée de la vie” ; et la transmission, les enseignements de tous les bouddhas à la lumière de Nam-myōhō-renge-kyō.

Nichiren explique que le bouddhisme de Shakyamuni est celui de la récolte, ce qui signifie qu’il exposa son illumination uniquement comme un effet, sans en révéler la cause. Mais on appelle l’enseignement de Nichiren le bouddhisme de l’ensemencement, car il enseigne la cause pour atteindre directement l’illumination, guidant ainsi les gens avec compassion dans leur quête de l’état de vie ultime.

Dans cette partie, Nichiren présente l’objet de vénération contenu de façon implicite dans le chapitre “Durée de la vie” comme la substance de la Loi pour la propagation à l’époque de la Fin de la Loi. Il déclare que les bodhisattvas sortis de la terre apparaîtront à coup sûr dans le monde pour établir cet objet de vénération suprême.

La quatrième partie est la conclusion du traité. Il y est déclaré que le Bouddha éternel qui apparaît à l’époque de la Fin de la Loi établira le Gohonzon de Nam-myōhō-renge-kyō, par profonde compassion pour les gens de cette époque qui ignorent le principe des trois mille mondes en un instant de vie.

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Il est dit dans le cinquième volume de La Grande Concentration et Pénétration : « La vie à chaque instant1 comporte dix états2. En outre, chacun de ces dix états est lui-même doté de dix états, si bien que [la vie] possède cent états. Chacun de ces états possède à son tour trente domaines d’existence3, ce qui signifie que, dans les cent états, il y a trois mille domaines d’existence. Les trois mille domaines d’existence appartiennent tous à la vie à chaque instant. S’il n’y a pas de vie, inutile d’aller plus loin. Mais la plus infime parcelle de vie contient l’ensemble des trois mille domaines d’existence (...). C’est ce que l’on entend par “l’objet insondable de la méditation4”. »

On peut aussi lire5 « [trois mille] facteurs » au lieu de « [trois mille] domaines », mais le nombre reste le même. La seule différence réside dans la manière d’y parvenir. Il est dit dans un autre volume de La Grande Concentration et Pénétration : « Chaque état est doté des trois niveaux d’existence6. »

358Question : Le principe des trois mille mondes en un instant de vie est-il expliqué dans le Sens profond du Sūtra du Lotus ?

Réponse : Miaole affirme que non.

Question : Alors, est-ce expliqué dans le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus ?

Réponse : Miaole dit que non.

Question : Quelles sont ses paroles exactes ?

Réponse : Il dit : « Aucun [de ces écrits] ne révèle les trois mille mondes en un instant de vie7. »

Question : Ce principe est-il alors mentionné dans l’un des quatre premiers volumes de La Grande Concentration et Pénétration ?

Réponse : Non, pas davantage.

Question : Comment pouvez-vous le prouver ?

Réponse : Miaole dit : « Quand Tiantai révéla finalement la méthode de méditation dans La Grande Concentration et Pénétration, il employa l’expression “les trois mille mondes” comme moyen pour la faire comprendre8. »

Question : Il est dit dans le deuxième volume du Sens profond [du Sūtra du Lotus] : « Chacun des dix états contient les neuf autres, et dans ces cent mondes se trouvent les mille facteurs. » On lit dans le premier volume du Commentaire textuel du Sūtra du Lotus : « Chacune des [douze] sphères psycho-sensorielles9 est dotée des dix états, dont chacun possède l’ensemble des dix autres en lui-même. Puisque chacun des cent mondes comporte les dix facteurs, le total fait mille. » On trouve ce commentaire dans le Sens profond du chapitre Sensible-aux-Sons-du-Mande10 : « Les dix états sont tous en situation d’inclusion mutuelle, ce qui donne cent mondes. Mille facteurs sont inhérents à la vie. Même s’ils ne sont pas visibles, la vie par nature les possède tous. »

Question11 : Le principe des trois mille mondes en un instant de vie n’est-il donc pas mentionné dans les quatre premiers volumes de La Grande Concentration et Pénétration ?

Réponse : Miaole dit que non.

Question : Quels sont ses termes exacts ?

Réponse : On lit dans le cinquième volume des Annotations sur La Grande Concentration et Pénétration : « Par comparaison avec le chapitre sur la méditation correcte12, les chapitres précédents ne parviennent pas à décrire la pratique dans son intégralité. Mais ils contiennent bien les vingt-cinq exercices préparatoires qui mènent à la compréhension, et donnent ainsi les moyens opportuns qui conduisent à la pratique correcte. Les six premiers chapitres apportent donc la compréhension. » On lit aussi dans le même volume : « Quand Tiantai révéla finalement la méthode de méditation dans La Grande Concentration et Pénétration, il employa l’expression “les trois mille mondes” comme moyen pour la faire comprendre. Ce principe est la révélation ultime de son enseignement final le plus élevé. C’est pourquoi Zhangan déclare dans son introduction [à La Grande Concentration et Pénétration] : “La Grande Concentration et Pénétration révèle l’enseignement que [Tiantai Zhizhe] lui-même pratiqua dans les profondeurs de son être.” Il avait de bonnes raisons de parler ainsi. J’espère que ceux qui lisent cette œuvre en cherchant à la comprendre ne laisseront pas quoi que ce soit distraire leur esprit. »

Tiantai Zhizhe propagea ses enseignements pendant trente ans. Durant les vingt-neuf premières années, exposant les doctrines contenues dans le Sens profond du Sūtra du Lotus, dans le Commentaire textuel du Sūtra du Lotus et dans d'autres œuvres, il expliqua les cinq périodes et les huit enseignements, ainsi que les cent états et les mille facteurs. Il ne réfuta pas seulement les doctrines erronées des quelque cinq cents années précédentes, mais clarifia aussi des points qui n’avaient pas été parfaitement expliqués par les érudits bouddhistes de l’Inde. Le Grand Maître Zhangan déclare : « Même 359les grands érudits de l’Inde n’étaient pas à son niveau. Quant aux maîtres chinois, ils méritent à peine d’être mentionnés. Ce n’est pas là vaine vantardise : la doctrine qu’il enseigna avait vraiment ce niveau d’excellence13. » Il est vraiment déplorable que les successeurs de Tiantai aient laissé ces voleurs que sont les fondateurs des écoles Kegon et Shingon dérober le joyau sans prix des trois mille mondes en un instant de vie, et soient ensuite, ironie du sort, devenus leurs disciples ! Le Grand Maître Zhangan le savait parfaitement, et c’est pourquoi il fit cette triste réflexion : « Si cet enseignement devait se perdre, ce serait une tragédie pour l’avenir14. »

Question : Quelle est la différence entre le principe des cent états et des mille facteurs et celui des trois mille mondes en un instant de vie ?

Réponse : Le premier ne concerne que les êtres vivants mais le second s’applique à la fois aux êtres vivants et aux êtres non sensitifs.

Question : Si les êtres non sensitifs sont dotés des dix facteurs, peut-on considérer à juste titre que les plantes et les arbres ont un esprit et peuvent atteindre la bouddhéité, comme des êtres vivants ?

Réponse : C’est un principe auquel il est difficile de croire et qu’il est difficile de comprendre. Tiantai définit deux points « difficiles à croire et difficiles à comprendre ». L’un concerne les enseignements doctrinaux, l’autre les pratiques méditatives.

En ce qui concerne le premier, dans les sūtras antérieurs au Sūtra du Lotus, nous lisons que les personnes des deux véhicules et les icchantika, personnes à l’incroyance incorrigible, n’atteindront jamais la bouddhéité, et que le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, n’atteignit l’illumination que dans ce monde-ci. Nous pensons cependant que l’enseignement théorique et l’enseignement essentiel du Sūtra du Lotus réfutent tous les deux ces affirmations. Un bouddha déclarant deux choses aussi opposées que le feu et l’eau, qui pourrait le croire ? C’est là le point « difficile à croire et difficile à comprendre » en matière de doctrine.

En ce qui concerne les pratiques méditatives, le point « difficile à croire et difficile à comprendre » est le principe des cent états et des mille facteurs et celui des trois mille mondes en un instant de vie, qui expliquent que même les êtres non sensitifs sont dotés des dix facteurs de vie, et qu’ils possèdent à la fois les aspects matériel et spirituel.

Les écrits bouddhiques et non bouddhiques admettent l’utilisation d’images en bois et d’images peintes comme objet de vénération, mais Tiantai et ses disciples furent les premiers à expliquer le principe qui sous-tend cette pratique. Si un morceau de bois ou de papier ne possédait pas la cause et l’effet [de la bouddhéité] dans son aspect matériel et spirituel, il serait vain de s’y fier comme objet de vénération.

Question : Sur quel texte vous appuyez-vous pour déclarer qu’une plante, un arbre ou un pays manifeste la cause et l’effet ou les dix facteurs ?

Réponse : On lit dans le cinquième volume de La Grande Concentration et Pénétration : « Le domaine de l’environnement détient aussi les dix facteurs. Ainsi, une terre mauvaise a l’apparence, la nature, l’entité, le pouvoir, etc. » On lit dans le sixième volume des Annotations sur le Sens profond du Sūtra du Lotus : « L’apparence ne réside que dans le matériel ; la nature ne réside que dans le spirituel. Entité, pouvoir, influence et relation combinent en principe le spirituel et le matériel. Cause inhérente et effet latent sont purement spirituels ; l’effet manifeste ne relève que du matériel. » On lit dans le Traité sur le scalpel de diamant15 : « Une plante, un arbre, un caillou, un grain de poussière : tout cela a la nature de bouddha et est doté de la cause et de l’effet ainsi que de la fonction de manifester et de la sagesse qui permet de s’éveiller à la nature de bouddha. »

360Question : Vous nous avez parlé des sources de cette doctrine. Qu’entend-on alors par l’observation de l’esprit ?

Réponse : Observer notre propre esprit et y trouver les dix états, voilà ce que l’on appelle l’observation de l’esprit. En fait, nous voyons les six organes sensoriels des autres, mais pas les nôtres. Ce n’est qu’en nous regardant dans un clair miroir que nous nous découvrons pour la première fois dotés des six organes des sens. De même, divers sūtras ici et là font référence aux six voies et aux quatre nobles mondes [qui forment l’ensemble des dix états], mais ce n’est que dans le clair miroir du Sūtra du Lotus et dans celui de La Grande Concentration et Pénétration de Tiantai que nous pouvons voir en nous-mêmes les dix états, les cent états, les mille facteurs et les trois mille mondes en un instant de vie.

Question : Sur quelle partie du Sūtra du Lotus et sur quel passage des commentaires de Tiantai vous appuyez-vous ?

Réponse : Il est dit dans le chapitre “Moyens opportuns” du premier volume du Sūtra du Lotus : « [Les bouddhas (...)] souhaitent ouvrir la porte de la sagesse du Bouddha à tous les êtres vivants16. » Il est question, là, de l’état de bouddha à l’intérieur des neuf états. On lit dans le chapitre “Durée de la vie [de l’Ainsi-Venu]” : « Ainsi, depuis que j’ai atteint la bouddhéité, un laps de temps extrêmement long s’est écoulé. La durée de ma vie est d’un nombre incommensurable d’asamkhya de kalpa, et, pendant tout ce temps je suis resté ici, sans jamais entrer dans l’extinction. Hommes de bien, dès l’origine, j’ai pratiqué la voie des bodhisattvas et la longévité que j’ai alors acquise n’est pas encore arrivée à son terme, mais durera deux fois le nombre d’années déjà écoulées17. » Le Sūtra évoque ici les neuf états inclus dans la bouddhéité.

On lit dans le Sūtra : « Devadatta se nommera l’Ainsi-Venu Souverain-Céleste18. » Cela signifie que le monde de l’enfer contient lui aussi la bouddhéité. Ou encore : « [À ce moment se trouvaient là des filles rakshasa.] La première se nommait Lamba (...). [Le Bouddha leur dit] : “Si vous pouvez protéger et défendre ceux qui acceptent et gardent ne serait-ce que le nom du Sūtra du Lotus, votre mérite sera incommensurable19.” » Le monde des esprits affamés contient donc l’intégralité des dix états. Quand le Sūtra évoque « la fille dragon (...) atteignant l’illumination égale et correcte20 », il indique que le monde des animaux possède les dix états. Il est dit dans le Sūtra que, en écoutant quelques mots du Sūtra, le roi asura Balin atteindra l’illumination suprême parfaite21. Le monde des asura contient donc les dix états. Il est également dit dans le Sūtra : « Si d’autres, en l’honneur du Bouddha, modèlent ou façonnent des images, (...) eux aussi auront atteint la Voie du Bouddha22. » Cela signifie que le monde des êtres humains contient les dix états. On lit aussi dans le Sūtra que le grand roi céleste Brahma et les autres divinités ont déclaré : « Quant à nous, de la même manière, nous parviendrons sûrement à la bouddhéité23. » Le monde des êtres célestes contient donc les dix états. On lit de même : « Shariputra (...) tu deviendras un bouddha du nom d’Ainsi-Venu Éclat-Fleuri24. » Le monde des auditeurs contient donc les dix états. Et aussi : « Ceux qui aspirent à devenir pratyekabuddha, moines et nonnes, (...) joignent tous les mains avec déférence, désireux d’entendre l’enseignement de la voie de la possession parfaite25. » Le monde des pratyekabuddha, ou bouddhas-pour-soi, possède donc les dix états. Le Sūtra décrit les bodhisattvas qui surgirent de la terre, aussi nombreux que les particules de poussière de mille mondes, et déclarèrent : « [Nous-mêmes sommes désireux d’obtenir] la Grande Loi, véritable et pure (...)26. » Le monde des bodhisattvas contient lui aussi les dix états. Il est dit dans le Sūtra : « Parfois je parle de moi-même, parfois des autres (...)27. » Le monde de la bouddhéité contient donc les dix états.

361Question : Je peux certes percevoir à la fois mes six organes des sens et ceux des autres, mais je ne vois les dix états ni en moi-même, ni chez les autres. Comment puis-je croire en leur existence ?

Réponse : On lit dans le chapitre “Le maître de la Loi” du Sūtra du Lotus : « Ce Sūtra du Lotus est le plus difficile à croire et le plus difficile à comprendre28. » [Pour décrire la difficulté d’appréhender les enseignements du Sūtra du Lotus après la disparition du Bouddha] il est question, dans le chapitre “L’apparition de la Tour aux trésors”, des six actes difficiles et des neuf actes faciles. Le Grand Maître Tiantai déclare : « Comme l’enseignement théorique et l’enseignement essentiel [du Sūtra du Lotus] contredisent tous les sūtras antérieurs, ils sont extrêmement difficiles à croire et à comprendre29. » Le Grand Maître Zhangan commente : « Le Bouddha était décidé à dispenser là ses derniers enseignements. Comment auraient-ils pu être faciles à comprendre30 ? » Le Grand Maître Dengyō dit : « Le Sūtra du Lotus est le plus difficile à croire et à comprendre parce que le Bouddha y a directement révélé ce à quoi il était parvenu31. »

Ceux qui sont nés à l’époque du bouddha Shakyamuni et ont entendu en personne ses enseignements avaient formé avec lui de profonds liens karmiques. De plus, le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, ainsi que le bouddha Maints-Trésors, les bouddhas des dix directions, émanations de Shakyamuni, les innombrables bodhisattvas sortis de la terre et les autres bodhisattvas tels que Manjusri et Maitreya, les aidèrent et les encouragèrent à croire, mais, même ainsi, certains n’y parvinrent pas. Cinq mille personnes quittèrent l’assemblée [en pensant avec arrogance et à tort qu’ils avaient compris]. Tous les êtres humains et célestes [autres que ceux qui étaient déjà présents dans l’assemblée]32 furent déplacés vers d’autres régions. Il était donc d’autant plus difficile de croire dans le Sūtra du Lotus après la disparition du Bouddha, c’est-à-dire à l’époque de la Loi correcte et à celle de la Loi formelle, et ça l’est encore plus maintenant, au début de l’époque de la Fin de la Loi ! Si, pour vous, il était facile d’y croire, ce ne serait pas le véritable enseignement du Bouddha.

Question : Les passages du Sūtra du Lotus et les explications de Tiantai, Zhangan et d’autres que vous avez citées ne laissent aucune place à l’obscurité ou au doute. Mais vous semblez dire que le feu est l’eau, ou que le noir est le blanc. Même s’il s’agit des enseignements du Bouddha, il me paraît difficile de les accepter. J’ai beau regarder à maintes reprises le visage des gens, je n’y vois que le monde humain. Et cela est vrai aussi lorsque je regarde mon propre visage. Comment puis-je croire dans les dix états ?

Réponse : Quand nous regardons de temps à autre le visage de quelqu’un, nous découvrons qu’il est parfois joyeux, parfois furieux, et parfois calme. Il arrive que l’avidité s’y manifeste, ou la stupidité, ou encore la perversité. La haine est le monde de l’enfer, l’avidité celui des esprits affamés, la stupidité celui des animaux, la perversité celui des asura, la joie celui du ciel, et la quiétude celui des êtres humains. Ces mondes, les six voies, se manifestent tous sur le visage d’une personne. Les quatre nobles mondes restants sont dissimulés et latents et n’y apparaissent pas mais, si nous les recherchons attentivement, nous pouvons dire qu’ils y figurent.

Question : Même si je ne suis pas totalement convaincu en ce qui concerne les six voies, vos propos donnent à penser que nous les possédons. Mais qu’en est-il des quatre nobles mondes que l’on ne peut absolument pas voir ?

Réponse : Vous doutiez précédemment de l’existence des six voies inférieures au sein du monde humain mais, quand j’ai illustré ce point par une analogie, vous avez compris. Ce sera peut-être pareil pour les 362quatre nobles mondes. Je vais par la raison tenter de vous l’expliquer un peu. Le caractère transitoire de tout ce qui existe sur cette terre est parfaitement clair à nos yeux. Cela ne signifie-t-il pas que les mondes des deux véhicules sont présents dans le monde humain ? Même un brigand sans cœur aime sa femme et ses enfants. Il a aussi une part de l’état de bodhisattva en lui. La bouddhéité est la réalité la plus difficile à démontrer. Mais, puisque vous possédez les neuf autres états, vous devriez croire que vous avez aussi la bouddhéité. Ne vous laissez pas saisir par le doute. Dans le Sūtra du Lotus, il est dit à propos du monde humain : « Les bouddhas souhaitent ouvrir la porte de la sagesse du Bouddha à tous les êtres vivants33. » On lit dans le Sūtra du Nirvana : « On dit que ceux qui étudient les enseignements du Grand Véhicule, même s’ils sont des êtres ordinaires, ont les yeux du Bouddha. » Si les hommes du commun nés à l’époque de la Fin de la Loi peuvent croire dans le Sūtra du Lotus, c’est parce que la bouddhéité est contenue dans le monde des êtres humains.

Question : Le Bouddha a clairement expliqué que chacun des dix états a les mêmes dix états en lui. J’ai cependant bien du mal à croire que nos cœurs mesquins contiennent le monde de la bouddhéité. Mais, si je n’y parviens pas, je deviendrai un icchantika. Grâce à votre grande compassion, je vous en prie, aidez-moi à croire et sauvez-moi des tortures de l’enfer Avīci.

Réponse : Vous avez déjà vu et entendu le passage de Sūtra concernant « la grande et unique raison » [de l’apparition du Bouddha en ce monde]. Si vous n’y croyez toujours pas, alors comment quelqu’un d’autre — du bouddha Shakyamuni aux quatre rangs de bodhisattvas ou à nous, gens ordinaires de l’époque de la Fin de la Loi qui en sommes au stade du bouddha en théorie34 — pourrait-il vous sauver de l’incroyance ? Je vais cependant essayer. Après tout, certains n’ont pas pu atteindre l’illumination bien qu’ils aient rencontré le Bouddha, mais ils y sont parvenus par la suite grâce à l’enseignement d’Ananda et d’autres disciples.

Les êtres humains peuvent atteindre l’illumination de deux façons : en rencontrant le Bouddha et en écoutant le Sūtra du Lotus, ou en croyant dans le Sūtra, même sans rencontrer le Bouddha. Avant la venue du Bouddha, certains brahmanes en Inde se sont éveillés à la vision correcte de la vie grâce aux quatre Védas35. En Chine, avant l’arrivée des enseignements bouddhiques, certains étaient parvenus à la vision correcte grâce aux enseignements du Dao et aux enseignements confucéens. Beaucoup de bodhisattvas et d’hommes du commun, dotés de facultés supérieures, ont perçu [avant même d’avoir entendu le Sūtra du Lotus] que Shakyamuni avait planté les graines de la bouddhéité en eux durant l’époque du bouddha Excellence-Sagesse-Grandes-Universelles ou dans le très lointain passé [quand il atteignit, de fait, l’illumination]. Ils ont compris cela en entendant les sūtras du Mahayana des périodes dites de la Guirlande de fleurs, du Vaipulya et de la Sagesse. Ils étaient pareils aux pratyekabuddha [qui ont perçu l’impermanence de la vie] en voyant des fleurs se disperser ou des feuilles tomber. Voilà donc le genre de personnes qui ont atteint la Voie grâce aux enseignements autres que le Sūtra du Lotus.

Mais nombreux sont ceux qui n’ont ni reçu les graines de la bouddhéité, ni formé de liens avec le Bouddha dans les existences passées et qui s’accrochent aux enseignements du Hinayana ou aux enseignements provisoires du Mahayana. Même s’ils ont assez de bonne fortune pour rencontrer le Sūtra du Lotus, ils ne peuvent progresser au-delà des visions du Hinayana ou des enseignements provisoires du Mahayana. Ils sont convaincus de la justesse de leurs propres opinions, ce qui les conduit à placer le Sūtra du Lotus sur le même plan que les sūtras du Hinayana ou [que les sūtras provisoires du Mahayana tels que] le Sūtra 363de la Guirlande de fleurs et le Sūtra de Mahavairochana. Certains considèrent même que le Sūtra du Lotus est subordonné à ces derniers. Les maîtres bouddhistes enseignant de telles visions du Sūtra du Lotus sont inférieurs aux personnes vertueuses, aux sages confucéens et aux brahmanes. Mais laissons cela de côté pour l’instant.

Il est aussi difficile de croire dans l’inclusion mutuelle des dix états que dans l’existence du feu dans une pierre ou de fleurs à l’intérieur d’un arbre. Cependant, quand les conditions appropriées apparaissent, de tels phénomènes se produisent vraiment et l’on peut y croire. Rien n’est plus difficile que de croire que la bouddhéité existe au sein du monde des êtres humains. C’est aussi difficile que de croire que le feu existe dans l’eau ou l’eau dans le feu. On dit cependant que le dragon produit du feu à partir de l’eau et de l’eau à partir du feu et que, même si les gens n’en comprennent pas la raison, ils y croient quand cela se produit. Puisque vous croyez désormais que le monde des êtres humains contient les huit autres mondes, pourquoi ne croyez-vous toujours pas qu’il inclut aussi la bouddhéité ? Les sages rois chinois Yao et Shun étaient impartiaux envers tous les êtres humains. Ils ont manifesté un aspect de la bouddhéité à l’intérieur du monde humain. Le bodhisattva Jamais-Méprisant percevait le Bouddha dans tous ceux qu’il rencontrait, et le prince Siddhartha était un être humain devenu bouddha. Ces exemples devraient vous aider à croire.

L’enseignement qui suit doit être gardé dans le plus grand secret36.

Question : Shakyamuni, seigneur des enseignements, est le bouddha qui a totalement détruit les trois catégories d’illusions. C’est le souverain de tous les dirigeants, des bodhisattvas, des personnes des deux véhicules, des êtres humains et célestes, et des autres êtres des dix directions. À chaque déplacement du Bouddha, Brahma veille sur sa gauche et Shakra sur sa droite. Les quatre catégories de croyants et les huit sortes d’êtres non humains marchent derrière, alors que les divinités qui portent le vajra37 marchent à l’avant-garde. Avec ses quatre-vingt mille enseignements, il mène tous les êtres vivants à la délivrance. Comment un tel bouddha pourrait-il résider dans notre cœur à nous, hommes du commun ?

Les enseignements antérieurs et l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus lui-même nous disent que le bouddha Shakyamuni n’atteignit l’illumination que dans ce monde-ci. En recherchant la cause de son illumination, nous découvrons qu’il pratiqua les austérités du bodhisattva dans le passé, en tant que prince Généreux-Donneur-d’Aumônes, bodhisattva Enfant-Érudit, roi Shibi et prince Sattva. Le Bouddha pratiqua ses austérités pendant trois asamkhya kalpa ou cent kalpa majeurs, ou pendant des kalpa et des kalpa de particules de poussière, ou pendant d’innombrables asamkhya kalpa, ou dès qu’il fixa pour la première fois son esprit sur l’illumination, ou pendant des kalpa de particules de poussière de systèmes de mondes majeurs. Il servit jusqu’à soixante-quinze, soixante-seize ou soixante-dix-sept mille bouddhas38, traversa d’innombrables kalpa et, au terme de sa pratique, il devint, en cette vie, le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements. Voulez-vous dire que, au sein de chacun d’entre nous, existe le monde de bodhisattva, doté de tous les bienfaits obtenus par le Bouddha en résultat de sa pratique ?

Si nous examinons le résultat en question, nous voyons que le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, n’atteignit l’illumination que dans ce monde-ci. Pendant plus de quarante ans, le Bouddha s’est manifesté de quatre façons différentes à travers les quatre sortes d’enseignements39. En exposant les enseignements antérieurs au Sūtra du Lotus, l’enseignement théorique et le Sūtra du Nirvana, il a pu apporter des bienfaits à tous les êtres vivants.

364Quand il enseigna le Monde du trésor du lotus40 [dans le Sūtra de la Guirlande de fleurs], Shakyamuni apparut sous la forme du bouddha Vairochana, assis sur un piédestal de lotus, entouré d’autres bouddhas dans les dix directions. Quand il enseigna les sūtras Agama, il apparut sous la forme d’un bouddha qui avait éliminé les illusions et atteint la Voie en pratiquant les trente-quatre sortes de purification spirituelle. Quand il enseigna les sūtras de la période Vaipulya, il fut accompagné par une grande multitude de bouddhas. Mille bouddhas se joignirent à lui lorsqu’il enseigna les sūtras de la Sagesse. Dans le Sūtra de Mahavairochana et le Sūtra de la couronne de diamants, il fit une apparition pleine de dignité sous la forme de quelque mille deux cents honorés41. Dans le chapitre “L’apparition de la Tour aux trésors” de l’enseignement théorique du Sūtra du Lotus, le Bouddha se manifeste de quatre façons différentes, correspondant aux quatre sortes de terres. Quand le Bouddha enseigna le Sūtra du Nirvana, les personnes assemblées le virent de plusieurs manières : comme un bouddha de seize pieds de haut, comme un bouddha avec un petit ou un grand corps, comme le bouddha Vairochana ou comme un bouddha au corps aussi vaste que l’espace. Il manifesta ainsi les quatre sortes de Corps42. Quand le Bouddha entra dans le nirvana, à l’âge de quatre-vingts ans, il légua ses reliques43 pour qu’elles apportent des bienfaits aux personnes des époques de la Loi correcte, de la Loi formelle et de la Fin de la Loi.

Or, il est dit dans l’enseignement essentiel du Sūtra du Lotus que le bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, atteignit la bouddhéité il y a des kalpa et des kalpa de particules de poussière d’innombrables systèmes de mondes majeurs, et que la cause qui lui permit d’y parvenir fut la pratique qu’il accomplit alors. Depuis, il a envoyé des émanations de son corps dans l’ensemble des mondes des dix directions et a dispensé de son vivant tous ses enseignements sacrés pour former et convertir autant de personnes qu’il y a de particules de poussière sur terre. En comparant le nombre de disciples de l’enseignement essentiel avec celui de l’enseignement théorique, [il apparaît que] le premier est comme l’océan et le second comme une goutte d’eau, ou le premier comme une grande montagne et l’autre comme un grain de poussière. De plus, un bodhisattva de l’enseignement essentiel est bien supérieur à n’importe quel bodhisattva de l’enseignement théorique, y compris Manjusri, Sensible-aux-Sons-du-Monde, et tous ceux qui se sont rassemblés depuis les mondes des dix directions. Il y a même davantage de différence entre eux qu’entre Shakra et un singe. Voulez-vous dire que, en plus de ces bodhisattvas, les personnes des deux véhicules parvenues à l’illumination en éliminant leurs illusions, Brahma, Shakra, les dieux du soleil et de la lune, les quatre rois célestes, les quatre rois-qui-font-tourner-la-roue, et les immenses flammes de la grande citadelle de l’Enfer aux souffrances incessantes ; [voulez-vous dire] tout être et toute chose dans les dix directions existent de manière inhérente dans les dix états et dans les trois mille domaines d’existence de notre propre vie ? Bien que vous déclariez qu’il s’agit de l’enseignement du Bouddha, je ne parviens toujours pas à y croire.

En considérant la question sous cet angle, nous voyons que les sūtras antérieurs au Sūtra du Lotus sont authentiques à la fois dans leur substance et dans les mots qu’ils emploient. Le Sūtra de la Guirlande de fleurs décrit l’éveil [à l’étape de sécurité] comme « finalement parfait et aussi exempt de tout mensonge et de toute souillure que le ciel vide ». On lit dans le Sūtra des rois bienveillants : « [Si nous obtenons la grande sagesse du nirvana] nous pouvons percer la source de l’illusion et nous éveiller à notre nature essentielle jusqu’au point où ne subsiste plus que la merveilleuse sagesse. » Il est 365dit dans le Sūtra de la perfection de sagesse de diamant : « [Quand on parvient à l’illumination] il ne reste que la bonté pure. » Dans l’Éveil de la foi dans le Mahayana, le bodhisattva Ashvaghosha déclare : « Dans la matrice de l’Ainsi-Venu ne se trouvent que les bienfaits purs. » Le bodhisattva Vasubandhu indique, dans son Traité sur la doctrine du rien-que-conscience : « Quand on achève la méditation du diamant, les impuretés qui demeurent et les graines de sagesse dans les formes inférieures de pureté font ressortir la conscience ultime parfaitement claire et totalement pure. Alors, ayant perdu leur raison d’être, elles seront à jamais abandonnées. »

Une comparaison attentive du Sūtra du Lotus et des sūtras enseignés précédemment montre que ces derniers sont innombrables et qu’ils ont été formulés sur une longue période. De ce fait, même s’il s’agit dans l’un et l’autre cas des enseignements du Bouddha, dans la mesure où ils se contredisent mutuellement, vous devez accepter les sūtras antérieurs. Le bodhisattva Ashvaghosha était le onzième successeur du Bouddha, et son apparition avait été prédite par le Bouddha lui-même. Vasubandhu fut l’auteur de mille traités et se rangeait parmi les quatre rangs de bodhisattvas. Comment pouvez-vous alors croire le Grand Maître Tiantai, modeste moine vivant loin du lieu de naissance du Bouddha et qui n’écrivit pas un seul traité ? Je pourrais cependant négliger le grand nombre et accepter l’exception, si le Sūtra du Lotus permettait d’étayer de quelque façon votre thèse. Mais où, dans le Sūtra, trouvons-nous des passages qui établissent clairement l’inclusion mutuelle des dix états, les cent états et les mille facteurs, et les trois mille mondes en un instant de vie ?

Dans le Sūtra du Lotus, se trouve le passage suivant : « [Le Bouddha] a extirpé les racines du mal des phénomènes44. » Ni le Traité sur le Sūtra du Lotus du bodhisattva Vasubandhu, ni le Traité sur le véhicule du trésor de la bouddhéité du